‹ Les colonies allemandes et leur valeurChapitre 17 sur 17 · L’ESSOR COMMERCIAL · texte numérisé non relu

L’ESSOR COMMERCIAL

Les possessions allemandes étaient au moment de la déclaration de la guerre en plein essor, le premier outillage était presque créé, les capitaux mis dans les affaires coloniales commençaient à rapporter. L’Etat allemand allait rentrer, comme l’on dit vulgairement, dans ses débours.

Le développement du mouvement commercial des possessions germaniques était pour ainsi dire général. Toutefois, pour certaines colonies, cette évolution et cette marche ascendante étaient peut-être moins rapides que pour d’autres, mais dans /'ensemble, depuis une dizaine d’années, les progrès étaient indéniables et c’est à bon droit que les coloniaux allemands se réjouissaient de cet heureux état de choses.

Il a paru intéressant de signaler les chiffres du mouvement commercial de chaque colonie allemande. Ces indications permettront mieux que n’importe quelles considérations de se rendre compte des efforts remarquables faits par nos ennemis dans leur domaine colonial et de mettre en relief les résultats déjà fort appréciables auxquels ils étaient arrivés.

CAMEROUN

(Commerce de la colonie)

Importations

Exportations

Commerce

total

fr.

fr.

fr.

Dans la situation économique du Cameroun, le caoutchouc joue

l’essor commercial

un rôle prépondérant ; la valeur des exportations de ce produit est passée de 1.347.500 francs en 1896 à 13.787.500 francs en 1911 représentant plus de 2 millions de kilogrammes. Les autres produits occupent dans les chiffres d’exportation une place modeste. L’ivoire a donné 462.500 francs en 1896, et après avoir atteint le chiffre maximum de 1.588.750 en 1905, est retombé à 726.200 francs en 1911. Les noix de palmes procurent une source de revenus régulièrement accrue d’année en année : 1.653.775 francs en 1896, 2.081.250 francs en 1910, 5.210.000 francs en 1911 ; l’huile de palme est également un produit d’exportation dont la valeur augmente; en 1805 le Cameroun en exportait pour 992.500 francs et en 1911 pour 1.780.000 francs. Le cacao est de plus en plus cultivé dans la colonie, l’exportation de ce produit représentait, en 1896, une valeur de 55.000 francs; en 1905 le chiffre de cette exportation était de 1.601.250 francs et, en 1911, de 3 millions 800.250 francs. Les bois des forêts du Cameroun commençaient seulement à être exploités par le commerce allemand, la colonie en avait expédié pour 67.500 francs en 1900 et pour 485.000 francs en 1911.

Togo

Les Allemands n’ont porté leur attention sur leur colonie du Togo que depuis peu. Il n’est pas douteux qu’à mesure que l’outillage économique de cette contrée se constituait, la valeur commerciale du Togo croissait. Ce développement est mis en relief par le tableau ci-après donnant les chiffres d’importation et d’exportation de cette colonie.

Commerce de la colonie

Années Importations Exportations Commerce

total

fr. fr. fr.

Les principaux produits d’exportation sont l’huile de palme dont la production atteignait 4.000 tonnes en 1911 ce qui représente environ une valeur de 7 millions de francs et les amandes de palmes

(132.000 tonnes). Les chiffres d’exportation du coton sont passés de 14 tonnes en 1902 à 550 tonnes en 1912, ceux du cacao de 1 tonne en 1903 à 283 tonnes en 1912.

Dans le Sud-Ouest Africain

Le mouvement commercial du Sud-Ouest Africain allemand est résumé par les chiffres de ce tableau :

Commerce de la colonie

Années Importations Exportations Commerce

total

fr. fr. fr.

M. Camille Martin qui a étudié avec une compétence toute particulière les possessions allemandes d’Afrique résume ainsi qu’il suit l’histoire du mouvement commercial du Sud-Ouest Africain : « Dans les quinze dernières années, la valeur du commerce total s’est élevée de 6.134.000 marks à 73.875.000 marks. L’exportation valait en 1897, 1.247.000 marks. En 1903, elle atteignait 3.540.000 marks. Puis vinrent les années d’insurrection. La valeur tomba à 299.000 marks en 1904, 216.000 marks en 1905, 383.000 marks en 1906. Un relèvement se produisit, en 1907, où l’on dépassa le chiffre de 1897. En 1908, la production du cuivre et autres minerais fit monter la valeur de l’exportation à 7.795.000 marks. L’année suivante, celle-ci fit un bond considérable et monta à plus de 22 millions de marks. Elle arriva, en 1910, à 34.691.000 marks. Cet essor prodigieux a été la jconséquence de l’exploitation des diamants dont la valeur fut ré présentée par 15.436.000 marks, en 1909, et 26.869.000 marks, en 1910. En 1911, un fléchissement s’est produit, mais il ne paraît pas avoir été durablè. En 19Ï2, la régie a exporté 238.772 grammes de diamants. On a calculé que de juillet 1908 à la fin de septembre 1912, la vente des diamants du Sud-Ouest a produit environ 73 millions do marks, »

l’essor commercial

Afrique orientale

L’Afrique Orientale est de toutes les colonies allemandes celle qui offre uri remarquable exemple de rapides progrès économiques. La richesse' du sol et la variété des cultures ont permis, en effet, aux Allemands de retirer des bénéfices commerciaux chaque année plus importants, ainsi qu’en témoigne ce'tableau :

Commerce de la colonie de l'Afrique Orientale

Commerce

Années Importations Exportations total

fr. fr. fr.

Ainsi pour la possession allemande de l’Afrique Orientale son ëssor commercial a suivi une courbe ascendante extrêmement rapide. Alors qu’en 1896 la valeur des importations n’atteignait que 10 millions de francs et celle des exportations 5 millions, on peut constater que ces valeurs ont décuplé. « L’Afrique Orientale, écrit M. Camille Fidel, est arrivée à un développement économique sensiblement égal à celui de notre grande Ile de l’Océan Indien, mais les progrès de son commerce extérieur ont été plus rapides ». Le chiffre du commerce de !’ Afrique Orientale allemande se montait à 34.500.000 francs en 1905 alors qu’à cette même date celui de Madagascar atteignait 54.049.000 fr. ; en 1913, le mouvement commerciàl de l’Afrique Orientale dépassait celui de Madagascar de 102.802.000 francs. La plus grosse part du chiffre des exportations de l’Afrique Orientale porte sur l’exportation du caoutchouc qui, en 1912, s’élevait à 9 millions de francs et celle du coprah qui est évaluée à 2 millions et demi. La culture du coton a donné lieu, depuis ces dernières années, à un mouvement d’exportations assez considérable qui se montait à 940.000 fr. en 191 1 et 1 ,543.750 francs en

1918. Le chiffre d’affaires sur l’exportation des plantes textiles a. au cours de ces dix années, varié : en 1905, il était de 1.108.750 francs, en 1910 de 3.763.750 francs et, en 1912, de 1.491.250 francs. Les Allemands attendaient beaucoup de l’exploitation du sosal, qui n’était que de 6 millions de kilogrammes en 1913 mais qui, lorsque les plantations seront en plein rapport pourra donner 30 millions de kilogrammes, représentant une valeur de 16 millions de francs.

Nouvelle-Guinée et dépendances

Le mouvement commercial de la Nouvelle-Guinée et dépendances est établi dans le tableau ci-après :

Commerce de la Nouvelle- Guinée el dépendances

Commerce

Années Importations Exportations total

fr. fr. fr.

Le chiffre d’affaires de cette colonie allemande est donc en progression, moins rapide que celle des autres possessions de l’Empire d’Allemagne, mais régulière cependant. Riche en gutta-percha, la Nouvelle-Guinée en exportait seulement pour 138.750 francs, en 1911, mais ce n’était là qu’un début. La principale exportation de cette contrée est le coprah dont la vente dépassait avant la guerre 6 millions de francs. Les phosphates de la Nouvelle-Guinée apportaient depuis peu un accroissement du mouvement commercial de la colonie, il en avait été exporté pour une valeur de 10.901.000 fr. en 1910 et pour 6.535.000 francs en 1911.

Samoa

La partie allemande de l’archipel des Samoa a un mouvement commercial assez considérable et très proportionné à son étendue.

l’essor commercial

Les Allemands y ont pratiqué la culture intensive du coprah et des noix de cocotiers sous la vive impulsion de la Société allemande de commerce et de plantation des îles du Pacifique. L’exportation de ces produits se monte à une valeur de 4 millions 1/2 en 1912. La découverte de gisements de phosphates a permis d’en exporter pour 1.271.000 francs en 1910, ! : 1.562.500, en 1911 et 2 millions environ en 1912.

Commerce des Samoa

Commerce

Années

Importations

Exportations

total

fr.

fr.

fr.

Kiao-Tcheou

Bien que ne pouvant considérer Kiao-Tchéou comme une colonie allemande au sens propre du mot. il nous a paru intéressant d’esquisser en quelques lignes le rapide développement du mouvement commercial de cette concession. M. Fidel donne les renseignements ci-après sur l’essor de Tsing-Tao. « Ce port fut déclaré port, franc en 1906, et depuis cette époque, l’administration des douanes chinoises y percevait des droits comme dans tous les autres ports à traité, avec l’obligation d’en remettre 20 % au gouvernement allemand. Ces 20 % et la part du gouvernement dans les bénéfices de la Compagnie du chemin de fer du Chantoung représentaient l’intérêt du capital engagé dans la mise en valeur de la colonie. Si l’on tient compte de toutes les circonstances favorables qui viennent d’être énumérées il n’y a pas lieu de s’étonner de la rapide progression du mouvement maritime et du commerce qui* en 1912, n’était guère inférieur à 250 millions de francs». Kiao-Tchéou vit pour ainsi dire par son port Tsing-Tao qui n’est, en définitive, qu’un port de transit entre les produits germaniques et la Chine. Le transit signalé à

doublé en 7 ans. L’histoire de l’essor commercial allemand à Kiao-Tchéou est synthétisé dans le tableau ci-contre :

Commerce

Années Importations Exportations total

fr. fr. fr.

En 1905, le chiffre total du commerce extérieur des colonies allemandes était de 241 millions, en 1912 il atteignait 573 millions, soit une augmentation de 222 millions. La part de l’Allemagne a, déclare lé Dr Karl Hellferich, l’actuel Ministre de l’Intérieur allemand dans son livre Deutschlands Volkswohlstand 1888-1913, passé dans son commerce avec ses colonies de 13.750.000 francs à plus de 50 millions. D’après les statistiques officielles allemandes la part de l’Allemagne dans le commerce de ses colonies a progressé de 80 millions de francs en 1905 à 207 millions 1/2 de francs en 1911 et la proportion par rapport au commerce total est passée pendant la même période de 39,3 % à 45 •%. Ce dernier pourcentage est plus favorable que celui de la France dans le commerce de ses colonies (autres que l’Afrique du Nord), ce dernier s’étant maintenu entre 42 et 43 %, pour les dernières années.

Après avoir très rapidement montré par quelques chiffres ce que les colonies allemandes exportaient vers l’Allemagne et vers les autres pays, il paraît intéressant de déterminer quel était le débouché qu’offraient à la formidable industrie allemande ses propres territoires d’outre-mer. Ce débouché représente une importation de 112 millions 1/2, ce qui est fort peu, comparé au commerce général d’importation de l’Allemagne, mais il ne faut pas oublier cependant que c’était un marché privilégié et comme tel recherché He plus en plus par les maisons allemandes. La «Deutsche Kolonialzeitung» du 15 février 1913 indique la part prépondérante des importations allemandes dans les colonies de l’Empire sur celles

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des autres pays. D’une manière générale le chiffre des importations de nos ennemis dans leurs colonies était de 63 %.

La proportion s’élève à 83 % pour l’Afrique du Sud-Ouest qui a importé, la même année, de la métropole, pour 46 millions 1/2 de francs de marchandises : en dehors des envois du gouvernement toujours très appréciables dans cette colonie, les progrès du peuplement allemand y provoquaient une demande de plus en plus active de denrées alimentaires, de vêtements, de linge, etc... La même année, le Cameroun achetait à l’Allemagne pour une valeur de 28 millions 3/4 de francs, soit les trois quarts des marchandises importées. Pour l’Afrique Orientale les statistiques accusaient une valeur de 30 millions 1/4 de francs de provenance allemande, soit 55 % seulement des importations ; mais on fait observer que la proportion peut être portée aux deux tiers si l’on tient compte des marchandises allemandes importées par la voie anglaise du chemin de fer de l’Ouganda. Le Togo ne recevait guère que la moitié de ses importations de la métropole, la Nouvelle-Guinée les deux tiers et Samoa un cinquième.

Aucun Allemand ne doutait que l’industrie nationale ne trouvât sous peu des marchés importants dans ses colonies, ces dernières dans l’esprit de tous, étant destinées à un développement chaque année plus considérable.

Les événements actuels ont permis aux Alliés de s’emparer de la totalité de l’Empire colonial allemand, à l’exception de l’Afrique Orientale dont la conquête est en cours. Le gage que l’Entente a entre les mains n’est pas petite chose, la « carte géographique » de la guerre coloniale représente un domaine de 3 millions de kilomètres carrés sur lequel vivent plus de 12 millions d’habitants et dont le mouvement commercial annuel dépassait le demi-milliard au jour de la déclaration de guerre.

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IMPRIMERIE DOMANGE ET G1

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