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CHAPITRE PREMIER

Historique.

Les îles Marquises, les états du Protectorat (îles de la Société et dépendances), nos établissements militaires et maritimes de Taïti, constituent les établissements français de V Océanie. Depuis 1860, la Nouvelle-Calédonie forme un établissement à part.

On comprend sous le titre d’Etats du Protectorat:

l°Le groupe S.-E. (îles du Vent) de l’archipel de la Société. — Les îles sous le vent de Taïti en ont été détachées, sur la déclaration de la reine Pomaré (en 1847) que son pouvoir ne s’étendait pas sur ces îles.

2® Les île€ Basses ou Tuamotu. — Une administration distincte régit les îlots Gambier ou Mangareva qui forment l’extrémité S.-E. de cet archipel.

3° Deux des quatre îles Tubuai.

Notre établissement dans la Polynésie a débuté par l’occupation des îles Marquises; mais le chef-lieu de notre colonie ne tarda guère à être transféré de Taiohae (île Nouka-Hiva) à Papeete (île Taïti), qui est ainsi devenue la capitale des Etats du Protectorat français et le chef-lieu de nos établissements océaniens.

Les Notices publiées par le ministère de la marine et des

colonies donnent les renseignements suivants. Nous les résumons.

Taïti, la plus considérable et la plus peuplée des îles de l’est de la Polynésie, a été l’objet, au dix-huitième siècle, des récits enchanteurs de ses premiers explorateurs, Wallis, Bougainville et Cook (1767, 1768 et 1769). La salubrité du climat, la fertilité du sol, l’affabilité des naturels : tel était le thème de ces récits qui plus tard furent reconnus d’une exactitude parfaite.

Des missionnaires de la Société des missions de Londres vinrent, en 1797, s’établir à Taïti avec leurs familles. Vingt ans après, ils avaient converti toute la population del’île au protestantisme. Sous leur influence, le grand chef, Pômare, acquit une prépondérance marquée sur les autres chefs et put enfin se déclarer roi des îles de la Société et dépendances.

Il eut pour successeur son fils Pômare II. Il constitua un goir vernement représentatif, dans lequel les chefs et des députés réunis en assemblée examinaient les projets de loi d’intérêt général. Les missionnaires, véritables inspirateurs de ces mesures, formulaient en codes les résolutions adoptées par l’assemblée, et Pômare les promulguait comme lois. C’est ce mécanisme de gouvernement quia si fort émerveillé quelques voyageurs européens, et les a fait se méprendre étrangement sur l’état social des insulaires de l’archipel de la Société.

Après la mort de Pômare II, en 18521, celle de son jeune fils Pômare III, en 1825, Aïmata, sœur de ce dernier, fut proclamée reine sous le nom de Pômare Vahiné (femme). Elle règne encore aujourd’hui sur les îles delà Société et dépendances. Elle porte le titre de Pômare IV.

Des troubles avaient dû, on le conçoit, accompagner ces divers événements. Aussi, pour y obvier dans l’avenir, les missionnaires protestants insinuèrent aux chefs de demander le protectorat de l’Angleterre. Ils ne réussirent pas à les persuader.

Jusqu’en 1842, la situation fut celle-ci: entraves à l’établissement du culte catholique, désordres causés par les étrangers, vexations contre les Français, etc.

A l’instigation de M. Moerenbout, consul de France à Taïti, la reine et les chefs, profitant de l’arrivée à Papeete de l’amiral Dupetit-Thouars, résolurent enfin de demander la protection de la France. L’acte, où cette demande est consignée, porte la date du 9 septembre 1842.

L’amiral accepta, sauf ratification du roi.

La ratification porte la date du 25 mars 1843. C’est dans l’intervalle que se produisit l’affaire Pritchard, consul anglais, missionnaire, commerçant, conseiller de la reine, affaire qui, sous le règne de Louis-Philippe, donna lieu à tant de débats.

Lorsque, au mois de novembre 1843, l’amiral revint à Taïti, accompagnant M. Bruat, gouverneur, commissaire du roi, le désordre était à son comble. Après des représentations à la reine sur son mauvais vouloir relativement à l’exécution de la convention de 1842, l’amiral, pour sortir d’embarras, crut devoir prendre purement et simplement possession de Taïti et dépendances. M. Bruat fut aussitôt installé comme gouverneur. La reine se retira sur un bâtiment anglais ou dans les îles N. -O. de ses Etats.

Cependant, à Paris, on désapprouvait l’amiral Dupetit-Thouars, et, à sa place, le gouvernement royal envoyait l’amiral Hamelin; se renfermer dans les limites de la convention de 1842, telle était la ligne de conduite dans laquelle on voulait se tenir.

Des troubles sanglants ne tardèrent pas à résulter de cette tension. Le commandant Bruat, qui avait temporisé jusque-là, se résolut à un coup décisif, qui ramenât à nous les indécis et raffermît les chefs, nos partisans.

Depuis quelques mois, un rassemblement de 120 Indiens s’était campé et fortifié dans le district de Mahaena, à 20 kilomètres de Papeete. Ils se croyaient à l’abri de toute atteinte, grâce à la protection des montagnes, sans chemin tracé, qui les séparaient du chef-lieu. Ils ne croyaient pas non plus qu’un débarquement fût possible sur leur front, parce que la côte à Mahaena n’est pas protégée par la ceinture de récifs qui entoure presque toute l’île, et rend l’accès de la terre extrêmement facile aux embarcations, et souvent même aux grands navires.

Le gouverneur organise une colonne de 500 hommes (soldats de la garnison et marins), s’embarque avec elle, et vient hardiment mouiller devant la position qu’occupent les, insurgés. On débarque en pleine côte, à la stupéfaction des insurgés. Vigoureusement attaqués, ceux-ci résistèrent avec acharnement; mais enfin ils durent quitter leurs retranchements, laissant une centaine de morts. Nous eûmes 16 tués et 52 blessés.

Rentré à Papeete, le gouverneur Bruat fit faire auprès de la reine des démarches pour l’inviter à rentrer dans ses Etats ; elle n’en tint compte. Il donna alors, suivant l’usage du pays, l’autorité de

la reine absente au régent. On révisa le code taïtien et l’on promulgua de nouvelles lois (1®' oct. 1845).

Toutefois, la pacification ne fut complète qu’après l’affaire d Fatahua, à 6 kilom . de Papeete, où les insurgés occupaient un position presque inexpugnable. Cette affaire fit le plus grand honneur au capitaine de corvette Bonard (17 déc. 1846).

Quelques jours après, les insurgés faisaient leur soumission e venaient à Papeete jurer fidélité au gouvernement du Protectorat. La reine rentrait elle-même à Taïti en mai 1847. Depuis cette époque, la tranquillité a toujours été s’affermissant, ainsi que notre influence. Le peuple taïtien a compris que la France voulait, avant tout, lui faire goûter les fruits de la civilisation.

Par la déclaration du 19 juin 1847, entre l’Angleterre et la France, les îles Basses et deux des îles Tubuai ont été rangées dans les Etats du Protectorat.

La possession des îles Marquises par la France date de juin \ 842. Leur importance, a-t-on dit, est peu de chose à côté des Etats du Protectorat, mais ce sont des mailles utiles du réseau d’îles dont l’ensemble forme notre colonie.

En 1844, les îlots Gambier ou Mangareva se sont aussi mis sous la protection de la France. C’est la mission catholique qui dirige les affaires du pays.

L’annuaire de Taïti pour 1865 énumère ainsi le personnel du gouvernement taïtien :

Pômare IV, reine des îles de la Société et dépendances, née en 1813.

Ariifaaite, (second) mari de la reine, né en 1820.

De ce mariage :

Ariiaue, héritier présomptif, né en 1839.

Teriimaevarua, née en 1840, reine de Boraborale3 août 1860.

Tamatoa V, né en 1842, roi de Raiateale 19 août 1857.

Teriitapunui, né en 1846.

Teriitua Tuavira, né en 1848.

Paraita, né en 1787, nommé régent de Taïti en 1839.

Gouverneurs et commandants.

1843. Bruat (A. J.), capitaine de vaisseau, commandant la subdivision navale de l’Océanie, gouverneur des îles Marquises, puis des établissements français de l’Océa-

nie et commissaire du roi près la reine des îles de la Société.

1846. Lavaud (C.-F.), capitaine de vaisseau, gouverneur et commissaire.

1848. Lavaud (G. -F.), commissaire de la République.

1849. Lavaud (G. -F.) commissaire delà République aux îles de

la Société.

1849. Bonard (L.-A.), capitaine de vaisseau.

1851. Page{T.-F.), id.'

1853. Page (T.-F.), commissaire impérial.

1854. Du Bouzet (J.-F.-E.), capitaine de vaisseau, gouverneur

des établissements français, commandant la subdivision navale de rOcéanie. — Un commandant particulier est installé à Taïti .

1858. Saisset (J.^M.-J.-T.), capitaine de vaisseau.

Le 14 janvier 1860, décret par lequel les établissements de rOcéanie cessent d’être placés sous l’autorité du commandant de la subdivision navale.

La Nouvelle-Galédonie et dépendances forment un établissement distinct.

Les îles Marquises et les établissements militaires et maritimes de Taïti sont placés sous l’autorité d’un commandant qui remplit en même temps les fonctions de commissaire impérial aux îles de la Société.

Création déune station locale à Tditi.

1860. Gaultier de la Richerie (L.-E.), capitaine de frégate, commandant des établissements de l’Océanie et commissaire impérial aux îles de la Société; commandant de la station locale.

1863. De la Roncière (F.).

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