‹ Les collectionneurs de l'ancienne Rome: notes d'un amateurChapitre 46 sur 80 · LES "BIBLIOPHILES · texte numérisé non relu

LES "BIBLIOPHILES

CICÉROPSC, SYLLA, QéTTJCUS, VARROfX, ETC,

\i dit que Cicéron se piquait d'être amateur. En effet, deux ans après ses fameuses harangues contre Verres (Cicéron avait alors trente-huit ans) , nous le voyons pris d'une belle passion pour les objets d'art. Il avait de la place pour les loger : une douzaine de villas, sans compter ses maisons de Rome*. Cicéron avait d'abord habité les Carènes, au pied du Cœlius. « Voyez-vous, près de l'Arc de Constantin, cette pauvre porte coclière ronde et basse? dit le Président de Brosses; prosternez- vous , Quintin, c'est la porte de la feue maison de Cicéron. La place par où le maître de la République romaine rentrait

I. Ses principales villas étaient Tusculum, Antium, Cumes, Formies, Gaôte, Arpinum (la villa paternelle), Astura, Pompéiy Ficulée, Sicca. Ampère, IV, 329.

Pour Cicéron, Fart n'est qu'un moyen de décoration à la mode. « Cherchez-moi, dit-il à Atticus,

tout ce qui sera propre à orner mon Tusculum

Votre Hermathena sera un excellent ornement pour mon Académie; les Hermès se placent dans tous les lieux d'exercice, et la Minerve convient tout spécialement à celui-ci *.» Plus tard, il écrit à Gallus, qu'il a chargé aussi de lui faire des achats, car Cicéron a le bon esprit de ne jamais acheter directement luimême : a Mon usage est d'acquérir des statues qui puissent donner à ma Palestre l'air des ,Gymnases

de la Grèce J'ai fait construire ici des exhèdres

dans le dernier goût , je voudrais les orner de tableaux; si quelque chose me plaît pour décorer les pièces de ce genre, c'est bien la peinture*. »

Tout était donc à la mode grecque chez Cicéron I Son Tusculanum avait une Académie, un Lycée,

bres ne contenaient pas des têtes, même celles de Praxitèle. Car ces têtes se font en ôtant le superflu, et un Praxitèle luimême, pour les faire, ne met rien du sien; mais quand on a ôté beaucoup du bloc et qu'on est parvenu aux linéaments du visage, tout ce qui se trouve perfectionné était auparavant renfermé dans le marbre. Il a donc bien pu se trouver naturellement quelque chose de semblable dans les carrières de Chios. » Cicéron, deDiv.^ II, 6i. Falconet, à qui j'empriAte cette traduction, ajoute : <{ O Cicéron, je vous vénère assurément, mais quelles pitoyables idées vous avez de mon métier! Comme vous en parlez ! » Falconet, Observ. sur la statue de Marc^Aurèle.

I. Hermathena, buste de Minerve sur une gaînô; on disait de même Herméros, Herméracle.

2^ Ad GalL, 124.

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un Gymnase, une Palestre, remplis de peintures et de statues grecques ; lui-même déclamait, écrivait en grec, se modelait sur Démosthènes, et «vidait, c'est son mot, la boutique de parfumerie dlsocrate et de son école*. » Quant aux Grecs euxmêmes, il les méprisait selon Tusage de ses contemporains. Contraste singulier, mais essentiellement romain , ainsi que je l'ai expliqué.

Je viens de nommer Démosthènes. En faisant des fouilles près de la villa Aldobrandini, on a découvert une figure admirable en marbre représentant le grand orateur athénien *. Une circonstance donne un intérêt tout particulier à cette découverte; le marbre a été trouvé sur l'emplacement même du Tusculanum de Cicéron. Nous avons donc une des statues de sa collection, et cette statue est celle de Démosthènes 1

Sans doute Cicéron l'avait placée près de lui, dans sa bibliothèque, au milieu de ses livres chéris, ses « vieux amis, » comme il les appelait'.

Les livres : c'est au milieu d'eux qu'on retrouve Cicéron tout entier; voilà sa vraie passion, la seule où la mode n'ait que faire; a Pensez, écrit-il à Atticus , comme vous me l'avez promis, à me composer

1. Ad Au. y 26. Le bon ton était de parler grec, comme aujourd'hui anglais. Les femmes parlaient grec à leurs amants, les maîtres à leurs esclaves.

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