CHAPITRE CINQUIEME
Nommez les hommes qui ont approfondi les questions sociales. Nommez les hommes qui se sont occupés des misères du peuple, dont toute la vie a été consacrée au peuple, qui ne font qu'un avec le peuple. On cherche à vous diviser, citoyens ; on veut dissoudre les ateliers nationaux, on veut envoyer la moitié d'entre vous aux armées, pour vous employer contre vos frères, ou pour se débarrasser de vous... Citoyens de Paris, votez comme un seul homme, et les ennemis du peuple rentreront dans la poussière!... Au nom de toutes les souffrances de la classe ouvrière, au nom de la misère qui est son partage, votez comme un seul homme I Votez tous 1 Tous d'accord ! Plus de négligence ! Plus de division ! Plus d'isolement I... »
En se ralliant ainsi aux socialistes, après son échec dans la tentative de fusion, le club de la Révolution montrait la sincérité de ses efforts en faveur de la cause démocratique ^ .
D'ailleurs, s'il avait échoué dans sa tentative de fusion des différentes nuances républicaines, cependant les résultats des élections étaient propres à le satisfaire : sans parler même de Caussidièrc, trois socialistes, Pierre Leroux, Lagrange et Proudhon. étaient élus. Et après les élus, des socialistes encore, Thoré, Kersausie, Raspail, obtenaient le plus de voix.
I. Le club de la Révolulion s'était aussi préoccupé de surveiller l'orgauisalion matérielle du vote ; il encourageait les électeurs à prendre pari au scrutin, cheichait à empêcher les fraudes (Cf. les séances des 3c) mai, a et 3 juin, Travail, n°^ des i", 4 au G et 6 au 8 juin, et l'appel adressé par le club à tous les bons citoyens pour les inviter à assurer la régularité des opérations électorales, liéjbnne, ^ juin, édil. du matin). Mais là encore il ne semble pas avoir accompli la mission qu'il s'était assignée ; car la veille des élections, le citoyen Bocquet. membre du club, déplora que u le club de la Révolution, qui en beaucoup de circonstances, a pris l'initiative des mesures les plus démocratiques, jic se soit pas organisé à l'avance, dans la prévision des élections »> (Séance du 3 juin. Travail, n" du G au S juin).
Mais déjà un autre sujet préoccupait le club : la question à l'ordre du jour était désormais celle du ' Banquet du Peuple, fraternisation des travailleurs o. banqueta 25 centimes organisé sous les auspices du Père Duchéne, et qui devait avoir lieu le long des fortifications. Lesjournaux réactionnaires jetèrent l'alarme ^ Le Gouvernement s'inquiéta de l'importance que prenait la manifestation -, et finit même par faire arrêter Thomassin, l'un des organisateurs du banquet^. Les socialistes eux-mêmes en venaient à se demander si des agents de la réaction ne versaient pas de fortes sommes au banquet, afin d'en profiter pour provoquer l'agitation ^.
Dès le 2 juin 5, la question fut portée au club de la Révolution ; deux tendances s'y manifestèrent immédiatement. Les uns, se rappelant les conséquences du i5 mai, ne voulaient pas se rendre au banquet, craignant des troubles. « Depuis quelques jouis, les ba'ionnettes bourgeoises sont en quête d'une émeute, dit Rabuan*'; je crains que ce banquet ne soit pour eux l'occasion qu'ils cherchent, que je redoute, moi, pour la démocratie. Le passé est un exemple : songeons au i5 mai. » — « Le 10 mai, Barbes s'est opposé à la manifestation, dit Chil-
I. Le Constitutionnel 7 juim disait que le banquet avait pour but de délivrer les prisonniers de 'S incennes. L'Assemblée nationale (q juin; déclarait que le banquet n'était qu'un prétexte comme la Pologne le i5 mai, et que la République rouge allait apparaître.
3. Cf. Gh. Seignobos, Les proces-verbaux du Gouvernement provisoire et de la Commission du pouvoir exécutif de ISU8 dans la Revue d'Histoire moderne et contemporaine, t. MI, igo.j-Kjoô. p. ôç)6 ; Commission d'enquête A- U, p. 197, 300, etc., rapports de police, t. I", p. 228, déposition de Fr. Arago; Presse, 8 juin, etc.
3. Vraie République, i3juin; Garnier-Pagès, op. cit., t. X, p. 227.
4. Cf. Le Tocsin des Travailleurs TBibl. nat., Le-, i854;, 10 juin.