CHAPITRE PREMIER
Coup d’œil historique.
Les établissements français dans l’Inde occupent ensemble une superficie de 49,622 hectares. Ce ne sont plus que des fragments de territoires isolés.
Ces établissements sont :
Pondichéry et son territoire (districts de Pondichéry, de Villenour et de Bahour) ; Karikal et les districts (Maganoms) en dépendant, — sur la côte de Coromandel;
2" Yanaon^ son territoire et les villages (Aidées) en dépendant ; la loge de Mazulipatam, — sur la côte d’Orissa ou Orixa;
3° Mahé et son territoire; la loge de Calicut^ — sur la côte de Malabar;
4° Chandernagor et son territoire ; les loges de Cassimbazar, Jougdia, Dacca, Balassore et Patna, — au Bengale ;
5® La factorerie de Surate, — dans le Goudjérate.
Nous empruntons aux Notices publiées par le Ministère de la marine et des colonies les faits historiques qui suivent.
La plupart des nations européennes ont été attirées vers l’Inde par la perspective des immenses ressources qu’offre au commerce, à l’industrie^ comme aux explorations de la science, cette riche et magnifique contrée. Les Portugais, les Danois et les Hollandais y plantèrent les premiers leur drapeau ; mais leur prospérité n’y fut que passagère.
L’Angleterre et la France se disputèrent ensuite la suprématie de rinde.
La première expédition française qui se dirigea vers les mers de rinde, dans le but de s’y frayer des débouchés commerciaux, remonte à l’armée 1603. L’initiative en est due à une société de négociants de Rouen. L’entreprise échoua; plusieurs autres tentatives qui suivirent eurent le même résultat.
En 1642, création par le cardinal de Richelieu d’une première compagnie des Indes orientales. Elle n’ahoutit à rien.
En 1664, Colbert reconstitua la Compagnie sur de plus larges bases. Il lui accorda une exemption de taxes et le monopole du commerce de l’Inde pendant 50 ans.
En 1678, Caron, chef de la Compagnie, crée un comptoir à Surate. — Cette ville ne répondant pas à l’idée qu’il s’était formée pour un établissement principal, il enlève aux Hollandais la baie de Trinquemalé, dans l’île de Ceylan.
En 1682, la baie de Trinquemalé ayant été reprise par les Hollandais, Caron passe à la côte de Coromandel ; il s’y empare de San-Tomé, ville portugaise qui, depuis 12 ans, était au pouvoir des Hollandais.
Caron ne put se maintenir à San-Tomé ; il la restitua aux Hollandais en 1674.
En 1683, la ruine de la Compagnie était imminente, sans l’habileté d’un de ses agents, François Martin. Cet actif administrateur rallia sous sa conduite une soixantaine de Français, débris des colonies de Ceylan et de San-Tomé, et vint se fixer à Pondichéry qu’il acheta au souverain du pays. Il fortifia la ville, et grâce à son habile administration, la petite colonie ne tarda pas à devenir florissante.
En 1688, Chandernagor est cédé à la Compagnie par le Grand- Mcgol.
En 1693, les Hollandais s’emparent de Pondichéry.
Le traité de Riswick (1699) rendit Pondichéry à la France. — Cette ville devint le chef-lieu des possessions françaises dans l’Inde; Martin en fut nommé gouverneur général. — Sous son habile administration, le commerce prit une grande activité.
En 1727, cession de Mahé à la Compagnie.
En 1739, cession de Karikal.
Dans la guerre de 1741, la rupture de la France et de l’Angleterre mit aux prises Pondichéry et Madras. Une escadre anglaise
croisant dans les mers de l’Inde, paralysait notre commerce et faisait beaucoup de captures. Mahé de Labourdonnais équipa à ses frais une petite flotte de neuf bâtiments, dispersa l’escadre ennemie et vint mettre le siège devant Madras qui capitula le 21 septembre 1746. On la rançonna à dix millions. — Mais bientôt, usant de représailles, les Anglais paraissent devant Pondichéry avec une escadre de 32 bâtiments et 4,700 hommes de troupes européennes, auxquelles se joignent 4,000 hommes.de troupes indiennes. — Dupleix, après avoir défendu la ville pendant 42 jours de tranchée ouverte, contraint les Anglais à la retraite (1748).
La paix d’Aix-la-Chapelle, conclue la même année, mit fin aux hostilités et permit à Dupleix, qui rêvait pour la France un empire dans l’Inde, d’y porter haut sa puissance.
^De 1746 à 1756, Dupleix obtint du Grand-Mogol la Nababie de Garnate, se fit le protecteur des soubabs d’Arcateet de Decan, auxquels il fit payer un tribut considérable, acquit de vastes accroissements de territoire à Pondichéry, à Karikal, à Mazulipatam, à Yanaon, et étendit la domination française sur les quatre provinces de Montfanagar, d’Ellour, de Rajamandri et Ghicakal, ainsi que sur l’île de Seringam, formée par deux bras du Cavéry . Ges différents établissements offraient à notre commerce 200 lieues de côtes et un revenu annuel de 20 millions de francs.
Malheureusement, ces splendeurs n’eurent qu’un éclat passager. Dupleix, abandonné à lui-même par la Cour de Yersailles, éprouva des revers dans là lutte acharnée qu’il eut à soutenir, avec des forces inégales, contre les princes de Tanjaour et de Maissour et contre les Marattes, conjurés pour notre ruine avec les Anglais, sous les ordres des généraux Clive et Warren-Hastings.
Dupleix fut rappelé à Paris en 1753,
En 1761, les Anglais nous battent à Vandabachi, s’emparent d’Arcate et investissent Pondichéry. Lally-Tollendal, qui défend la place contre 2,000 Anglais avec 700 hommes, sans munitions et sans vivres, se rend. L’ennemi détruit la ville; les Français sont chassés; notre prépondérance dans l’Inde est anéantie.
Toutefois, en 1763, la paix nous fait rentrer en possession de Pondichéry et de nos autres comptoirs, mais avec de grandes réductions territoriales.
En 1769, abolition du privilège de la Compagnie des Indes. Le
commerce devint libre; on en conçut quelques espérances et Pondichéry recouvra un peu de son ancienne splendeur. — Quel ques années après, en 1778, Pondichéry retombait au pouvoir des Anglais.
Le bailli de Suffren, envoyé au secours de l’Inde, fait preuve de beaucoup de courage et de hauts talents; avec de médiocres ressources, il livre quatre combats aux Anglais en sept mois, bat la flotte de l’amiral Hughes, et reprend en trois jours le fort de Trinquemalé (1782).
Le traité de Versailles (1783) nous rendit Pondichéry et nos autres établissements. — Ce fut pour les évacuer de nouveau et par force en 1793.
La paix d’Amiens nous les rendit encore (1802). Mais, en 1803, Pondichéry passa pour la quatrième fois aux mains des Anglais.
Les traités de 1814 et 1815 nous rendirent Pondichéry et les autres établissements, réduits dans leurs limites.
L’administration anglaise remit à la France Pondichéry et Chandernagor le 4 décembre 1816.
Elle lui remit Mahé le 12 janvier, Karikal le 14, et Yanaon le
12 avril 1817.
Une convention, conclue le 7 mars 1815 avec l(?’gouvernement anglais, avait établi les stipulations suivantes : 1° Renonciation du gouvernement français au droit de réclamer de la Compagnie des Indes anglaises 300 caisses d’opium au prix de fabrication; payement par la France de la valeur de ces caisses au prix moyen de Calcutta ; 2° droit concédé au gouvernement anglais d’acheter, à un prix déterminé, le sel fabriqué dans nos établissements et excédant les besoins de leur consommation ; 3" en compensation du préjudice causé à nos établissements par ces stipulations, payement annuel par le gouvernement anglais à la France d’une rente de 4 lacs de roupies sicca (1 million de francs). — Le traité du
13 mai 1818, pour rendre plus complet le monopole de la Compagnie des Indes anglaises, modifie cet état de choses ; le droit de fabriquer le sel dans nos établissements nous est racheté moyennant une indemnité annuelle de 4,000 pagodes (33,600 fr.), dont une partie est répartie, à titre d’indemnité, entre les anciens propriétaires de salines à Pondichéry et à Karikal, et dont le reste profite au budget local de nos établissements. Il n’est plus fabriqué de sel sur notre territoire ; le gouvernement an-
glais livre à l’autorilé française, au prix de fabrication, le sel nécessaire à la consommation de nos établissements. Ce sel, revendu aux consommateurs par le gouvernement français, donne un bénéfice qui est versé dans le trésor local.
Directeurs et gouverneurs des établissements de l'Inde,
1672. Caron, directeur de la Compagnie.
1680. Martin (François), gouverneur général.
1705. Dulivier (P.), intérimaire.
1707. Dulivier (P.), confirmé.
1708. Hébert (le chevalier).
1713. Dulivier (P.).
1715. Hébert (le général).
1718. De la Prévostière.
1721. Le Noir (Pierre-Christophe).
1723. Beauvallier de Courchant.
1726. Le Noir (P.-C.).
1735. Dumas.
1741. Dupleix.
1754. Godeheu.
1755. Duval de Levrit.
1758. De Lally-Tollendal.
1765. Law de Lauriston.
1765. Nicolas (François), intérimaire.
1766. Boyelleau (A.), intérim.
1767. Law de Lauriston.
1777. De Bellecombe (Guillaume-Léonard).
1778. D’Albignac, intérini.
1778. De Bellecomhe. ,
1785. De Goutenceau, intérim.
1785. De Souillac.
1785. De Cossigny (David).
1787. De Conway.
1789. De Fresne.
1793. Leroux de Toulfreville, intérim.
1793. De Chermont.
Gouverneurs anglais.
1793. Braitwaite, général anglais.
1793. Dixon, lieutenant-colonel anglais.
1802. De Méron, officier suisse au service de l’Angleterre.
Gouverneurs français.
1803. Decaen (le général).
1803. Binot, intérim.
Gouverneurs anglais,
1804. Keit, lieutenant-colonel anglais.
1805. Fallofield (E.-W.), id.
1811. Lockhart, colonel anglais.
1812. Freser, colonel anglais.
1812. Freser (Y.-S.), capitaine anglais.
Gouverneurs français.
1816. Du Puy (le comte), pair de France, gouverneur civil. 1825. Cordier, capitaine de vaisseau, intérimaire.
1820. Desbassjns de Richemont (le vicomte), commissaire général de la marine, administrateur général.
1828. Scipion, intérim.
1828. Cordier, id.
1829. De Mélay, capitaine de vaisseau.
1835. Saint-Simon (le marquis de), maréchal de camp.
1840. De Nourquer du Camper, capitaine de vaisseau.
1844. Pujol, capitaine de vaisseau.
1849. De Lalande de Calan, capitaine de frégate.
1850. Malassis, commissaire de la marine, intérim.
1851. Bédier, commissaire général de la marine.
1851. Malassis, intérim.
1852. De Verninac Saint-Maur, contre-amiral.
1857. Durand d’Ubraye, commissaire général de la marine. 1863. Bontemps, commissaire général de la marine.