SALONS DE LA PRINCESSE DE LAMBALLE, ETC
La princesse de Lamballe (Marie- Louise de Savoie -Carignan), surintendante et amie de la reine Marie-Antoinette, était une amie compromettante. Après les journées des o et 6 octobre 1789, elle s'installa au château des Tuileries, où elle occupa le rez-de-chaussée du pavillon de Flore.
Là se tinrent des conférences, « dont l'objet était de réunir les différents chefs de parti, afin de se concerter et de s'entendre pour sauver la Constitution, l'État et le Roi (1). » La princesse semblait former autour d'elle un centre de courtisans intransigeants, et, de plus, elle trônait dans le salon de Marie-Antoinette, qui la qualifiait d'angélique. Beaucoup de nobles, peu de prêtres venaient au pavillon de Flore; ils étaient futiles, indiscrets, dangereux, y colportaient les satires et les chansons. On y hsait les Actes des Apôtres.
Ce salon servait à Marie-Antoinette pour recevoir, plus ou moins secrètement, des membres de l'Assemblée nationale que la i'eine voulait gagner, des écrivains royalistes, des hommes politiques compromis et impopulaires. Cela fit regarder la princesse de Lamballe comme un féminin chef de faction. Réellement, elle remplissait le rôle d'agente, cherchant à opérer au milieu d'une société assez mêlée. On prétendait que ses soirées étaient organisées seulement dans un but d'information et de conciliation. La reine présida quelques-unes de ces réunions où, vers la fin de 1791, se rencontraient des fonctionnaires publics et des hommes politiques, que madame de Lamballe avait charge de corrompre ou de surveiller.
Veuve de Louis-Alexandre de Bourbon-Penthièvre, madame de Lamballe était fort estimée par Louis XVI, qui lui envoya un précieux volume, VOffice de la semaine, en écrivant de sa main sur la lettre d'envoi cinq lignes ainsi conçues :
« Madame ma cousine, c'est aujourd'hui vostre fête; je vous prie
(1) Joseph Wober, Mémoires concernant Marie-Antoinette, t. II, p. 61 (Londres, 1806-1807, Paris, 1822, in-8").
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(le recevoir ce livre qui vient de ma mère et où j'ai appris à prier Di(>u; je le prie pour vous, il })énit vos vertus (1). «
A cette occasion encore, Marie-Antoinette lui adressa une lettre commençant par ces mots :
« Mon cher cœur, etc. », et une autre lettre, terminée ainsi : «... Adieu, ma chère Lamballe, je vous embrasse du meilleur de mon cœur comme je vous aimerai toulte [sic] ma vie (2). »
Quand la reine fut enfermée au Temple, madame de Lamballe demanda à partager sa captivité.
Le 1"'' janvier 1793, un aflilié aux Jacobins annonça dans le club qu'on lui avait écrit que madame de Lamballe avait déposé avant sa mort une somme de 400,000 francs en numéraire. La lettre devait être portée au Comité de surveillance, pour qu'il prit les renseignements nécessaires (3).
Si nous descendons des habitations princières aux salons dorés de l'ancienne noblesse, nous voyons que ceux-ci exercèrent une influence immense, que rien n'y était négligé pour attirer et convertir, sinon corrompre, des hommes qui, séduits d'abord par les idées nouvelles, n'avaient pas une conviction assez forte, une énergie assez éclairée pour résister à de trompeuses amorces.
Dans ces salons, datant d'avant la Révolution, se coudoyaient les élégants, les lettrés, les savants de l'ancien régime, avec les rudes novateurs.
C'est ainsi que, à l'approche de 1789, les aristocrates, les jeunes d'entre eux, surtout, portèrent un unifoi'me de ralliement : habit vert, collet rose, veste, culotte, souliers à boucles. Ils avaient quelquefois des boutons d'habits sur lesquels étaient gravés ces mots : Ventre libre ou mourir, par allusion à Vivre libre ou mourir. Ils adoptèrent des cocardes anti-patriotiques, — petits flocons formés d'un seul ruban rayé; ils en eurent de mécaniques, habilement faites, qui, de tricolores dans les promenades de Paris, passaient blanches dans leurs cavalcades, aux environs de Ragatelle (4) ; ils curent des boutons contre-révolutionnaires, des bagues avec cette devise : Domine, salvum fac regem.
{l) Bibliothèque du comte de Lignerolles, vendue après sa mort à l'hôtel Drouot, en février 1894.
(2) Idem, Autographes.
(3) Société des Jacobins, séance du mardi. 1"" janvier 1793.
(4) Voir plus haut, p. 247.