GRANDES SEIGNEURIES
formées par l'union de plusieurs seigneuries ou terres nobles. C'est ainsi que la seigneurie de Saint-Brice comprend la terre de Saint-Brice, la baronnie de Sens, les terres de la Fontaine de la Chèze, de Parigné, du Solier, de Saint-Etienne, du Rocher-Portal W. Au XVT et encore au X\1P siècle, on constate beaucoup d'unions de seigneuries, et c'est ainsi que se sont constituées la plupart des châtellenies. La seigneurie de iMarigné, qui existait depuis le XIP siècle, n'avait qu'une étendue assez médiocre; mais, dans la seconde moitié du XVP siècle, Jacques Herpin, président au Parlement de Bretagne, acquiert de nouvelles terres : il dispose maintenant d'une grande seigneurie qu'il fait ériger en châtellenie en 1572(2). La Bédoyère était à l'origine une petite seigneurie; mais, en 1642, le parlementaire Gilles Huchet l'accroît par d'importantes acquisitions; en 1643, elle devient une châtellenie (3). De la même façon se forment bien des marquisats et des baronnies. Le marquisat de Becdelièvre, en 1717, est constitué par l'union des trois seigneuries de Tréambert, Quilfistre et Quindéniac (^). Il semble qu'en certains cas, à partir du XVP siècle, il y ait eu concentration de la propriété seigneuriale.
Il existe aussi en Bretagne de très grandes seigneuries ecclésiastiques. Les évêques de Nantes sont seigneurs suzerains dans 18 paroisses et possèdent un grand nombre de manoirs et de domaines's). L'évêché de Tréguier a un domaine proche considérable, et ses mouvances comprennent onze
(1) Maupillé. Notices historiques et archéologiques sur les paroisses du canton de Saint-Brice (Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et- Vilaine. an. 1879, t. XIII, pp. 238 et sqq.).
!2i Maupillé, ibid., pp. 286 et sqq.
(3) Guillotin de Cnrson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne. 1" série, pp. 38 et sqq. En 1715. le seigneur de la Bédoyère acquiert une portion de la forêt de Monlfort et la seigneurie de la paroisse de Coulon.
(4) Guillotin de Corson, op. cit., 3* série, pp. 19 et sqq. — Sur le marquisat d'Assérac, cf. ibid., pp. 12 et sqq. — Le marquisat de Lescoët comprend : la seigneurie de Kernéan. les terres de Kergoff, Lescnël, Coatmenec, Rodalvez, Lesquiffiou, du Resl et Modest (Grand des biens du marquis de Lescoet, en 1772, Arch. du Finistère, E 705).
(5) Léon Maître, La seigneurie des évoques de Nantes IBuUelin de la Société aichéologique de Nantes, an. 1882, t. XXI, pp. 66 et sqq.). En 1790, l'évêque de Nantes, Charles de la Laurencie, déclare avoir un revenu de 95.300 1. (Guillotin de Corson, op. cit., pp. 309 et sqq.).
26 LA PEOPRTÉTÉ SEIGNEURIALE.
paroisses entières (1). Très étendus aussi, les régaires et les domaines des évêchés d^. Dol (•\ .de Saint-Brieuc *3)^ de Saint- MaJo ^^l Bien des abbayes constituent des seigneuries très considérables; qu'il nous suffise de citer Bégard, le Reliée, Redon (5), Samt-Méen (6), la Joie, Prières (^), qui disposent de revenus très importants.
Les moyennes et les petites seigneuries sont infmiment plus nombreuses. On en compte souvent plusieurs par paroisse ; c'est ainsi que les paroisses de Tremblay (s' et de Beaucé O) comprennent chacune six terres nobles ; en Landéan, il y en a sept (lo) ; en Carentoir, une quinzaine dD. — Beaucoup de ces seigneuries ont une étendue fort restreinte. La vicomte de Loyaux est formée de pièces isolées, répandues dans les paroisses de Sainte-Pazanne, Port-Saint-Père et Fresnay(i2). La plupart des petites seigneuries possèdent deux ou trois métairies et une demi-douzaine de bailliages d^).
(1) A. de la Borderie, Notice sur le régaire de Vévêché de Trégiiier, dans les Mélanaes d histoire et d'arcliéologie bretonnes, t. II, pp. 29 et sqq.
(2) A. de la Borderie, Le régaire de Dol et la baronnie de Combour, dans les Mém. de la Société archéologique dllle-et-Vilaine, t. II, pp. 150 et sqq.
f3) Cf. le fonds de l'évêché de Saint-Brieuc, aux Arch. des Côtes-du-Nord.
(4) Guillotin de Corson, Fouillé historique de l'archevêché de Rennes, t. I, pp. 611 et sqq.
(5) Ibid., t. II, pp. 177 et sqq.
(6) Ibid., t. II, pp. 137 et sqq.
(7) 3^-\ï. Le Mené, Labbaye de Prières (Bidletin de la Soc. polymathique du Morbitian, an. 1903, pp. 8-80) et Uabbaye de la Joie [ibid., pp. 123-184). En 1790, les revenus de l'abbaye de Prières sont évalués à 64.453 livres. — Il est même de simples prieurés, comme celui de Lehon, dont les domaines sont très étendus; cf. Fouéré-Macé, Le prieuré royal de Saint-Magloire de Lehon. Rennes, 1892.
(8) Maupillé, Notices historiques et archéologiques sur les paroisses du canton d'Antrain IMém. de la Soc. archéologique d'Ille-et-Vilaine, an. 1868, t. VI, pp. 233 et sqq.).
(9) Maupillé, Notices historiques et archéologiques sur les paroisses des deux cantons de Fougères (ibid., an. 1874, t. VIII, pp. 213 et sqq-.).
(10) Ibid., pp. 310 et sqq. On trouvera dans Maupillé beaucoup d'autres exemples.
(11) Abbé Le Claire, L'ancienne paroisse de Carentoir, pp. 142 et sqq.
(12) Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Haute-Bretagne, 3° série, pp. 201 et sqq.
(13) Cf. Guillotin de Corson, Petites seigneuries du comté de Rennes, dans les Mémoires de la Société archéologique d'Ille-et-Vilaine. an. 1900, t. XXIX, pp. 236 et sqq., et an. 1002, t. XXXI, pp. 92 et sqq. La seigneurie de Martigné, par exemple, au XVI' siècle, possède trois métairies; au XVIII", elle n'en possède plus qu'une.