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CHAPITRE VII

Agriculture. — Riz. — Coton. — Canne à sucre. — Tabac. — Maïs, etc. — Ventes et concessions de terres. — Industrie. — Pêche. — Vers à soie. — Bois. — Carrières, etc. — Commerce. — Importations. — Exportations. — Navigation. — Mouvement de la navigation au long cours. — Cabotage. — Entrées et sorties à Saigon et à Mitho.

L’agriculture est fort remarquable dans la Basse-Gochinchine. Le riz, ce blé des Asiatiques, disent les Notices , est la production par excellence des plaines basses et inondées qui forment le delta du Cambodge. L’étendue de terrain cultivée en riz dans les trois provinces est environ de 105,000 hectares. Cette quantité de rizières fournit, année moyenne, 210,000 tonneaux de riz cargo qui représentent une valeur totale d’environ 35 millions de francs.

L’exportation régulière, avant la guerre, pouvait être évaluée à 1 million de piculs, ou plus de 62,000 tonneaux. En 1860, année de l’ouverture du port de Saigon, l’exportation monta à près de 100,000 tonneaux.

Le riz se cultive surtout dans les terrains bas et bum.ides, que l’on nomme Tliao-dien; ce sont les rizières proprement dites. Les terrains élevés où l’on cultive le riz se nomment Son-dien; mais ce riz de montagne est peu répandu et d’un rapport médiocre.

Dans les Thao-dien, le riz se sème préalablement dans de petits espaces réservés appelés Lua-ma; au bout de 30 à 40 jours, lorsque les jeunes pousses ont atteint une certaine hauteur, on les arrache avec précaution et on fait alors de petites gerbes qu’on repique dans la terre boueuse de la rizière, en laissant entre chaque gerbe un espace suffisant pour lui permettre de se développer. Le temps des semailles commence vers la fin d’août et finit en septembre. Dans les pays où il y a deux récoltes, les premières semailles se font en février, les secondes en juillet. Le riz arrive à maturité après trois, quatre ou six mois ; dans les deux premiers

COCHINGHINE.

cas, c’est du riz hâtif, qu’on récolte dans les champs dits de deux époques ; le riz de six mois ou riz tardif est le plus communément cultiVé dans la Basse-Cochinchine et vient dans les champs d’une seule époque.

Quand le riz est mûr, on fait écouler l’eau qui reste dans la rizière où on le fauche. Le riz est ensuite battu et vanné. Lorsqu’on veut le décortiquer, on le fait passer à la meule, et, pour enlever la dernière pellicule, on le bat avec un fléau cylindrique formant levier sur lequel pèsent deux personnes. La substitution de moyens mécaniques au mode actuel de récolter et de décortiquer le riz accroîtra le rendement des terres dans une proportion très-notable .

Le meilleur riz rapporte cent pour un, disent les Annamites. Notons, en passant, que, quand ils parlent de récolte, il s’agit toujours de paddy (riz non décortiqué) ; la proportion du riz au paddy est, à peu près, de 1 à 2; il faut donc deux mesures* de paddy pour en faire une de riz.

On distingue deux riz principaux : le riz gras ou gélatineux (lûa-dieù) et le riz ordinaire ou peu gélatineux (lùa-khong-dieù). Chacun de ces riz comprend un grand nombre de variétés.

Le coton vient très-bien en Cochinchine, mais les indigènes n’en cultivent guère que pour leur consommation propre. Les 2,500 hectares cultivés rapportent environ 3,500 tonneaux de coton, d’une valeur de 3 millions. Sa qualité est bonne. C’est l’espèce courte-soie qu’on cultive de préférence. Le coton est une culture pleine d’avenir dans la colonie.

Il en est de même de la canne à sucre. Production : 7, 500, 000 kilogrammes; valeur : 4 millions.

Cinq variétés : canné rouge, canne blanche, canne verte, canne rouge et blanche, canne éléphant {mia-voi), qui atteint une longueur de plus de 10 pieds et un diamètre de 6 à 7 pouces; son suc est fort doux.

Culture du tabac : 4,000 hectares; produit : 5,000,000 de kilogrammes; valeur sur place: 1,200,000 fr. D’une qualité excellente, au dire de beaucoup d’Européens.

On cultive trois espèces de maïs : le jaune, le blanc, le rouge et blanc.

Parmi les légumineuses cultivées, on distingue les fèves ou haricots, les Bien-dau (sorte de haricot), et l’arachide.

L’arachide est employée par les indigènes comme nourriture,

quand elle est fraîche, soit pour composer des gâteaux, soit surtout pour faire de l’huile. Cette huile est recueillie en telle quantité qu’on ne peut employer une récolte dans l’espace d’un an. On fait avec le résidu de l’arachide des tourteaux qui servent d’engrais : il s’en fabrique plus de 400,000 par an. L’huile d’arachide deviendra un important article de commerce.

La Gochinchine a beaucoup de plantes oléagineuses, outre l’arachide. Son sésame est supérieur à celui de l’Inde.

La culture de l’indigo occupe une superficie de 400 hectares.

La culture du mûrier embrasse 2,000 hectares.

Quatre espèces de chanvre : le Ghi-ma, le Hac-ma, le Ti^ma et le Hoang-hiong.

Le Gay-gaï ou ortie de Chine donne une bonne filasse et croît avec vigueur.

La Gochinchine possède beaucoup de plantes textiles^ outre le chanvre, le coton, la soie ; on fabrique des cordes, cordages et gros fils avec les roseaux, les joncs, les bambous, les rotins et l’écorce du cocotier.

Parmi les plantes à tubercules, on doit mentionner le Ga-mou, qui donne une teinture rouge, quelques ignames (Tu-diù, Son-tu, Phien-tu).

Nombre d’espèces de cucurbitacées. Elles servent à l’alimentation quotidienne.

Les principaux fruits sont : celui du cocotier, la m^angue, le mangoustan, le jacq, la banane, l’ananas, le citron, l’orange, l’orange mandarine, la grenade, etc.

Parmi les épices, on remarque : le bétel ou poivre bétel^ qui se cultive dans les terres les moins élevées des plateaux moyens; le poivre ordinaire, très-répandu; la noix d’arec, matière tannante, masticatoire chéri des Annamites. — Les aréquiers atteignent 40 mètres de haut et produisent pendant 25 ans.

Le thé n’a pas la qualité de celui de la Ghine. Le thé vert {thé tau) est préféré par les indigènes.

En 1864, une pépinière a été créée à Saigon. Un entrepôt zoologique y a été adjoint. Ges établissements ont pour but, le premier d’acclimater en Gochinchine les plantes étrangères, le second de doter les jardins zoologiques de France des espèces qui leur manquent.

Au nombre des animaux domestiques des Annamites, on distingue : le buffle, employé au labour et aux voitures ; le bœuf,

GOGHINCIIINE.

beaucoup plus rare; le cheval, qui est petit, mais vigoureux ; volailles, porcs, etc.

Les terres appartenant à l’État sont ou vendues ou concédées.

Elles sont vendues, soit aux enchères publiques, soit à bureau ouvert et à prix fixe. Dans ce dernier cas, les prix ne peuvent être inférieurs à 10 fr. par hectare. Les payements ont lieu en plusieurs annuités.

Le gouvernement s’est réservé le droit d’accorder, moyennant certaines conditions, des concessions gratuites à des militaires ou à des employés de l’État qui veulent se fixer dans le pays.

Pour donner plus de sécurité aux propriétaires indigènes, une décision du 16 mai 1863 a créé des titres de propriété qui, par leur inscription dans les bureaux de l’administration, moyennant un droit de 2 pour 100 de la valeur des biens, leur en garantit à jamais la jouissance.

Les industries cochinchinoises qui sont le plus encouragées et qui méritent le plus de l’être sont : la pêche, l’éducation du ver à soie, l’exploitation des bois, la fabrication du sel, l’exploitation des carrières.

La Gochinchine est très-poissonneuse. Le poisson est, avec le riz, la base de la nourriture des Annamites. C’est un objet d’exportation en Chine.

Quoique les pêcheries actuelles ne soient pas encore trèsnombreuses, on peut déjà prévoir qu’elles sont appelées à un grand avenir.

Le ver à soie est cultivé par tous les indigènes sans exception.

(( Les cocons, disent les Notices^ sont petits, de couleur jaune et ont une apparence grossière; ils donnent environ chacun \mphan (0®^4) de fil. La série des opérations qui constituent l’élevage du ver à soie et la production des cocons et de la graine s’accomplit en une période de 45 à 50 jours. Les œufs ne se gardent que 10 jours; ils éclosent au bout de ce temps. Les vers peuvent se reproduire toute l’année. La production est moins abondante pendant la fin de la saison sèche^, à cause du manque de feuilles. La production annuelle, dans nos provinces, est de 6,000 kilog. de soie brute, valant 240,000 fr. Le nord de l’Annam envoie chaque année une certaine quantité de soie à Saïgon.

« On nourrit presque partout des vers à soie, mais on ne tisse que dans quelques localités, principalement dans la provincede Bien-hoa. Les procédés de tissage sont des plus primitifs. Ce métier est généralement réservé aux femmes.

a Les tissus et la soie grège sont malheureusement à des prix trop élevés pour qu’ils deviennent un objet d’exportatibn. »

Les femmes tissent aussi le coton. Nos procédés de tissage changeront avantageusement cet état de choses. En 1864, il a été expédié de Saigon dans les provinces annamites environ 4,000 pièces de cotonnades indigènes.

La Gochinchine est riche en forêts. Leur exploitation a produit bon nombre d’industries : bûcherons, scieurs de long, menuisiers, etc. — Plus de quarante essences différentes peuvent être employées à la teinture, d’autre& aux constructions navales, etc.

Toute vente de bois est frappée d’un droit de 25 fr. p. 100 à la charge de l’acquéreur.

L’exploitation des forêts est facilitée par les nombreux cours d’eau qui les sillonnent.

Les salines de la province de Bien-hoa sont très-importantes. Le marché le plus considérable du district est Gho-ben.

Les marais salants des Annamites sont disposés comme en Europe. Ils se composent: 1° d’un canal ou réservoir dit y as, placé en avant des marais salants et plus profond qu’eux, qui communique avec la mer au moyen d’une écluse, se remplit à marée haute et est destiné à conserver réau, afin qu’elle y dépose ses impuretés, et à remplacer celle des autres bassins au fur et à mesure qu’elle s’évapore; 2° du marais proprement dit, situé derrière le jas; il est divisé en une multitude de cases ou compartiments appelés couches et tables, séparés par de petites chaussées] destinées à multiplier les surfaces pour augmenter l’évaporation et recevoir les eaux de plus en plus concentrées. Sous l’influence du soleil, le sel ne tarde pas à se cristalliser; on le retire alors sur le bord des tables où on le laisse égoutter. Il est ensuite mis en muions ou porté en magasin pour être embarqué plus tard sur les jonques qui doivent l’exporter.

La production des salines de Baria s’élève actuellement à 17 mih de kilog. environ. Le budget de la colonie en retire un produit de 50,000 fr.

Dans la même province de Bien-hoa, on trouve des carrières

COGHINCHINE.

de pierres en exploitation. On remarque aussi quelques briqueteries.

Parmi les autres industries des Annamites, mais d’une moins grande importance, mentionnons la distillation du riz, dont ils font une liqueur (vin du Donnai) très-renommée, la fabrication de grosses pièces de bronze, du fer, de l’argent, de l’or et du cuivre.

Le régime commercial est à peu près sans entraves en Gochinchine, sauf droits d’ancrage, de phare, frais de pilotage.

En 1864, 500 navires européens et chinois, jaugeant ensem- • ble 212,321 tonneaux, sont entrés ou sortis du port de Saigon.

Les importations ont atteint le chiffre de 14 millions.

On y voit figurer :

Les boissons pour i ,500,000 fr.

Le thé chinois pour 1,700,000

La farine et le blé 1,500,000

La chaux 2,000,000

Le papier chinois 2,000,000

L’opium 600,000

Les drogueries chinoises 350,000

La porcelaine commune de Chine 370,000

Les exportations se sont élevées à 16,697,787 francs. Les principaux articles exportés sont :

Le riz 12,678,000 fr.

Le poisson 1,915,279

Paddy.. 123,936

Sel 225,588

Sacs vides en paille 391 ,092

Nattes 90,361

Cardamome 101,500

Peaux de buffles 79,456

Coton sans graines . 207,480

Coton exporté de Mitho par les barques 114,530

Cornes 166,200

Légumes secs (haricots, fèves, etc.) 189,474

Le pavillon français figure en première ligne dans le chiffre des navires entrés à Saigon en 1864. Le nombre des navires français a été de 82 ; les paquebots des Messageries impériales comptent 23 entrées. — Les navires français comptent 79 sorties, y compris les 23 paquebots des Messageries.

Le cabotage, de son côté, n’a point été inactif. Les mouvements de Saigon et de Mitho seulement ont été de 5,491 entrées et de 5,027 sorties , jaugeant 168,198 tonnnaux, soit par jour

460: tonneaux de marchandises entrées ou sorties de ces deux ports.

• Le cabotage de Mitho se fait, en grande partie^ par le Cambodge, chose importante, car les produits de la Cocbincbine intérieure sont justement ceux qui nous conviennent le mieux : sucres, soies, sésame, arachides, etc.

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