TEMOIGNAGE D'AFFECTION
Si l'on étudie le développement des facultés humaines dans la série des siècles, l'on ne tarde pas à reconnaître qu'à chaque époque correspond un progrès qui la caractérise , en sorte qu'en écrivant l'histoire des différents peuples qui couwent la siu'face de la terre, l'on passe nécessairement en revue les principales découvertes qui ont augmenté leur bien-être matériel, développé leur intelligence ou amélioré leur état moral et religieux.
Appliquant ces données de l'expérience à l'époque contemporaine, en nous dépouillant, autant que possible, des préjugés de notre temps, nous pourrions caractériser de la manière suivante le dix-neuvième siècle.
Tandis que l'autorité et le traditionnalisme dominaient jusqu'alors dans les écoles, ce n'est plus sur
la parole du maître^ mais sur l'observation directe, que l'on fonde la science moderne. Mettant en pratique les immortels préceptes du chancelier Bacon, le savant de nos jours, ne s'élève pas à des idées générales, en posant son pied sur le terrain mobile des li3^potlièses, mais en l'appuyant sur des faits précis dont il déduit des conséquences aussi rigoureuses que le permettent ses méthodes d'observation.
Est-ce à dire pour cela que la portion spéculative des sciences c^it été abandonnée dans notre siècle ; bien au contraii'e, il en est peu où les faits primordiaux et les idées générales aient attiré l'attention au même degré ; mais la tendance éminemment pratique de notre époque a toujours été de soumettre toute idée nouvelle au creuset de l'expérience et de répudier, jusqu'à nouvel ordre, tout ce qui n'était pas susceptible d'une explication rationnelle ou d'une démonstration rigoureuse.
Peut-être en est-il résulté un certain degré de scepticisme et de matérialisme scientifique pour ceux qui n'ont pas su s'élever du fait à la cause ; mais au lieu d'en accuser la méthode, sachons reconnaître que ces déplorables conséquent^es ne
tiennent qu'à la faiblesse de notre intelligence, qui ne peut embrasser d'un coup d'œil l'ensemble des faits , ou à l'orgueil de la science qui conclut à la légère, croyant tout savoir parce qu'il a quelque peu reculé les bornes de l'inconnu. Rappelons-nous, en effet , qu'un peu de science mène à l'incrédulité , tandis que beaucoup de savoir conduit à la foi. Et ne craignons pas que la méthode adoptée par Newton puisse jamais nous entraîner à nier l'existence des faits que nous ne pouvons ni voir ni toucher.
Quoique ces remarques prélmiinaires puissent paraître, jusqu'à un certain point, déplacées au début d'un ouvrage sur les climats de montagnes, il n'en est pas moins vrai cependant que le travail soumis à l'appréciation du lecteur est une application directe des principes énoncés plus haut. L'on savait, en effet, dès longtemps, que les montagnards étaient plus robustes que leurs voisins des plaines ; on avait aussi remarqué que des malades avaient recouvré la santé en changeant l'atmosphère pesante ou brûlante des lieux bas contre l'air vif et sec des hauteurs. Mais personne jusqu'ici n'avait recherché la cause de cette heureuse trans-
formation; l'on n'avait pas davantage appliqué à la pratique médicale cette observation sur l'influence curative ou préservative des hauteurs.
C'est donc à notre époque que revient l'honneur d'avoir utilisé cette précieuse ressource thérapeutique, et d'avoir ainsi sauvé bien des vies et soulagé bien des souffrances.
Mais, ainsi que je le disais plus haut, il ne suffit plus maintenant de reconnaître l'existence d'un fait, il faut, pour répondre au besom d'exactitude scientifique qui nous caractérise, rechercher ses causes, sa nature et ses limites, en un mot l'étudier sous toutes les faces, afin d'arriver à une connaissance aussi exacte que possible de la question que l'on désire élucider.
Appliquons maintenant au sujet qui nous occupe la méthode expérimentale et demandons successivement : à la science météorologique, ce qui caractérise l'atmosphère des hauteurs ; à la géographie botanique, ce qui constitue la flore des lieux élevés ; à la physiologie, les effets produits par l'ascension des sommités alpestres ou par le séjour dans de hautes régions; à l'observation médicale, l'étude des maladies les plus répandues chez les monta-