PH. CL, A. DE THUBIÈRES, COMTE DE CAYLUS
Fac-similé d'une gravure de C. N. Cochin le fils, exécutée d’après son propre dessin. Pièce restée inachevée.
(Collection de M. Béraldi père.)
LES ARTISTES CELEBRES
Cochin, de son côté, disposa en tout temps d’un grand nombre de voix à l’Académie ; et l’on peut dire que, en général, ses amis, ses obligés, ou ceux qu’il avait intéressés à ses projets, formaient la majorité. Nommons Bouchardon, assez froid d’ordinaire, mais pourtant plutôt favorable; les Vernet, toujours dévoués; les Belle, liés par la parenté et la reconnaissance ; les Coustou, Michel-Ange Slodtz, Pigalle surtout, ses sculpteurs préférés; Soufflot, son compagnon de route; Chardin, sa vieille admiration; Bachelier, son collègue auprès de Mme de Pompadour; Boucher, son modèle et son maître toujours vénéré; sans parler des amateurs ou correspondants dont il avait favorisé l’élection, l’abbé Pommyer, Descamps, etc. On voit que, si jamais Cochin venait à être combattu, il devait trouver un fort parti pour le défendre.
Les choses n’en vinrent pourtant à cette extrémité qu’une fois, dans cette fameuse affaire de la distribution des prix de sculpture en 1768. Le rapport officiel se trouve dans les Procès-verbaux de l’Académie et la scène dramatisée dans Diderot L Les deux concurrents, Moitte et Foucou, étaient à peu près d’égale force; mais le premier était fils d’académicien, et élève de Pigalle, un entêté qui s’était écrié en pleine séance: « Je quitterai l’Académie si Moitte n’est pas couronné. » Moitte eut le prix. Cochin semble avoir fait preuve de faiblesse dans cette affaire, et il eut à subir quelques affronts des élèves mécontents. L’abbé Pommyer, son ami, fut injurié dans la rue, et les mutins tirèrent l’épée contre son domestique. Ils décrochèrent ensuite une couronne de laurier fané à la porte d’un cabaret et en ornèrent la tête de Foucou. Là-dessus, force sifflets et huées pour les juges. Ce fut un vrai petit scandale, et l’école resta plusieurs jours fermée. Plus d’un en profita sans doute pour rejeter tout le blâme sur Cochin, complice de Pigalle, et rapporteur de l’affaire auprès de M. de Marigny.
Mais ceci même est peu. Dès cette époque, la valeur des œuvres de Cochin ne jouit plus de la même considération auprès de tous ses confrères sans exception, ni même auprès du public. Au concert d’éloges qui avait accueilli jusque-là, et qui continuait, le plus souvent, à accueillir les expositions nouvelles de Cochin au Salon 2, se mêle désormais plus d’une critique. Le voyage d’Italie a décidément fait tort à son talent. Il
1. Procès-verbaux, 1768, t. VII. Diderot, Salon de 1767, et Courajod, l 'École royale des élèves protégés.
1. En voir quelques spécimens hyperboliques dans Goncourt, Cochin , VII.
Fac-similé de la gravure de S. L. Prévost, d’api es le dessin de C. N. Cochin le fils, composé pour le Catalogue des différais (sic) objets de Curiosités dans les Sciences et Arts ; qui composaient (sic' le Cabinet de feu M. le Marquis de Menais, par F. Basan et F. Ch. Joullain.
FRANCE
DESSINATEURS ET GRAVEURS
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se trouve un Mariette, — malveillant, il est vrai, mais très lin connaisseur, — qui écrira : « Sa situation, qui est assurément très flatteuse, lui a fait sacrifier les talents qu’il avait pour la gravure... Il affecte dans ses dessins d’y mettre ce qu’on appelle de la grande manière. Mais il y a des gens qui regrettent celle qu’il s’était faite autrefois, et qui, pleine de gentillesse, paraissait lui avoir été dictée par la nature seule 1 . » Ce que Mariette écrit, et très justement, du Lycurgue blessé et du Virginius, d’autres vont le dire très haut, avec plus de raison encore, de la gravure
FAC-SIMILÉ d’une GRAVURE DE C. N. COCHIN LE FILS. (Histoire de France , 1749.)
en petit, de l’allégorie froide et apocalyptique, des estampiers enfin et de tous ces faiseurs de vignettes dont Cochin mène le chœur. L’abbé Le Brun crie à l’abaissement de l’art et dénonce notre artiste pour le grand coupable. Cochin coquetait avec l’antique : il est dépassé, débordé. Le mouvement qu’il avait inauguré va le balayer comme paille. On demande du vrai (?) antique maintenant, c’est-à-dire du grand, du savant, du sec, du froid, du Vien-David. Le temps est venu où Cochin aura cessé de plaire.
C’est au début du nouveau règne, autour de 1 7 7 5 , que le mouvement se produit avec une irrésistible énergie. La carrière académique de Cochin est ici terminée. Il se survivra encore quinze années, spectateur
. Abecedario.
désormais plus qu’acteur. La Direction des arts a d’ailleurs passé entre des mains plus jeunes. En 1773 , elle est confiée au comte d’Angivilliers, et M. de Marigny n’est plus que son adjoint. Cependant, les longs services de Cochin obtiennent leur juste récompense. Il a soixanteet un ans, il est secrétaire en activité depuis vingt-six années; on lui donne un suppléant, Renou, qui, désormais, sera chargé des registres (26 février 1776). Enfin, sa carrière d’académicien est couronnée par une décision de ses confrères qui le nomment, par mesure extraordinaire, conseiller de l’Académie, malgré l’usage et les statuts qui excluent de cette fonction un secrétaire (29 novembre 1776'). Dès lors, Cochin peut, sinon se reposer, du moins vieillir.
1. Procès-verbaux , t. VIII. Le procès-verbal, p. 25o, s'appuie sur une pre'tendue phrase des statuts pour autoriser la nomination de Cochin; mais les statuts n’ont jamais contenu cette phrase. C’est donc bien en dépit des statuts que Cochin a été nommé.
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ORAISON FUNÈBRE DE PHILIPPE V , ROI D’ESPAGNE. Rédaction de la gravure de C. N. Cochin le fils, exécutée en 1759, d'après son propre dessin. (Collection de M. Henri Béraldi.)