SCÈNE III
SERPOLETTE, CATHERINE, GERTRUDE, JEANNE, - MANETTE, SUZANNE et MARGUERITE.
SERPOLETTE.
Plus souvent que je vais m’hébéter pendant deux heures au bailliage,
AGTE ee
LA
GERTRUDE, revenant par le fond.
Merci ! le marché ne commence qu’à midi et il] a’est par Yeuf heures.
CATHERINE, idem.
Il nous ennuie, le tabellion.
SERPOLETTE.
Ah ! mais c’est-y à moi qu’ vous en voulez ?
MANETTE, qui a suivi Catherine.
A toi, ma foi non.
SUZANNE, idem.
Nous t'avons attaquée, tu nous as répondu, t'as bien fait, JEANNE.
D'ailleurs, les coups d’ langue ça vaut encore mieux que
les coups de poing.
MARGUERITE, Ca fait queuque fois plus de mal, | SERPOLETTE.
Oh ! que non pas ; si t étais au service du père Gaspard,
tu ne dirais pas ça.
GERTRUDE
C'est-y vrai que tu le quittes, le père Gaspard ? SERPOLETTE,
Si c’est vrai! On me dirait : Serpolette, voilà le diable et v'là ton vieux scélérat de maître; il faut que tu serves l'un ou l’autre, lequel veux-tu servir ? Je répondrais tout de suite : J’entre au service du diable.
JEANNE, Le fait est qu'il n’est pas doux, le vieux fermié®, SERPOLETTE.
Pas doux, c’est-à-dire que c’est un tigre.
CATHERINE. T'es pourtant son enfant d'adoption.
Ça, c’est vrai ; à l'âge inf. "ent de deux ou trois jours, j'ai
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été ramassée par lui, dans un champ de serpolets, et il m'a portée à sa ferme, où depuis j'ai été élevée au sein de ses animaux domestiques, absolument comme ses dindons et ses … canards; bien sûr que s’il avait pu me tordre le cou, il m’au< fait mangée, comme ses autres bêtes. Mais ce qui m'a tout à fait décidée à le planter là, c’est l’arrivée de sa nièce, la belle » Germaine, une pimbèche qui sort de sa pension et qui vouf a des façons et des manières. une enjoleuse, quoi ! TOUTES.
Enjoleuse !
SERPOLETTE.
Oui, enjoleuse. Car c’est vrai ce que disait Manette : j'a- vais un amoureux, même que plusieurs fois je m'étais com- Le promise avec cet imbécile de Grenicheux... : SUZANNE,
- En v’ là un sournois.
3 Et un hypocrite.
Fr MANETTE.
ei Aussi sournois et aussi hypocrite que le père Gaspard. SERPOLETTE.
Oui, mais quel jol\ gazouillement ! l’ soir quand il chantait le long d’ la falaise et que je l’entendais en retournant à la ferme, c'était plus fort que moi, j’ le suivais, c’est-à-dire je suivais sa voix, et c'était toujours du côté du p’ tit bois ; que ses roucoulades m’ conduisaient, et là y m’ parlait mariage sous le grand orme qui s’ trouve à l'entrée ; mais depuis l’arrivée de la superbe Germaine, j'ai beau l’attendre...… sous l’orme, y ne r’ vient pas,
GERTRUDE
Mais qu'est-ce que c’est que cette Germaine ? Jamais on n'avait entendu parler d’une nièce à Gaspard. | | SERPOLETTE.
Si fait, 1l en parlait aueuque fois, surtout d’puis un an.
BY. paraît que c’est re file dure sœur ie foi, ne néétait pas Rs : pays, et qui est défunte depuis longtemps. Mais ce qui m’ CE.
tonne, moi, c’est que ce vieux tire-liards de père Gaspard - ait dépensé tant d'argent pour une nièce ; si on disait : c’est - parce qu’il l'adore; mais il n’allait jamais la voir à sa pen- : SION.
TOUTES, C’est vrai.
Et, quand tout à coup, il l'en a retirée, il y a quatreou
cinq mois, ça a été pour la bichonner ni plus ni moins que si c'était une princesse ; tandis que la princesse c’est peut- être moi que je la suis.
MANETTE
Toi!
TOUS
Ah!ahl!ahl!ah!
SERPOLETTE, Et pourquoi pas ? 20 FÔOS ; | RONDEAU. .
Dans ma mystérieuse histoire
Tout me paraît surnaturel.
Et d’abord il serait à croire
Que j suis vraiment tombé’ du ciel.
J'avais deux ou trois jours à peine
Et gentiment je sommeillais,
Quand le pèr” Gaspard dans la plaine x Me trouva sur des serpolets.
Sans doute il pensa, je l présume.
Que j'étais la fille d’un roi ;
Mais comme j n’avais pas d’ costume à: Je n’avais pas d’ papiers sur moi.
A défaut d’acte de naissance,
Sur mon pays, sur mes parents,
J' n'avais pas assez d’ connaissance Pour lui donner des renseign’ments,
” Mais [’ pèr’ Gaspard qui n’est pas bête à Sans savoir comment que j' m’app’lais, | M’app'la tout bonn’ ment Serpolette, HAUTE Vu qu’ j'étais sur des serpolets. |
Mais je me figure sans cesse,
Depuis que j'ai l'âg’ de raison, Que j’ suis la fille d’un’ princesse Et qu’on m’a volé mon blason. FE
Je vois des traîtres qui s’apprêtent A m’enlever de mon palais, | D Des conspirateurs qui me jettent 24 + Sur mes parrains les serpolets.