‹ Les clubs contre-révolutionnairesChapitre 14 sur 73 · CLUB DE L'HOTEL DE MA8S1AC · texte numérisé non relu

CLUB DE L'HOTEL DE MA8S1AC

« Paris, Hôtel de Massiac, le 1" septembre 1789.

u M. BoissEL, avocat, rue BaiUif\ n" 12.

« L'assemblée Coloniale, à qui vous avez adressé, Monsieur, Votre ouvrage intitulé Le Catéchisme du Genre humain et plusieurs Exemplaires de votre adresse aux États généraux, Vous prie d'En agréer tous ses Remerciemens : Elle se propose De faire de vos Lumières L'usage qui pourra Lui Être avantageux.

« Nous avons L'honneur d'Être bien Sincèrement, « Monsieur, << Vos très humbles serviteurs.

<' J^es membres de la Société correspondante De Colons français. " Par Mandement de la société (J \ »

La question de l'abolition de l'esclavage entrait dans le domaine des faits. Des colons blancs publièrent : Réclamations et observations dex Colons sur J' abolition de la traite di's \èf/res (2). C'était une réponse aux hommes qui avaient pris la défense des noirs, à Barnave, à Condorcet, à Brissot, à Mirabeau, à l'abbé Grégoire et à d'autres négrophiles; à l'abbé Grégoire parlant « de faire un grand abattis dans la forêt des abus. »

Le Club de l'Hôtel de Massiar devenait suspect à ce point que, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1789, le baron de Mordant, commandant t'ii second de la garde nationale <le Vernon, fut arrêté dans riiùlel, el élargi sur sa parole.

Mais continuons la série des envois au club :

Un fi (lie t de M. Morean de Saint-Ménj, du 30 décembre 1789, porta :

« Moreau de Saint-Méry a l'honneur DEnvoier [sic] à Messieurs De l'Hôtel de Massiac, Cent exemplaires de ses observations sur le mémoire de M. l'abbé Grégoire pour les Gens de Couleur. »

Moreau de Saint-Méry avait fait tout i-écemment un voyage à Saint- Domingue. Il travaillait sur les lois et constitutions des colonies françaises de l'Amérique Sous-le-Venl.

Dans une lettre écrite de Bordeaux, le 5 janvier 1790, M. David Gradis, président, annonça :

« Nous avons Reçu les Cent exemplaires de l'ouvrage Conire b's

(1) Arch. N.it., Club de Massiai-.

2) Hruchiiro in-8". septfnibre llSÎ).

amis des Noirs, et nolis allons lès distr'ibuer aux Colons françois Résidens à Bordeaux. »

De Bordeaux, le 16 janvier 1790. Lettre de M. Cradis, où l'on voit cotte note en post-scriptum :

« Ayant appris, par les papiers publics, que les Comédiens de Monsieur avoient loué l'Hôtel de Massiac, nous vous prions do nous donnoi" votre nouvelle adresse. »

« Paris, le 20 fi^vrier 1790.

<i M. DE MiLLY, avocat au Parlement, rut> de la Michodière ^ n° 4,

à Paris.

« La Société Des Colons français, Monsieur, reçoit avec reconnaissance l'excellent discours dont vous lui avez envoyé grand nombre d'exemplaires; la Cause des Colonies ne pouvait être en de meilleures mains; vous ne vous êtes pas contenté de la défendre par votre éloquence, votre zèle a été plus loin, et vous avez voulu encore aller vous-même la plaider auprès des autres districts: veuillez agréer nos Sincères remerciements.

<( Le Succès a Couronné vos Soins comme défenseur des Colonies, vous vous êtes acquis les plus grands droits à la reconnaissance do tous les Colons, nous aimons à ajouter à ces Sentiments ceux d'estime et d'attachement dont nous Sommes particulièrement pénétrés pour un compatriote dont le zèle et les lumières nous ont été si utiles.

« Nous avons l'honneur d'être, etc. »

" M. Deneux a l'honneur d'envoyer à Monsieur Cormier 30 Exehiplaires d'une Lettre (jue M. Payen Boisneuf a fait imprimer et qu'il prie Monsieur Côi-miier d'avoir la bonté de faire distribuer ft MM. les Membres de la Société de l'Hôtel Massiac.

« Ce 20 janvifr 1792 (1). »

Cette correspondance, cette propagande achevait do discréditer le club aux yeux des partisans de la Révolution, même les plus modérés.

Le 28 février 1791, quand des gentilshommes royalistes pénétrèrent dans le château des Tuileries, Court de la Tonnelle, lieutenant du roi à Salins, voulait assassiner le roi, disaient-ils. Ils vonaionl,

(1) Arch. Nat., Club do Massiiac.

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par suite, (léremlre Loitis XVI. Courl de la Tonnelle fui arrêté. Le Club de Massiac s'assembla.

<i Elirait des registres des délibérations de la Société coii'espondant^ des colons français séante à Paris, Hôtel de Massiac.

« Séance extraordinaire du lundi 27 féviier 1791, cinq heures du soir.

« La Société correspondante des colons françois réunis , Paris, Hôtel de Massiac, convoquée extraordinairement, délibérant en comité, vu l'urgence du cas;

« Sur le bruit qui vient de se répandre de l'arrestation de M. de Court de la Tonnelle (1), l'un de ses membres, au château des Tuileries ;

« Considérant que la cause de cette arrestation paroissant être de ce qu'il avoit à sa ceinture un petit couteau-de-chasse à bayonnelte, de la forme de ceux dont le roi se sert à la chasse, ou dans les petits voyages;

« A arrêté unanimement qu'il serait sur-le-champ député l'un des membres du comité, pour se rendre vei's MM. les députés municipaux, ;i l'effet :

« 1° De déclarer qu'il est à la connaissance de la société, qu'il y a environ un an que M. de Court de la Tonnelle fut attaqué dans une rue de Paris ; que, depuis cette époque, il a été dans l'usage journalier de porter à sa ceinture le couteau-de-chasse dont il est question; que, nombre de fois il a déclaré dans la conversation qu'il porloit cette arme pour sa défense, en rentrant chez lui le soir;

« 2° Que la société, qui, depuis dix-huit mois, voit dans son sein M. de Court de la Tonnelle, et qui a reconnu en lui toute la probité et la sagesse d'un bon citoyen fidèle à la nation, à la loi et au roi, et «l'un honnête père de famille, s'empresse d'offrir une caution juratoire, pour prévenir la détention de son membre, à la charge de le représenter toutes et quantes fois il sera requis par la municipaliti' ou autres juges.

« M. Cormier a été nommé comrtiissîiirè pour remplir, au nom de l<i société, la mission ci-dessus, et à été ihvitë d'eii tendre cdmpte demain matin : en conséquence le coiiiité à été cbhvciqùé pour demain midi précis. »

La réunion eut lieu.

(1) Chevalier de Saint-Luuis. u Marquis de Court », écrit Marat.

7fi LES CLUBS CONTHE RÉVOLUTIONNAIRES

« Séance du mardi l" mars 1791, onze heures du matin.

« M. le Président a ouvert la séance. M. Cormier, ayant la parole, a (lit (|ii'il s'étoit présenté hier soir devantMM. les officiers municipaux ; (ju'il avoit rempli la mission dont il avoit été chargé, et en avoit requis acte; mais que néanmoins il prévenoit le comité, que le bruit public étoit que M. de Court de la Tonnelle avoit été conduit à TAbbaye.

« Sur quoi délibérant,

« 11 a été arrêté à l'unanimité, que six commissaires seroient de nouveau envoyés vers MM. les officiers municipaux, pour réitérer les déclarations et faire les offres susdites; et, pour en assurer d'autant yjlus les effets à la municipalité, les soussignés composant le comité ont offert la caution juratoire, et se sont soumis à la représentation «le M. de Court de la Tonnelle, lorsqu'ils en seront requis.

« Au moyen de tout ce que dessus, la municipalité est suppliée de p! ononcer l'élargissement de M. <le Court de la Tonnelle.

« Les commissaires nommés sont MM. Billion, président, Annibal d'Agoult, Deslandes, Thenet, Cormier, Robegot (Roberjot), Tartigue (Lartigue) (1). »

Malgré les réclamations de Malouet et de Cormier, M. de Court de la Tonnelle fut conduit à la Conciergerie. Néanmoins, l'affaire ne paraît pas avoir eu de suites.

Ce n'est pas pour cet incident, d'ailleurs, que le Club de Massiai; eût encouru l'impopularité. Évidemment, les royalistes avaient cherché un faux prétexte à la « Journée des Poignards ».

Les réunions des colons blancs déplaisaient aux Parisiens, aux Français qui réclamaient la liberté pour tous, blancs ou hommes de couleur, aux colonies comme dans la métropole, sans se soucier des intérêts matériels qui faisaient agir les opposants, dont la ténacil»' était extrême.

Le Club de l'Hôtel de Massiac n'avait pas tardé à être attaqué pailes journaux patriotes, à cause de son influence dans les colonies. Lorsque l'insurrection des nègres à Saint-Domingue éclata, le 2ÎJ août 1701, bien des gens sollicitèrent et obtinrent du club leur passage pour aller dans cette île où leurs propriétés avaient été

(1) Journal des Amis de la Conslilaturi monarchique, t. IF, u' l.i, du samedi 12 mars 1791. p. 78. 79. 80.

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