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CHAPITRE PREMIER

Coup d'œil historique.

La Guyane française est située entre S"* et 6° latit. nord, et entre 52° et 57° long. O. — Elle s’étend entre l’Orénoque etle fleuve des Amazones.

Elle est éloignée de Brest d’environ 1,320 lieues marines.

L’Atlantique la borne au Nord-Est; le Maroni, qui la sépare de la Guyane hollandaise la borne au N. -O. et à l’O., ainsi que plusieurs pays intérieurs peu connus. Sa limite Sud-Est encore indéterminée.

Le août 1498, Christophe Colomb, qui en était à son troisième voyage en Amérique, aborda à la Guyane, Améric Yespuce n’y vint que dix mois après, en mai 1499, avec Alfonso d’Ojeda et Jean de la Cosa.

Toutefois Vincent Yanez Pinçon est le premier qui ait parcouru les côtes de la Guyane dans toute leur étendue (1500).

Un fait assez bizarre, l’existence supposée dans l’intérieur des terres d'une ville extrêmement riche, VFl Dorado, entraîna une foule d’esprits aventureux, dans le courant du seizième siècle, à explorer l’intérieur de la contrée. De ce nombre furent, sir Walter Raleigh (1597 et 1617), Laurent Keymis et le capitaine Berrie (1596), Charles Leigh (1604) et Robert Harcourt (1608). On peut voir dans le Monde enchanté^ de M. Ferdinand Denis, un certain nombre de détails curieux sur le Dorado^ et les folies que la recherche de cette ville hypothétique fit faire à bon nombre.

La Revardière, en 1604, fut chargé par Henri TV d’examiner s’il était possible d’établir une colonie à la Guyane. La Revardière se rendit dans le pays, examina sérieusement les choses, et

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GUYANE

répondit affirmativement. La mort de Henri empêcha qu’il ne fût donné suite au projet.

Le projet fut repris en 1626 par des marchands de Rouen. De 1626 à 1633, plusieurs colonies furent envoyées. Elles se composaient chacune d’un petit nombre d’hommes.

Enfin, en 1633, quelques établissements étaient fondés. Des négociants de Rouen obtinrent le privilège du commerce et de la navigation des pays entre l’Orénoque et l’Amazone. Cette tentative ne réussit pas. Une autre compagnie, celle du Cap Nord se forma sur les ruines de la première en 1643; elle n’aboutit pas davantage. Un des associés, le sieur Poncet deBrétigny, parti de Dieppe avec trois cents hommes, se conduisit avec une telle barbarie et vis-à-vis dq ceux-ci et vis-à-vis des indigènes, qu’on le massacra. Les indigènes (Galibis) n’eurent point de repos qu’ils n’eussent tué ou chassé tous les Français. Deux seulement, d’entre ces derniers, purent parvenir à Surinam, où s’étaient antérieurement établis les Hollandais.

L’expédition de 1643 fut un nouvel échec pour les associés de Rouen, Les quarante hommes qu’ils envoyèrent furent aussi massacrés par les indigènes .

Nouvelle expédition en 1652. Pendant la traversée, le chef de cette expédition, un sieur de Royville, gentilhomme normand, fut poignardé. Arrivés à Cayenne, les directeurs furent en butte à des complots; les Galibis s’insurgèrent, la famine se mit de la partie; bref, en 1653, il fallut se réfugier à Surinam, d’où l’on gagna les Antilles.

Les Hollandais, sous la conduite de Spranger, prirent Cayenne, veuve d’habitants. Elle leur fut enlevée par la France en 1664.

C’est alors que fut établie la Compagnie des Indes occidentalë's. On lui avait concédé la propriété de toutes les colonies de l’Amérique du Nord, des Antilles, de l’Amérique du Sud et de l’Afrique occidentale.

• La ville de Cayenne, fondée dès 1643 par Poncet de Brétigny, fut considérablement étendue et fortifiée. La colonie comptait mille colons. De grands travaux de défrichement furent entrepris.

En 1667, irruption des Anglais. L’île fut ravagée, pillée, puis évacuée.

Il fallut six ans à la colonie pour qu’elle réparât ses pertes.

En 1674, elle subit le sort des autres colonies françaises et

passa, lorsque la Compagnie des Indes occidentales fut supprimée, sous la domination du roi.

En 1676, les Hollandais, jaloux de la prospérité de la colonie, l’envahirent et s’emparèrent de Cayenne qu’ils fortifièrent. Elle leur fut reprise, quelques mois après, par le comte d’Estrées.

Les flibustiers, qui vinrent s’y fixer en 1686, consacrèrent leurs capitaux à l’agriculture. Ce fut un moment de prospérité pour la colonie guyanaise. Il dura peu. Par esprit de représailles, on voulut attaquer les Hollandais à Surinam ; on échoua, après avoir perdu les hommes les plus actifs et les plus entreprenants de la Guyane.

En 1700, un traité conclu à Lisbonne reconnut le cours des Amazones pour limites des possessions des deux puissances française et portugaise.

« La paix d’Utrecht changea, en 1715, les limites de la Guyane, du côté de l’Amazone. Par l’article 8 de ce traité, la France renonça à la propriété des terres appelées du Cap Nord et situées entre la rivière des Amazones et celle de Japoc ou de Yincent Pinçon. Depuis lors, la cour de Portugal n’a cessé de confondre la rivière d’Oyapock, située sur la côte de la Guyane par 4° 15' lat. N. avec celle de Japoc, qui a la sienne par 1° 55' lat. N. Telle est la source des discussions relatives aux limites méridionales de la colonie. )> (V. Notices de la marine.)

La grande expédition de 1763, qui emporta en Guyane 12,000 colons volontaires, eut une déplorable issue; 12,000 individus seulement revinrent en Europe; quelques familles, épargnées par la mort, se fixèrent entre les rives du Kourou et du Sinnamary. L’entreprise avait coûté 30 millions.

En résumé, après plus d’un siècle, notre colonie était fort peu de chose. En 1775, on n’y comptait pas plus de 1,300 personnes libres et 8,000 esclaves; 488,598 livres tournois, tel était le chiffre de l’exportation.

On résolut enfin d’étudier l’état des choses. M. Malouet, commissaire général de la marine, homme très-compétent, fut envoyé comme ordonnateur dans la colonie. Après avoir parcouru chaque district, il se rendit à Surinam, examina le système de culture des Hollandais et revint avec l’ingénieur Guizan, autorisé par la Hollande à entrer au service de la France.

De grands travaux de dessèchement, de canalisation, etc., furent aussitôt entrepris. Mais, malheureusement, M. Malouet,

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dont la santé n’était pas robuste, fut contraint à quitter la Guyane, et l’impulsion qu’il avait donnée s’effaça promptement, après son départ.

La Révolution de 1789 amena, comme dans les autres colonies, une révolte des noirs. Les exploitations agricoles furent à peu près abandonnées. Pendant le gouvernement de Yictor Hugues (1800-1809), les prises faites par les corsaires de Cayenne introduisirent quelque abondance dans la colonie, mais détournèrent des travaux utiles.

En 1809, une expédition anglo-portugaise s’empara de la Guyane, et, pendant neuf ans, elle appartint aux Portugais.

Le gouvernement français ne rentra en possession de sa colonie qu’en 1817. Elle comptait alors 15,000 âmes.

En 1820 et 1821, deux tentatives pour introduire de nouveaux cultivateurs, échouèrent. — Celle de 1823 n’aboutit pas mieux.

C’est à l’énergie d’une femme, madame Javouhey, fondatrice et supérieure générale de la Congrégation des sœurs de Saint- Joseph de Cluny, qu’on doit, en partie, le succès relatif de la colonisation delà Mana. Quand les colons de 1823 eurent abandonné cet établissement, elle proposa de continuer l’entreprise et de fonder dans ce quartier des établissements propres à servir d’asile aux enfants trouvés. Son plan ayant été agréé, une expédition, composée de 36 sœurs, 39 cultivateurs engagés pour trois ans, et de quelques enfants, partit, en 1828, aux frais de l’État, sous la conduite de cette dame. En 1831, les cultivateurs abandonnèrent rétablissement, mais madame Javouhey avait tout prévu et cette défection ne changea rien à la situation, a En 1833, le gouvernement décida que les noirs de traite, libérés en vertu de la loi du 4 mars 1831, qui se trouvaient alors à la Guyane, seraient successivement envoyés sur l’établissement de la Mana pour s’y préparer, par le travail, à la liberté ; 530 noirs y ont été ainsi réunis, et, depuis cette fondation, le bourg a prospéré. Cet établissement fit retour au gouvernement le 1" janvier 1847, et a formé depuis lors un nouveau quartier de la colonie. »

L’émancipation des esclaves, en 1848, a porté un coup terrible à la Guyane. Cependant, il a été atténué depuis par l’établissement des pénitenciers, l’introduction des immigrants africains et indiens, l’institution d’une banque, la découverte de mines d’or, la création de vastes chantiers pour l’exploitation des bois, etc.

La vie renaît, la vie reprend dans cette belle colonie.

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