OCÉANIE
Nouvelle-Calédonie. . . . 21,000 56,000
Taïti, elc 4,000 30,000
Total îçéijéral. . . 4,290,620 41,491,300
ET L*EXPOSIT10N DE 1900 179
directement avec la France, par des câbles appartenant à des compagnies françaises. Pour correspondre avec les autres, la France est obligéed'emprunterdes câbles appartenant à des compagnies étrangères, c'est-à-dire à des compagnies anglaises. Quelques-uns de mes lecteurs se souviennent peut-être d'avoir vu à l'Exposition, dans le palais du ministère des colonies, dans la salle affectée au service des postes et télégraphes, un planisphère indiquant le tracé des câbles sous-marins internationaux. On y voyait un enchevêtrement de lignes rouges, dirigées dans tous les sens, mettant l'Angleterre en communication, à travers les mers, avec le Canada, Terre-Neuve, les Etals-Unis, le Mexique, les Antilles, l'Amérique centrale et l'Amérique du sud ; avec le bassin de la Méditerranée, la côte occidentale d'Afrique, la cote orientale, la mer Rouge ; avec le golfe Persique, l'Inde, la presqu'île de Malacca, l'Indo-Chine, la Chine ; avec les îles de la Sonde, l'Australie, la Nouvelle-Zélande. Ces lignes rouges figuraient le réseau des râbles anglais. Perdues dans cet enchevêtrement, apparaissaient quelques lignes vertes, mettantla France en communication avec l'Algérie-Tunisie, avec ses colonies d'Amérique et des Antilles, reliant Mozambique à Madagascar, l'Australicà la Nouvelle-Calédonie. Ces lignes verles figuraient le réseau des câbles français. O planisphère, dont la portée générale dépassait même les communications télégraphiques de la France avec ses colonies, — puisqu'il portait le tracé du réseau international des câbles sous-marins, — montraitlesronlinenis et les mers enserrés dans unegiganlescjne toile d'an i-
g*née, patiemment et habilement tissée parles Anglais. Nos visiteurs étrangers ont pu s'en émouvoir au même litre que nos visiteurs français :mais ces derniers n'ont pu voir sans une inquiétude légitime nos communications télégrapliiquesavecnos colonies livrées aux mains du peuple avec qui nos intérêts coloniaux nous mettent le plus souvent en conflit, abandonnées à la discrétion d'un gouvernement dont l'intérêt a déjà fait taire les scrupules..
Or, voici quelle est actuellement la situation des colonies françaises, au point de vue de leurs relations télégraphiques avec la métropole. Les îlots de Saint- [*ierre et de Miquelon ont les premiers communiqué avec la France par le câble Brest-Saint-Pierre, posé en 1869, mais qui passa dès 1872 aux mains de T « Anglo- American-Telegraph Company ». C'est par un nouveau cable Brest-Saint-Pierre, posé en 1879 et appartenant à la « Compagnie française du télégraphe de Paris à New- Vork, » que les relations sont actuellement assurées. Construit en Angleterre et posé par des bateaux anglais, ce câble n'offrirait aucune sécurité en temps de guerre, son trace étant mieux connu de l'amirauté anglaise que (li* notre propre marine. La Guyane était reliée depuis 1891 à nos possessions des Antilles par un câble français (jui, parti du Brésil, atterrissait à Cayenne, àlaMartini- (|ue,àlaGuadeloupe, à Saint-Dominique et venait finira Cuba: cette ligne sous-marine est aujourd'hui reliée au <•«'»'>'<' ^' ''od (Boston),posé en 1898 pour doubler
'** ^' nt-Pierre, et appartenant à la « Copi-
V les câbles télégraphiques. » A cela se
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borne le réseau transatlantique de la France, on pourrail presque dire son réseau sous-marin tout entier. Trois cables appartenant à l'administration des télégraphes, relient Marseille à Oran, Alger à Tunis, avec un embranchement sur Bône. Le Maroc, sur lequel nous aurions tant d'intérêts à être exactement renseignés, n'estdesservi par aucun câble français ; à Tripoli, atterrit uniquement un câble anglais. Nos colonies de la côte occidentale d'Afriqueempruntenl les câbles de la « West African Telegraph Company, «qui atterrissent à Saint- Louis, Dakar, Konakry, Grand-Bassam, Kotonou et Lii>reville. Or, les centres où convergent tous leurs embranchements sont Accra, Sierra-Léone et Sainte-Marie de Bathurst, qui sont situés surterritoire anglais. Dans l'océan indien, pour Madagascar et les Gomores, la France est absolument tributaire des compagnies anglaises, puisque le câble Majunga-Mozambique, qu'elle fit poser en 1895, pour ne pas être absolument isolée de son corps expéditionnaire, vient se greffer sur ceux de r « Eastern and South African Gompany ». Gette observation s'applique également au câble français d'Obock à Djibouti, qui s'embranche sur ceux de la même compagnie. Pour son immense empire d'Indo-Chine, la France est encore absolument tributaire de la compagnie anglaise, 1' « Eastern Extension, Australasia and Ghina Telegraph Gompany », dont les câbles, qui desservent la côte asiatique de Madras à Shangaï, touchent à Saigon, Hué et Haïphong. Enfin le câble français qui relie la Nouvelle-Galédonie a l'Australie vient aussi s'embrancher sur le réseau de la même compagnie.
Quant aux établissements français d'Océanie et à la Réunion, ils ne sont pas reliés au réseau international des câbles sous-marins. Il ressort de ce qui précède que les relations télégraphiques de la France avec les plus vastes et les plus importantes de ses colonies sont à la merci de l'Ang-leterre. Encore la situation paradoxale qui est faite à la France n'est-elle pas ainsi suffisamment éclaircie : car celle-ci paye une somme annuelle de 637,000 francs en subventions aux compagnies anglaises, pour avoir le droit de renseigner la Grande-Bretagne sur toute sa politique coloniale. La France en effet a versé 1,700,000 fr. à la compagnie anglaise qui a posé et qui exploite le câble qui la relieau Sénégal; elle verse chaque année deux subventions de 300,000 fr. aux deux compagnies propriétaires du câble qui la relie au Tonkin et de celui qui dessert nos possessions d'Afrique entre le Sénégal et le Congo ; elle paie une subvention moins élevée pour le câblequi réunit Obock à Perim. Encore, un progrès a-t-il été réalisé depuis peu de temps : jusqu'à ces dernières années, la 'France était tributaire de l'Anglctern^ même pour la construction et la pose de ses propres câbles. Aujourd'hui, outre l'u-
sine de la Seyne appartenante l'Etat, l'industrie des câbles est représentée en France par deux importants établiss(*ments — (Société industrielle des téléphones et Elablissements Grammont) — qui peuvent éventuellemeiil subvenir aux besoins des compagnies ou de l'Etat, et disposent du matériel nécessaire pour poser leurs câbles.
Mars dans les premiers jours de décembre 1900, la
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plus importante des usines de la Société industrielle des téléphones, celle de Calais, a été complètement détruite par un incendie. Plusieurs câbles étaient en cours d'exécution, les uns commandés par des compagnies étrangères, les autres fabriqués en vue du projet de loi qui attend le bon plaisir de la Chambre des députés.
En regard de cette organisation précaire, plaçons la puissante organisation des Anglais. La création de leur réseau sous-marin a été, de leur part, l'objet d'un de ces efforts persévérants et suivis, dont leur politique ne nous a donné que trop d'exemples. Depuis 1851, dale de la pose du premier câble entre Douvres et Calais, plusieurs autres lignes furent d'abord établies entre l'Angleterre d'une part, et la France, la Belgique, la Hollande d'autre part. Presque en même temps, un groupe de capitalistes anglais et américains entreprennent de poser le premier câble transatlantique, destiné à relier Terre-Neuve à l'Irlande. Posé une première fois en I8o7 et hors de service au bout de vingt-troisjours, ce câble, grâce à la puissante intervention du gouvernemenl anglais, fut définitivement établi en 1866. Entre temps ( 18'i9j,le ministère de lord Derby avait fait procéder sur la fabrication, l'immersion et l'entretien des râbles sous-marins, à une enquête, dont les résultais constituent encore aujourd'hui ce ([u'on pourrait appeler la « grande charte » de la télégraphie sousmarine. De 18G6 à 1894, onze câbles ont été immergés entre l'Europe et l'Amérique du Nord par quatre compagnies anglaises : la « Anglo-American Telegraph a y
la « Direct United-Slates Gable », la « Western Union Telegraph », la « Commercial Cable. »
Quant au réseau de la Méditerranée et de l'Océan Indien, dès 1853 les Anglais se préoccupent d'étendre à rinde et à l'Extrême-Orient les bénéfices de la télégraphie sous-marine. A cette date, un Anglais signe avec le gouvernement de Napoléon III une convention par laquelle il s'engage à relier la France à l'Algérie en passant par la Corse et la Sardaigne, et se réserve de pousser ses câbles jusqu'aux Indes. Il exécute en effet ses engagements relatifs à la Corse, à la Sardaigne et à l'Algérie, amorce à ces premières lignes, en 1857, des câbles qui vont faire de Malte le centre du réseau méditerranéen, et, eu 1861, les prolonge jusqu'à Alexandrie. Par contre, vers la même époque (1857), échouait la première tentative faite parla « RedSeaand India C° »,pour relier Suez à Aden et à Kurrachee (détroit de Flndus), si bien qu'en 1868, le gouvernement britannique prenait le parti de jeter lui même, entre Kurrachee et Fao (fond du golfe Persique), un câble sur lequel venaient se greffer à Bender-Bushir et à Fao, des lignes télégraphiques terrestres.
En 1870 se fonda, au capital de 4,000,000 de livres sterling, la célèbre « Eastern Telegraph Company » qui, se substituant à trois compagnies moins puissantes, se trouva d'emblée maîtresse des communications télégraphiques avec la côte occidentale de la péninsule ibérique, les bassins de la Méditerranée, de la mer Rouge i et de l'Océan Indien jusqu'à Bombay. Elle étendit son action, en doublant les lignes existantes ou créant do
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nouvelles lignes entre l'Europe d'une pari, la côte septentrionale d'Afrique, Malle et l'Archipel d'autre part. Dans la mer Rouge et l'océan Indien, reprenant à son compte la tentative avortée de la « Red Sea and India, » «•Ile jeta trois câbles entre Suez et Bombay, par Souakim, Perîm et Aden. Pour toutes les régions situées a l'Est de l'IIindoustan, une compagnie sœur de celleri, la « Eastern Extension Australasia and China Tele- £*^raph Company », met en communications Madras, sa letr de ligne, d'une part avec la presqu'île de Malacca, les Iles de la Sonde, et le groupe australasien, d'autre part avec l'Indo-Chine française et la Chine jusqu'à SliangaT. Une troisième société sœur, la « Eastern and Soulh AfricanTelegraphCompany «dessert la côte orientale d'Afrique, Zanzibar, Mozambique, Delagoa, Natal et le Cap, avec un embranchement sur les Seyclielleset sur Maurice. Autour de ces trois puissantes sociétés, S4)nt venues s'agglomérer, en un redoutable syndicat, la plupart des autres compagnies anglaises de télégraphie sous-marine, et entre autres : la « West African Telec^raph Company » qui dessert à la fois les colonies françaises, anglaises et portugaises de la côte occidentale d'Afrique ; « l'African Direct Telegraph Company », dont les câbles relient les îles du cap Vert aux établissements anglais et allemands de cette m<^mecôte; la « Europe and Azorcs Telegraph Company », reliant les Açores au Portugal: la « Black sea Telegraph Company », dont le râble vad'Odessaà Kilia ; enfin lescinq importantes compagnies qui constituent le groupe américain. Ces cin(| compagnies — (la « Brezilian submarine », la « Western
andBrezilian», la « West Goast of America», la « Pacific aiidEuropean » et V « Amazon Telegraph Company ») — mettent en communication la péninsule ibérique avec le Brésil, par les îles Madère et du cap Vert; les ports du Brésil, de l'Uruguay et de la République Argentine entre eux; ceux du Chili avec ceux du Pérou; enfin l'océan Pacifique avec l'Océan Atlantique. Tel est le puissant faisceau de sociétés affiliées qui s'est formé autour de r « Eastern ». En dehors de cette association plus ou moins déguisée ne restent que trois compagnies, dont le réseau est, par sa nature, beaucoup plus indépendant : les câbles de deux d'entre elles ont leur point de départ aux Canaries, qu'un câble espagnol relie seul au continent; ceux de la troisième font communiquer les Antilles entre elles.
Le réseau total de toutes les compagnies ci-dessus mentionnées atteint 85,365 milles marins, soit plus dr 250,000 kilomètres; Tenscmble de leur capital est d(* 800,000,000 de francs. L'Angleterre n'est pas encore^ satisfaite de ces résultats, et ses efforts tendent en co moment à l'établissement d'un câble transpacifique, reliant le Canada aux îles Sandwich ou au Japon. Bien (jue les pourparlers engagés depuis longtemps à ce sujet, bienqueles conférences entre délégués de la Grande- Bretagne et délégués du Canada n'aient encore abouti à rien, il est fort probable que ce projet sera un jour réalisé. Jamais l'appui du gouvernement britannique n'a fait défaut aune entreprise de télégraphie sous-marine ; il n'a jamais hésité à venir en aide aux Compagnies naissantes, à prendre à sa charge une partie des frais ;
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ilverseactuellementauxSociélésexistantes5.872.000fr. de subventions annuelles. « Tout cela, dit M. Depelley, se fait sans bruit, est admis par tout le monde comme une nécessité qui intéresse la prospérité et la défense de l'Empire britannique, et l'on en arrive à avoir la surprise que nous éprouvons nous-méme, en constatant, en découvrant presque l'existence de cet immense réseau sous-marin qui nous enveloppe de toutes parts. » Cette surprise ne nous est plus permise aujourd'hui, car nous avons eu, relativement aux inconvénients politiques d'une telle situation, des avertissements nombreux, cruels quelquefois. Parmi ces avertissements, il en est qui nous furent donnés aux dépens de puissances tierces : ceux-là pouvaient passer inaperçus; il on est aussi qui nous furent donnés à nos propres dépens : ce furent les plus sensibles. Je ne signalerai que pour mémoire les dépêches de l'amiral Courbet et la nouvelle de sa mort connues à l'ambassade d'Ang-leterre avant de l'être au quai d'Orsay; les incidents de Ban^^kok en 1893; la nuit du 11 juin 1894 réservée au ministre anglais à Tanger, pour délibérer avec son gouvornemenl sur la mort du sultan du Maroc. Dos événoineiits plus récents ont encore mieux mis en lumière les Inconvénients du recours aux étrangers, pour les communications télégraphiques d'une métropole avec ses colonies. L'Espagne, pendant l'insurreciion de Cuba, ne communiquait avec cette île que par un câble apparlenant aux Etats-Unis, qui lui déclarèrent la guerre qu/^lques semaines après. La Hollande, ayant à réprimer une insurrection musulmane à Sumatra, était oblî-
î^ NOS COLONIES
gée dQ recourir aux lig-nes anglaises pour ses câblog-rammes. L'Italie, pendant la guerre italo-abyssine, n'avait pas d'autre moyen de correspondre avec Massaouah. Pendant la campagne de Madagascar, on était renseigné à Londres sur les mouvements de notre corps expéditionnaire, avant qu'on le fût à Paris. Les difficultés soulevées par la délimitation du Siametdu Niger ont encore souligné les dangers que peut avoir l'absence de communications particulières avec ces territoires.
Depuis lors, sont venus des avertissements plus presvsants, plus sévères. En 1899, l'affaire de Fachoda réalise cette situation paradoxale de mettre la France en conflit avec la puissance à qui elle avait recours pour correspondre avec son ministre au Caire et, par suite, avec la mission Congo-Nil. Je dirai dans un instant quel autre danger plus grave cette affaire fit entrevoir. Moins d'un an après, la guerre du Transvaal venait nous offrir l'exemple le plus achevé de ce qu'on pourrait appeler l'inconvénient politique du monopole anglais. Je ne veux pas parler des traductions plus ou moins fidèles, que fit le War-Office des dépêches de sir Redvers Buller et du maréchal Roberts.
Le 17 novembre 1899, le Bureau International des Administrations Télégraphiques à Berne passait aux Administrations contractantes de l'Union, le télégramme-circulaire suivant dont l'original lui avait été expédié par le Postmaster General de la Grande-Bretagne : « Le Gouvernement de sa Majesté Britannique a jugé nécessaire, par application de l'article 8 delà Convention internationale, de suspendre à Aden, aussi bien
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quau Cap de Bonne^Espèrance^ la transmission Aetoiis les tèlégramines en code ou chiffre^ soit des Gouverne-me nts étrangers, solides personnes privées pour ou de Zanzibar, Seychelles, Maurice, Madagascar et chaque place dans l'Afrique orientale britannique, Afrique orientale allemande, Mozambique, Delagoa-Bay, Rhodesia, Afrique centrale britannique. Etat Libre d'Orange, Transvaal, Colonie du Cap et Natal. Télégrammes en langage ordinaire seront sujets à la censure et ne doivent être acceptés qu'aux risques des expéditeurs ». L^article 8 de la Convention de Saint-Pétersbourg précité est ainsi conçu: « Chaque Gouvernement se réserve aussi la faculté de suspendre le service de la Télégraphie internationale pour un temps indéterminé, s'il le juge nécessaire, soit d'une manière générale, soit seulement iiur certaines natures de correspondances, à charge par lui d'en aviser immédiatement chacun des autres Gouvernements contractants. »
Ainsi les vues politiques de l'Angleterre touchant les cables atteignaient toute leur portée, car le fait dominateur, impérialiste s'il en fut, de la prohibition de certains câblogrammes se trouvait garanti par une clause de convention internationale, et les Gouvernements devaient accepter le fait accompli : la tutelle britannique. Il en résultait pour la France, en particulier, rimpossibilité de transmettre au Gouverneur général tie Madagascar des instructions confidentielles ou secrètes. Il apparaissait en outre que, en cas de conflit sivec l'Angleterre, toutes nos colonies sauf Saint-Pierre, Miquelon, les Antilles et la Guyane, se trouveraient
isolées le lendemain de la déclaration de guerre, et peut-être même avantj par la ruse banale qui consiste à interrompre les transmissions, en prétextant des avaries sur la ligne. Enfin, pour n^omettre aucun des faits dont nous devons tirer un enseignement, personne ne sait au juste pourquoi la première dépêche de M, Pichon ne nous est pas parvenue.
D'ailleurs, à quoi bon insister sur l'inconvénient politique du monopole anglais ? Est-ce que chacun, en lisant les journaux, n'a pas éprouvé le doute que fait naître dans l'esprit cette mention, à la fin d'une dépêche : source anglaise? Mais ce qu'on oublie souvent, c'est que nos coloniaux accueillent avec la même défiance les câblogrammes d'agences, qui leur donnent un compte-rendu succinct des événements d'Europe : il y a des événements dont ils préféreraient ne pas attendre le démenti ou la confirmation jusqu'à l'arrivée du couKrier de France. J'ai pu me rendre compte de visu que nos voisins d'outre-Manche ne connaissaient pas les lueurs d'espoir que cette défiance nous permet do conserver à la lecture d'une mauvaise nouvelle. Je me trouvais au Caire quand arriva dans cette ville la nouvelle du désastre de Colenso. Les Anglais s'approchaient un à un du télégramme affiché dans l'hôtel et, lorsqu'ils l'avaient lu, l'expression de leur visage, les paroles qu'ils échangeaient entre eux attestaient une entière croyance dans l'authenticité de la nouvelle, une confiance exempte même du léger doute que laisse en général rétonnement. Je me préparais à savourer l'humiliation de ces vaincus en présence d'un peuple qu'ils
dominent contre le droit et les traités : je dois avouer que je fus déçu. Lorsque la musique des highlanders, qui jouait sur la terrasse de l'hôtel, termina son concert par le « God Save », tous les Anglais présents se lovèrent et se découvrirent, avec une émotion si réelle, <|uVlle en était presque communicative.
J'ai fait allusion tout à l'heure au danger plus grave que l'incident de Fachoda avait rendu sensible, dans la main-mise de l'Angleterre sur les câbles : c'est le danger stratégique. Certaines clauses du cahier des charges imposé par le gouvernement anglais aux compagnies concessionnaires constituent une véritable menace à l'égard des gouvernements étrangers. « Aucune station, dit une clause, ne doit posséder d'employés étrangers, et les fils ne doivent passer sous le contrôle d'aucun gouvernement étranger. En cas de guerre, dit une autre clause, le gouvernement pourra occuper toutes les stations en territoire anglais ou sous la protection de l'Angleterre, et se servir du câble au moyen de ses propres employés. » Ainsi le réseau des câbles anglais passerait, le lendemain d'une déclaration de guerre, en la possession de l'Etat, entre les mains de qui il deviendrait un instrument stratégique de premier ordre. Dès 1894, M. Harry Alis, dans une série d'articles publiés par \o Joifr/tal des Déhafs, avait noté la supériorité que la possession des câbles donnerait, le cas échéant, aux escadres britanniijues. Tandis (jue les amiraux anglais peuvent garder une unité de vues dans leurs opérations, pour les amiraux français, le champ d'action se limite à la surface d<* la mer (ju'cmh-
brasse leur longue-vue. Les câbles sont autant de chemins de fer stratégiques extra-rapides qui, d'un mot, peuvent amener sur un point faible des forces considérables, ou au contraire disperser ces mêmes forces devant des forces supérieures. On frémit à la pensée de ce que devient le réseau anglais des câbles en temps de guerre : des antennes cachées fouillant les mers, palpant l'ennemi, trouvant le point faible et s'y acharnant jusqu'à la complète destruction; et, le sort de nos escadres apparaît clairement : enveloppées soudain par des forces trois fois supérieures ou bloquées savamment. C'est à cause de cette supériorité qu'il ne sérail pas inutile d'établir promptement une communication télégraphique terrestre entre l'Algérie-Tunisie et nos colonies de la côte occidentale d'Afrique à travers le Sahara. Outre les avantages que le monopole des communications télégraphiques sous-marines confère à l'Angleterre en cas de guerre ou de difficultés diplomatiques, elle en retire encore un profit véritable en temps de paix. Il est rare qu'au point d'atterrissement d'un câble, le Gouvernement qui a concédé le droit d'atterrissage n'ait pas imposé à la Compagnie concessionnaire la publication quotidienne d'un bulletin, donnant les nouvelles d'ordre général du pays auquel appartient le câble. Ainsi tous les jours le bureau du câble fait paraître sur place, ou transmet à un centre important, un résumé des événements qui se déroulent à l'autre extrémité du câble. Les journaux reproduisent ces nouvelles à l'envi. Or, l'Angleterre possédant les neuf dixièmes des câbles, les nouvelles de ce pays sont répandues
ET l'exposition DE 1900 193
dans tout l'univers, et la voix sous-marine se met à parler, mais comme un agent politique, s'attachant à no mettre en lumière que les événements favorables à son pays, en particulier les faits qui intéressent sa grandeur politique. La déduction à tirer de cette situation est facile. La force même des choses, l'implacable habitude amène ceux qui reçoivent ces nouvelles à s'intéresser à l'Angleterre et aux Anglais ; peu à peu, ils oublient les autres pays, et quand l'occasion se présente, des relations suivies s'établissent avec les citoyens d'un état qui semble tenir une si grande place dans le monde.
Enfin, M. Depelley a très justement remarqué que tout n'est pas sacrifice à l'intérêt politique et stratégique de l'empire, dans les entreprises de télégraphie sous-marine. Une observation attentive du commerce général des colonies anglaises et du développement des câbles anglais, permet de poser en principe que le mouvement commercial d'une contrée est aidé, sinon provoqué par l'établissement de câbles dans son voisinage, (l'est ce que prouve la comparaison des chiffres suivants :
Longueur du réseau des Commerce de TAn^leterre
câbles anglais. avec ses colonies.
Années 1874 92.000 kil. 3.932.000.000 fr.
— 1884 181.037 kil. 4.971.000.000 fr.
— 1894 276.462 kil. 6.121.000.000 fr.
Cette correspondance dans les milliards, par lesquels sp solde le commerce de l'Angleterre avec ses colonies,
Colonies^ introduction. 13
et les kilomètres, qui représentent son réseau de câbles, ne surprendra pas, si l'on songe que Londres est devenu le « grand marché des nouvelles » ; que des renseignements rapides et précis, transmis par les câbles, sur la production agricole ou industrielle d'autres contrées, sur le cours des marchandises en vente dans les marchés les plus lointains, permettent aux spéculateurs anglais de donner une base sûre à leurs opérations, ou de transformer Londres en un marché réel de certaines marchandises. Il n'est donc pas exagéré de dire que la concentration, entre les mains de compagnies anglaises, des câbles télégraphiques sous-marins, place l'Angleterre dans une situation privilégiée, au triple point de vue desapolitique coloniale, pour ne pas dire de la politique générale, de ses intérêts commerciaux, et de sa sécurité en cas de guerre maritime.
Pour échapper à cette dépendance, quelle a été l'attitude de notre gouvernement? Il serait injuste de dire qu'il n'a rien fait : mais c'est là qu'apparaît l'infériorité de notre méthode politique sur celle des Anglais. Au lieu de l'effort énergique, constant, suivi, que j'ai montré tout à l'heure, nous ne trouvons chez nous que des efforts intermittents, timides, sans suite. En 1886, l'administration des télégraphes se propose de relier Madagascar à la Réunion et à la côte d'Afrique, avec l'arrière-pensée de prolonger plus tard ces lignes par Obock et Tunis jusqu^'à Marseille : le projet est arrêté devant le Parlement. En 1887, nouvelle tentative, couronnée du même insuccès, pour relier la France à ses colonies des Antilles et d^Amérique par le câble Brcst-Ncw-York. En
troisième lieu vient le projet des Açores, qui tendait à empêcher l'Angleterre de mettre encore la main sur cet archipel, point d'attache d'une valeur inappréciable au milieu de l'Atlantique, pour des câbles dirigés vers les deux Amériques :M. Depelley, chargé de porter aux Cortès portugaises les propositions de la France, parvient à faire rejeter par elles les offres des Compagnies anglaises; mais le contrat qu'il rapporte et qui assure aux Français le droit exclusif d'atterrissage aux Açores, est repoussé par les pouvoirs publics en France et, quatre mois après notre abandon, est posé le câble anglais qui fonctionne aujourd'hui entre le Portugal et les Açores. En 1892 et 1893, pour la première fois, je crois, des usines françaises fournissent à l'Administration des télégraphes les câbles que celle-ci fit poser entre Marseille d'une part, Oranet Tunis de l'autre. En 1893, un câble français relie la Nouvelle-Calédonie au réseau international par l'intermédiaire de l'Australie. En 1895, le gouvernement doitfairehâtivement poser le câble Majunga-Mozambique, dont j'ai dit le rôle pendant IVxpédition. En 1896, la Chambre des députés vote la création d'une ligne reliant Brest au littoral des Etals- Unis par un câble, auquel seront rattachées nos colonies delà Guyane et des Antilles : c'est l'embryon du réseau transatlantique dont j'ai parlé plus haut. Cette courte ^numération nous mène jusqu'aux projets actuellement pendants.
Dans son rapport sur le budget des Postes et Télégraphes pour 1900, M. Berteaux consacrait une douzaine de pages à la création d'un réseau de câbles fran-
çais. Le 27 novembre 1899 fut adopté par la Chambre un projet de résolution dans le même sens.
Le g-ouvernement rédigea alors un projet de loi, au sujet duquel M. Ordinaire a déposé son rapport, au nom de la commission des colonies, le 19 juin 1900. Le projet du gouvernement comporte la création de lignes allant l'une d'Oran à Tanger, TénérifFe et Saint-Louis; l'autre de Hué à un point à déterminer au nord de Hong-kong (ce devait être le port d'Amoy) ; la troisième de Tamatave à la Réunion. Sont également prévues des lignes sous-marines pour le golfe du Bénin et la côte du Congo français, ainsi qu'une somme d'un million pour l'extension et l'amélioration des lignes télégraphiques terrestres de nos colonies de l'Afrique occidentale. « Ce projet, fait très justement remarquer la Quinzaine coloniale^ ne peut être qu'un commencement : car, s'il donne satisfaction, en ce qui concerne l'Afrique occidentale, il est encore incompletpour nos possessions d'Extrême-Orient, et on peut dire, avec l'exposé des motifs gouvernemental, que « ce résultat acquis, de nou- <( velles extensions du réseau sous-marin s'imposeront « à notre examen ». Telle est aussi l'opinion formulée par M. Maurice Ordinaire, au nom de la Commission des colonies. Le rapporteur souscrit à l'établissement d'un cable d'Oran à Tanger; mais, au lieu de racheter à la « Spanish national », selon l'intention du gouvernement, la ligne TénérifFe-Saint-Louis et de la raccorder à celle de Tanger, M. Ordinaire préférerait la création d'une ligne directe entre Brest d'une part, Saint-Louis ou Dakar de l'autre. Sur cette ligne pourrait venir s'em-
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brancher un câble Saint-Louis-Cayenne, à moins que le gouvernement préfère acheter le câble de la « South American C" », qui se dirige sur Pernambouc : ainsi serait constitué un réseau Sud-Atlantique français. De Saint-Louis pourrait partir une seconde ligne, desservant nos possessions du golfe du Bénin et du Congo, la Réunion et Madagascar : il ne serait pas impossible do relier la grande île au Sénégal par un câble, qui toucherait à Kotonou, à Loango et, si cela est nécessaire, à Mossammedès. Ce câble pourrait être prolongé, à travers l'Océan Indien, jusqu'en Indo-Chine : si des communications par câbles français pouvaient être établies avec cet empire, il serait évidemment suffisant de rattacher Madagascar à un seul des deux réseaux, oriental ou occidental. C'est qu'il n'est pas facile à la France de poser un câble entre elle et l'Indo-Chine. M. Doumer se propose bien de réunir, aux frais du gouvernement général, Saigon aux îles Poulo-Condor, et Ilaïphonga Kouan-Tchéou-Quan par un câble et par une ligne terrestre, traversant la presqu'île de Léi-Tchéou- Fou. Mais, pour permettre à la France de correspondre avec rindo-Chine par une voie plus sûre que celle des râbles anglais, le moyen le plus pratique serait peut- Mre de rattacher Hué et llaïphong, par des câbles français, a Vladivostok ou à Port-Arthur, c'est-â-dire au réseau russe. Si les Américains réalisaient bientôt leur projet de câble transpacifique Manille-San-Franrisco, nous pourrions relier Hué aux Philippines. La même solution nous permettrait de soustraire la Nouvelle-Calédonie à la tutelle anglaise, en dirigeant sur
elle un embranchement du transpacifique américain : sinon, il nous faudra la relier au réseau indo-chinois. Tels sont les desiderata delà commission des colonies : on voit qu'ils vont bien au delà des propositions du gouvernement.
Aussi, un nouveau projet de loi, dû à l'initiative parlementaire, a-t-il essayé de donner satisfaction à quelques-unes des exigences que je viens d'indiquer et à d'autres, que l'expédition de Chine a fait surgir.
Tout dernièrement, on a distribué à la Chambre une proposition de loi de MM. Meyer, Christophe (Isère), Pourquery de Boisserin et autres, tendant à l'établissement des lignes télégraphiques sous-marines suivantes :
Dans r Océan Atlantique. — Ligne Rochefort-Dakar ; ligne Dakar-Buenos-Ayres ; ligne Dakar-Kotonou ; ligne Kotonou- Libreville ; ligne Libreville-Mossamédès.
Dans r Océan Indien. — Ligne Tamatave-Saint-Denis.
Daîis les mers de Chine. — Ligne Saïgon-Poulo-Condore ; lii^ne Saïgon-Macao ; ligne Macao-Amoy; ligne Amoy-Wousung ; li|^ne Wousung-Port-Arthur ; ligne Port^Arthur-Takou ; ligne Saïgon-Pontianak ; ligne Pontianak-Batavia.
Dans la Méditerranée orientale, — Ligne Bizerte-Ergastiria ; ligne Ergastiria-Sébastopol ; ligne Ergastiria-Beyrouth.
On voit que ce projet satisfait à un grand nombre des exigences formulées par le rapport de M. Ordinaire, notamment en ce qui concerne la mise en communication directe de la France avec toutes ses possessions de la côte occidentale d'Afrique; de ces dernières avec l'Amérique du sud ; de l'Indo-Chine avec les îles de la
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Sonde d'une part, avec les côtes de Chine et le réseau des câbles russes d'autre part ; de Madagascar enfin avec la Réunion. Je ne m'explique pas pourquoi il ne prévoit pas le prolongement du câble au delà de Mossamédës jusqu'à Madagascar. En dehors de ce réseau colonial,, l'idée de prendre pied dans la mer Noire, dans l'Archipel, et de ne pas laisser la Syrie à la merci du câble anglais de Chypre, me paraît excellente.
Nous sommes donc en bonne voie, à la condition que toutes ces belles propositions ne restent pas trop longtemps à l'état de projets, et que la Chambre se décide à leur donner quelques instants d'attention. Il ne faut pas qu'elle se laisse induire en erreur par l'argument spécieux, qui consiste à présenter la rupture d'un câble comme une opération très facile. Des raisons sérieuses, les unes d'ordre juridique international, les autres d'ordre naturel, empêcheraient nos navires de couper les câbles anglais, en cas de guerre. Il ne faut pas non plus que nous nous laissions arrêter par des difficultés d'ordre matériel et financier. D'après des données sérieuses, j'estime à 340 millions le capital minimum qui doit être engagé pour créer un réseau de câbles français, susceptible d'entrer en concurrence, commercialement parlant, avec les câbles*anglais. On ne doit pas songer à faire assumer par l'Etat une entreprise pareille. Faire appel à l'épargne publique et monter une société, sans se préoccuper de la qualité et de la nationalité des souscripteurs, ne me semble pas non plus une solution pratique. Il faudrait constituer une société composée d'actionnaires exclusivement français et sachant d'à-
vance qu'ils devraient s'allendreà une concurrence sans scrupules avec les compagnies anglaises.
Le rôle de l'Etat vis-à-vis de ces Compagnies se bornerait à exiger la nationalité française des actionnaires et à imposer à cette compagnie les clauses suivantes, qui ne sont que la reproduction des clauses imposées aux compagnies anglaises par le gouvernement de la Reine :
I" Le câble proposé ne doit, en aucune station, posséder d'employés étrangers ; de même les fils ne passeront dans aucun bureau et ne pouront être sous le contrôle d'un gouvernement étranger;
2'=' Le Gouvernement ne prendra aucun engagement ni aucune responsabilité en ce qui regarde le câble, au delà du paiement du subside;
3° Les dépêches du Gouvernement doivent avoir la priorité lorsqu'elle est demandée ;
4® En cas de guerre, le Gouvernement pourra occuper toutes les stations du territoire français ou sous la protection de la France, et se servir du câble au moyen de ses propres employés.
Le premier et le quatrième paragraphes pourraient* être fortifiés en établissant un roulement dans les bureaux des Compagnies, des miroiristes de l'Etat, fonctionnaires assermentés qui, dans le cas d'une tension diplomatique soudaine, se trouveraient à leur poste.
Enfin, dans le cas où l'Etat demanderait l'établissement de certains câbles, il lui appartiendrait d'accorder à la Compagnie une subvention. Telles sont les conditions dans lesquelles on peut concilier les intérêts de
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TEtal avec ceux des capitalistes qui auront fondé une entreprise de télég^raphie sous-marine. A la condition de n'être pas engagée avec trop de timidité, — ni, cela va sans dire, avec trop de témérité — la création d'un réseau de câbles sous-marins français peut devenir, au sens commercial du mot, une bonne affaire. Dans tous les cas, il ny en aurait pas de plus patriotique.
Il np me reste plus qu'à examiner la question de TEnseignement colonial, question dont l'importance et l'urgence s'accroissent de jour en jour. Elle se présente sous trois formes principales: V Enseiynenient agricole ^ V Enseignement coinniercial et VEnseigtietnent inédical.
A maintes reprises, j'ai constaté la présence d'un obstacle qui paralyse l'essor et le succès des entreprises formées pour la mise en valeur agricole de nos colonies : c'est l'absence d'un enseignement destiné à préparer les aspirants colons à leur existence, en leur fournissant la science indispensable à la création et à la réussite de leirrs exploitations. Cette lacune se fait d'autant plus vivement sentir que l'on voit s'augmenter le nombre des jeunes gens qui subissent l'attraction de la vie coloniale, et que l'encombrement des carrières métropolitaines détourne vers elle.
Je sais que de savants spécialistes ont peu de goût pour l'enseignement agricole colonial pratiqué dans la métropole, et qu'ils soutiennent que ce genre de connaissances ne peut s'acquérir que sur place. Je me per-
mettrai de leur répondre qu'il en est de l'enseignement agricole colonial comme de tous les enseignements. Il faut commencer par acquérir des connaissances générales, avant de se spécialiser et d'être apte à pratiquer telle ou telle culture sous tel ou tel climat. Le métier d'agriculteur-colon est un métier comme les autres, plus difficile même que les autres. Il faut donc l'apprendre, et c'est à la mère-patrie à fournir cette instruction et cette éducation. Il convient de mettre le public en garde contre cette légende qu'il suffit d'aller aux colonies pour y faire promptement fortune. On doit y aller avec l'intention d'y chercher un emploi rémunérateur de ses énergies et de ses connaissances, pour s'y faire, en travaillant, une existence honnête, relativement facile et plus large, en tout cas, qu'on ne l'eût pu rêver dans la métropole. C'est dire qu'il faut partir armé de toutes pièces pour la lutte, et qu'on ne peut y réussir qu'à cette condition.
Puisqu'il en est ainsi, peut-on espérer que, spontanément, des colons expérimentés, pourvus des aptitudes et des connaissances nécessaires, se rendront sur les points les plus divers du globe, pour entreprendre les culturcsinfinimcnt variées qui pcuventy être pratiquées. Ce serait trop attendre de l'esprit d'initiative. Il est à craindre que, si la colonisation agricole ne reçoit pas des pouvoirs publics l'impulsion et l'aide qu'elle est en droit d'en attendre, le développement ne soit lent. Plus d'un colon, ayant à payer des écoles coûteuses, à subir des échecs dus à son inexpérience, se rebutera, et, au lieu d'en accuser l'insuffisance de ses connaissances
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techniques, s'en prendra au sol, au climat, aux conditions économiques.
Si de semblables échecs venaient à se produire, ils pourraient, par leur répercussion, avoir des conséquences néfastes et marquer un temps d'arrêt dans le développement de la colonisation agricole. Le rôle du gouvernement est donc de prévoirces insuccès possibles et de les éviter, en montrant à chacun le parti que Ton peut tirer de l'exploitation du sol, lorsque celle-ci est bien conduite et repose sur la base solide de la pratique éclairée par la science.
D'ailleurs, ne serait-il pas anormal de ne pas accorder à cette agriculture naissante un peu de l'aide puissante qui depuis tant d'années déjà est prodiguée à notre vieille agriculture métropolitaine? C'est grâce à l'organisation si complète de l'enseignement agricole, qui part de l'école primaire pour aboutir à l'enseignement supérieur donné à l'Institut agronomique, en passant par les écoles pratiques et les écoles nationales ; c'est grâce à l'organisation du service des recherches, qui comprend les champs d'expériences, les stations agronomiques, les laboratoires de hautes études; c'est grâce enfin auxihommes éminentsqui s'appellent Boussingault,.Bèrthelot, Schloesing, Deherain, et à leurs merveilleuses études, que notre agriculture s'est transformée. Cette transformation gagnant de proche en proche est allée chercher jusqu'au moindre paysan, dont elle a secoué la torpeur, qu'elle a débarrassé de sa routine aveugle, et qu'elle a conduit bientôt à l'adoption des meilleures méthodes. Ces résultats sont aujourd'hui
lang-ibles : le blé a doublé ses rendements, le bétail s'est amélioré, la vigne a triomphé de terribles fléaux. Comment peut-on concevoir qu'une ag^riculture nouvelle, bien plus difficile quePag^riculture pratiquée|en Europe, puisse se passer de tous ces renseignements, qui se dégagent de travaux et de recherches incessants? Comment peut-on imaginer que cette agriculture nouvelle, qui n'a même pas pour guide la saine et vieille tradition dont bénéficiaient nos cultivateurs, puisse se développer sans direction, sans auxiliaire, et sans soutien?
Ces observations si souvent renouvelées, mais qu'il n'est jamais inutile de répéter, viennent enfin d'être prises en considération par les pouvoirs publics. Si la question n'est pas résolue, du moins est-elle aujourd'hui sur le point de l'être. Toutes nos colonies devront bientôt être dotées de Jardins d'essais, dont le rôle consistera à essayer la culture des plantes, à les adapter au climat local, à rechercher les espèces les plus appropriées, à guider le colon dans le choix d'une méthode agricole, et à l'aider dans ses débuts en lui donnant des plants tout préparés, ce qui lui permettra de franchir plus aisément la pénible période de la mise en train. Muni de plants tout faits, dès la première année, il les installera sur le sol de sa concession : il gagnera du temps, et atteindra plus facilement, avec un capital moindre, le moment tant désiré de la récolte.
Il y a longtemps que les Anglais, les Hollandais, les Russes, les Allemands, les Belges, ont organisé des jardins d'essais dans leurs colonies, et des jardins botani- (jues coloniaux dans la métropole même. Ily a longtemps
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quVn France môme, la nécessité de ces établissements nous a été démontrée, leur rôle défini, leur fonctionnement expliqué. Néanmoins, je ne crois pas qu'en dehors de la Gochinchine, de la Tunisie, du Congo et peut-être de la Guinée, aucune autre de nos colonies possède un jardin d'essai méthodiquement organisé, c Nous sommes censés avoir, dans la plupart de nos colonies, des jardins d'essai, écrivait M. J. Ghailley-Bert en 1898. Le plus souvent ce ne sont que des jardins d'agrément ; on y fait venir de belles plantes ou de savoureux légumes pour orner les tables du gouverneur et de ses amis. » Je crois que même ces jardins d'agrément ne sont le fait que de quelques colonies privilégiées, déjà avancées dans leur développement agricole ; et d'ailleurs je verrais sans déplaisir les jardins d'essais de nos colonies se doubler de jardins d'agrément, où la population européenne pût se délasser, comme elle le fait à Alger, sous lessplendides allées du parc d'Hussein-Dey. Mais, celte réserve faite, je reconnais que l'organisation de nos jardins d'essai coloniaux est tout à fait précaire, et que leur direction laisse souvent beaucoup à désirer. Des traits, comme le suivant, que rapporte M. Ghailley- Bert, font voir que l'intérêt même, la raison d'être d'établissements de ce genre échappent à une foule de gens. « M. Heckel expédiait à une de nos colonies des graines précieuses. Mais, disait-il, qui en prendra soin? (Jui les surveillera? — Oh, lui répondit-on, il y a là-bas un caporal qui s'y entend à merveille. » Je sais que nos caporaux sont bons à tout; il ne faut cependant pas trop leur demander, et il est grand temps de doter toutes
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nos colonies de jardins dVssai méthodiquement organisés, de leur donner une direction à la fois scientifique et pratique, comme celle que M. Dybowski a donnée au jardin d'essai de Tunis, enfin de les mettre à même de rendre à nos colons les services que j'énumérais tout à l'heure.
Mais pour que Faction des jardins d'essais soit efficace, il est de toute nécessité qu'une impulsion générale leur soit imprimée. Il n'y a pas à songer, en eflFel,à doter chacun de ces jardins d'essai d'un état major d'hommes de science, capables d'étudier les difficiles problèmes de la mise en culture du sol. C'est la raison pour laquelle il me semble que l'enseignement agricole colonial ne peut être tout entier donné sur place, dans la colonie, et qu'il comporte, pour premier organe, un établissement d'enseignement pratique dans la métropole. Cette opinion est partagée depuis plusieurs années par nombre de personnalités coloniales. En 1898, M. Chailley-Bert proposait, dans un petit livre intitulé VÉducar tion et les colonies^ d'ajouter à cinq ou six de nos centres d'enseignement agricole une section d'agriculture coloniale, où les jeunes gens qui se destinent à la colonisation seraient venus passer un an. Après cette année d'enseignement métropolitain, pendant laquelle ils eussent acquis des connaissances générales, ces jeunes gens fussent allés étudier sur place la culture spéciale à laquelle ils se destinent, dans la colonie française ou étrangère où cette culture est le plus développée. Ainsi, l'année d'enseignement métropolitain se fût complétée d'une ou plusieurs années de mission dans une contrée
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tropicale, ou de stage dans un jardin d'essai colonial. Ce système, qui offrait l'avantage de n'exiger la création d'aucun organisme nouveau, présentait l'inconvénient delà dispersion.
Mieux vaut centraliser l'enseignement métropolitain dans un seul établissement. En février 1898, un Nantais, M. Durand-Gosselin, informait le préfet de la Loire- Inférieure qu'il mettait à sa disposition : l°un domaine, sis aux portes de Nantes, d'une valeur de 400,000 francs, et une somme de 300,000 francs, pour la création d'une école d'horticulture; 2** un million de francs pour la construction de serres destinées aux cultures coloniales et pour l'aménagement du domaine. L'Union coloniale française, consultée par le donateur, la Chambre de commerce et le conseil municipal de Nantes émirent des vœux, en conformité desquels le conseil général de la Loire-Inférieure, dans sa séance du 26 août 1898, manifesta l'intention de donner, dans l'établissement projeté, une part prépondérante à l'enseignement des cultures coloniales. Il a, enfin, nommé une commission chargée de lui présenter un projet, après avoir visité l'Institut botanique de Kew(prèsde Londres), et le collè^'e colonial de IIollesley-Bay. Le gouvernement, do son côté, n'avait pas attendu ce moment pour agir: il avait chargé plusieurs agronomes de missions d'études, parmi lesquelles les plus fécondes en résultats furent celles de M. Lecomte aux Antilles et à la (îuyane, de M. Bourdarie au Congo, et de M. Milhe-Pontingon, aux jardins d'essai de Kew (Londres), de Bruxelles et de Berlin. Sur les rapports (jue lui firent ces Messieurs^
le ministre des colonies, M. Trouillot, nomma une commission appelée à se prononcer sur la création d'un établissement métropolitain destiné à étudier les cultures coloniales.
Telles sont les circonstances à la suite desquelles un jardin colonial a été créé à Nogent-sur-Marne. Il doit, ainsi que le dit son décret d'organisation (28 janvier 1899), 7'echercher les questions d'intérêt général ^ et guider les jardins d'essais des colonies dans leurs recherches et leurs travaux. Le Jardin colonial a pour mission de répondre à quatre exig-ences différentes :
1** Il doit tout d'abord renseigner.
Un futur colon se présente, il a de l'argent, quelques connaissances générales. Que fera-t-il?Oùira-t-il? Sera-ce en Indo-Chine, pour cultiver le thé ou le riz, au Soudan pour se livrer à la culture du coton ou à l'élevage, au Congo pour produire le cacao ou la vanille, à Madagascar pour exploiter le caoutchouc ou élever du bétail, en Nouvelle-Calédonie pour planter du café ? Il n'en sait rien. Il faut donc l'aider à faire son choix, guider son esprit, puis faciliter ses recherches, préciser ses aptitudes, proportionner ses desseins au capital dont il dispose. Seul un organe technique peut fournir sur ces divers points des renseignements précis. Dès aujourd'hui, le service de renseignements fonctionne régulièrement, et chaque jour de futurs colons viennent s'y documenter.
2*^ Le Jardin colonial doit en outre faire l'inventaire des produits utiles fournis par nos colonies. Il possède des laboratoires où sont faites des recherches sur l'uti-
lîsation des matières premières ; où sont étudiés les procédés nouveaux pour l'utilisation des produits les plus importants, tels que le caoutchouc, les cotons, les guttas ; enfin où sont tentées des expériences, en vue d'apprendre comment les plantes doivent être cultivées, quelles espèces et quelles variétés il faut choisir de préférence. Mais ces recherches manqueraient de portée pratique, si elles n'étaient accompagnées d'expériencesi en grand faites dans les colonies ellesmêmes. Et c'est pour cela qu'il a paru indispensable de placer les Jardins d'essais sous l'autorité du Jardin colonial, en sorte que celui-ci puisse demander à ceuxlà de faire des expériences.en se conformant aux indications précises qu'il leur fournit. Les produits de cultures ainsi faites dans des conditions déterminées, sont de nouveau envoyés au Jardin colonial, où ils sont étudiés comparativement.
3^ Le Jardin colonial multiplie les plantes nouvelles et les répand dans les colonies. Au courant de toutes les publications, en rapport avec les établissements scientifiques du monde entier, il est à l'affût des questions nouvelles ; il se procure des graines de tous les végétaux utiles produits par nos colonies ; il envoie les semences capables de supporter le voyage, ou, pour les espèces trop délicates, il les transforme en plantes qui sont expédiées en serres portatives. 4° Enfin, le Jardin colonial instruit les jeunes gens, praticiens ou sortant des écoles ; il les met en contact avec la matière coloniale. Les laboratoires recevant chaque jour des envois nouveaux, ceux-ci sont étudiés, classés, et con-
Colonies, introduction. 14
courent à former l'instruction des jeunes gens attachés à ces laboratoires. Ce n'est là encore que l'embryon d'un service d'enseignement ; car il faudra bien qu'un jour cette inégalité qui existe entre l'enseignement de l'agriculture métropolitaine et celui de l'agriculture coloniale cesse. Dès lors, le Jardin colonial n'aura plus qu'une faible transformation à subir pour devenir cet organe d'enseignement. Les jeunes gens sortant des écoles d'agriculture, munis de ce bagage d'enseignement agronomique qui est la base de toute exploitation raisonnée, viendront s'y spécialiser pendant une année ou deux. Le Jardin colonial sera pour l'agriculture coloniale ce qu'est l'école forestière pour la sylviculture. Enfin pour que l'organisation soit complète, il est nécessaire que tout ce qui fait partie de l'agriculture, aussi bien la mise en valeur du sol que le régime forestier, que l'amodiation des concessions, que les encouragements à accorder, que les maladies à combattre ou les bonnes méthodes à propager, fassent partie des attributions d'un service central. La question est dès aujourd'hui posée, puisque, cette année, une inspection générale de l'agriculture coloniale a été créée. Il n'y a plus qu'à mieux préciser ses attributions et à élargir ses fonctions pour obtenir l'organisation d'un service complet.
Pour favoriser le développement du jardin de Nogent, les commissaires de nos colonies, d'accord avec les gouverneurs, et avec l'autorisation de M. le Ministre, ont tenu à augmenter ses collections et lui ont fait don d'une partie des objets et produits ayant figuré à l'ex-
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position et se rapportant principalement à l'enseignement agricole.
Les plans, cartes, documents graphiques et statistiques et les objets d'ethnographie ont été offerts à l'Office colonial dont le rôle, différent de celui du jardin de Nogent, vise principalement le commerce, et dont la direction est confiée à mon ancien collègue à la Chambre, l'honorable M. Auricoste. Les renseignements les plus complets sur l'Office colonial sont contenus dans le volume consacré à l'exposition du Ministère (chapitre m).
Les colonies ont ainsi témoigné une fois de plus le désir de voir prendre à ces deux établissements, et à bref délai, une extension en rapport avec les services qu'elles en attendent.
Si notre enseignement agricole colonial n'est qu'a Tétat naissant, notre enseignement commercial colonial présente de graves défectuosités.
Je n'ai nullement l'intention de critiquer notre Ecole coloniale ; mais son rôle principal est de créer des fonctionnaires, et elle le remplit avec autant de conscience que de succès. Il n'est que juste de prorhimer que notre personnel de fonctionnaires coloniaux, grands et petits, s'acquittent de leur tâche avec beaucoup de dévouement et d'intelligence. Le temps est heureusement passé où nos gouverneurs et fonctionnaires de tout ordre étaient recrutés parmi les épaves de la politique, et se trouvaient ainsi appelés à jouer, dans nos colonies, un rôle auquel ils n'étaient (jue très impar-
faitement préparés. Nous avons réalisé, pour nos fonctionnaires coloniaux, comme pour nos consuls, des progrès auxquels les étrangers se plaisent à rendre hommag-e plus encore peut-être que nous-mêmes.
Je ne me plains donc pas des fonctionnaires, mais je regrette de ne pas pouvoir recruter le personnel de JTîunes gens dont le besoin augmente et augmentera au fur et à mesure de la mise en valeur de notre domaine, et je voudrais essayer d'expliquer la cause de cette pénurie, car ce n^est pas la bonne volonté qui fait défaut. Notre loi militaire place les jeunes gens disposés à partir pour les colonies, dans une situation plus difficile encore que ceux qui se rendent à Tétranger. Les articles 81 et 82 de la loi du 15 juillet 1889, qui déterminent les règles applicables au service militaire dans les colonies, constituent un véritable obstacle à la mise en valeur de nos possessions, en empêchant le recrutement des jeunes gens disposés à prendre cette carrière. Cette remarque ne date pas d'aujourd'hui, puisqu'elle s'est produite au lendemain de la promulgation de la loi, et qu'une pétition des mieux motivées fut adressée à ce sujet, en 1896, au Sénat et à la Chambre des députés. En 1897, M. Mercet, président de l'Union coloniale, et M. Chailley-Bert, secrétaire général, se rendirent devant la Commission de l'armée, et lui exposèrent leurs griefs contre la loi de 1889 : le président, M. Mézières, leur fît espérer le vole d'une loi leur donnant satisfaction. Le 30 avril 1900, M. J. Chailley-Bert adressait à M. Mézières, président de la Commission de Tarmée, à M. le général de Galliffet, ministre de la
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guerre, et à M. Lannes de Montebello, rapporteur de la loi sur rarmée coloniale, de nouvelles lettres, dans lesquelles il reprenait ses arguments contre les articles 81 et 82 de la loi militaire. Résumons-les. Tandis que l'article 50 de la loi de 1889 exempte du service militaire le jeune Français qui émigré hors d'Europe, dans un territoire étranger, les articles 81 et 82 obligent le jeune Français qui veut émigrer dans une colonie française à satisfaire d'abord à l'obligation militaire : il en résulte pour lui un avantage évident à émigrer dans les pays étrangers plutôt que dans les colonies françaises. La loi de 1889 dispense bien de deux années de service sur trois le jeune Français qui va s'établir dans une de nos colonies, mais à deux conditions qu'il lui est très difficile de remplir : la première, c'est qu'il ait fixé son domicile dans la colonie avant 19 ans, âge auquel son parti n'est généralement pas pris et où le séjour dans un pays tropical est dangereux pour lui ; la seconde, c'est qu'il réside dans la colonie pendant dix ans consécutifs, condition qui est généralement en opposition directe avec les nécessités de son emploi. I^s remèdes à ces inconvénients sont faciles : ou bien assimiler, au point de vue de la loi militaire, le Français qui émigré dans une colonie à celui qui émigré en pays étranger; ou bien les soumettre l'un et l'autre à l'obligation d'une année de service, mais en les autorisant à l'accomplir à dix-huit ou dix-neuf ans au plus tard, de manière à leur laisser le temps de se préparer, délivrés de toute obligation, à la carrière coloniale ; ou bien permettre au jeune colon d'accomplir son année
dans une milice locale; enfin reculer jusqu'à vingt et un ans l'âge auquel le jeune Français devra avoir fixé sa résidence dans la colonie, et introduire de sérieuses facilités dans l'obligation du séjour consécutif. Ces modifications très simples sont une sorte de condition préalable, sans laquelle les réformes projetées dans l'éducation et dans l'enseignement risquent de ne servir à rien.
Pourquoi, nous demande-t-on souvent, ne prenezvous pas vos employés parmi les élèves diplômés sortant des Ecoles supérieures de commerce ? Je n'hésite pas à répondre que la composition des Ecoles supérieures de commerce s'est totalement transformée depuis qu'elles bénéficient des avantages de la loi militaire. Les programmes d'entrée comme ceux de sortie sont devenus beaucoup plus difficiles, et unegrande partie des jeunes gens n'ayant pas réussi à Polytechnique, Saint- Cyrou Centrale, s'y présentent, afin de ne faire qu'un an de service militaire. Le niveau des études s'est très certainement élevé, mais le personnel qui fréquente ces Ecoles s'est tellement modifié qu'elles ne remplissent plus (jue très imparfaitement le but que nous nous étions proposé en les créant. La difficulté des examens en éloigne forcément la majeure partie des jeunes gens appartenant aux familles peu fortunées, n'ayant reçu qu'une instruction modeste, et qu'il faudrait cependant y attirer, puisque c'est parmi eux qu'on recrute les employés de commerce disposés à s'expatrier.
A Paris, comme à Lyon et à Marseille, on a essayéde parer à cet inconvénient en instituant des cours coloniaux, professés soit pardes universitaires, soitpar des
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maîtres improvisés, au nombre desquels je m'honore d'avoir figuré pendant une année. A Paris, c'est l'Union coloniale qui prit l'initiative de ces cours, organisés à la Sorbonne. A Marseille et à Lyon, c'est la chambre de commerce. Celle de Marseille a pris sur ses propres ressources la somme nécessaire pour créer six Chaires d'enseignement colonial de divers ordres, confiées à des universitaires, et dans lesquelles domine numériquement l'enseignement consacré à l'histoire des produits végétaux, minéraux et animaux de nos possessions d'oulre-mer. En voici les titres : 1° Histoire des produits végétaux coloniaux ; 2° histoire des produits animaux et parasitologie des plantes et des animaux ; l)"" Minéralogie et géologie coloniales ; 4° Histoire et géographie coloniales ; 5* Législation et économie sociales ; Q" Climatologie, épidémiologie et hygiène coloniales. Depuis la fondation, en octobre 1900, d'une section coloniale à l'Ecole de commerce de Marseille, cotte section conduit ses élèves à ces cours. Des sociétés privées, telles que la Société pour la défense du commerce, la Société de géographie, ont aussi ouvert des cours à Marseilh». Mais je crains que ces cours, comme ceux de Paris et de Lyon, ne répondent pas exactementaux besoinsque je signale en ce moment. C'est sans doute un excellent moyen pour former progressivement une opinion sur les questions coloniales et y initier le grand public, mais je ne crois pas que l'on puisse espérer trouver dans les auditeurs de ces cours, quelque assidus et attentifs qu'ils soient, les éléments du recrutement d'un personnel colonial.
Aussi rinitiateur même des cours professés à Paris, M. Chailley-Bert, conseille-t-il aux jeunes gens, qui se destinent à la carrière commerciale dans les colonies, de passer une ou deux années en apprentissag^e chez un commerçant de la métropole. Sans doute, un jeune homme qui aurait bien profité des cours dont je viens de parler, et se serait initié aux affaires dans une maison de commission, par exemple, constituerait une excellente recrue pour nos comptoirs coloniaux. A cela il n'y a qu'un mais: c'est que les commerçants n'acceptent généralement pas de faire l'apprentissage d'un jeune homme, qui ne peut leur être que d'une très faible utilité. Je crois donc qu'il conviendrait de mettre un enseignement commercial et un enseignement colonial également pratiques à la portée des jeunes gens, qui veulent devenir commis ou représentants de commerce aux colonies, dans des écoles spéciales et libres, et d'attacher l'exemption des deux années de service militaire, non pas au fait de sortir de ces écoles avec un diplôme, mais au fait de s'établir dans une de nos colonies, après en être sorti. Mais il faut avant tout modifier les articles 81 et 82 de la loi militaire.
La nature même des choses, l'état d'isolement relatif dans lequel sontappelés à vivre les jeunes coloniaux, l'initiative que ces conditions d'existence leur impose, rendent indispensable pour eux une instruction spéciale, très simplifiée au point de vue de certaines matières figurant dans les programmes des écoles supérieures, et portant principalement sur la comptabilité, la correspondance, les marchandises, les arbitrages et
ET l'exposition DE 1900
la connaissance approfondie d'une langue étrang^ins Cette nature d'instruction commerciale est donnée depuis longtemps aux jeunesgens allemands et suisses, et c'est pour cela qu'on trouve dans ces pays une véritable pépinière d'excellents employés. 11 n'est que temps d'imiter cet exemple si nous ne voulons pas rester tributaires de l'étranger pour l'organisation de nos comptoirs et de nos factoreries.
Il serait injuste de ne pas mentionner parmi les œuvres que l'initiative privée a déjà accomplies dans cet ordre d'idées, le Musée et l'Institut colonial de Marseille ; l'honneur en revient au D^ Heckel, leur fondateur et directeur. Ces mots d'Institut ou de Musée colonial ne représentent à bien des gens, selon leur imagination, que des collections de flèches empoisonnées, ou des graines d'arachide dans une soucoupe. L'établissement du D' Heckel répond au contraire à un besoin véritable. Le butqu'il s'est proposé est « défaire le bilan de nos richesses naturelles coloniales connues et inconnues ; de les mettre en évidence dans des collections méthodiquementetgéographiquement classées; de les étudier enfin et de les faire connaître dans une publication périodicjue, à caractère nettement scientifique, qui leur permette de prendre dans le commerce ou l'industrie de la métropole une place proportionnée à leur valeur. » Les produits envoyés de nos colonies à rinstitut colonial de Marseille y sont analysés, étudiés, comparés à d'autres, scientifiquement classés, puis exposés, avec leur analyse et les divers renseignements recueillis à leur sujet, dans les vitrines du Musée colo-
. m^%^A%^Mmt.O.^
Is et les commerçants viennent se applications dont ces produits sont (sources qu'ils présentent. Les fonciwk viennent s'enquérir du genre de recherches qu'il y a lieu de faire dans les contrées de leur ressort. La Chambre de commerce s'en rapporte à l'Institut colonial, pour la réponse aux demandes de renseig-nements qu'elle reçoit de tous les points du monde, sur la valeur vénale et industrielle de certains produits exotiques. Enfin l'Administration des douanes le consulte sur la catégorie à laquelle il convient d'assimiler une foule de produits nouveaux,jarrivant à Marseille sousdes noms indigènes ou fantaisistes.Je ne parle pas des services que rendent sa bibliothèque et sa bibliographie. L'Institut et le Musée colonial du D^ Heckel ont su se rendre, depuis 1893, d'une utilité si incontestable, que des subventions lui ont été accordées par le ministère des colonies, par la Chambre de commerce, par le conseil général des Bouches-du-Rhôneel par la ville de Marseille, qui se propose de lui faire construire un local beaucoup plus spacieux que celui où il est actuellement installé.
{]i\ autre enseignement qu'il est indispensable d'organiser au plus tôt, c'est l'enseignement médical colonial. La plante humaine a besoin, comme les autres plantes, d'être soigneusement cultivée, et on ne la transporte pas impunément des bords du lac du bois de Boulogne à ceux du lac Tchad, ni même du lac Alaotra, à Madagascar. Puisqu'on prend la
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peine d'acclimater les plantes, ce serait bien le moins qu'on procurât aux jeunes Français qui s'expatrient les meilleures conditions d'hygiène et de sécurité.
M. le D' Raphaël Blanchard, professeur à la faculté de médecine, a exposé tout récemment devant les membres de l'Union coloniale française et du Comité de Madagascar, qu'avait réunis le diner mensuel de ces sociétés, toutes les raisons qui militent en faveur de rétablissement d'un enseignement de la médecine tropicale.
Il a montré, d'une façon saisissante, l'intérêt capital qu'il y avait, îrfl'on voulait lesuccès complet deToeuvre coloniale, à combattre efficacement les maladies spéciales aux pays tropicaux; or, le succès dans celte lutte ne peut être obtenu que si l'on a des médecins ayant étudié spécialement ces maladies, que les médecins d'Kurope ignorent d'ordinaire complètement.
Li*s Anglais ont compris cette nécessité d'un enseignement spécial; ils ont installé à Londres et à Liverpool des écoles de médecine tropicale. Les Américains, les Belges, les Italiens les ont imités de façon plus ou moins complète. Quant à nous, nous n'avons encore rien ou presque rien fait qui puisse être mis en parallèle avec l'œuvre anglaise. Cette lacune, préjudiciableà nos intérêts coloniaux comme à nos inlérêls scientifiques, il la faut combler. Nous ne devons pas envoyer pendant plus longtemps aux colonies, des médecins très dévoués, mais à qui on n'a rien appris de ce qui leur serait nécessaire, et nous devons, en outre, ^ous efforcer de continuer nos belles découvertes scientifiques dans
un domaine où, ces derniers temps, le corps médical anglais en a fait de superbes.
L'enseignement qu'il convient d'établir pour faire cesser notre infériorité, la section de bactériologie et parasitologic du 13® congrès international de médecine l'a défini, en adoptant par acclamation un vœu dans ce sens.
Le Conseil de la Faculté de médecine de Paris, très favorable à ce projet, a, le 22 novembre dernier, autorisé son doyen à recevoir les sommes qui pourraient lui être offertes pour assurer ce service nouveau. Ce sont ces sommes qu'il faut trouver. M. Etienne, qui assistait au diner de l'Union coloniale, a déclaré qu'il demanderait à la Chambre une subvention pour cette œuvre nouvelle. Nous ne doutons pas que tous les députés, à quelque opinion qu'ils appartiennent, ne répondent à l'appel du député d'Oran; mais le concours des particuliers ne sera probablement pas superflu.
En Angleterre, le gouvernement ne s'est pas désintéressé de la création des Ecoles de médecine tropicale; mais ce sont des particuliers qui en ont pris l'initiative, qui ont couvert la plus grande partie de la dépense et qui ont, de plus, assumé tous les frais des missions scientifiques envoyées à la côte occidentale d'Afrique pour étudier le paludisme. Nous devons suivre encore cet exemple; ce sera d'autant moins difficile que les donateurs généreux auxquels on pourra s'adresser n'auront qu'à suivre leur propre exemple, et à se rappeler les Œuvres d'humanité et de préservation sociale qui tirent d'eux seuls toutes leurs ressources, tous leurs ,^, d'action. Tout permet donc de croire que, pro-
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cbainement, nous serons dotés de l'enseignement médical colonial qui nous manque.
Je suis tout à fait d'accord avec M. le D' Blanchard sur le principe de la création d'un enseignement médical colonial. Mais je ne pense pas que Paris soit la ville où l'on doive organiser d'abord cet enseignement, et en tout cas que ce soit la seule. Dans une communication présentée au Congrès des sociétés de géographie tenu à Marseille en septembre 1898, M. le D' Heckel exprimait le vœu que l'on créât des cours et des cliniques d'hygiène et de pathologie coloniales dans un certain nombre de Facultés de médecine, afin d'apprendre aux jeunes docteurs coloniaux les notions spéciales à leur carrière, ainsi qu'aux agents et fonctionnaires coloniaux les précautions indispensables à leur santé. J'estime que Marseille, en sa qualité de premier port colonial de France, de petite métropole coloniale, devrait être une des premières universités dotées de cet enseignement. Celte pensée ne m'est pas inspirée par un misérable araour-propre de clocher, mais par la présence à Marseille d'un nombre de coloniaux plus grand que partout ailleurs et, par suite, d'un nombre également considérable de cas pathologiques coloniaux. Ce sont les raisons pour lesquelles il me semble que c'est par Marseille que l'on doit commencer cette innovation. La municipalité Ta compris, et elle a voté, en juillet 1899, la somme nécessaire pour la création de cinq cours coloniaux à l'Ecole de médecine de la ville.
Je ne voudrais pas que Ton déduisit de celte énumération de desiderata que je suis une sorte de « docteur Tant-pis » et que je nie les progrès accomplis. Loin de là... Personne plus que moi ne les constate avec joie et avec espoir, personne n'a suivi avec plus d'intérêt l'évolution qu'a subie l'idée coloniale et le. caractère utilitaire qu'elle a revêtu dans ces dernières années. On ne peut oublier que les résultats financiers de notre commerce colonial se traduisent déjà par un total assez respectable, puisqu'en y comprenant l'Algérie et la Tunisie ce mouvement commercial dépasse 1,154 millions. On ne peut oublier non plus que le commerce de toutes nos colonies, sauf la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et les comptoirs de l'Inde, est en augmentation continue. Le commerce extérieur de l'Indo-Chine représente, en 1899, 253, 361, 782francs contre 229,955,325 francs, en 1898, 205,417,953, en 1897 et 177,485,701, de 1893 à 1897, année moyenne; celui des possessions françaises de l'Afrique occidentale, y compris le Congo, 129,206,045 en 1899, contre 11 7,739,362 francs en 1898; 74,486,677 en 1892; celui de. la Tunisie, 105,211,701 francs en 1899; environ 97 millions en 1898, contre 54 millions et demi en moyenne de 1881 à 1889 et 23 millions avant l'occupation française; celui de Madagascar 35,962,055 francs en 1899, contre 26,602,365 on 1898, 22,701,305 enl897 et 17,593,882 en 1896.
Do pareils résultats ne porniottont plus de nier l'utilité do la politique coloniale, et cette utilité a monn^ désarmé Thostilito qu'elle rencontrait encore de temps
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à autre, au sein du Parlement. C'est que Ton commence à comprendre que la colonisation, comme Ta dit le colonel Monleil, « est la solution pacifique d'un problème économique », et que l'exploitation de notre domaine colonial nous récompensera bientôt des sacrifices que sa création nous a coûtés. Nous sommes déjà loin du temps où Jules Ferry était traité de « Tonkinois », où les ministères étaient renversés parce qu'ils avaient eu l'audace de demander des crédits pour une expédition coloniale. Je me souviens qu'en 1892, à propos de la discussion soulevée à la Chambre par les crédits de l'expédition du Dahomey, M. Paul Déroulède s'écria : « Nous n'avons pas à faire couler le sang de nos soldats pour quelques marchands de Marseille qui commercent sur la côte de Bénin. Votre politique coloniale est une politique de ynissionnaires et de commissionnaires ! )>> Cette étrange sortie fut alors accueillie par bon nombre d'applaudissements. Qui donc aujourd'hui oserait prendre en mauvaise part l'appréciation de M. Déroulède sur la politiquecolonialo?Qui doncifÇ'nore rintén^t politique et pratique qui s'attache à la protection des « missionnaires et des commissionnaires», à la possession de territoires qui offrent de vastes débouchés à l'activité et à l'industrie nationales, fournissent au commerce un aliment déplus en plus considc^ rable et augmentent le prestige de la France? Si quelqu'un regrette le sang versé pour rac(|uisition des colonies, il n'ose plus le <lire et l'opportunité de la |>oliti(|ue coloniale n'est heureusement plus contestée. Nous avons donc fait un grand pas, maïs il ne faut pas
rester en chemin. Nous devons aviser aux moyens indispensables pour parfaire notre œuvre et récolter après ^voir semé. Nous devons mettre notre lég^islation en harmonie avec nos besoins nouveaux, et forger l'outillage nécessaire pour faire mouvoir les multiples rouages de notre nouvelle et puissante machine.
En terminant, qu'il me soit permis de répondre à quelques critiques et de signaler quelques éloges, qui ont été adressés à l'exposition coloniale, et que la notoriété de leurs auteurs a particulièrement signalés à nos yeux. M. Maurice Talmeyr s'est demandé, dans un article intitulé « l'Ecole du Trocadéro » et publié dans la Revue des Dev.x Mondes^ si l'exposition des colonies françaises et étrangères avait bien atteint son but d'enseignement, si elle nous avait bien enseigné l'exotisme? (( L'exotisme, dit M. Maurice Talmeyr, n'était pas une des petites parties de l'exposition. Il y abondait, y fourmillait et nous l'y retrouvions à chaque pas. Temples hindous, gourbis sauvages, pagodes, souks, ruelles algériennes, quartiers chinois, japonais, soudanais, sénégaliens, siamois, cambodgiens : c'était un bazar de climats, d'architectures, d'odeurs, de couleurs, de cuisines et de musiques... C'était l'univers dans un jardin ! Un territoire grand comme la moitié de l'Europe se condensait en 500 mètres carrés, un désert se résumait en une paillotte, une mer en un bassin. ï « nord touchait au sud et le pôle à l'Equateur. Le
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même courant d'air vous apportait l'odeur des joncs de rOcéanie et des fourrures du Kamchatka. Vous faisiez là, montre en main, le tour du monde en trois heures. » Je répondrai tout à l'heure à ce reproche; je montrerai qu'il n'a pas tenu à nous que l'exposition de l'empire colonial français disposât d'un territoire plus vaste.
Arrivons tout de suite à ce qui fait l'objet même de la critique que nous adresse M. M.Talmeyr. « Entrez, ditil, au village dahoméen, feuilletèz-y les photographies du Dahomey, puis regardez le village lui-même, ses restitutions et ses exhibitions. Vous percevez très nettement, dans les simples vues du pays, une certaine vie primitive et un certain cadre sauvage. Le ton manque et la perception est incomplète, mais les silhouettes, les reliefs, les grands linéaments se fixent néanmoins dans l'œil. Maintenant, examinez les objets exposés, armes, fétiches, meubles, engins, instruments, ustensiles, et vous ne retrouverez plus aucun rapport entre les ensembles donnés par les photographies et le détail figuré par les objets. Les premiers et les seconds devraient cependant correspondre, s'expliquer, se compléter, concorder, mais ils ne concordent pas. Les photographies vous représentent une contrée, des sites, des mœurs, des figures, des horizons, quelque chose de vivant, qui existe, qui respire. Les objets ne sont que des fragments, des débris, on ne sait quoi d'incompris, d'informe, d'incohérent, qui ne signifie rien et ne se rattache à rien. On ne peut, même pas dire que l'idée propagée est fausse. Elle est nulle, elle n'est pas. Vous voyez devant vous des morceaux bizarres, imitant vaguement drs
Colonies, inlroduction. 15
Je ne voudrais pas que l'on déduisît de celte énumération de desiderata que je suis une sorte de « docteur Tant-pis » et que je nie les progrès accomplis. Loin de là... Personne plus que moi ne les constate avec joie et avec espoir, personne n'a suivi avec plus d'intérêt l'évolution qu'a subie l'idée coloniale et le. caractère utilitaire qu'elle a revêtu dans ces dernières années. On ne peut oublier que les résultats financiers de notre commerce colonial se traduisent déjà par un total assez respectable, puisqu'en y comprenant l'Algérie et la Tunisie ce mouvement commercial dépasse 1,154 millions* On ne peut oublier non plus que le commerce de toutes nos colonies, sauf la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et les comptoirs de l'Inde, est en augmentation continue. Le commerce extérieur de l'Indo-Chine représente, en 1899, 253, 361, 782francs contre 229,955, 325 francs, en 1898, 205,417,953, en 1897 et 177,485,701, de 1893 à 1897, année moyenne; celui des possessions françaises de l'Afrique occidentale, y compris le Congo, 129,206,045 en 1899, contre 117,739,362 francs en 1898; 74,486,677 en 1892; celui de, la Tunisie, 105,211,701 francs en 1899; environ 97 millions en 1898, contre 54 millions et demi en moyenne de 1881 à 1889 et 23 millions avant l'occupation française; celui de Madagascar 35,962,055 francs en 1899, contre 26,602,365 on 18P8, 22,701,305 enI897 et 17,593,882 en 1896.
De pareils résultais ne permettent plus de nier l'utililé do la politique coloniale, et cette utilité a même désarmé l'hostilité qu'elle rencontrait encore de temps
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à autre, au sein du Parlement. C'est que l'on commence à comprendre que la colonisation, comme l'a dit le colonel Monteil, « est la solution pacifique d'un problème économique », et que l'exploitation de notre domaine colonial nous récompensera bientôt des sacrifices que sa création nous a coûtés. Nous sommes déjà loin du temps où Jules Ferry était traité de « Tonkinois », où les ministères étaient renversés parce qu'ils avaient eu l'audace de demander des crédits pour une expédition coloniale. Je me souviens qu'en 1892, à propos de la discussion soulevée à la Chambre par les crédits de l'expédition du Dahomey, M. Paul Déroulède s'écria : « Nous n'avons pas à faire couler le sang de nos soldats pour quelques marchands de Marseille qui commercent sur la côte de Bénin. Votre politique coloniale est une politique de missionnaires et de commissionnaires!)^ Cette étrange sortie fut alors accueillie par bon nombre d'applaudissements. Qui donc aujourd'hui oserait prendre en mauvaise part l'appréciation de M. Déroulède sur la politique coloniale? Qui donc ignore TinténH politique et pratique qui s'attache à la protection des <( missionnaires et des commissionnaires», à la possession de territoires qui offrent de vastes «lébouchésà l'activité et à l'industrie nationales, fournissent au commerce un aliment de plus en plus considérable et augmentent le prestige de la France? Si quelqu'un regrette le sang versé pour l'acquisition des colonies, il n'ose plus le dire et l'opportunité de la politique coloniale n'est heureusement plus contestée. Nous avons donc fait un grand pas, mais il ne faut pas
Je ne voudrais pas que l'on déduisit de celte énumération de desiderata que je suis une sorte de « docteur Tant-pis » et que je nie les progrès accomplis. Loin de là... Personne plus que moi ne les constate avec joie et avec espoir, personne n'a suivi avec plus d'intérêt l'évolution qu'a subie l'idée coloniale et le. caractère utilitaire qu'elle a revêtu dans ces dernières années. On ne peut oublier que les résultats financiers de notre commerce colonial se traduisent déjà par un total assez respectable, puisqu'en y comprenant l'Algérie et la Tunisie ce mouvement commercial dépasse 1,154 millions. On ne peut oublier non plus que le commerce de toutes nos colonies, sauf la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion et les comptoirs de l'Inde, est en augmentation continue. Le commerce extérieur de l'Indo-Chine représente, en 1899, 253, 361, 782francs contre 229,955, 325 francs, en 1898, 205,417,953, en 1897 et 177,485,701, de 1893 à 1897, année moyenne; celui des possessions françaises de l'Afrique occidentale, y compris le Congo, 129,206,045 en 1899, contre 117,739,362 francs en 1898; 74,486,677 en 1892; celui de. la Tunisie, 105,211,701 francs en 1899; environ 97 millions en 1898, contre 54 millions et demi en moyenne de 1881 à 1889 et 23 millions avant l'occupation française; celui de Madagascar 35,962,055 francs en 1899, contre 26,602,365 en 1898, 22,701,305 enl897 et 17,593,882 en 1896.
De pareils résultais ne permettent plus de nier l'utilité de la politique coloniale, et cette utilité a même désarmé Thostiliié qu'elle rencontrait encore de temps
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à autre, au sein du Parlement. C'est que Ton commence à comprendre que la colonisation, comme l'a dit le colonel Monleil, « est la solution pacifique d'un problème économique », et que l'exploitation de notre domaine colonial nous récompensera bientôt des sacrifices que sa création nous a coûtés. Nous sommes déjà loin du temps où Jules Ferry était traité de « Tonkinois », où les ministères étaient renversés parce qu'ils avaient eu l'audace de demander des crédits pour une expédition coloniale. Je me souviens qu'en 1892, à propos de la discussion soulevée à la Chambre par les crédits de l'expédition du Dahomey, M. Paul Déroulède s'écria : « Nous n'avons pas à faire coicler le sang de nos soldats pour quelques marchands de Marseille qui commercent sur la côte de Bénin. Votre politique coloniale est une politique de missionnaires et de commissionnaires ! n Cette étrange sortie fut alors accueillie par bon nombre d'applaudissements. Qui donc aujourd'hui oserait prendre en mauvaise part l'appréciation de M. Déroulède sur la politique coloniale? Qui donc ignore rînlér<?t politique et pratique qui s'attache à la protection des « missionnaires et des commissionnaires», à la possession de territoires qui offrent de vastes débouchés à l'activité et à l'industrie nationales, fournissent au commerce un aliment de plus en plus considt^ rable et augmentent le prestige de la France? Si quelqu'un regrette le sang versé pour l'acquisition des colonies, il n'ose plus le dire et l'opportunité de la politique coloniale n'est heureusement plus contestée. Nous avons donc fait un grand pas, mais il ne faut pas
jn's avaient été séparés les uns des autres autant que le pt' rino.lt aient IVxiguilé et la configuration accidentée du terrain. Je suis très reconnaissante M. de Vogué de ses critiques, car elles m'obligentàexpliquer les points liiiult's de l'exposition coloniale, à soulever un coin du ^"ile qui cachait les multiples difficultés contre lesquelles nous avons eu à lutter, et je ne pouvais eu prendre l'initiative. Quand on ne dispose que de quelques milliers de mètres carrés d'un terrain en pente l'apul,. pour tiiîurer des millions de kilomètres carrés *'•' plaines, i! est lùfu difficile d'empêcher que les con- '""■nis lie se tourheul. Sur ce point je suis pleinement 'I ;H-c,n-d avec M. deVos^ûé, pour déplorer qu'un terrain '■''auciMip [dus vaste et d'une configuration toute diffé- '"'Ule n'ait |>as été mis à la disposition des colonies par •'duiiiii^l,..,)^,,, de l'Exposition. Je n'ai pas attendu re ,l*'»r pimr m'en plaindre et n'ai cessé de réclamer, à la '•*Mumîssiou pré para liùre. contre la part insuffisante et |Meeaiie qui êlail faite à l'exposition coloniale dans le pUin i;;ènéral. Les proci's-verhaux delà commission on '*'nt foi. Aussi, dois-joà nn-s collahorateurs de déclarer M*>'' noire re>|ion>.alMlilê commune est absolument à •'■'ri des re|irovlies qui piuirraiont no»is être adressés ''»■ Ce elief- Voiei ee que je disais au banquet colonial ''" i novemlne IS',>!> :
: bien iv que l'iMi n-prvK-hcra à notre s ii'aiiiourvi"lmi ipieji- fais celle remarvsiiU'iU les>»;l aussi bien que moi. Ce ri-i[v*iv', vie r.iir.
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Nous avons 16.173 mètres carrés de surfaces couvertes, répartis entre 25 palais ou pavillons, et il est très certain qu'ils seront trop rapprochés les uns des autres, d'autant plus que certains d'entre eux sont de véritables monuments.
Nous eussions souhaité qu'il nous fût permis d'entourerchaque palais ou pavillon d'un espace suffisant pour qu'on puisse çrouper tout autour des indigènes et faire vivre le public de la vie coloniale spéciale à chaque colonie. La réalisation de '^e rêve n'a pas dépendu de nous, et les efforts de tous les coloniaux ont abouti à la nomination d'une commission qui, après de nombreuses et très intéressantes séances, est arrivée à un résultat que j*ai souvent constaté en matière de commissions : c'est qu'on n'a rien décidé du tout et qu'on s'est inclinédevaiit le fait accompli.
A rexig^uilé du terrain et àson extrême déclivilé, venaient se joindre roblig^ation de respecter la plupart des arbres, et Tépocjuc tardive à laquelle nos crédits ont été votés par le parlement, car nous avions un budg-ef spécial, et l'administration générale do l'exposition n'a participé à aucune de nos dépenses. Il convient d'ajouter qu'elle a encaissé les taxes dont elle a frappé nos exposants, nos bars de dégustation, nos théâtres et autres établissements. Nous étions assimilés aux sections étrangères.
Les arbres du Trocadéro étaient divisés en deux catégories: les tangibles et les « intangibles », et je garderai un long souvenir d'un jeune bouleau qui avait été classé, je ne sais pourquoi, parmi les intangibles^ bien «ju'il se trouvât en plein sur ce (jui devait rire la terrasse de la pagode des Boudhas. Il nous a fallu (juinze jours de négociations pour obtenir l'autorisation de
ZJX NOS COLONIES
trausplaiiler CCI adolescent, et nous n'avions pascepentlant de temps à perdre !!
Le parlement, en effet, ne vola nos crédits que le 31 tiiiii 1899 et M. le Minisire des colonies voulut bien mettre A ma disposition les premiers cent mille francs te Ijjuiii suivant.
IV plus, les subventions coloniales qui nous avaient t'-tt^ promises au moment où le gouvernement me fît le tri'aud honneur de me placer à la tête de l'exposition, n'étaient que des espérances, et il a fallu les convertir en réalités, avant de pouvoir définitivement arrêter des plans et un budget.
("e ne fut que le 24 juin que nous avons pu procéder à l'adjudication des travaux; comme il fallait s'y attendre,nous n'obtinmesaucun résultat parce queles enlivpreneiirs avaient déjà plus de travaux qu'ils ne pou- \aient en exécuter. Nous sommes enfin parvenus, le J juillet, à trouver un entrepreneur général nous offrant *i,uaiihe iL ijiii rmiseiihl. un rabais de 6 0/0.
lie 1^ juillet, M. le Ministre des colonies voulut bien mws iloiuicr son approbation ; nous n'étions pas cepeni^nlMu bout de nos peines, car les clôtures qui devaient «KUt> periiietlre de commencer les travaux, et dont la l|«u place iiicuinbiiil à l'administralion générale de a furent pnsées que le 8 août. Il ne nous thuit iJiois pour édifier vingl-cinq pa- [irncéder à leur installation inlé- |ïtonunes cependant parvenus, et nous Rrnp liuiuvaise figure au 14 avril, jour gu ration.
ET l'exposition DE 1900 233
Je dois ajouter que, si ma responsabilité était entière, mon initiative était perpétuellement paralysée. Les règlements constituaient un tel labyrinthe de formalités administratives que je n'en serais jamais sorti si M. le Commissaire général, M. Alfred Picard, ne m'avait personnellementaidé avec une bonne grâce et une courtoisie dont je suis heureux de le remercier.
Telles sont les principales stations du calvaire que nous avons eu à gravir. Etait-ce une raison pour jeter le manche après la cognée?Nous ne l'avons pas pensé, et nous avons au contraire essayé, mes collaborateurs et moi, de tirer le meilleur parti possible d'une situation difficile.
Nous n'avons donc aucun désir de récriminer contre (les erreurs regrettables sansdoute, maisqui n'ont pas empêché l'exposition coloniale d'offrir au public un spectacle instructif et dont il a paru, somme toute, satisfait.
L'affluence des visiteurs, le grand nombre de renseignements qui nous ont été demandés par des personnes appartenant à toutes les classes de la société, — la quantité considérable denoticesqui ont été distribuées et vendues, — la faveur dont ont joui nos conférences faites soit dans les divers pavillons, soit dans notre salle des conférences ; — le succès du Congrès de la Ramie dû à l'initiative de notre collaborateur M. Milhe-Poulingon, — la bonne humeur du public à nos retraites roloniales du mercredi soir, auxquelles prenaient part plus de trois cents de nos indigènes, — nous prouvent que nos efforts n'ont pas été inutiles.
On était du reste très gai, au Trocadéro : on y pratiquait cette douce philosophie qu'inspirent aux coloniaux l'habitude des longues étapes dans la brousse, les difficultés et le manque de confort inhérents à leur existence, et le dévouement sans borne à l'œuvre qu'ils ont entreprise.
La grande fête que les commissaires des colonies françaises ont offerte à MM. les commissaires généraux des nations et des colonies étrangères, dans la salle souterraine du pnom cambodgien, répondait, mo semble-t-il, au programme tracé par M. de Vogué. 11 y avait de fort beaux échantillons de tous nos sujets el même de nos sujettes. On y a chanté tous les chants, dansé toutes les danses de nos diverses colonies, aux sons des orchestres locaux, dans le cadre des merveilleuses ruines d'Angkor Thom, d'Angkor Val, de Prea I\up, de Prea Khane, ingénieusement assemblées el reconstituées par un artiste adroit et un architecte de talent, M. Marcel. Puis enfin, quand est venu le moment de la distribution des récompenses, nous avons eu la satisfaction de constater que nos produits coloniaux avaient fièrement soutenu l'honneur du drapeau dans cette première lutte coloniale internationale. Le jury leur a décerné 1700 récompenses, dont 92 grands prix, 273 médailles d'or, 488 médailles d'argent, 481 médailles de bronze et 366 mentions honorables. L'exposition coloniale aura enfin provoqué la publication que j'ai analysée au début de cette introduction, et dont je peux faire l'éloge d'autant plus à mon aise que tout le méi'ite en revient âmes collaborateurs.
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La presse en général a été pour nous très bienveillante, et des juges les moins prévenus en faveur de l'exposition coloniale y ont vu ce que nous souhaitions qu'ils y vissent : une espérance, le gage d'un avenir glorieux et prospère. J'en citerai deux exemples; j'emprunte le premier au discours prononcé par M. Albert Petit à la distribution des prix du lycée Janson de Sailly :
« Nous sommes, pour ainsi dire, un peuple « de vieille roche », un peuple gentilhomme, et la galerie de nos ancêtres est formée des chefs-d'œuvre immortels qu'ils nous ont légués. Nous goûtons, à plus juste titre que tout autre peuple, le charme de vivre dans un décor historique. On nous accuse même de nous trouver trop bien dans ce cadre aristocratique et de n*être plus assez des hommes d'aujourd'hui, armés pour la concurrence, et résolus à garder notre place à la table où les nationscivilisées se disputent les meilleurs morceaux. Cette place, elle est pourtant large encore, quoi qu'on en dise, et plutôt en train de grandir que de diminuer. Ceux qui visiteront nos pavillons coloniaux hésiteront sans doute à rééditer Taphorisme classique : « Les Français ne sont pas colonisateurs. » La carte du monde porte partout nos couleurs, anciennes ou récentes. Même les colonies que nos malheurs ou nos fautes ne nous ont pas permis de conserver ont gardé profondément notre empreinte, comme le Canada, qui s'en réclame ainsi que d'un titre de noblesse. Et que dire de toutes nos annexions d'hier : Congo, Tunisie, Indo-Chine, Dahomey, Soudan, Madagascar, conquises en moins d'un quart de siècle, et avec quels faibles moyens!
Objectera-t-on que nous sommes incapables de rien tirer de cet immense empire ? Le grief ne serait pas négligeable, car nous vivons à une époque positive où les considérations de
sentiment et même d'orgueil patriotique ne sauraient répondre à tout) ni suffire à tous. Mais le reproche, quoique banal, n'est pas fondé. Compulsez dans chaque pavillon les statistiques, les plans, les cartes, les photographies : partout vous constaterez que les voies ferrées allongent leurs artères vivifiantes, que les oasis surgissent au milieu du désert, que les gisements miniers entrent en exploitation. Ces signes de prospérité peuvent être trompeurs. L'Inde anglaise, par exemple, meurt de faim, en dépit de ses chemins de fer, de ses manufactures, de ses « cultures riches » — qui n'enrichissent qu'une métropole égoïste. Mais on ne meurt de faim nulle part dans nos colonies. Partout la condition humaine a été améliorée par notre présence et par notre action. L'esclavage a été supprimé, les razzias entre tribus ont disparu, la population a augmenté, le sort de la femme a été adouci. La France a toujours porté dans les plis de son drapeau un peu d'humanité et d'idéal. La paix qu'elle assure à ses sujets n'est pas la paix homicide de Rome ou... de Carthage. »
Le second exemple prouve que l'on nous a fait l'honneur de s'occuper de l'Exposition coloniale dans la plus docte et la plus illustre compagnie du monde, pour lui rendre le témoignage le plus flatteur qu'elle ait osé obtenir : celui d'avoir inspiré [confiance dans l'avenir de la France.
« Comment éviter une recrudescence d'orgueil et de foi en la vitatité de la patrie^ a dit M. Paul Hervieu à l'Académie française, — quand on peut y comme autourd'huiy d^un seul regard^ embrasser par exemple tant de petits palais y symboles d'un immense et toutjeune domaine y dont les fils aux teints d'ivoire y d'ocre ou rf'<?bèncy TunisienSy TonkinoiSy Congolais^ Cambodgiens y
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Malgaches y Annamites ^ Dahoméens yfont en même temps sonnera nos oreilles leurs premiers bégaiements de cette langtie qui vous a, Messieurs^ pour gardiens^ le doux parler de la France y notre m^re et leur tutrice. »