‹ Les clercs du Palais recherches historiques sur les bazoches des parlementsChapitre 2 sur 37 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

E toutes les corporations ou communautés laïques qui se formèrent au moyen âge, il n'en est pas de plus intéressantes à étudier que celles qui, sous les deux dénominations de Royaume de la Bazoche et d'Empire de Galilée, se composaient des Clercs de procureurs au Parlement et des clercs de procureurs à la Cour des comptes.

Elles sont remarquables par leur origine, leur but , leur juridiction exceptionnelle , leurs prérogatives, leur cérémonies , leurs coutumes et , surtout , par l'influence que leurs sociétaires ont exercée, pendant plusieurs siècles, sur les lettres, la satire elles spectacles.

Par leurs statuts et règlements, elles touchent aux corporations des métiers; par leur origine, elles se lient à l'institution des procureurs; par leur juridiction, elles se rattachent à la réorganisation du Parlement de Paris.

Les poésies et les satires des clercs du Palais nous font remonter aux XV* et XVI* siècles, aux époques de transformation de la langue française , à ses nouveaux interprètes : Martial d'Auvergne, Villon , Clément Marot , alors que la poésie commençait à se dégager des langes dans lesquels la tenaient resserrée les chants monotones des troubadours et des trouvères , les subtilités galantes des cours d'amour et la prolixité diffuse des romans de chevalerie.

Le théâtre de la Bazoche, rival heureux de celui des Confrères de la Passion, est le berceau grossier dans lequel la comédie, dont Tenfance devait durer encore plusieurs siècles , commence à pousser ses premiers vagissements!

Enfin, les montres et les cérémonies publiques auxquelles ces communautés se livraient, traditions des époques les plus obscures et les plus reculées du moyen âge, souvenirs éloignés , mais évidents, de la fête des Fous, dont elles sont la dernière expression, conservent, jusqu'au XVIII* siècle, le caractère à la fois

sérieux et grotesque de cette joyeuse et païenne coutume.

Ce fut en i3o2 que Philippe le Bel organisa sur de nouvelles bases plusieurs Parlements et , notamment, celui de Paris. Alors, s'il faut en croire les historiens, le nombre des procès s'était accru dans des proportions imprévues ; les procureurs ne pouvant suffire à l'instruction des causes , demandèrent qu'il leur fût permis de s'adjoindre de jeunes apprentis , étudiant le droit, des clercs, clerici^ dénomination qui s'appliquait alors à tous les étudiants fréquentant les écoles laïques ou religieuses.

Cette augmentation d'affaires litigieuses provenait de plusieurs causes. C'était d'abord l'importance qu'acquérait^ de jour en jour, la Cour souveraine depuis les établissements de saint Louis et la pragmatique sanction, qui portèrent de si rudes coups à la justice féodale et à la juridiction ecclésiastique. C'était, d'autre part, le fractionnement de la propriété, qui allait toujours croissant depuis l'affranchissement des communes ; de ce fractionnement naissaient le conflit et le choc des intérêts privés. C'était, enfin, la suppression des ordalies, des combats judiciaires, des épreuves du feu, du fer chaud, de l'eau bouillante, etc.

Toutes ces causes réunies apportèrent un surcroît d'occupations aux procureurs ou praticiens qui instruisaient les procédures^ et justifièrent l'opportunité de la demande qu'ils avaient adressée au Parlement.

L'Université de Paris avait déjà pris, de son côté , avant le XIII* siècle , une telle importance, qu'elle était le centre intellectuel de la France. Les étudiants y affluaient de toutes parts , même des pays étrangers : de l'Angleterre , de l'Allemagne , de l'Italie. Elle possédait quatre chaires célèbres : de théologie , de jurisprudence civile et canonique , de médecine et des arts. Le manuscrit des Pandectes , vers le milieu du XII* siècle, s'était répandu à un nombre infini d'exemplaires dans toutes les écoles de l'Europe. Peu de temps après, le droit romain faisait partie intégrante de l'enseignement de l'Université ; toutes les classes de la société : bourgeois, prêtres et nobles^ se livrèrent à cette étude avec une sorte d'avide curiosité. On eût dit que le genre humain venait de retrouver le plus précieux de ses titres.

On conçoit donc que Paris, avec de semblables éléments d'instruction , attira vers lui toutes les forces vives et toutes les intelligences du pays. Aussi la communauté des clercs prit-

elle un accroissement si rapide , que le nombre de ses membres s'élevait encore , dans le XVI* siècle, au chiffre de dix mille sociétaires, chiffre énorme, eu égard à la population que renfermait alors la capitale de la France.

Il est facile d'apprécier les motifs qui portèrent les clercs à se grouper et à se former en société ; ils ne faisaient qu'obéir prudemment à l'usage et aux nécessités de l'époque. L'homme, l'individu, comme être isolée était incapable de se protéger contre les empiétements de toute espèce, contre les vexations sans nombre auxquelles il était en butte de la part d'une infinité de petits pouvoirs , jaloux les uns des autres , et qui croyaient faire acte de puissance en se faisant sentir d'une manière despotique. Pour l'artisan et le bourgeois la loi était inefficace quand elle n'était pas arbitraire ; ils ne trouvaient un peu de protection et de sûreté qu'au milieu de ces grands êtres collectifs qui prirent le nom de corporations. Leurs privilèges étaient comme un rempart, un palladium, derrière lequel chaque sociétaire abritait ses biens et sa famille ; associations utiles au point de vue de la sûreté individuelle et des intérêts privés, mais nuisibles au point de vue général, en ce qu'elles organisaient le monopole, suppri-

maient la concurrence, et, par cela même, étaient exclusives de tout progrès. Ce vice, inhérent à l'association des métiers , n'aflFectait pas d'une manière égale la communauté des clercs, qui était une institution purement libérale; cependant elle portait en soi le germe d'un monopole , et nous verrons que les luttes nombreuses qu'elle soutint contre les procureurs avaient principalement pour but le règlement des conditions du stage , la délivrance des certificats d'aptitude et l'obligation , de la part des titulaires d'ofl&ce, de choisir des successeurs dans le sein de leur communauté. Ces luttes se prolongèrent pendant cinq siècles, autant que durèrent les associations de clercs ; et si ces dernières résistèrent toujours avec avantage , il faut Tattribuer à la vigueur de leur organisation.

La principale société des clercs de Paris était celle des clercs de procureurs au Parlement , désignée sous le nom de Royaume de la Bazoche. Mais elle n'était pas la seule ; il en existait d'autres: celle des procureurs à la Cour des comptes, connue sous le nom d'Empire de Galilée ; celle des clercs du Châitelet , qui était la plus ancienne ; celles de Bordeaux , de Toulouse, de Grenoble, de Lyon, de Dijon ^

d^Orléans , et des principales villes de France ; nous en dirons un mot.

L'étude que nous allons entreprendre se divise en trois parties bien distinctes , non moins importantes les unes que les autres. La première sera consacrée à l'organisation judiciaire, à la juridiction exceptionnelle que les rois de France et le Parlement concédèrent à ces sociétés. Nous ferons connaître , en même temps , leurs coutumes et leurs cérémonies , depuis Philippe le Bel jusqu'à la Révolution de 1789.

Dans la seconde, nous nous efforcerons de déterminer d'ime manière précise Tintervention de ces communautés dans le mouvement dramatique du moyen âge.

Enfin, nous chercherons quels furent les écrivains et les poëtes qui sortirent de leur sein. L'examen rapide de leurs écrits jusqu'à la fin du XVP siècle, nous mettra à même d'apprécier rinfluence qu'elles exercèrent sur les lettres.

Il paraît certain que la réorganisation du Parlement de Paris fit naître l'association des clercs du Palais, sorte d'école pratique à laquelle se formaient les jeunes gens qui se destinaient au barreau et à la magistrature. Les statuts de i586, les autorités que rapportent l'historien Miraulmont , Gastier , Duluc , le Recueil de

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Jurisprudence de Guyot et le Dictionnaire de Brillon , ne laissent aucun doute à cet égard. Les nombreux arrêts du Parlement, que nous aurons occasion de citer, lèveront toutes les incertitudes, s'il pouvait en exister encore. Nous verrons que Philippe le Bel, pour encourager les clercs, leur accorda le privilège considérable de n'être justiciables que d'euxmêmes. Nous chercherons quelle était l'étendue de la juridiction de leurs tribunaux, soit au civil , soit au criminel. Les décisions de la cour suprême, que nous invoquerons, établiront d'une manière irrécusable que cette juridiction était très-sérieuse. Nous verrons leurs puissantes sociétés gouvernées par un Roi ou par un Empereur entouré d'une espèce de cour de justice se composant d'un Chancelier , de Maîtres des requêtes ordinaires et extraordinaires , de Procureurs généraux , Trésoriers , Avocats , Greffiers, organisation semblable à celle du Parlement. Nous trouverons ce Roi, frappant des médailles à son effigie, et, maître presque absolu de ses sujets pendant l'année que durait sa royauté, diriger les travaux judiciaires des clercs , ses suppôts , et être , en même temps , l'ordonnateur de leurs jeux et de leurs cérémonies.

On est surpris , toutefois , en se livrant à cette étude, de rencontrer, au XI V* siècle , une dérogation au principe d'unité de justice et d'administration, à une époque où tous les' efforts concouraientà rétablir. Cetteanomalies'explique: les rois de France , depuis saint Louis , s'appuyaient sur le Parlement pour affaiblir l'autorité féodale et contrebalancer les juridictions ecclésiastiques. La protection dont l'autorité royale entourait les sociétés de clercs , les prérogatives et les privilèges qui leur furent successivement accordés, n'ont d'autre cause que la faveur dont jouissait le Parlement. On y reconnaît l'intention évidente de grouper autour de ce corps judiciaire une armée assez forte pour en imposer aux adversaires de la royauté et de la justice , et , en même temps , le dessein de fournir aux jeunes praticiens tous les éléments d'instruction nécessaires à de futurs magistrats. Philippe le Bel faisait l'essai d'une nouvelle organisation judiciaire ; il voulait la renforcer en l'entourant d'une jeunesse laborieuse et instruite; et cette sorte de stage , de noviciat , auquel il assujettissait les clercs , était la conséquence nécessaire de ses vues politiques.

Nous assisterons donc aux audiences des clercs , qui se tenaient deux fois par semaine , et

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qui étaient remplies par la discussion de questions purement personnelles et , le plus souvent encore, de contraventions aux règlements à l'observation desquels les dignitaires veillaient avec une rigueur excessive. La cour bazochiale rendait aussi des arrêts dans des causes fictives, sortes de conférences sur les lois et les coutumes, qui avaient pour but de familiariser les jeunes gens avec les législations en vigueur, et de les préparer aux luttes du barreau en les accoutumant à la plaidoirie.

Mais l'autorité du Parlement ne nous guidera pas seulement dans cette partie de notre étude , elle nous fournira des documents précieux sur les mœurs , les coutumes et les cérémonies des clercs du Palais. Nous verrons cette cour souveraine encourager, payer, et, en quelque sorte, réglementer les divertissements des clercs de la Bazoche , jusqu'à obliger ces jeunes gens à faire , une fois tous les ans , la montre générale des sociétaires de la communauté. Cette montre, qui n'était autre chose qu'une procession ou revue, présentait, au moyen âge, le double caractère d'un spectacle public et d'une manifestation de force. Les rois de France honorèrent plusieurs fois de leur présence la montre générale des clercs du Parlement. Ce devait être , en

X V i j effet , un curieux spectacle que ce cortège de huit à dix mille hommes promenant dans les rues de Paris , sous ses mille bannières , ses travestissements civils, militaires et religieux. Il faudrait la plume d'un poëte pour représenter le Roi de la Bazoche à cheval , en costume de cour , entouré de ses officiers , pour dépeindre ces fantassins divisés par bandes , accoutrés des costumes les plus bizarres , les plus divers et les plus naïfs , commandés par des capitaines et des chefs de légions, défilant devant le Roi au son des hautbois et des fifres , puis terminant la journée par des représentations au Pré aux Clercs ou dans la grande salle du Palais de Justice , sur la Table de marbre.

Nous suivrons aussi la Bazoche du Parlement dans une des forêts royales , soit à Bondy , soit à Livry, et là nous assisterons aux préparatifs de la plantation du mai. Nous y trouverons Messieurs de la Chambre des Eaux et Forêts présidant à cette solennité après avoir rendu un arrêt en forme autorisant l'enlèvement des arbres qui devaient orner la cour du Palais de Justice , cérémonie présentant , comme les montres, vin mélange de gravité et de boufibnnerie , accomJ)agnée de formalités nombreuses , donnant lieu à des discours interminables , fête payée

par le Parlement, et qui durait huit jours.

Nous étudierons aussi les clercs dans leur vie privée, dans leurs relations journalières avec les patrons; comme aussi nous dirons im mot de leurs rivalités et de leurs querelles avec les moines de Tabbaye de Saint-Germain , querelles qui prenaient des proportions que les mutineries d'écoliers n'ont jamais atteintes depuis , et qui , à cette époque de troubles et d'orages , présentèrent plusieurs fois le caractère de l'émeute, à tel point que le sang coulait dans les rues de Paris, et que les archers du prévôt n'étaient pas toujours capables de résister à leurs bandes victorieuses.

Le paganisme avait légué aux premiers siècles de notre ère une foule de coutumes et de cérémonies publiques tellement enracinées dans l'esprit du peuple , que l'enseignement d'un culte nouveau, comme l'était le christianisme, ne put, malgré la ferveur de ses pratiques, les faire disparaître qu'à la longue et à la suite de nombreuses attaques.

Les fêtes des Calendes et des Lupercales, d'origine païenne , se transformèrent peu à peu , sous l'autorité ecclésiastique , en des fêtes non moins chères aux populations ; elles changèrent de nom seulement , et s'appelèrent la Fête des

Fous , la Fête des Innocents , la Fête de l'Ane , etc., cérémonies pagano - chrétiennes venues d'une source commune, auxquelles on conserva la désignation romaine de Fête de la Liberté de Décembre.

La Fête de la Liberté de Décembre affectait mille formes : elle avait pénétré dans les couvents, dans les cloîtres , dans l'Université, dans les corporations; elle avait même envahi le sanctuaire; les églises d'Orient et d'Occident l'avaient admise dans leur liturgie. Pendant longtemps la Fête des Fous fut une orgie sacrilège et une profanation odieuse des choses les plus saintes. Depuis le VP siècle les conciles s'étaient efforcés de l'extirper du catholicisme. Vainement les prélats et les rois lancèrent-ils des mandements et des édits^ la Fête des Fous, enfantée par l'ignorance et la superstition, nourrie par la grossièreté et la corruption des mœurs, résista près de dbc siècles à toutes les censures , à toutes les défenses.

Le Roi de la Bazoche et le Prince de la Sot^ tie, chefs des associations de clercs et des jeunes désœuvrés de Paris , semblent , dès le XV* siècle , avoir hérité de la tiare du Pape des Fous. Le Parlement, dont l'œil veillait sur les associations de cléricature, sut obtenir d'une

manière détournée le résultat auquel les princes de l'Église et les rois de France n'avaient pu atteindre. Cette cour s'empare avec adresse des manifestations des clercs du Palais, telles que les montres et les plantations du mai ; elle en fait , pour ainsi dire , un monopole entre les mains des membres de cette société. Grâce aux mesures qu'elle prend , ces cérémonies ne sont plus que les échos aflFaiblis et lointains de la Fête des Fous: elle les encourage, elle les paie, elle les moralise en quelque sorte , en même temps qu'elles restent pour elle une manifestation de force. Elle les réglemente et leur enlève peu à; peu leur rudesse et leur cynisme. Sous François I" les montres présentent encore les caractères distinctifs des fêtes païennes : elles ont conservé leurs travestissements , leurs danses, leurs mascarades. Sous ce monarque, la Bazoche offre en spectacle aux bourgeois de Paris ses bandes de femmes , de moines et de soldats. Toutes les classes de la société , comme dans la danse macabre, figurent dans cette exhibition de l'humanité ; mais déjà ces fêtes bruyantes avaient été chassées des temples saints; les divertissements et les jeux des clercs du Palais n'ont rien de commun avec la profanation des autels, avec la célébration

xxj ironique des offices divins et les bénédictions sacrilèges du Pape des Fous.

Là ne devaient pas s'arrêter l'influence et les souvenirs des pratiques païennes : ils devaient nous donner un théâtre et créer la comédie. Le cadre étroit dans lequel nous nous sommes placé ne nous permet pas de chercher les origines du théâtre moderne. Cette étude a été commencée avec une telle hauteur de vues, avec ime science si vaste et si sûre , par plusieurs savants français et notamment par un membre de l'Institut , M. Charles Magnin , que ce serait de notre part vanité et folle présomption que de nous hasarder sur un terrain où les maîtres ont marché. Nous nous sommes contenté de prendre les clercs du Palais pour ce qu'ils sont , non pour les inventeurs de la comédie, mais bien pour les plus considérables et les plus célèbres parmi les premiers interprètes publics des pièces de théâtre. Nous les avons trouvés côte à côté avec les Confrères de la Passion , au commencement du XV* siècle, à l'époque où l'ordonnance de Charles VI, rendue en 1402 , vint donner aux représentations théâtrales une impulsion nouvelle et changer leur caractère.

L'ordonnance de 1402 marque la période de

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décadence des mystères : ils cessent d'être exclusivement religieux, ils entrent dans le domaine de la spéculation , et , privés de la force qui les soutenait , ils ne font plus que reculer sur la route où ils s'étaient avancés.

Les mystères, au commencement du XV* siècle^ devaient encore vivre pendant près de cent cinquante ans; mais, à partir de l'ordonnance de Charles VI, l'élément profane les domine, la comédie les enveloppe de toutes parts , elle s'introduit sur leurs théâtres avec les Enfants-sans-Souci ; elle les étouffe , et ce qui est l'arrêt de mort des mystères devient en même temps le germe fécond qui, plus tard, enfante les chefs-d'œuvre de Molière.

La comédie, ou plutôt les représentations comiques servaient de divertissement aux universitaires longtemps avant l'organisation de la société des clercs. Les écoliers de l'Université de Paris étaient, pour la plupart, des hommes faits, qui commençaient leurs études de logique à l'âge où elles finissent de nos jours. Ils variaient leurs loisirs par la composition et la représentation des mystères, et, à cet effet, se donnaient tous les ans un chef, qui, sous le nom de Pape des Écoliers, présidait à leur société dra-

X X i i j matique et dirigeait leurs jeux et leurs cérémonies. Au XIV* siècle les clercs imitèrent les écoliers, sans toutefois se restreindre au même genre. Ils eurent leur théâtre particulier. Les pièces qu'on y représentait , et qui étaient toutes de leur, composition, ne consistaient d'abord qu'en grossières parodies; puis elles devinrent des espèces d'atellanes, où Ton se divertissait aux dépens de quelque personnage impertinent ou ridicule ; enfin le cercle s'élargissant insensiblement, la critique s'étendit à tous les grands corps de l'État , et s'éleva même jusqu'à la personne du prince. Les bazochiens rivalisèrent de verve et d'audace , et leur société dramatique se confondit longtemps avec celle des Enfants-sans-Souci , dont le chef, appelé le Prince des Sots, avait adopté cette devise:

Stultorum numerus est infini tus, jeu de mots spirituel qui n'exagérait Ip nombre des membres de l'association que pour y comprendre malicieusement la société tout entière.

Les arrêts du Parlement sont , pour la partie théâtrale des associations de clercs , ce qu'ils ont été pour leurs juridictions et leurs coutumes^ c'est-à-dire le guide le plus sûr et le plus considérable dont on doive se servir. Cette cour établit la censure dès 1442 et enjoignit aux clercs

de la Bazoche de ne jouer leurs pièces qu'en supprimant les passages rayés. Le théâtre des bazochîens fut tour à tour autorisé et interdit ; ses acteurs furent successivement comblés de faveurs , emprisonnés , ou menacés de la hart ; puis , sous Louis XII et sous François I*', ils firent des pièces politiques , et se livrèrent avec une fortune diverse à leurs penchants satiriques jusqu'à la fin du XVP siècle, époque à laquelle leurs spectacles disparaissent définitivement et sans retour.

Pour donner une idée plus complète du théâtre des clercs de la Bazoche , nous analyserons en peu de mots quelques-unes des pièces dont la représentation paraît avoir fait partie de leur domaine particulier: nous voulons parler des Moralités , sorte de drames intermédiaires entre les mystères et la comédie , et des Farces et Sotties , qui attirèrent sur les clercs les sévérités du Parlement et de l'autorité royale. Nous terminerons ces recherches spéciales par une étude sur le Pathelin, pièce de leur invention, et dont l'origine, éminemment française , remonte vers le milieu duXIV* siècle.

Presque tous les poètes ou écrivains, jusqu'au XVP siècle, appartenaient aux ordres religieux ou à la magistrature; la culture des

lettres était le privilège de certaines classes ; on ne trouvait des hommes de clergie et de sapience que dans les couvents et au Palais de Justice. C'est ainsi que s'explique le nombre considérable de poëtes qui sortit du sein de la Bazoche. André de la Vigne , Martial d'Auvergne , Henri Baude, Jean Bouchet, Villon, Gringore,Clément Marot, Pierre Blanchet, François Habert, et ime foule d'autres , débutèrent dans ces associations. Les premières œuvres de la plupart d'entre eux furent des mystères et des comédies. Clément Marot fut im acteur bazochien, et il est probable que , dans le grand nombre de pièces dramatiques que nous ont léguées le moyen âge et la Renaissance , il s'en trouve quelques-imes , restées anonymes , qui ont été composées par les écrivains dont nous avons cité les noms. La littérature judiciaire , s'il est permis de se servir de cette expression, y a laissé des traces qu'il est impossible de méconnaître. Bien souvent les poëtes de l'époque empruntèrent à la procédure et aux lois en vigueur un cadre tout préparé pour leurs naïves compositions. Ce sont tantôt des procurations en vers, des testaments, des plaidoyers, des arrêts , et, quelquefois encore , des procès entiers, contenant jusqu'à trois à quatre mille vers.

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