CHAPITRE Iï
Climat. — Température. — Saisons. — Vents. — - Ouragans. — Pluies.
Le climat de la Nouvelle-Calédonie est très-salubre. Point de chaleurs excessives. A chaque instant, des brises de terre ou de mer qui modèrent l'ardeur d'un soleil tropical. A toute heure du jour, l'Européen comme l'indigène peut se livrer à des travaux sans danger.
En janvier et février, époque des plus grandes chaleurs, le thermomètre ne franchit guère 32°; en juillet et août, mois les plus frais de l'année, il descend à 16° pendant le jour ; de mai à novembre, il descend, pendant la nuit, à 10° et 9°. La moyenne annuelle est entre 20° et 24°.
Le baromètre oscille entre 755 et 766mm.
Deux saisons seulement, comme dans les pays intertropicaux : une saison pluvieuse et chaude (hivernage), de janvier à avril ; puis une saison sèche ou fraîche.
Les vents qui dominent sont les vents alizés de l'E.-S.-E. A l'époque des pluies viennent les calmes et les vents irréguliers.
Les ouragans sont beaucoup moins redoutables qu'aux Antilles. Ils durent au plus 48 heures et ne se font sentir qu'en janvier.
Pendant l'hivernage, les pluies sont abondantes; elles tombent de un à cinq jours ; le beau temps y fait suite. Pendant la saison sèche, on a des ondées bienfaisantes.
En 1863, à Port-de-France, le nombre des jours pluvieux a été de 118, et la quantité d'eau tombée, de lm,2795 :
Janvier à avril 41 jours, 593 mm
Maiàaoût 46 — 293
Septembre à décembre 31 — - 393
Napoléonville (Kanala), sur la côte est, a eu 142 jours de pluie, en 1863. La quantité d'eau tombée a dépassé 2 mètres (2m,1643).
Suivant le père Montrouzier, les Néo-Calédoniens sont originaires du sud de l'Asie. Voici ses raisons :
1° Comme en Asie, les Néo-Calédoniens admettent la distinction des castes ; 2° comme les Asiatiques, ils ont l'institution du Tabou (objet déclaré sacré) ; 3° la circoncision existe aussi chez eux ; 4° ils emploient aussi un langage d'étiquette à l'égard des chefs; 5° dans la vie civile, on rencontre beaucoup d'usages semblables : celui de fiancer les enfants dès leur bas âge, l'emploi d'un même mot pour exprimer la parenté entre frères et entre cousins, etc.
D'après M. Braine, les Néo-Calédoniens viendraient des îles Wallis (Uvea), dans la Polynésie.
Enfin, d'après le docteur de Rochas, la Nouvelle-Calédonie aurait reçu sa population de diverses sources. Les Papouas de la Nouvelle-Guinée et d'autres peuplades noires de l'Asie australe, ont dû y arriver, tout comme la race jaune polynésienne y a envoyé elle-même des colonies. Du mélange de toutes ces races est sortie la variété Néo-Calédonienne, où l'on reconnaît encore aujourd'hui plus ou moins des Endamènes d'Australie, des Papouas et des Polynésiens. Dans un savant ouvrage d'une haute importance sur les Polynésiens, M. de Quatrefages, de l'Institut, vient de démontrer que la Polynésie s'est peuplée par migrations et qu'aucune de ces migrations ne remonte au delà des temps historiques.
Les Néo-Calédoniens se distinguent par une constitution robuste, leurs traits sont peu agréables, leur teint plus noir que celui des Polynésiens, moins noir que celui des nègres, leurs cheveux crépus, leur front peu évasé, leurs lèvres légèrement saillantes.
« Leur nez est épaté artificiellement ; généralement leurs oreilles sont largement percées au lobe inférieur. Ils n'ont pas les membres grêles des Australiens; leur barbe est fournie, mais le
plus grand nombre ne la laisse pas pousser. En naissant, les enfants sont presque blancs. -,.: iilsïifi ■-■{)[ 4
« Les vieillards sont rares et n'arrivent jamais à un âge trèsavancé. Les Néo-Calédoniens ont généralement peu d'enfants ; encore s'en débarrassent-ils souvent. » (V. Notices de la marine.)
Le R. P. Montrouzier donne du caractère néo-calédonien une idée peu favorable.
« Depuis longtemps que j'étudie ce peuple, dit-il, je suis encore à chercher en lui une vertu. II est intelligent, c'est incontestable ; mais il est paresseux, fourbe, cruel et orgueilleux, au delà de toute expression. Il a vu, depuis plusieurs années, les Européens de près; il ne conteste pas la supériorité de leur système, leur confort, leur bien-être; mais il répète : Souffrir pour souffrir, j'aime mieux avoir faim que de travailler.
« La fourberie est le fond de son caractère. Le bon Néo-Calédonien doit savoir composer son visage de manière à ce que jamais l'émotion ne le trahisse. Un des meilleurs chrétiens de Balade avouait aux pères missionnaires qu'autrefois il avait été bien aimé des anciens, qui le désiraient pour leur chef, parce qu'il était si habile dans l'art de tromper que jamais, dans l'occasion, il n'était sans trouver un mensonge juste à propos pour se tirer d'embarras. La cruauté, la férocité de ce peuple se révèle par l'existence, trop souvent constatée, de l'anthropophagie, par l'usage de mettre les têtes des ennemis mangés comme un trophée au-dessus des maisons, de massacrer sans pitié les naufragés, etc. Enfin, son orgueil se montre dans la répugnance qu'il témoigne à accepter ce qui vient des étrangers, habillement, langue, usages.
« Malgré ses vices, la population de la Nouvelle-Calédonie offre des ressources. Elle est intéressante, non-seulement aux yeux de la foi pour le missionnaire qui se dévoue à l'arracher à ses erreurs, mais pour la politique qui veut coloniser et assurer aux colons des travailleurs à bas prix. En gagnant sa confiance, en la traitant avec bonté, mais sans faiblesse, on se préparera une génération qui vaudra mieux que ses pères et qui fera honneur à ses maîtres. » (Le P. Montrouzier, Notice sur la Nouvelle-Calédonie.}
MM. Vieillard et Deplanche évaluent la population totale delà Nouvelle-Calédonie et dépendances à 42,480 individus, répartis en 38 tribus, qui, par l'état d'hostilité où elles sont toujours entre elles, assurent notre paisible domination.
La population blanche, non compris les troupes et le person-
nel administratif, est de 500 individus. Ils habitent principalement Port-de-France et les environs. La plupart sont venus d'Australie. Quarante orphelines, envoyées de France en 1863 et 1864, sont aujourd'hui convenablement mariées ou établies dans la colonie.
On a établi, en 1864, un pénitencier sur l'île Nou. Deux convois de forçats (450 hommes) y ont été amenés de Toulon en 1864 et 1866. Ce sont tous ouvriers des divers corps d'état ou des condamnés à la résidence perpétuelle.
Étendue. — Montagnes. — Sol. — Cours d'eau. — Caps. — Côtes, ports, rades, baies. — Iles dépendant de la Nouvelle-Calédonie : Lifou, Mare, Uvea, Mouli et Tika.
La Nouvelle-Calédonie occupe une superficie de 1,200 lieues carrées. Sa longueur moyenne est de 280 kilomètres et sa largeur moyenne de 55 kil.
Elle est entourée d'un récif madréporique qui se prolonge au N. et au S. d'environ 125 lieues marines.
On connaît fort peu encore la configuration géographique de l'intérieur de l'île.
Elle esttraversée du S.-E. au N.-O. par une chaîne de montagnes dont le sommet le plus élevé atteint 1,500 mètres. Les pentes en sont assez douces ; elles sont cultivables à plusieurs centaines de mètres au-dessus du niveau de la mer.
Ces montagnes, d'après le R. P. Montrouzier, sont formées dans le sud par des serpentines et autres silicates magnésiens qui s'étendent du cap de la Reine-Charlotte à Uaïlu, et dont les profondes échancrures forment les ports de Yaté, Port-Bouquet, Nakete, Kanala, Kuaua et Uaïlu.
Au nord de Uaïlu apparaissent les schistes argileux et ardoisés; ils occupent toute la côte jusqu'à Poébo, où ils sont remplacés insensiblement par les gneiss et les micaschistes, riches en grenats, qui composent presque exclusivement le versant N.-E. de Balade, jusqu'à l'embouchure du Diaot, les schistes ardoisés ne se montrant plus que de loin en loin, au pied des montagnes ou dans le fond des vallées.
Sur un seul point de la côte entre Yenguène et Touo, au-dessus des schistes argileux, apparaissent des calcaires grisâtres, cristallins, traversés par des filons de quartz et dont les couches sont plissées, comme satinées, presque verticales.
Malgré l'absence des fossiles, les caractères physiques, la position et les analogies avec les roches siluriennes de la Nouvelle- Hollande, permettent évidemment de les ranger dans cette formation. Ainsi, le versant N.-E. ne présente que des roches plutoniques ou de transition. Les côtes sont plus abruptes. Il n'existe pas d'autres plaines que les deltas souvent considérables formés par les torrents, dépôts absolument récents, dont la formation se continue sous nos yeux.
L'intérieur et la côte S.-O. sont moins connus et offrent certainement plus d'intérêt. Après avoir quitté les micaschistes sur le versant S.-O. des montagnes de Balade, on trouve une deuxième série de schistes ardoisiers formant le bassin du Diaot. Ils sont traversés en tous sens, de même que les micaschistes, par des filons de quartz et de roches magnésiennes, surtout des stéatites. Plus loin se présentent des couches épaisses d'argiles blanchâtres, tachées d'ocre, des collines calcaires, des grès houillers avec trace de houille, et enfin deux séries de collines d'un calcaire dur, blanchâtre, non cristallin, entremêlé de filons de chaux spathique et de quartz blanc laiteux.
Au sud, à Yaté, au-dessus des serpentines qui forment la chaîne principale de la côte N.-E., on trouve des argiles rouges, contenant en abondance du fer à l'état de limonite, des calcaires probablement métamorphiques, un bassin étendu des mêmes argiles rouges avec minerai de fer, des argiles de couleurs diverses, traversées par des pegmatites. dont la décomposition forme un kaolin quelquefois pur, plus souvent taché par l'oxyde de fer. La serpentine apparaît de nouveau, formant le Mont-d'Or, et enfin les terrains houillers se montrent sur le rivage de Morari et dans les îlots voisins. Les calcaires reparaissent sur quelques points avancés, comme à l'extrémité du cap sur lequel est bâti Port-de- France.
La Nouvelle-Calédonie est sillonnée par de nombreux cours d'eau, dont le Diaot est le plus important.
Le Diaot a son embouchure au nord de l'île, dans la baie d'Harcourt en face de l'île Pam. Sa profondeur est de 2 à 3 mètres ; son cours de 40 milles. On peut la remonter jusqu'à 27 milles avec
des embarcations et des chalands. Toute la vallée que traverse le Diaot présente une grande fertilité.
La Nouvelle-Calédonie compte, parmi ses principaux caps : le cap Golnett, le cap Tuo, les caps Baye, Bocage, Bégat, Dumoulin, Puareti ou Goronation, de la Reine-Charlotte, etc.
Parmi les principaux ports, rades ou baies de l'île, on doit signaler: le havre de Balade, sur la côteN.-E., qui, à cause de l'éloignement des récifs madréporiques qui entourent l'île, n'offre qu'un mouillage peu sûr; le port de Poébo, à quelques milles au sud de Balade, assez bien abrité et d'une largeur de 600 mètres ; le mouillage de Yenguène, à 26 milles au sud de Poébo ; la baie de Tiouaka, à 30 milles au sud de Yenguène ; la baie de la Bayonnaise; le port de Bâ ; la baie de Uaïlu ; la baie de Ranala, un des plus vastes et des meilleurs mouillages de la colonie; la baie de Nakéti; la baie de Yaté; la baie du Sud ou du Prony, qui s'enfonce à 7 milles dans les terres ; la petite baie qui se trouve à l'extrémité du canal Woodin, à l'extrémité de l'île Uen, et qui offre un excellent mouillage; les petites baies d'Uie et de Ngo; la grande baie de Morari ou Boulari; la baie de Dumbéa; la baie de Saint- Vincent ; enfin la magnifique rade de Port-de-France, à l'entrée de la grande baie de Dumbéa, rade très-vaste, d'un accès facile et bien abritée.
Les îles qui dépendent de la Nouvelle-Calédonie, sont :
Nos 1, 2. L'île Huon et l'île de la Surprise, aux extrémités N. et S. des récifs d'Entrecasteaux.
N° 2. Le groupe Belep, formé des îlesPoot, Art etDau-Teama. — Terres hautes, peu fertiles ; établissement de missionnaires.
N° 3. Le groupe de Nénéma, formé des îles Pauaba, Tanlo, lande, Ienegéban, Néba, Pum, Tanlep. — Toutes sont habitées; leur richesse consiste surtout en cocotiers.
Nos4,5. L'île Pam et l'île Bualabio. — La première est inhabitée; l'autre a 50 habitants.
N° 6. Groupe de la côte Est, comprenant de nombreux îlots inhabités, entre autres l'île du Pin (elle ne possède qu'un seul arbre, un pin), importante pour la navigation, près du récif de Ti-Uaka.
N° 7. L'île des PinsouKunié, centre d'un groupe d'îlots boisés et couverts de pins. — Abord difficile ; sol ferrugineux ; prairies étroites, mais très-fertiles. Autrefois centre des missions Néo- Calédoniennes.
N° 8. L'îlot Amède, où se trouve un phare de premier ordre.
N° 9. L'île Nou ou Du Bouzet, qui, par sa situation à l'entrée de la rade de Port-de-France, contribue à former cette rade importante.
Nos 10,11,12. Les îles Hugon, Ducos etLePrédour.
N° 13. Groupe d'îlots insignifiants (Contrariété, Grimoult, Konié, etc.).
N° 14. Iles Loyalty. — Ces les, à 60 milles dans l'est, sont les plus considérables de celles qui dépendent de la Nouvelle-Calédonie. — Trois îles principales : Mare, Lifu et Uvéa, et nombreux îlots. — A Lifu, on trouve cocotiers, pins, coton, tabac, vigne, plantes rares et fleurs variées (importées), etc. La population est divisée en trois tribus, comprenant ensemble 7,500 individus. Poste militaire à Ghépénéhé, village principal. Sol formé d'un calcaire coquillier. — L'île Mare a son sol composé comme celui de Lifu, 4,300 habitants. — L'île Uvéa, aussi boisée que Lifou, possède plus de terres végétales et arables ; la culture y est plus avantageuse. Deux grandes tribus, comprenant ensemble 2,500 à 3,000 individus. Vaste église, construite au village de Saint-Joseph par les missionnaires. — Dans la partie sud de l'île Mare, le cannibalisme n'est pas encore entièrement détruit.