CHAPITRE VI
Population. — Population maritime. — Travailleurs indiens. — Historique de l’immigration. — Intervention de la Société agricole.
Les derniers mouvements connus de la population ont donné les résultats suivants :
Population (au janvier 1860).
Hommes 103,290 )
1 166,558 individus.
(Dans ce nombre on comptait 64,733 immigrants de toutes les nations.)
Naissances 1 sur 42 individus.
Décès 1 19
Mariages 1 170
LA RÉUNION
Population maritime
Maîtres au grand cabotage 56 individus.
— au petit cabotage 38
Matelots... 1262
Mousses et novices 151
Ouvriers charpentiers, calfats, voiliers 97
Total... Ï6(H
’ La population est mélangée.
On y trouve :
Européens nés dans le pays ou ailleurs ;
Petits créoles ou petits blancs ;
Africains (Gafres, lambanes, Maconas, Abyssins, Arabes, de Zanzibar, etc.) ;
Malgaches (Hows et Sakalaves) ;
Asiatiques (Indiens et Chinois) ;
Malais ;
Australiens.
L’affranchissement des esclaves rendit l’immigration nécessaire. Les ateliers, désertés par les affranchis, durent être repeuplés avec des travailleurs étrangers. On fit appel aux Indiens dont plusieurs convois furent expédiés de Karikal et de Pondichéry (1848 et 1849). Une société d’immigration fut créée le 18 janvier 1853, les négociants de l’Inde ayant montré des prétentions exorbitantes ; mais cette société ne remplit pas suffisamment son but qui était d’obtenir des travailleurs à meilleur marché ; les immigrants qu’elle devait livrer à 158 francs par tête, revenaient souvent à 250 et 300 francs au propriétaire.
Le privilège fut retiré à la société d’immigration en 1855. Pourtant elle avait rendu des services.
Au commencement de 1853, disent les Notices, la Réunion possédait 24,699 Indiens, 499 Chinois, 2,080 Africains. A la fin de 1855, au moment de la dissolution de la société, la colonie comptait, déduction faite des mortalités et des rapatriements pendant ces trois années, 35,201 Indiens, 448 Chinois, et 10,265 Africains. C’était une augmentation de 18,636 immigrants.
Grâce à ces nombreux travailleurs étrangers, la production prenait un rapide accroissement ; mais deux causes vinrent y apporter une entrave momentanée. En premier lieu, la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane commencèrent à participer largement au recrutement qui s’effectuait dans l’Inde, et dont la
Réunion avait jusqu’alors profité presque exclusivement; en second lieu, le gouvernement métropolitain, informé des désordres occasionnés par les recrutements à la côte orientale d’Afrique, crut devoir les interdire pendant quelque temps.
La Réunion vit donc subitement diminuer dans une proportion considérable le chiffre des introductions. Dans le courant de l’année 1856, il ne fut pas introduit plus de 3,000 immigrants dans cette colonie.
La pénurie fut un moment extrême : le prix de cession des contrats atteignit un prix exorbitant. Pour y remédier, le département de la marine et des colonies avait confié les recrutements dans rinde à une société dite (['émigration^ composée des principales maisons de commerce de Pondichéry et de Karikal, et qui devait livrer les émigrants à la Réunion comme aux Antilles à un prix déterminé (39 roupies pour la Réunion, 42 roupies pour les Antilles). Ces émigrants étaient remis, à leur arrivée à la Réunion, à une société agricole composée de la majeure partie des grands propriétaires de la colonie, et qui, s’interdisant la spéculation, devait céder les contrats d’engagement au prix de revient.
Malgré la surveillance de l’administration locale, cette dernière condition ne fut pas toujours observée ; on agiota sur les contrats d’engagement, et certains habitants déboursèrent jusqu’à 1,000 et 1,200 francs pour chaque contrat dont ils obtenaient la cession.
L’année 1837 vit apporter une heureuse amélioration à cette situation. Le gouvernement autorisa les recrutements d’engagés, au moyen du rachat, sur les côtes orientales et occidentales d’Afrique. La Réunion recommença aussitôt, en les environnant des précautions nécessaires, les opérations de recrutement sur les divers points de la côte orientale, à Madagascar et jusque dans la mer Rouge.
Pendant les années 1857, 1858 et les premiers mois de 1859, il fut introduit 13,500 Africains. Le prix de cession des contrats tomba et se maintint à environ 500 francs. Mais lorsqu’au commencement de 1859, le recrutement des travailleurs fut interdit à la côte orientale d’Afrique, une nouvelle ère de détresse s’ouvrit pour la Réunion, toujours limitée à un faible contingent d’indiens par suite de la concurrence des Antilles et de la Guyane.
Depuis longtemps les recrutements dans l’Inde ne dépassaient
LA RÉUNION
pas 5,800 individus par an; la part de la Réunion, dans ce contingent, était de 1,200 à 1,500.
On conçoit que c’était là une bien faible satisfaction pour les besoins pressants de la colonie, et que le prix de cession des contrats dut remonter à un taux fort élevé. Pour faire cesser l’agiotage, le gouvernement métropolitain exigea que les émigrants fussent remis, à leur arrivée, non plus à la Société agricole, mais à l’administration locale elle-même; que des listes tenues à la Di» rection de l’intérieur servissent à l’inscription des demandes qui lui seraient adressées et que la répartition des immigrants se fît par les soins de l’administration, dans l’ordre des inscriptions et au prix de revient, reconnu et arrêté par l’administration.
Cette mesure maintint le prix de cession des contrats à un taux raisonnable, mais les bras faisaient toujours défaut. Enfin, deux conventions conclues le 25 juillet 1860 elle 1®’' juillet 1861 entre les gouvernements français et anglais, vinrent mettre un terme aux souffrances que la colonie éprouvait à cet égard.
Par le premier de ces actes, la Réunion put recruter immédiatement 6,000 Indiens à Calcutta. Par le second, elle fut admise, comme nos autres colonies, à recevoir, par l’intermédiaire des agents officiels de recrutement institués par la convention, des travailleurs des diverses parties de l’Inde britannique. Le prix de cession des contrats est depuis lors descendu dans la colonie à 221 fr. 25 c., frais de transport compris.
Le chiffre d’émigrants qui existait .à la Réunion au mois de novembre 1862 était de 72,594, ainsi répartis :
1° Indiens.
Hommes
Femmes
Enfants
2° Chinois,
Hommes
30 ^l'ricains.
Hommes
Femmes
Enfants
Ces chiffres donnent un total de 72,594 immigrants. L’introduction des émigrants a toujours eu lieu à la Réunion avec les seules ressources locales, sans subvention de la part de
l’État. Le gouverneur a récemment autorisé la formation d’une nouvelle société agricole qui sera chargée de fournir les fonds nécessaires aux introductions, d’entretenir des agents dans les divers ports de l’Inde, à l’effet de recevoir les émigrants des mains des agents officiels de recrutement, d’affréter les navires-transports, et de répartir les émigrants parmi les habitants de la Réunion, à un prix de revient contrôlé par l’administration, et d’après les listes d’inscription tenues à la direction de l’intérieur. On espère de bons résultats de cette organisation. (V. Notices, etc.)