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CHAPITRE PREMIER

Historique.

L’île de la Martinique appartient au groupe des petites Antilles et tut^ comme elles, découverte par Christophe Colomb, en 1493, pendant le second voyage de cet intrépide navigateur.

Elle est située dans l’océan Atlantique, entre 14° 25' 43" et 14° 32' 47" lat. N., et entre 63° 6' 19" et 63° 3T 34" long. O., à 100 kimètres de la Guadeloupe et à environ 1270 lieues marines du port de Brest.

Le groupe des Antilles auquel elle se rattache est désigné sous le nom à'Iles du Vent.

Les Espagnols dédaignèrent ces îles qui pour eux n’étaient que des cayes (rochers), e’t les Caraïbes en demeurèrent paisibles pos» sesseurs.

En 1625, deux bâtiments, l’un anglais, l’autre français, abordèrent à Saint-Christophe, et, sans résistance de la part des indigènes, s’établirent dans l’île. Mais bientôt ceux-ci, excités par un de leurs boyés (sorciers), résolurent de se débarrasser des nouveaux venus. Anglais et Français, ayant eu vent de la trame, s’entendirent et d’un commun accord égorgèrent une partie des naturels.

L’île entière passa alors sous leur domination.

Un marin hardi, Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, commandait alors les Français. Ses exploits sur mer lui avaient valu, lors de son départ, le titre de Capitaine du roy sur les mers du Ponant.

La colonie fondée, il avisa le gouvernement français de l’état des choses et, sous le patronage de Richelieu, il se forma une Compagnie des îles d’Amérique,

Belain ne devait pas s’en tenir là.

L’un de ses lieutenants à Saint-Christophe, Charles Lyénard, sieur de l’Olive, était venu en France (1634), s’était associé à Jean Duplessis, sieur d’Ossonville, et avait obtenu de la Compagnie une commission pour fonder une colonie soit à la Dominique, soit à la Martinique, soit à la Guadeloupe. Ils quittèrent Dieppe le 25 mai 1635, emmenant 550 hommes. Un mois après, ils débarquaient à la Martinique, y arboraient les premiers le drapeau français, mais, trouvant l’île trop montagneuse, ils se transportaient à la Guadeloupe.

Belain, laissant sa colonie de Saint-Christophe, se porta sur la Martinique avec 150 hommes sept. 1635), et en prit solennellement possession le 15 du même mois au nom de la Compagnie, après avoir traité avec les sauvages.

Les fondements de la nouvelle colonie établis, Belain nomma commandant Jean Dupont et retourna à Saint-Christophe. Dupont eut à lutter contre les Caraïbes qui étaient venus attaquer le petit fort en palissades bâti par Belain, les battit, et prit à son tour la route de Saint-Christophe. La colonie était fondée.

En 1637, on envoya de France, pour remplacer Dupont à la Martinique, un neveu de Belain d’Esnambuc, nommé Duparquet. Celui-ci, peu après son arrivée, prit possession de Sainte-Lucie, de la Grenade et des Grenadilles (Grenadins), au nom de la Compagnie.

En 1650, la Compagnie se résolut à vendre ses îles; elle n’en avait pas retiré tous les avantages qu’elle espérait. Ce fut Duparquet qui les acheta (60,000 livres); il en devint ainsi à la fois propriétaire, seigneur et gouverneur.

A sa mort, les Caraïbes s’insurgèrent (1658). On en lit un massacre horrible; ceux qui survécurent, on les expulsa.

Les héritiers de Duparquet furent confirmés par le roi dans les biens, titres et dignités de leur auteur. Mais bientôt le désordre se mit dans la colonie et l’on se décida à enlever ces colonies aux particuliers pour les confier à une autre Compagnie. Les îles furent rachetées aux héritiers Duparquet pour 240,000 livres par le gouvernement qui les rétrocéda à la Compagnie des Indes occidentales, nouvellement formée (1664). Cette Compagnie avait obtenu le droit exclusif de commerce et de navigation dans les mers d’Amérique, pendant quarante ans.

Un conseil souverain, composé du gouverneur et des princi-

paux officiers, fut institué à la Martinique; toutes les mesures furent prises pour la prospérité de la colonie. Il semblait que la nouvelle Compagnie dût avoir un autre destin que son aînée. 11 n’en fut rien;

La guerre, disent les Notices de la marine, qui fut déclarée contre les Hollandais en 1674, accéléra la décadence de la Gomgnie; quoique nous eussions eu partout l’avantage sur nos ennemis et que le célèbre Ruyter eût été repoussé avec perte de Fort- Royal (juillet 1674), la Compagnie fut dissoute par un édit du mois de décembre, et les îles furent réunies au domaine de l’État; tous les Français, sans distinction, eurent désormais la liberté de s’y fixer.

Les colons de l’île formaient alors deux classes. La première se composait de ceux qui étaient venus de France à leurs frais et qu’on appelait habitants ; le gouvernement local leur distribuait des terres en toute propriété, moyennant une certaine redevance annuelle. L’autre classe se composait d’Européens qui, sous le titre (Rengages, étaient contraints de travailler pendant trois années consécutives sur les plantations des colons qui avaient payé les frais de leur passage d’Europe dans la colonie. A l’expiration de l’engagement, les travailleurs recevaient, pour la plupart, des concessions gratuites de terre, dont l’étendue, réduite plus tard de moitié, était de 1,000 pas de longueur sur 200 de largeur.

Mais le nombre des travailleurs n’était pas suffisant, et, dès le début même de la colonie, on fut obligé d’avoir recours à l’introduction des noirs d’Afrique. La traite des esclaves prit promptement une grande extension, et, en 1736, la population esclave de la colonie ne s’élevait pas à moins de 72,000 noirs.

La perte de nos possessions de l’Amérique du Nord (1713) fut avantageuse pour la Martinique. Le gouvernement porta toute son attention sur les Antilles. En 1717, la Martinique fut affranchie des droits excessifs qui pesaient sur ses produits ; elle devint le chef-lieu et le marché général des Antilles françaises. Son agriculture, son commerce, prirent des développements remarquables.

La guerre de 1744, entre l’Angleterre et la France, vint changer la face des choses. On négligea agriculture et commerce ; tous les esprits, tous les capitaux se portèrent ailleurs ; on ne songea plus qu’à armer des Corsaires.

« Terminées en 1748, les hostilités reprirent en 1756 contre les

Anglais. Nos corsaires firent pendant cette guerre des prises considérables et désolèrent le commerce de nos ennemis dans les îles. Le nombre des prises se monta à 950, et leur produit à plus de 30 millions de livres. Le 14 janvier 1759, une flotte anglaise de 80 vaisseq^x parut devant Fort-Royal ; le débarquement s’effectua la nuit ; mais le lendemain, l’ennemi^ repoussé par les habitants, fut contraint de se rembarquer en toute hâte.

c( En 1762, les Anglais, sous les ordres de l’amiral Rodney et du général Robert Monkton, furent plus heureux dans leurs tentatives sur la Martinique. Le 16 janvier de cette année, leur escadre, composée de 230 voiles et de 15,000 hommes de troupes réglées, mouilla devant la Case-Navire ob le débarquement se fit pendant la nuit. Les 1,200 hommes de troupes et les 2,400 habitants ou flibustiers qui formaient toutes nos forces ne purent tenir contre les Anglais, et le 13 février, après plusieurs combats, le gouverneur, M. de Latouche, capitule à Saint-Pierre.

(( La paix avec l’Angleterre fut signée à Fontainebleau le 3 novembre 1762, et, en vertu du traité de Paris, du 10 février 1763, la Martinique fut restituée le 11 juillet de la même année au marquis de Fénelon, envoyé de France pour en reprendre possession. »

La Martinique, pendant la guerre de l’indépendance américaine (1774), fut le centre des opérations maritimes de nos flottes. Sous le marquis de Rouillé, gouverneur général des îles du Yent, elle participa à la gloire de nos armes.

De 1783, date de la paix, à 1790, la Martinique reprit son importance agricole et commerciale; L’exportation donna un chiffre de 30,246,286 francs, et l’importation, de 12,538,496 francs. La population se composait de 99,244 individus (83,414 esclaves).

Quand la Convention eut décrété l’abolition de l’esclavage, la guerre civile éclata. Tous les travaux furent abandonnés. Bon nombre d’habitants quittèrent la Martinique. Le 3 février 1794, les Anglais y débarquèrent; l’île fut prise et demeura en leur possession jusqu’en 1802 (paix d’Amiens).

En 1809, les Anglais s’emparèrent encore une fois de la Martinique. Le fort Bourbon, où s’était retirée la garnison, résista à 15,000 Anglais pendant vingt-sept jours.

Le traité de Paris (30 mai 1814) rendit à la France la Martinique, traité confirmé par celui de novembre 1815.

GOUYERNEURS.

1625. Dupont, gouverneur sous l’autorité de Pierre Belain, sieur d’Esnambuc, gouverneur pour le roi.

1687. Duparquet, gouverneur sénéchal de File pour la Compagnie des îles de l’Amérique.

1638. De Poincy, lieutenant général des îles de l’Amérique pour S. M.

1645. DeThoisy, id.

1647. De Poincy, id,

1653. Duparquet, général.

1658. Dyel de Vaudroque, gouverneur.

1664. Prouville, chevalier, seigneur de Tracy, lieutenant général,

1667. De la Barre, lieutenant général.

1669. Baas (le marquis de), premier gouverneur, lieutenant général pour S. M.

1677. Blénac (le comte de).

1691. Éragny (le marquis d’).

1697. Amblirnont (le marquis d’).

1701. Esnotz (le comte d’).

1703. Machault (de).

1711. Philipeaux (de).

1715. Duquesne (le marquis).

1717. Lavarenne (le marquis de).

1717. Feuquière (le chevalier de).

1728. Ghampigny(le marquis de).

1744. Gaylus (de).

1750. Bompar (de).

1757. Beauharnais (le marquis de).

1761. Le Yasser de Latouche.

1762 Rufane (William), Anglais.

1763. Fénelon (le marquis de).

1765. Émery (le comte d').

1771. Valière (le chevalier de) .

1772. Nozières (le comte de).

1776. Argoult (le comte d’).

1777. Souillé (le marquis de).

1782. Damas (le vicomte de), gouverneur- général.

1789. Yioménil (le comte de).

1790. Damas (le vicomte de).

1792. Behague (de).

1793. Rochambeau (de).

1794. Prescott (Robert), Anglais.

1794'. Vaugban (sir Jobn), id.

1795. Sbore Milnes (R.), id,

1796. Keppel (William), id.

i802. Villaret- Joyeuse (l’amiral), capitaine général.

1809. Leekwitb (sir George), Anglais.

1810. Brodrick, (le major général Jobn), id. d8l l. Wales (le major général Gb.), id.

1814. Vaugiraud (le vice-amiral comte de), lieutenant général. 1818. Donzelot (le lieutenant-général comte), gouverneur et administrateur pour le roi.

1826. Bouillé (le maréébal de camp comte de), gouverneur.

1828. Barré (le maréchal de camp).

1829. Desaulses de Freycinet (le baron).

1830. Gérodias (le colonel), gouverneur intérimaire.

1830. Dupotet (le contre-amiral), gouverneur.

1834. Halgan (le vice-amiral).

1836. Mackau (le contre-amiral baron de).

1838. Rostoland (le colonel) .

1838. Moges (le contre-amiral comte de).

1840. Du Valdailly (le contre-amiral).

1844. Mathieu (le contre-amiral A.).

1848. Rostoland (maréchal de camp), gouverneur provisoire. 1848. Perrinon, commissaire général de la République.

1848. Bruat (le contre-amiral), gouverneur.

1851. Vaillant (le contre-amiral).

1853. Brunot, colonel d’infanterie de marine.

1854. Gueydon (comte de), capitaine de vaisseau, gouverneur, 1856. Lagrange, commissaire de marine de 2® classe.

1856. Fitte de Soucy (comte de), général de division.

1859. Lagrange.

1859. De Maussion de Candé, capitaine de vaisseau.

1862. Vérand, commissaire de la marine de P® classe.

1863. De Maussion de Candé, contre-amiral.

1864. De Lapelin, capitaine de vaisseau.

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