‹ Les colonies et la métropoleChapitre 6 sur 77 · PCI) DIN RE PISE NI PPT 1 LUN JUN NE DD EE CEE · texte numérisé non relu

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L’assiette et l'importance de l'impôt sont de grandes questions de finances.

La prospérité de la marine marchande et militaire est une grande question de puissance nationale.

Le débouché des produits des manufactures est une grande question d'intérêt industriel.

L'adoption d'une culture nouvelle et son application à l’un des besoins les plus nécessiteux de la vie, sont de grandes questions d'économie sociaie.

La consommation d’une saine denrée à la portée de tous est une grande question d'économie domestique et d'hygiène publique. .

L'amélioration du sort des ouvriers et l'extinction du paupérisme sont de grandes questions de morale et de civilisation.

L'affranchissement de tout monopole payé à l'étranger est une grande question de haute et sage politique.

Enfin la vitalité des colonies et la liberté de ses exportations sont de grandes questions d'intérêts politiques et commerciaux.

Ce sont done de graves intérêts que Ceix qui se rattachent, plus où moins directement, à la lutte qui existe en ce moment entre le sucre exotique et le sucre indigène,

Ce sont donc de grands et importans, débais que

EXPOSÉ. 9 ceux qui vont s'ouvrir de nouveau devant les Chambres.

Ce serait donc une grande et importante solution que celle qui parviendrait à concilier à la fois toutes les exigences, en apparence si opposées , de la fabrication du sucre indigène, du revenu public, de la marine marchande, de l'indusirie manufacturière métropolitaine, de l’agriculture du pays, des nouveaux besoins de la population et de l'existence future des colonies.

Nous n'avons certainement ni la prétention ni l'espérance de résoudre ce difficile problème qui, depuis si long-temps , a été le but des recherches de politiques et d’économistes éclairés, et qui Jongtemps encore peut-être sera l'objet de leurs études et de leurs méditations : mais à tout esprit Consciencieux qui voit avec peine la lutte incessante qui compromet de si graves intérêts, il est au moins permis de rechercher quels sont les obstacles qui s'opposent à ce que cette lutte soit enfin terminée , et s'il ne nous est pas donné de trouver entièrement le remède, si nous n'avons pas les moyens d'indiquer la véritable route à suivre pour Fobtenir, peutêtre du’moins en signalant les erreurs de celle qui a été précédemment suivie, pourrons -nous parvenir à mettre sur la voie pour en découvrir une meilleure. :

Eh bien! dans notre opinion, jusquà ce jour

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tous ces intérêts ont été mal défendus, non que le zèle et Le talent aient manqué aux défenseurs , non qu'on puisse adresser aux uns et aux autres un reproche de négligence ou de tiédeur, mais peut-être au contraire parce que trop d'ardeur a pu empêcher de réfléchir aux moyens de la défense; parce que dans une question aussi compliquée, parce que dans un procès où 11 y avait tant de causes différentes à soutenir, {ant d'intérêts divers à défendre, tous les avocats, dans la précipitation de leur zèle, ont voulu parler ensemble , sans demander, sans attendre qu'on leur donne la parole; parce qu'alors toutes ees causes ont été mêlées, tous ces intérêts confondus; parce qu'alors les juges pressés de toutes parts, élourdis de tous côtés, ont été obligés, forcés de prendre une décision, et sans avoir müri la question dans son ensemble, et sans avoir pu approfondir séparément la position de chacune des parties ; en un mot parce que, au lieu de laisser d’abord établir la lutte entre les deux principaux intéressés, les producteurs des colonies et les producteurs de la métropole ; au lieu d'aborder nettement la véritable contestation entre les sucres exotiques et les sucres indigènes, on a toujours été arrêté, préoccupé par des intérêts secondaires où étrangers ; et ici nous nous empressons d'expliquer notre pensée.

Certes nous ne prétendons pas dire que ces intérêts, que nous n'appelons secondaires et étrangers que-pour les distinguer des intérêts directs et géne-

EXPOSÉ. 7 raux , ne soient pas également aussi réspectablés à nos yeux et qu'ils ne soient pas dignes de toute la solicitude des législateurs et du gouvernement ; mais , nous le répétons ; nous peñsons qu'ils ont été mal soutenus, mal défendus , et quant à la défense particulière et quant à la défense généralé; et en effet :

Parle-t-on d’une conciliation entre les colonies et les fabricans indigènes? et aussitôt au lieu d'en laisser-diseuter lés bases on demande cé que deviendra là marime.

Veut-on proposer un remède aux différends qui existent: entre eux ? et de suite au liot d'approfondir ce remède on s’appitoie sur le sort des manufactures du pays.

Énumère-t-on les nouvelles espérances de l'agriculture? vite on les mêt en opposition àveë les recettes du Trésor.

Félicite-t-on l'industrie intérieure des progrès de la consommation métropolitaine? et aussitôt l'on s'étrie que l'industrie extérieure va tout perdre parce qu'il y aura décroissance dans les exportations.

Et toujours par cette conduite mal habile, si elle n'est pas mal intentionnée ; par celte tactique inconcevable que rious aimons mieux toutefois atfribuer au défaut de s'entendre qu'à toute autre considération, on reste-dans un cercle vicieux et fu-

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neste dont il. serait pourtant bien désirable de sortir.

C'est pourquoi, dans un écrit que nous adressions précédemment à l’un des organes de la presse (1), après avoir établi ce que demandaient les producteurs colons et les producteurs indigènes, nous aJoutions : « Que veut la marine marchande ? Que

veulent les manufacturiers et les agriculteurs fran. çais ?

» Évidemment , disions-nous , les agriculteurs et les manufacturiers français veulent que le sort des sucriers colons soit arrêté d’une manière positive et

durable pour exporter aux colonies leurs produits agricoles et manufacturiers.

» Évidemment la marine marchande doit vouloir les mêmes conditions pour être chargée du transport de ces produits et de ceux qui reviennent en France en échange des produits métropolitains. »

Et quelles sont, ajoutons-nous maintenant, les conclusions naturelles de la manifestation de ces besoins ? C’est que la lutte entre les producteurs colons et les producteurs indigènes ait-enfin un terme et ne continue pas à aggraver le mal par une incertitude désastreuse sur la position annuelle des

(1) Lettfes au Courrier français, des 22 et 26 octobre 1838,

EXPOSÉ, 9 uns et des autres ; c'est que chaque session législative ne voie pas surgir de nouvelles prétentions qui remettent sans cesse en question la chose jugée ; et c'est pourquoi il nous paraît utile, nécessaire de ramener un moment la discussion sur son véritable terrain : sur la contestation entre les parties principales , et en la dégageant momentanément aussi de tous les intérôts indirects qui reviennent incessamient, et toujours sans aucun résultat pour Îes uns et les autres, empêcher et retarder toute explication profitable entre les intérêts directs.

Ce point établi , cet ordre de discussion convenu, nous sommes naturellement ramenés à poser de nouveau ces deux questions :

Que veulent les producteurs colons”?

Que veulent les fabricans indigènes ?

« Évidemment, disions-nous encore dans léerit que. nous venons de citer, les colonies veulent payer un droit d'entrée moins fort qui leur permette de conserver un bénéfice raisonnable sur la différence de leur.prix de vente et de leur prix de revient.

» Évidemment les fabricans indigènes veulent ne pas payer un impôt qui met leurs débours bien au déssus de leurs rentrées et les assujettit en même temps à un mode de perception qui arrête leurs progrès. »

Là est toute la question : c’est de trouver d'abord

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une solution qui satisfasse à la fois ces deux premières exigences ; et quand elle sera trouvée ; il faudra revenir aux autres intéressés {et nous y reviendrons plus d’une fois dans le courant de cet écrit), et il sera temps alors, ou de reconnaître que les moyens proposés pour remédier au mal principal , sont également susceptibles de profiter aux intérêts qui s’y rattachent, ou de rechercher enfin comment ces moyens doivent être modifiés pour que leur application et leur efficacité soient générales.

Nous consacrerons done la première partie de ce travail sous le titre : Le sucre exotique et le sucre indigène ; au développement de toutes les considéations qui ont le plus particulièrement rapport aux débats directs entre la production coloniale et la production métropolitaine.

La seconde partie, sous le titre : {ntérêts indirects, sera spécialement consacrée à l'examen de toutes les questions d'économie politique qui se rattachent à ces débats, savoir : Le trésor public, La marine marchande, le commerce, l'agriculture et la politique.

La troisième partie, sous le titre : Les Colonies et la Métropole, sera entièrement consacrée à la haute question de [a vitalité des colonies, en dégaseant momentanément tous les intérêts généraux de

EXPOSÉ. 11 la France et de ses possessions d'outre-mer des intérêts particuliers de la lutte entre les sucres.

Enfin une quatrième partie sous le titre : Aux Chambres législatives, présentera un résumé succinct et rapide des trois premières parties, et nos conclusions dans toutes les graves questions sur lesquelles les Chambres sont appelées à se prononcer.

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