CHAPITRE II
La Réunion. — Superficie. — Côtes. — Le piton des Neiges. — Le piton de la Fournaise. — Montagnes. — Partie sous le vent. — Plaines. — Forêts. — Cours d’eau. — Rivières. — Eaux minérales. — Etangs. — Sol volcanique de File. — Eruption du Grand-Brûlé (18G0). — Ports et rades. — Projets déports nouveaux.
L’île de la Réunion a une superficie de 251,160 hectares.
Sa longueur, de la pointe des Galets à celle d’Ango, est de ■ 7F'‘',20; et sa largeur, de Saint-Pierre à Sainte-Suzanne, est de
so'^^eo.
Ses côtes ont un développement de 207^*^30.
LA" RÉUNION
L’îleesf; de forme elliptique. Elle s’allonge du N. -O. au S.-E et paraît s’exhausser autour de deux centres principaux que marquent d’une part le piton des Neiges (3,069 mètres); de l’autre, le piton de la Fournaise (2,625 mètres).
La nature du sol et la disposition des laves dont il est formé attestent que Fîle entière est le produit des éruptions de deux foyers, occupant les deux points que l’on vient de signaler, mais dont le plus considérable, le piton des Neiges, est dès longtemps éteint, tandis que Tautre, le piton de la Fournaise, brûle encore.'
Les deux groupes de montagnes de l’île sont réunis par un plateau, appelé la plaine des Gafres, qui est élevé de 1,600 mètres au-dessus du niveau de la mer.
L’île se trouve ainsi partagée en deux divisions naturelles, dont l’une, celle du N.-N.-E., est dénommée Partie du veni^ et l’autre, celle du S.-S. -O. : Partie sous lèvent.
Le piton des Neiges est le point culminant de l’île.
La partie que domine ce volcan éteint est la plus fertile; c’est celle sur laquelle se sont principalement développées la culture et l’industrie agricole ; c’est aussi dans cette partie qu’est située la ville de Saint -Denis, chef-lieu de l’île et siège du gouvernement local. {Notices publiées par ordre du ministre de la marine et des colonies.)
A proprement parler, la Réunion n’a pas de plaines; elle n"a guère que des vallées séparant les montagnes entre elles.
Dans la partie moyenne de ces montagnes se trouvent des forêts.
Les cours d’eau sont nombreux. Ils prennent leur source dans la chaîne des montagnes et se rendent impétueusement du centre à la circonférence. Aucun n’est navigable (sauf la rivière Sainte- Suzanne qui l’est en partie] ; la plupart se dessèchent en été.
On doit mentionner parmi ces cours d’eau :
La rivière de Saint-Denis, — la rivière des Galets, — la rivière Saint-Etienne, — la rivière d’Abord, — la rivière des Marsouins, — la rivière du Mât, — la rivière des Roches, — la rivière Sainte- Suzanne, déjà signalée, — la rivière des Pluies.
Les sources d’eaux minérales ne sont pas moins nombreuses que les cours d’eau.
Celle de Salazie, où l’on a établi un hôpital militaire, se trouve à 23 kilomètres de Saint-André et à 872 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle débité 1 ,372 litres par heure et contient
1^^0782 d’acide carbonique libre par litre. Sa température est de 32®.
La source du Bras-Rouge, peu distante de Gilaos, a une température de 48°.
Les deux sources de Gilaos, dont l’une est froide et possède une température de 20® à 25®, dont l’autre est chaude et accuse une température de 38°, sont situées à 38 kilomètres de la rivière Saint-Étienne et à 1,114 mètres au-dessus du niveau de la mer. La rivière les sépare. Elles peuvent produire 10,000 litres par heure. L’une et l’autre contiennent de l’acide carbonique libre, mais en quantité différente : la source chaude en renferme 18^506,475 ; la source froide, 08%92,106.
La source de Mafat, peu fréquentée jusqu’ici, est située sur la rive droite de la rivière des Galets, à 20 kilomètres de son embouchure et à 682 mètres au-dessus du niveau de la mer. Elle débite 810 litres d’eau par heure. Sa température est de 31®. Elle a fourni à l’analyse, par litre : O^"", 00576 sulfure de sodium, 08'',0011 sulfure de fer, 08%0751 chlorure de sodium, 08%0235 sulfate de soude, 08^0506 carbonate de soude.
On compte, dans l’intérieur, un certain nombre d’étangs, dont le principal est le Grand-Étang, sur les hauteurs de Saint-Benoît. Quatre autres, dans la saison des pluies, communiquent avec la mer : l’étang de Saint-Paul, dont la superficie est de 16 hectares 36 ares, et qui, lorsque les eaux se retirent, donne du natron trèspur; l’étang Salé et l’étang du Gol, à Saint-Louis; l’étang du champ Borne, à Saint-André.
Le sol de l’île est volcanique. G’est un mélange de laves et d’humus. La lave recouverte de mousses et de lichens, puis de fougères, d’arbustes, de grands arbres, enfin le sol cultivé et chargé de récoltes luxuriantes : voilà la Réunion.
Au mois de mars 1860, l’île de la Réunion a été le théâtre d’un phénomène volcanique extrêmement curieux. Voici ce que nous en avons dit dans notre Science populaire^ année (1863).
L’éruption de mars 1860 a lancé, comme en 1812, des filaments de verre sur les lieux qui l’environnaient; et pendant plusieurs soirs oh remarquait de Saint- Denis, en regardant du côté du Grand-Brûlé, un horizon d’un rouge sombre, semblable à celui produit par un vaste incendie. Les promeneurs qui allaient respirer l’air rafraîchi du soir sur le rivage du côté de la place Gandide, ont pu parfaitement saisir ce phénomène, qui parais-
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sait plus intense encore lorsque des nuages, faisant l’office de vastes écrans, réfléchissaient la lumière.
La place Candide est dans une situation délicieuse au bord de la mer. Qu’il fait bon, le soir^ sur cette place toujours émaillée de verts gazons, où l’on va prendre un bain d’air qui pénètre dans tous les pores, à travers les vêtements de toile blanche du voyageur! C’est là aussi que se trouve le cirque où vont se distraire les élégantes créoles, et où se font le dimanche les danses pittoresques des noirs de toutes les parties du monde. A quelque distance se trouve le cimetière que battent les flots jour et nuit, et qu’ombrage une allée de filaos, arbre le plus élégant du monde, espèce de cèdre qui rappelle le sapin et le saule pleureur ; ses feuilles longues, pressées, cylindriques et fines comme des cheveux, penchent vers la terre, et la brise qui les fouette chante mélodieusement d’une voix qu’on recherche toujours dès qu’on l’a entendue une fois. Ce cimetière est une espèce de miniature des champs de repos de toutes les nations ; il y a, en effet, des monuments de tous les ordres, de tous les styles, des inscriptions de toutes les langues. Il est difficile de retenir quelques larmes en lisant ces épitaphes qui disent : « Ici repose un tel.. . Sa mère le pleure à travers l’Océan. » Il est impossible de dire, sur ce point marqué au milieu de la mer des Indes, l’impression que font ces tombeaux qui recèlent les derniers restes de ceux qui appartiennent à notre patrie, et qui sont nés dans cette terre éloignée et chérie où respirent tant d’êtres qui nous sont chers. C’est de ces lieux qn’on allait admirer le superbe phénomène que présentait le volcan en activité.
Notre ami, M. Hugoulin, s’est immédiatement transporté sur le lieu de l’éruption et a pu constater les faits les plus intéressants ; nous le suivrons dans le résumé suivant.
Le 19 mars 1860, à 8 heures et demie du soir, un roulement sourd, mais fort bruyant, s’est fait entendre dans toutes les localités voisines du Grand-Brûlé, de Sainte-Rose, et môme jusqu'audessus des rampes du nord de la rivière de TEst. Ce bruit était partout comparable à celui que ferait une charrette pesamment chargée d’objets en fer. C’est là l’impression commune qu’ont éprouvée dès l’abord tous les observateurs . Ce bruit produisait une certaine vibration du sol ; il n’y avait pas positivement tremblement de terre, mais la trépidation était assez violente pour produire l’agitation des meubles et des ustensiles qui les recouvraient ^
Une épaisse colonne de fumée grisâtre s’est élancée perpendiculairement dans l’espace, du sommet de la montagne du volcan, dans la partie voisine du piton de Crac. Cette colonne paraissait avoir plus de 100 mètres à la base ; elle a été en s’agrandissant à son sommet, de manière à former un nuage épais, qui s’est étendu en deux sens presque opposés, donnant ainsi naissance à deux nuages distincts : l’un a pris la direction N.-E., vers le bourg de Sainte -Rose ; il a empêché les observateurs de cette localité d’apercevoir l’autre nuage qui a nàarché dans la direction S.-E., vers Saint-Philippe.
Toute la masse de la colonne était illuminée par une masse considérable de points en vive ignition, qui éclataient ensuite en mille gerbes resplendissantes, comme un bouquet de feu d’artifice. Des masses énormes de roches incandescentes la sillonnaient aussi, et éclataient ensuite avec un bruit semblable à des détonations de mousqueterie, en fragments lumineux.
Ce phénomène n’a duré que quelques instants, l’obscurité l’a remplacé, mais les deux nuages formés par l’éruption ont continué leur route en deux sens opposés avec la force d’impulsion première qui leur avait été sans doute communiquée par l’explosion volcanique, car le calme le plus parfait régnait dans l’atmosphère.
Ces deux nuages ont fini par se dissoudre en une pluie de cendres qui a couvert toutes les localités environnantes, à plus de sept lieues du rayon du centre volcanique.
La cendre provenant du nuage qui s’est dirigé vers Saint-Philippe est grise, elle est aussi fine que de la farine de blé ; celle de Sainte-Rose est grenue comme de la poudre de chasse; elle ressemble assez au sable de la rivière de l’Est; elle en diffère en ce, qu’elle n’a pas, comme celui-ci, des fragments cristallins et brillants.
Le sol a partout été jonché de ces cendres ; les plantes en ont été entièrement couvertes, et cette pluie a été générale, depuis l’extrémité sud de la commune de Saint-Philippe jusqu’à quelques kilomètres de la ville de Saint-Benoît. A 16 milles en mer, le trois-mâts la Marie-Élisa^ qui venait au mouillage de Sainte- Rose, et dont le capitaine a été Tun des observateurs favorisés, a eu son pont entièrement couvert de cendres.
La plupart des familles ont évacué leurs cases à la hâte, emportant leurs objets les plus précieux. Une heure après l’éruption,
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toute la nature avait repris son calme habituel, et l’on n’apercevait plus que la lueur que répand habituellement le volcan depuis longtemps.
L’île de la Réunion n’a pas de ports proprement dits. Elle n’a que des rades foraines peu commodes pour l’atterrage, sans sûreté pour le mouillage et d’où l’on est obligé d’appareiller aux moindres bourrasques.
Il n’y a guère à tenir compte que des rades de Saint-Denis, de Saint -Paul, de Saint-Pierre et de Sainte-Marie.
En 1854, la création d’un port a été décidée à Saint-Pierre où un baranchois naturel offrait déjà un refuge aux caboteurs. Les travaux commencés au mois d’août de cette année consistent en : 1° une jetée est, ayant 330 mètres de longueur, qui protège l’entrée du port au vent; 2° un épi de 98 mètres ; 3° une jetée ouest, ayant 293 mètres de longueur, qui forme le côté est du bassin ; 4° deux barrages qui ferment le bassin à l’ouest et au sud.
Le bassin, qui est aujourd’hui complètement fermé, pourra abriter trente navires; on est en train d’en creuser le fond. Il contiendra une forme de radoub et un patent slip.
La construction des jetées et de tous les travaux en général a coûté, d’après les états arrêtés le 31 décembre 1861, une somme de 2,006,628 fr., non compris l’achat du matériel estimé à environ 400,000 fr. Les dépenses de 1862, non encore arrêtées, n’ont pas dû aller au delà de 400,000 francs.
Dans la totalité de cette dépense, la métropole a contribué pour un million de francs. D’après une estimation, la dépense totale doit s'élever à 7 millions de francs.
En outre du port de Saint-Pierre, il est question depuis quelque temps de la formation d’un port dans la baie de Saint-Paul. Des études préliminaires ont déjà été faites en vue de cette création.