CONCLUSION
Le rôle des clubs de Barbes et de Blanqui a été exagéré et dénaturé. M l'un ni l'autre ne semble avoir eu une action décisive sur les événements.
Le club de la Révolution ne fut certes pas un foyer de conspirations ; les discours qu'on y prononça ne furent pas violents, encore moins séditieux ; toujours disposé à concilier ses opinions socialistes avec le respect de la légalité, le club de la Révolution offrit son appui au Gouvernement le i6 avril ; si Barbes se laissa entraîner à la fin de la journée du i5 mai à prendre la direction du mouvement, le club avait, jusqu'au dernier moment, protesté contre la manifestation ; et, malgré les progrès qu'il fit dans la voie socialiste, il resta jusqu 'aux derniers jours de son existence, en juin, soucieux de ne point attaquer le Gouvernement.
La Société républicaine centrale était plus violente et plus hostile au Gouvernement ; la bourgeoisie y était attaquée dans des discours passionnés ; mais on ne voit cependant pas que la Société républicaine centrale ait voulu ou organisé l'émeute ; si des paroles violentes, qui semblent traduire des désirs d'insurrection, furent parfois prononcées, le club de Blanqui ne provoqua cependant pas de troubles le 25 février, il ne paraît pas avoir voulu organiser autre chose qu'une manifestation pacifique le 17 mars, et ne prit point part à l'organisation du lô mai. Le 16 avril, il est vrai, il y a tout lieu de croire que Blanqui songeait à épurer le Gouvernement, mais ce n'est
cependant ni lui, ni son club qui préparèrent cette journée. Excepté pour la manifestation pacifique du 17 mars, qu'elle a contribué à organiser, créant ainsi le précédent des grandes démonstrations populaires destinées à exercer une pression sur le Gouvernement, la Société républicaine centrale ne porte que la responsabilité lointaine des « journées » ; par ses discours, ses critiques, elle contribua à entretenir l'agitation, à augmenter le mécontentement ; et sans doute à un degré moindre le club de la Révolution en étail-il aussi responsable ; mais au moment d'agir, Blanqui même, soit crainte, soit calcul, recula toujours devant le mouvement qui n'eût été que la conséquence de son altitude. De même que le 20 février il avait retenu ses partisans prêts à agir, il resta muet le 17 mars, inerte le 16 avril, et le i5 mai sopposa à la manifestation. Ainsi Blanqui lui-même a exercé sur les siens une action modératrice.
A défaut de l'organisation de l'émeute, qui est en général la part que l'on attribue à Barbes et à Blanqui dans le mouvement politique de 18^8, surent-ils, sinon descendre dans la rue à la tête de leurs troupes, du moins exercer une influence sur l'évolution et les idées politiques ?
Dans les discussions de ces clubs, nombre d'idées et de théories furent développées ; les délibérations de ces assemblées contribuèrent ainsi à répandre et à vulgariser des notions de liberté politique, d'antagonisme social, de socialisme d'État, et à développer la conscience des droits populaires ; c'est pour cela que le Gouvernement les redoutait. Lors de l'abolition de l'impôt du timbre, lors de l'abrogation des lois de septembre, et lorsque les petits contribuables furent dégrevés de l'impôt des 45 centimes, les délibérations des clubs semblent même avoir influé sur les décisions du Gouvernement ; mais c'est alors parce que les vœux ou les critiques émis par le club exprimaient un courant général de l'opinion. Malgré le nombre d'idées, intéressantes même, agitées par ces clubs, il semble donc qu'ils perdirent en paroles inefficaces la plus grande partie de leur temps et de leur activité. Us ne réussirent pas à influer sur les élections. En réalité, malgré l'intérêt des dis-