‹ Les clercs du palaisChapitre 4 sur 40 · XXV · texte numérisé non relu

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Cette invasion de la procédure et des lois dans le domaine de la poésie s'aperçoit même dans les représentations théâtrales. Nous aurons soin de la signaler dans nos recherches , soit en étudiant les mystères, soit en analysant les moralités, les farces et les sotties.

L'histoire des clercs du Palais est, sous certains rapports , celle de la bourgeoisie française, de cette partie intelligente et active de notre société , qui cherchait , à force d'étude et de savoir , à conquérir une place que la fortune et la naissance refusaient à son origine. Les clercs étaient , au XIVe siècle , ce que sont encore la plupart des étudiants de nos jours : des jeunes gens instruits , laborieux , joignant à l'ardeur de leur âge le désir de parvenir, turbulents , satiriques et frondeurs tant qu'ils sont sur les bancs de l'école , mais bons citoyens, aimant leur prince et leur pays lorsqu'ils ont conquis la place modeste que leur aptitude et leur instruction leur donnent le droit d'occuper. De tout temps le bazochien fut le persécuteur de son patron , sauf à être persécuté lui-même à son tour lorsqu'il devenait titulaire d'office.

La satire des clercs de la Bazoche est fougueuse comme leur âge , vive comme leurs passions -, nous la trouverons , à plusieurs re-

x x v i j prises, si brutale et dépassant si souvent les bornes de la décence et de la pudeur , que le Parlement est obligé d'intervenir.

Tel sera l'ensemble de l'étude que nous allons essayer. Notre travail présente des difficultés sérieuses , car il se rattache aux questions les plus élevées de notre histoire. La langue française est, sans contredit , la première et la plus belle des temps modernes : nous trouvons les clercs du Palais , non pas à son ori gine, mais à l'époque de cette transformation qui Fa placée au premier rang. Ils entourent le berceau du théâtre français , qui , rivalisant avec ceux d'Athènes et de Rome , a balancé l'un et surpassé Fautre. Enfin , nous voyons la société des clercs , contemporaine, pour ainsi dire , de l'institution de la magistrature, se former à Fabri de la nouvelle organisation que le Parlement de Paris reçut de Philippe le Bel. Les clercs du Palais ont donc assisté aux deux grandes créations de la magistrature et du théâtre , comme ils ont concouru eux-mêmes , pour une large part , à la fondation de notre langue en débrouillant les essais confus de ses vieux dramaturges.

L'histoire des clercs du Palais , au triple point de vue où nous nous plaçons , n'a jamais été

faite. Les auteurs qui se sont occupés de cette société ont reproduit textuellement Miraulmont et l'historien anonyme , sans rechercher ce qu'il pouvait y avoir de vrai et de faux dans leurs allégations. Boucher d'Argis, dans Y Encyclopédie ; les frères Parfaict , dans leur Histoire des Théâtres ; l'avocat Dareau , dans le Répertoire de Jurisprudence de Guyot , ont suivi cette marche : seulement les frères Parfaict sont allés plus loin, et nous ont donné quelques détails curieux sur le Théâtre bazochien au XVP siècle.

Nous rechercherons avec soin les arrêts du Parlement , et tout ce qui pourra jeter un jour nouveau sur ces associations oubliées depuis longtemps. Sans donner à notre travail une importance que la modestie du sujet ne comporte pas , nous nous efforcerons d'enlever à cette étude l'aridité et la sécheresse que le choix de la matière pourrait faire redouter.

Nous recueillerons également ce qui, dans l'histoire des sociétés de clercs, se rattache aux mœurs judiciaires ; les légendes et les traditions de Palais nous fourniront des chapitres qui seront lus, nous l'espérons, avec intérêt.

Dans les poésies , dans les satires , comme dans les pièces de théâtre , nous signalerons les

passages qui dénoteront l'origine bazochienne. Les citations serviront de complément à notre œuvre ; bien que nombreuses , elles n'arrêteront pas la marche du récit ; elles auront pour nous l'avantage singulier d'indiquer la source à laquelle nous avons puisé nos renseignements , et de mettre le lecteur à portée de juger des conséquences que nous en avons tirées.

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