CHAPITRE III
A) Océanie,
Dans les îles de l'Océanie, on rencontre presque partout à l’état spontané le cotonnier. En Australie, les Anglais ont plusieurs fois tenté d'introduire cette culture. Le climat s’y prêterait assez bien, aussi bien que dans l’Afrique du sud, néanmoins les essais depuis 1868 n’ont guère donné de résultats tandis que certaines cultures prenaient une rapide extension. Il ÿ a en Australie de vastes régions inhabitées où la culture n’est pas possible; d’autres parties ne conviennent qu’à l'élevage ; ailleurs le sol est trop pauvre. Bref, la culture cotonnière n’y a fait aucun progrès.
Nos colonies de Nouvelle-Calédonie et de Tahiti, situées toutes deux au voisinage du 20° degré de latitude sud, conviennent fort bien par leur climat à la culture du coton, et les cotonniers s’y rencontrent à l’état spontané en beaucoup de points. En Nouvelle-Calédonie, on n’a
jamais tenté sérieusement de développer cette culture. G — 5
66 PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE Il
Les compagnons du navigateur Cook trouvèrent à Tahiti et aux îles de la Société un cotonnier qui croît spontanément. Les meilleures espèces peuvent prospérer dans nos colonies océaniennes à Tahiti, Moorea, îles Sous-le-Vent et Marquises. Les cotonniers sauvages y poussent, dit Parlatore, comme de la mauvaise herbe. Rien d'étonnant dès lors que les efforts se soient portés vers l'exploitation de cette plante.
En 186%, une Compagnie anglaise prit l'initiative de cette culture et avec l’aide de coolies chinois créa sur le domaine d’Atimaono de grandes plantations de coton qui furent une source de richesses pour la colonie.
En 1872, la Compagnie fut dissoute et ses plantations abandonnées. Néanmoins, l'exemple avait porté et la culture du cotonnier était suffisamment répandue pour que la moyenne des exportations puisse s’accroître encore. En 1884 et 1885, elles atteignirent 600.000 kilogrammes par an.
Le coton de Tahiti était encore expédié en France en majeure partie, mais l'Angleterre s’empara de ce trafic et dès lors les expéditions ne parvinrent plus en France. Les exportations ont décru d'ailleurs rapidement ; en 1894, elles n'atteignirent que... 169.243 kilogrammes.
Angleterre (Nouvelle-Zélande) 88.664 —
Etats-Unis ..... A A LUS 80.579 —
En 1895, le chiffre se relève un peu, 251.708 kilogrammes, mais pour retomber à 187.483 en 1896 et à 134.819 en 1897 (Revue coloniale).
Le prix du fret est de 100 à 125 francs la tonne pour les sortes mélangées pour l'Angleterre; l'absence de communications directes avec la France a découragé les -cultivateurs de coton de Tahiti, l'intervention du commerce anglais a avilile prix et les indigènes ont peu à peu abandonné cette culture. Il serait peut-être assez facile de rétablir cette branche d'activité locale et de
rendre à ces lointaines colonies une source de richesses.
BP) Europe.
De même que l'Asie mineure, la Turquie, la Grèce, le sud de l'Espagne et de l'Italie paraissent, au point de vue du climat tout au moins, assez propres à la culture du coton. Les plus anciens auteurs en effet signalent la production du coton dans les pays du sud de l’Europe.
Turquie. — La production du coton en Turquie est limitée ; elle est localisée dans les environs de Salonique, on a même en certains points essayé la culture de graines importées d'Amérique, mais les cotons indigènes sont de meilleure qualité.
Dans le villayet de Janina, le coton pourrait réussir fort bien, mais l’indolence des habitants ne leur permet pas de s’en occuper aussi activement qu'il le faudrait pour obtenir des résultats appréciables. Cependant, il y a un mouvement d'exportation du coton par Prevesa et Salagora-Salonique consomme sur place une partie du
coton produit dans les environs. Le coton est en général
grossier et malpropre; les quantitées exportées (balles de 200 kilog.) environ montent à 55.000 kilogrammes à peine annuellement. Avant 1888, ces cotons étaient uniquement consommés en France et en Italie. Depuis l’ouverture de la voie ferrée de Salonique à Belgrade, l’Au: triche en reçoit aussi une certaine quantité.
Les exportations de Gallipoli (mer de Marmara) se montent à environ 30.000 kilogrammes par an expédiés en Russie, Grèce ou Turquie.
En Crète il se cultive encore un peu de coton ; production d'environ 15.000 kilos par an.
Il est utilisé pour les besoins domestiques dans l’île même.
Italie. — De tous les pays d'Europe l'Italie paraît la plus favorisée pour la culture du cotonnier.
D'après M. Savorgnan d'Ossopo (Piante Tessili 1890) la culture y fut importée dès le 1x° siècle en Sicile et en Sardaigne. Pendant plusieurs siècles, l'Italie put exporter une certaine quantité de coton mais dès que la production du Nouveau-Monde eüt pris de l'importance, c’est-à-dire au commencement du x1\° siècle, elle dut renoncer à la concurrence et en 1860 la culture était très réduite.
La disette de coton produite par la guerre de Sécession provoqua une recrudescence de la culture et, en 1862, le Cotton Supply Association de Manchester signalait dans un important rapport, à propos de l'exposition de Londres, l'Italie comme un pays qui pourrait occuper un des
premiers rangs dans la production du coton. A cette
exposition figuraient déjà des cotons de Sicile, de la Calabre, de Bari, d'Otrante, de Trapani, ete...
En 1863, une importante société se fonda pour entreprendre l'irrigation des plaines de Catagne et permettre ainsi la culture du cotonnier. On distribuait partout des graines de la Louisiane. En 1864, la surface plantée en cotonnier s'élevait à 220.000 acres, mais cette ardeur fut passagère et quand après la guerre de Sécession les États- Unis se remirent avec une nouvelle ardeur à la culture du coton, celle-ci fut peu à peu abandonnée en Italie, En 1874 à peine 8.500 acres étaient plantés en cotone nier.
La Sardaigne fournit aussi un peu de coton mais de mauvaise qualité. On peutestimer à environ 50.000 kilos la production totale de toute l'Italie.
Grèce. — La Grèce fournit aussi une petite quantité de coton. En 1875 la surface cultivée s'élevait à 10.986 hectares fournissant environ 635 kilos de coton à l’hectare.
Espagne. — On doit aussi citer pour mémoire les cotons de Motril en Espagne. Fibres longues et fines mais irrégulières.
France. — On rêva même d'introduire La culture du coton en France. Les essais étonnants de cette culture aux États-Unis avaient fait naître ces illusions. En 1808, de Lasteyrie, dans son ouvrage sur le cotonnier et sa culture, envisageait cette éventualité. En 1863, Letellé demandait que des expériences fussent tentées dans l’arrondissement
de Marennes. En fait, il paraît certain que le coton a été
cultivé en France depuis plusieurs siècles. On en trouve des preuves dans un ouvrage de 1566 et un autre de 1606 qui parlent tous deux des cotonniers cultivés en Provence, et notamment en abondance dans les environs de Hyères.
En 1807,une circulaire du Ministre de l'Intérieur enjoignait aux Préfets des départements du Sud de la France d'encourager la culture du cotonnier. Des essais furent tentés dans les Basses-Alpes et les Bouches-du-Rhône, mais les résultats permirent de se convaincre qu'on ne pouvait tenter de faire une concurrence aux États-Unis, et on abandonna ces essais. %
Corse. — Pendant la guerre de Sécession, un filateur de Mulhouse chargea M. Costa de Calemana de faire des essais dans sa propriété de Calvi. Les sauterelles dévastèrent malheureusement la plantation qui fut considérée comme perdue et abandonnée. Mais quelques mois plus tard M. Costa étant retourné sur cette plantation fut étonné d'y trouver des arbustes chargés de capsules, ils avaient échappé aux sauterelles et étaient arrivés à leur plein développement sans aucun soin. Il récolta une balle de coton à M. Koechlin de Mulhouse qui en fit faire une pièce de percale offerte à l'Impératrice. Les faits semblent prouver que le coton peut venir à maturité en Corse, même sans soins, et M. Costa a entrepris de nouveaux essais avec des graines envoyées par l'Associalion cotonnière sur un terrain auparavent occupé par une vigne phylloxerée.
M. Costa estime que tout le littoral conviendrait à cette
culture.