CHAPITRE CINOLIEME
l'ouverture du club Saint-Jean et du club du Salon de Mars était signalée par le parqueta et le 29*, le procureur de la République écrivait au procureur général : c J'ai été informé de l'ouverture récente d'un nouveau club qui tient ses séances au Salon de Mars, rue du Bac, et mon attention a été éveillée sur les tendances anarcbiques de ce club par un rapport de police sans signature, sans authenticité, et tellement irrégulier qu'il serait impossible de fonder sur un pareil document des réquisitions tendant à la fermeture immédiate et provisoire. Le premier procès-verbal queje recevrai, et je lattends à tout moment comme résultat de ma circulaire aux commissaires de police, mettra dans mes mains une arme légale dont j'userai de suite dans l'intérêt de l'ordre public. » Le 3o septembre^, le procureur de la République annonçait au procureur général la réouverture d'un club ouvert rue Saint-Honoré et de « celui de la rue du Bac, dit de la Révolution... La physionomie de ces clubs, ajoute-t-il, est la même ; aucun d'eux ne veut se renfermer dans le cercle des discussions purement constitutionnelles ou politiques. Tous prêchent et prêchent avec violence les doctrines en vertu desquelles la société doit être renouvelée... » Et le rapport continue, montre les clubs jetant le trouble dans la cité, échappant aux dispositions du décret en percevant un droit d'entrée, en se dispensant de rédiger un procès-verbal, pendant que les fonctionnaires présents ne peuvent fixer par écrit les provocations dont ils sont témoins, d'autant plus que les clubistes trompent habilement leur surveillance. « C'est une observation digne de remarque, ajoute le rapport, que parmi les clubs à peine rouverts, il n'en est pas un qui n'ait été déjà
1. Bulletin du parquet du 28 septembre, Arch. nat., BB'* l!^-^, doss. ôgSS A, et Rapport du aS septembre, Arch. nat., BB'* i!i~i, doss. GgSS A, publié par M. Tchernoff, op. cit., p. 2ii-2i3. Le procureur de la République déclara, il est vrai, que le club du Salon de Mars était l'ancien club des Droits de l'Homme, mais les contemporains confondaient fréquemment, nous l'avons vu, ce club et celui de la Révolution fcf. plus haut, p. 187, note 3).
2. Rapport du 29 septembre. Arch. nat., BB^* i474, doss. 6933 A.
3. Rapport du 3o septembre, Arch. nat., BB^* 1^73, doss. 6933 A, publié par M. TchcrnofT, op. cit.. p. 217-221.
l'objet de l'attention du ministère public, et pas un encore qui n'annonce bien liaut le parti pris par ses fondateurs de renouveler la société en la bouleversant. Je n'excepte pas un club dit de la Révolution, fondé sous le patronage et sous les inspiralions de M. Barbes, transporté aujourd'hui rue du Bac et qui ne semble avoir rien perdu, d'après ce que j'apprends, de sa véhémence et de son ardeur originelles. Je n'ai pu agir contre ce club par la raison qu'il ne m'est arrivé ni rapport, ni procès-verbal, et que ce silence de la part de l'autorité réduisait la justice à l'inaction. Les rapports que je reçois à l'instant ne m'auraient pas permis d'agir à cause du vague des énonciations. )) Bientôt l'occasion cherchée parle parquet se présenta. Le bulletin du parquet du 5 octobre^ signale une « citation aux membres du bureau du club du Salon de Mars pour restriction de la publicité des séances », une assignation aux sieurs Hervé et Pellet-. « prévenus d'avoir apporté une restriction à la publicité des séances du club du Salon de Mars, en demandant lo centimes à chaque personne qui se présentait pour entrer ». Le bulletin du parquet du 7 octobre ^ remarque : « Toujours même tendance à attaquer la propriété, mais les orateurs restent dans les bornes de la légalité. » Cependant les poursuites amenèrent Hervé et Pellet en police correctionnelle et Hervé fut condamné à 100 francs d'amende* " pour perception d'un droit d'entrée, quoique non obligatoire, par cela seul qu'il était demandé et qu'il fallait engager une espèce de conversation avec un préposé du club pour se dispenser de payer le droit réclamé 5 ». L'autorité n'était pas encore satisfaite: à la suite de
I. \rch. nat.. BB"* 147A, doss. 6988 \. — Dès loô octobre, Le Constitutionnel annonçait la fermeture du club par la force armée. Le lendemain il démentait cette nouvelle et une lettre d'Hervé yRépubliqiie. 6 octobre) déclarait que le club déjouerait toutes les manœuvres officieuses tentées pour le dissoudre.
a. Comme Hervé, Pellet avait été en juin membre du club de la Hévolution iCf. plus haut, p. 307).