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CHAPITRE X

Industrie et commerce. — Fabrication du sucre. — Ver à soie. — Construction navale. — Pêche. — Imprimeries. ~ Commerce. — Régime commercial de la Réunion. — Statistique commerciale de 1815 à 1861. — Importations. — Objets importés. — Exportations. — Réexportations. — Chambre de commerce.

La principale industrie de la Réunion est la fabrication du sucre.

Avant 1815, c’est-à-dire avant l’époque où M. Cb. Desbassyns se mit, en quelque sorte, à la tête de cette industrie, on se bornait à extraire de la canne le jus ou vesou, pour en faire des sirops ou des liqueurs spiritueuses (rhum, arack, tafia).

La canne, broyée entre des cylindres en boiS;, ne donnait qu’une faible partie du jus; M. Desbassyns, le premier, employa des cylindres en fonte verticaux, mus par une machine à vapeur. Maintenant, les machines puissantes de Derosne et Cail sont adoptées.

La colonie, en 1863, comptait 125 sucreries; 102 avaient des moteurs à vapeur; les autres étaient mues par des moulins à eau. La cuisson se fait au moyen des appareils de Wetzel, des batteries Gimart, des appareils à cuire dans le vide d’Howards. Pour la purgation du sucre, on se sert de turbines à force centrifuge, ce qui permet de livrer presque aussitôt après la cuisson le sucre au commerce.

La plupart des industries de la colonie se rattachent à l’industrie sucrière. On peut citer comme les plus importants :

1® La guildiverie, qui convertit les mélasses en rhum. Cette industrie, soumise au régime fiscal, fournit un des plus beaux revenus du gouvernement local et des communes; au budget de 1862,1a recette provenant de cette source s’élevait à la somme de 1,700,000 francs. On compte 25 guildiveries dans la colonie. 2® La chaudronnerie, qui occupe plusieurs maisons fort impor-

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tantes à Saint-Denis, dans lesquelles on construit et répare les appareils évaporatoires. L’un des grands ateliers de construction de Paris (Gail et G*®) possède même une succursale à la Marre, aux environs de Sainte-Marie.

3® La charronnerie, qui utilise les bois du pays à la construction de solides charrettes. L’un de ces principaux établissements, à Saint-Denis, fut détruit, il y a peu d’années, par l’incendie, mais quelques mois après il était reconstruit sur un plus vaste modèle.

4® La préparation des sacs de vacoua, pour l’emballage du sucre, qui emploie un nombre considérable de femmes, d’enfants ou d’hommes âgés et peu valides qui trouvent leur existence dans cette modeste industrie. Ghaque sac peut contenir de 65 à 70 kilogrammes de sucre, et l’on met double emballage. Il se fabrique annuellement à la Réunion environ 3 millions de sacs qui se vendent de 50 à 65 centimes la pièce.

Ver à soie.

Les essais tentés depuis quelques années, satisfaisants sous le rapport des produits, ne l’ont point été sous le rapport du gain. Aussi cette industrie a-t-elle été presque complètement abandonnée.

Construction navale.

L’absence déports, qui rend difficiles l’embarquement et le débarquement des marchandises, est loin de favoriser ce genre d’industrie. La création prochaine de plusieurs ports lui permettra de s’exercer sur des navires plus forts de tonnage.

Pêche,

On ne s’y livre que le long des côtes et pour la satisfaction des besoins journaliers.

Imprimeries,

Il y en a 6 dans la colonie, et deux presses mécaniques pour le tirage des journaux.

Le commerce de la Réunion n’a pris en réalité quelque importance que depuis 1815. Auparavant, ses opérations avec la métropole ne se faisaient point directement, mais par l’intermédiaire de l’île de France ou Maurice (à l’Angleterre aujourd’hui).

En 1815^ le principe du monopole réciproque, en vigueur dans les autres colonies françaises, disent les Notices de la marine, fut appliqué à la Réunion; toutefois, la législation n’y fut jamais aussi restrictive qu’aux Antilles. Il existait, notamment pour le commerce de l’Inde, des franchises spéciales qui se maintinrent pendant de longues années et qui subsistent encore en partie. Il était d’autant plus difficile de soumettre cette colonie au régime général, appliqué aux autres possessions de la France, que la situation se compliquait de son éloignement de la métropole et du voisinage de Maurice, avec laquelle on ne pouvait rompre ses relations.

Les gouverneurs furent donc autorisés à laisser le commerce étranger en possession d’une partie de l’approvisionnement de cette colonie, et à permettre aussi, dans certains cas donnés, l’envoi à l’étranger de ses produits. Cependant, les règlements locaux, successivement adoptés en cette matière, furent toujours calculés de manière à ménager un avantage au commerce national.

L’ordonnance du 18 octobre 1846 retira aux gouverneurs la faculté d’autoriser, en certains cas, l’admission des bâtiments étrangers et des marchandises étrangères et révisa le régime commercial de la colonie. Toutefois, il y a lieu de remarquer que les dispositions de cette ordonnance ont été un peu moins restrictives que celles qui avaient été adoptées en 1839 et en 1842 pour les Antilles, surtout en ce qui concerne l’exportation des produits locaux à l’étranger. Ainsi, tandis que les Antilles ne pouvaient y envoyer que les tafias et les sirops, la Réunion avait le droit d’expédier à l’étranger tous ses produits, à l’exception des sucres, café et cotons. Cette exception n’atteignait pas les sirops ou sucres de basse qualité.

L’ordonnance de 1846 affranchit complètement du droit d’entrée les marchandises françaises importées à la Réunion, à l’exception des spiritueux; elle exempta aussi du droit de sortie les produits coloniaux exportés par navires français, en n’assujettissant à ce droit que les exportations permises par navires étrangers ; elle augmenta la nomenclature des marchandises pouvant être importées directement de l’étranger, avec ou sans franchise de droits; enfin, elle régla les rapports commerciaux de la colonie avec les établissements français de ITnde, Mayotte, Mascate, Madagascar, Maurice et la Chine. Aux termes de cette ordonnance (art. 2), les provenances de Mayotte et dépendances, par

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navires français, jouissent d’une remise des trois quarts des droits, et celles de Mascate et de Madagascar d’une remise de moitié des droits.

Certains produits de l’Indo-Chine, objets de luxe et de fantaisie, sont admis au droit uniforme de 12 pour 100, lorsqu’ils sont importés par navires français.

Le régime commercial de la colonie a été modifié en dernier lieu par la loi du 3 juillet 1861 .

Depuis la promulgation de cette loi dans la colonie, celle-ci peut exporter ses produits à l’étranger et recevoir les marchandises étrangères sous tous pavillons. Tous ses produits, autres que le sucre, les mélasses non destinées à être converties en alcool, les confitures et fruits confits au sucre, le café et le cacao, sont admis en France en franchise de droits de douane.

A la Réunion, comme aux Antilles, un décret dû 6 octobre 1862 a accordé la franchise douanière aux produits exportés de France et fabriqués avec les matières étrangères admises temporairement en franchise des droits.

Les ports ouverts au commerce à la Réunion sont ceux de Saint-Denis, Saint-Paul et Saint-Pierre, et c’est là seulement que sont établis des bureaux de douane.

Toutefois, les bâtiments français peuvent, avec l’autorisation de la douane, se rendre sur les autres rades de l’île pour y débarquer des marchandises d’encombrement et y embarquer des denrées coloniales.

Les perceptions des droits d’entrée et de sortie s’effectuent au moyen de mercuriales qui sont revisées périodiquement et définitivement arrêtées par le gouverneur en conseil privé.

Statistique commerciale.

De 1815 à 1861, le mouvement commercial (importation et ex-

portation) s’est considérablement accru, — de 5,145,000 francs à 87,081,914 francs.

Voici au reste la progression depuis 1815 :

1815 5,145,000 fr.

Importations (1861) : 52,791,134 francs.

Exportations (1861) : 34,290,780 francs.

Importations.

Les principales denrées et marchandises importées à la Réunion, pendant l’année 1861, ont été les suivantes :

Chevaux, bêtes à cornes, porcs “

9,168 têtes.

Gibiers, volailles, tortues

Produits et dépouilles d’animaux

Engrais (guano et autres)

ni

Poissons secs, salés ou fumés

Autres farineux alimentaires

Denrées coloniales, sucres bruts, con-

diments et stimulants

Huiles diverses.

Bois.. ,

stères.

Lichens tinctoriaux (de Madagascar).

kil.

Marbres sculptés, moulés ou polis...

Chaux

Briques et tuiles

mille.

Ciment romain

kil.

Houille

Fer en barres.

Cuivre laminé

Couleurs et vernis

Pai fumerie .......................

Savons .....

Acide stéarique ouvré

Tabacs fabriqués.

Sucre raffiné

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Vins en fûts et en bouteilles..

litres.

Bière

Liqueurs et spiritueux

Poteries et verreries

kil.

Tissus de coton

— de laine

— de lin ou de chanvre

— desoie

Papier et ses applications, i

Peaux préparées et ouvrées, selleries.

Chapellerie

pièces.

Cordages

kil.

Orfèvrerie, bijouterie, horlogerie... .

Machines et mécaniques

Ouvrages en fonte

— en fer, tôle et fer-blanc. . . .

— en cuivre et bronze

Voitures

Merceries

Modes et fleurs artificielles

Parapluies et ombrelles

pièces.

Meubles '

Linge et habillement

La valeur des apports de l’étranger, par navires français, en 1861, a été de 1,966,128 francs supérieure à celle de 1860 ; le riz forme le principal élément de cette augmentation.

La marche du commerce étranger, par pavillons étrangers, a également offert des résultats bien supérieurs à ceux de 1860. Le chiffre de ces importations donne un excédant en faveur de 1861, de 2,127,702 francs qui repose entièrement sur le guano.

La France fournit principalement à la colonie des tissus, des vins^ des articles de modes, des ouvrages en fer et des machines. Les importations des colonies et pêcheries françaises se composent de riz, grains, dhalls, huiles, tissus de coton (guinées), venues de nos possessions de l’Inde et de poissons provenant de Saint-Pierre et Miquelon. Enfin, les marchandises importées de l’étranger, c’est-à-dire de l’Inde anglaise, de Madagascar, de Maurice, du Gap et du Pérou, consistent principalement en riz, blé, grains, dhalls, bœufs, mules, gibier, volailles, tortues, viandes salées, légumes secs, saindoux, huile à brûler, guano, lichens tinctoriaux, cigares et tabacs fabriqués.

Exportations^

Au nombre des denrées, du cru de la colonie, exportées en 1861, on voit figurer :

Pommes de terre et légumes secs. . .

kil.

Sucre brut

Sucre de. sirop.

Café

Girofles (clous et griffes)

Vanille

Rhum

Sacs de vacoua

pièces.

Réexportations.

Riz...., 371,850 fr.

Vins et liqueurs 358,237

Lichens tinctoriaux 314,245

Poudre à tirer 213,492

Tissus de coton 303,460

Machines et mécaniques 180,085

Ouvrages en métaux, ancres et chaînes 129,552

Sacs de grains, sacs vides et autres 102,774

Cordages 62,619

Meubles, ouvrages en bois, futailles vides... . 117,210

Produits et dépouilles d’animaux 101,982

Différence entre les exportations de 1860 et 1861, et en faveur de 1860, 4,061,347 francs.

Chambre de commerce.

Elle se compose de 11 membres.

Ils sont nommés pour trois ans par le gouverneur et se renouvellent chaque année par tiers.

Leurs attributions sont consultatives.

Un droit additionnel de 1 1/2 p. 100 est perçu chaque année sur toutes les patentes de la colonie ; c"est avec ce droit de 1 1/2 que les dépenses de la Chambre sont couvertes.

Les 14 agents de change de la colonie, courtiers de commerce, ont une chambre syndicale qu’ils nomment. Elle se compose de 3 membres.

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