SCÈNE IX
HENRI, seul, et regardant du côté où est sortie Germaine. ÿ,
Décidément, elle est ravissante... Mais ce qu’elle vient de m'apprendre... Diable! des fantômes qui habitent mon chäteau, et l’un de ces fantômes est de garde à l’une des fenêtres pour faire sonner les cloches à mon arrivée. Voilà un fantôme
qui fait assez mal son service et je me promets d’aller le lui ;
dire. Singulière chose que la vie. Voilà deux fois quejereviens dans mon pays, et chaque fois une aventure romanes. que m'y attend. Obligé de me rendre en Angleterre, il ya six semaines, je monte dans une embarcation que condux .
saient quatre de mes matelots et je longeais la côte nor. mande, heureux de la reconnaître encore, quand tout à coup
je vois une jeune fille tomber du haut de la falaise et qui, bien certainement, se serait noyée ‘si je ne m'étais dévoué à ? .—
son salut; mais je ne pouvais m'attarder, le navire s’éloi-
gnait, les matelots qui m'accompagnaient poussaient des cris
sortant de l’eau ses Hs cheveux la voilaient ACER $ Eh! bien, . toutes mes s aventures, c'est la seule dont le sou-
1080 À : GRAND AIR, J'ai fait trois fois le tour du monde Et les dangers font mon bonheur. :
J'aime le ciel, quand le ciel gronde,
La mer quand elle est en fureur. Re J'ai fait trois fois le tour du monde à Et les dangers font mon bonheur. TA
Dans mes voyages, | Combien d'orages, fé Que de naufrages |
| Mais en retour, | Au sein des fêtes, À È Que de conquêtes, .
Que d’amourettes
Sans amour.
Italiennes, LÀ Circassiennes, Algériennes, Chaque pays
& M’en devait une, Ou blonde, ou brune,
Et de chacune |
J'étais épris.
Toujours de même,
Le croyant, même,
Jai dit : je taime! 2
A des vertus ;
A batiemee | uue à Faisaitma gloire. RUN STESS 5 | Es Et ma mémoire KE ON “ae ‘4 | Ne les voit plus. PA TON =.
4 C’est qu’une belle e 20 Me rend fidèle, à ; Je me rappelle Le | ? Li Toujours, hélas
Pa La bienvenue,
= Cette inconnue, LE
Que j'ai tenue Entre mes bras, Ville chérie, mn, O ma patrie, Fais, je t’en prie, Parler les flots.
Et qu’on me rende Cette Normande > Que je demande ? A tes échos.
Pour la connaître, La voir renaître Et m’apparaître Sortant des flots, Tout m'est facile, EN Fût-il utile 1 LUS De braver mille HE Dangers nouveaux. A Mais en attendant le marché qui va m'être très utile, car R j'ai tout un château à peupler de domestiques, et aussi en. attendant mes braves matelots qui m'aideront à déloger les 24 “a fantômes, si j'allais flâner un peu du côté des tourelles de mon vieux manoir. (Grand bruit à droite au fond.) Eh! mais 4 - qu ’arrive-t-il ? (Regardant.) Une dispute, un bailli, des hom- Re mes qui se battent, c’est leur affaire, pensons aux miennes. à: Er
(II sert par la gauche.)
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Gi sur [une forte Pronrnelre le tué continue à droite, tandis qu’on voit revenir par la gauche Catherine, Gertrude, Jeanne et Mariette accompagnées de quelques curieux qui accourent au bruit ; puis, tout à coup, arrivent par la droite, Gaspard, Gre-
és | nicheux, le bailli, Germaine, Serpolette et plusieurs garcons de pu” ferme. Gaspard tient Grenicheux au collet, le bailli suit Ger-
maine éplorée, Serpolette semble furieuse.)
CHŒUR
C'est affreux! Odieux !
Sans se cacher davantage, La veille d’un mariage, ; -__ Seule avec un amoureux, C'est affreux !
GASPARD, entrant avec Grenicheux, 4 Ah ! je t'étranglerai.
SERPOLETTE.
æ C'est ça, c'est ça.
Étranglez-le ce gredin-là.
GERMAINE
De grâce, écoutez-moi !
L GASPARD, lâchant Grenicheux., Drôlesse !
A Ah ! tu vas recevoir... | ki ({L étend le bras pour la battre et souflette le bailli, qui se trouve * à portée de sa main.)
LE BAILLI
Oh! là! | GASPARD. | Pardon !
; LE BAILLI, Que veut dire cela ? 4 Cu GASPARD.
Mon soufflet s’est trompé d'adresse.
“RS | SERPOLETTE, au bail, “ESS Cest moi qui les ai vus, là-bas dans les guérets, Ce monstre serrait de très près Votre future qu’il reluque.
Hits LE BAILLI, AUX pay Sans.
Qu'on s'empare de ce garçon Et qu’on le conduise en prison. Eu
f } le “ PA : 7 | | ; LA
GRENICHEUX. faisant voltiger la perruque du bailli, nu:
Et vous, courez après votre perruque. ne.
g TOUS, parlé. ee Oh! du
1 LE BAILLI, idem. rt ere
Ma perruque! 10
CHŒUR GÉNÉRAL, 1280 Ciel ! oser s’attaquer ainsi Nr Def A la perruque d’un bailli, VA à Chercher à séduire sa femme Le
| Et puis le décoiffer ainsi. + 1150 C’est affreux ! c'est infâme ! de Courons après lui ! DRE
(Le désordre est à son comble. Gaspard court de Grenicheux à
sa nièce. — Grenicheux se sauve du côté du bailliage, Germaine du côté de la ferme, Gaspard et le bailli suivent Germaine. La foule restée en scène rit à cœur-joie. — Un rideau de manœuvre baisse. On frappe les trois coups. L'orchestre continue, et quand
le rideau se lève, on est sur le marché de Corneville. Au fond,
yn poteau avec cette inscription : SERVANTES ; un deuxième po- “a teau à gauche sur lequel on lit : cocuers; un troisième à droite
” portant : DOMESTIQUES. À ces trois poteaux, des banderolles aux. : … couleurs et aux armes du pays; dans le bas, entourant ces po- % teaux, une barrière, fermant le marché, et qui doit s'ouvrir au milieu et des deux côtés. — Au fond, la ville, — Aux pieds des . trois poteaux se trouvent trois chaises et trois tables ; sur les tables, trois pupitres.) ‘ ee