OC
Mai .
Juin .
Juillet .
Août .
Septembre .
GO
Octobre .
Novembre .
yqto r<
Décembre .
Ces observations, faites à Hanoï, donnent la moyenne des chaleurs que les Européens ont à supporter, dans des locaux appropriés, bien aérés et abrités par de larges vérandas. Mais ces résultats subissent des modifications notables suivant les régions. La température moyenne est plus élevée dans celles où la brise de mer ne parvient pas.
Les écarts thermométriques entre les différentes heures du jour sont assez considérables pendant les mois de l'automne et de l'hiver, mais pendant les mois de l’été le thermomètre varie peu et tend presque, dans les noois de juillet et août, à rester stationnaire. C’est ainsi que dans les mois d’hiver la température descend parfois jusqu’à -|- 8° pendant la nuit, pour remonter à -[-25° dans le milieu du jour, et que, durant l’été au contraire, le thermomètre n’oscille que très peu et se maintient entre 30° et 32°, la nuit et le jour; quelquefois il etteint 38°.
Décembre, janvier, février et mars permettent aux Européens de se reposer des fatigues de l’été et de faire une nouvelle provision de forces. Le ciel pendant ces mois est presque constamment couvert d’une brume épaisse et la température devient assez fraîche pour nécessiter l'usage des vête-
TONKIN
ments chauds et du feu dans les appartements. Cette saison correspond assez bien à celle de novembre dans le centre de la France, avec un temps couvert et humide.
En avril, la température monte rapidement, les nuits sont encore bonnes. C’est le commencement de la période des orages, le ciel est souvent couvert, mais le soleil déjà ardent répand, au travers de cette brume, une chaleur humide désagréable. La végétation, qui s’est réveillée en mars, est alors splendide.
Avec mai arrivent les fortes chaleurs, accompagnées d’orages violents. Le soleil surchauffe un air saturé d’humidité, qui devient étouffant; les nuits surtout sont pénibles. Les Annamites disent alors que le « ciel déverse du feu ». C’est à ce moment cfue le fleuve commence à monter. En juin, la température s’élève encore et se maintient égale durant le mois de juillet. Les orages se multiplient, les averses s’abattent en déluge avec une violence extrême, accompagnées d’éclats formidables de tonnerre, poussées par un vent de tempête, écrasant les plantes, couchant les bambous et les arbustes, brisant les arbres, les déracinant quelquefois, enlevant des toitures et des paillottes entières qui sont portées au loin. Cette atmosphère, chargée d’humidité et d’électricité, lourde et énervante, est extrêmement pénible. Entre chaque ondée, un soleil de feu vaporise toute cette eau répandue sur la terre, on se sent pénétré d’humidité. Il se produit alors une réverbération très dangereuse et il ne faut pas se considérer comme à l’abri, lorsque l’on s’est simplement retiré à l’ombre, en dehors des effets directs des rayons solaires; il serait imprudent de retirer le casque même à l’intérieur des habitations, sans être protégé par des écrans et des persiennes. La plupart des cas d’insolation ne se produisent pas autrement. Il faut craindre le soleil au Tonkin ; le ciel légèrement nuageux est surtout perfide.
Le mois d’août ressemble encore beaucoup aux deux précédents, les nuits seules sont un peu moins cbaudes, bien qu’encore fatigantes. C’est le mois des plus fortes
averses. Il se produit souvent, à cette époque, une forte crue des fleuves, toujours suivie d’inondations.
En septembre la chaleur baisse un peu. Bien qu’elle soit encore brûlante dans les heures du milieu du jour, elle est moins humide et par conséquent plus supportable. Les nuits procurent un peu de repos. Les orages sont encore fréquents, mais les averses diminuent d’intensité. C’est aussi l’époque des grands coups de vent. Les typhons qui soufflent à cette époque sur les mers de Chine causent leurs ravages jusque dans le delta, où ils rasent tout sur leur passage. On a vu parfois les eaux du fleuve Rouge, qui descendent cependant avec une vitesse de plus de 3 milles, ramenées vers leur source par la force du vent, déborder de leur lit et submerger des villages entiers. Dans le port de Haï-Phong, mal abrités, les navires sont peu en sûreté contre ces violentes tempêtes.
La fraîcheur commence à se faire sentir en octobre, surtout la nuit ; il ne pleut plus guère et l’humidité diminuant, les chaleurs sont souvent plus faciles à supporter. En novembre, il pleut encore plus rarement, l’air devient plus léger et plus sec; la température est très agréable et même, après les chaleurs précédentes, elle semble parfois froide.
Hygiène des Européens. — On peut dire que le climat n’a pas de suites fâcheuses, en général, pour la santé des Européens, lorsqu’ils ne s’écartent pas des règles de l’h}^giène. Un séjour prolongé ne peut produire sur les individus bien constitués qu’une anémie passagère, qui disparaît rapidement, par un retour dans un climat tempéré. Les missionnaires, qui ne quittent pas le Tonkin, vivent néanmoins de longues années sans que la mortalité parmi eux ait sensiblement augmenté. La maladie a fait de nombreuses victimes dans le corps expéditionnaire, mais il est trop clair que nos soldats n’étaient pas dans des conditions de vie normales. Les excès de fatigue, les privations de toute nature, le défaut d’habitations confortables, exposent les armées en campagne, môme en Europe, à une mortalité
TONKIN
exceptionnelle : il paraît certain que les pertes au Tonkin n’ont pas dépassé celles qui ont été constatées dans d’autres expéditions coloniales.
Dans la population civile, le climat ne frappe le plus souvent que les personnes arrivées dans de mauvaises conditions de santé ou d’âge, celles qui commettent des imprudences ou se livrent à des excès.
Pour fonder un établissement au Tonkin il faut être d’une santé bien éprouvée, avoir dépassé vingt-cinq ans au moins. L’époque la plus favorable pour entreprendre le voyage est la fin d’octobre; l’immigrant arrive ainsi au commencement de l’hiver et peut, pendant quatre mois, procéder à son installation tranquillement, sans avoir à se préoccuper du climat.
Le voyage de France. — Les bateaux des Messageries maritimes qui partent de Marseille toutes les deux semaines, le dimanche, offrent toute facilité au choix du voyageur. La traversée est de 28 jours jusqu’à Saigon, d’où une ligne annexe se dirige vers Haï-Phong, faisant escale à Nha-Trang, Qui-Nhon, et Tourane sur la côte d’Annani et s’arrête à Thuan-An à l’entrée de la rivière de Hué, lorsque la mousson le permet. La durée totale du voyage est d’environ 35 jours et le trajet parcouru de 8,093 milles marins. Les prix du passage sont de 1,859 francs en première classe, de 1,217 francs en seconde classe, et de 777 francs en troisième classe.
Le LOGEMENT. — La question du logement prend une importance capitale, par l’influence que ses différentes conditions peuvent exercer sur la santé. Les habitations annamites ou chinoises ne répondant nullement aux besoins des Européens, il est indispensable de rechercher ou de construire une maison à l’européenne. Les meilleures dispositions à adopter sont les suivantes : orientation est-ouest afin d’offrir une surface moindre au soleil et de recevoir le vent du sud-ouest. Les murs seront en briques ou en pierres, assez épais. Une véranda, d’au moins 2 mètres et
demi de largeur, devra entourer l’habitation et préserver complètement l’intérieur des rayons du soleil. La toiture, à grande pente, sera couverte en tuiles et il est nécessaire de ménager un matelas d’air facilement renouvelable entre elle et les appariements. Ceux-ci doivent être élevés audessus du sol d’au moins 1 mètre et le soubassement traversé de canaux voûtés. Les maisons à un étage offrent les meilleures conditions de salubrité, en réservant les pièces supérieures aux chambres à coucher. Partout où cela est possible, des pièces de fer remplaceront le bois, qui est attaqué trop aisément par les tarets et les fourmis blanches. De larges ouvertures laisseront pénétrer l’air dans tous les sens. Les fenêtres et les portes seront vitrées et devront pouvoir être fermées hermétiquement, contre le froid et le «crachin» de l’iiiver. Une cheminée est nécessaire. Des persiennes sont aussi indispensables afin de s’abriter de la réverbération, dont les effets sont si dangereux. La maison sera parfaite si elle s’élève dans un jardin, mais du côté du sud la végétation ne devra pas dépasser les soubassements, et les communs séparés seront placés à l’est, c’est-à-dire sous le vent.
On doit choisir le mobilier .et la décoration intérieure d’après certaines règles dont on ne peut guère s’écarter. Peu ou point de tentures et d’étotïes, parce qu’elles gardent l’humidité. Le lit en fer est préférable à tout autre ; le meilleur modèle est large, avec fond en lames métalliques entre-croisées, et garni d’un matelas de crin, un peu dur. Des colonnes et un châssis métalliques soutiennent la moustiquaire. Celle-ci doit être relevée durant la journée. Il ne faut Jamais manquer d’aérer. Pendant l’été, toutes les issues peuvent être laissées ouvertes, môme dans la nuit, à la condition de mettre une ceinture pour se protéger contre les courants d’air; le mieux serait évidemment de supporter une couverture.
Le costume. — 11 faut veiller attentivement aux changements de température et se vêtir en conséquence. Durant
TO.NKl.N.
les chaleurs et à l’inlérieur des maisons, on porte généralement de légers vêtements en toile mince ou en soie, de forme très ample, moresque ou blouse chinoise. Au dehors, un pantalon et un veston de toile blanche, larges, sans col ni cravate, constituent le seul vêtement pratique. Beaucoup
portent, en dessous, un simple fdet
de coton à mailles larges. On fait bien, le soir, quoique les variations thermométriques soient très faibles, de se vêtir d’une légère flanelle. Ces vêtements sont fabriqués dans le pays par des tailleurs chinois ou annamites, à des prix extrêmes de bon marché. Le costume complet en toile se paye de 4 à 6 piastres (16 à 24 francs) suivant la qualité de la toile. Le costume en flanelle coûte 12 piastres (48 francs). Les indigènes confectionnent aussi des chaussures de toile à 1 piastre (4 francs) la paire.
Pendant l’iiiver tous les vêtements d’Europe peuvent être employés.'
En été la coiffure a une importance exceptionnelle, il serait mortel de sortir sans casque au soleil, il est dangereux de demeurer au dehors à l’ombre sans cette coiffure ; la prudence conseille aussi de ne pas se découvrir dans les appartements recevant directement le jour de l’extérieur. Le casque doit être large, profond et léger, il doit reposer sur la tête sans l’opprimer. On peut en porter de différentes tailles suivant les heures du Jour. Mais de 9 heures à 4 heures, il est nécessaire de ne faire usage que d’un couvre-chef épais descendant suites épaules et abritant complètement les yeux.
Tirailleur tonkinois (tenue de route).
LES COLOMES FRANÇAISES.
L’alimentation. — Une bonne alimentation est nécessaire pour réparer la grande déperdition des forces causée par la période de chaleurs. Les aliments doivent être légers et de facile digestion.
Le Tonkin offre d’ailleurs à l’Européen des ressources alimentaires abondantes et variées. Les bœufs donnent une viande de bonne qualité, Le porc est commun, sa chair se digère assez bien. Le mouton, qui vient d’Australie ou de Chang-Haï, est encore rare et cher, mais les volailles et les œufs sont en abondance et se vendent à un prix peu élevé sur le marché d’Hanoï. Les beaux poulets coûtent 1 fr. 23 ou 1 fr. 50; on a de magnifiques chapons pour 2 francs. Les indigènes ne connaissaient pas ces prix avant l’occupation française. Le gibier d’eau et les poissons foisonnent. Les légumes seuls font quelquefois défaut pendant la saison chaude, mais de novembre à avril toutes les plantes potagères d’Europe viennent aisément. Avec de grands soins il est môme possible d’obtenir toute l’année de certaines espèces.
11 est très salutaire de se servir d’un bon vin rouge, mais il faut proscrire d’une manière absolue les liqueurs alcooliques. Les bières également, qui contiennent beaucoup d’alcool, ne doivent être absorbées qu’avec modération. Les boissons glacées, qu’il est assez facile de se procurer, ne seraient nuisibles que par l’abus qu’on en ferait.
Le lait qui constitue une ressource précieuse pour la cure des maladies intestinales, si fréquentes, fait presque complètement défaut. On est arrivé à grand’peine à en obtenir quelques litres pour les hôpitaux, dans certains centres. Il est remplacé par des conserves de lait concentré, venant d’Europe, et qu’on trouve en grande quantité au Tonkin à des prix très modérés, ainsi que toutes les autres conserves de viandes et de légumes, qui entrent pour une grande part dans le commerce européen.
Les fruits indigènes ne sont pas très variés; la banane qui pousse toute l’année, le letchi vers juin et juillet, la
tonkin;
goyave en août el septembre, la pomme-cannelle, fruit semblable à une pomme de pin, contenant une crème blanche appréciée ou dédaignée suivant les goûts, des kakis, quelques oranges et de bonnes mandarines en automne, constituent les desserts annamites. Mais aucun de ces fruits ne vaut, pour un Européen, une pêche, une poire ou un raisin d’Europe. L’ananas seul est véritablement exquis. Les indigènes mangent d’un certain nombre d’autres fruits qu’on ne voit pas figurer sur la table des Européens, tels que les papayes, d’énormes pamplemousses fades et des jaquiers, dont l’odeur est des plus désagréables.
Presque toujours l’eau est de qualité douteuse, celle de certaines rivières est malsaine. Il convient de la faire bouillir après avoir précipité, à l’aide de l’alum, les matières étrangères qu’elle tient en suspension. Une infusion légère de thé est une excellente boisson, qui peut être mélangée au vin sans en altérer le goût. ^
Les écarts de régime, les imprudences et les fatigues ont toujours, sous le climat du Tonkin, des conséquences plus graves que dans les pays tempérés et peuvent entraîner rapidement la dyssenterie et les accès pernicieux. Il faut donc être attentif aux fonctions de l’estomac et des intestins. Dans les cas d’embarras gastrique ou de simple diarrhée il ne faut pas hésiter à s’imposer la diète ou à adopter, pour quelques jours, le régime lacté. Les débuts de la dyssenterie sont souvent victorieusement combattus par le sulfate de soude qu’on absorbe par dose de 20 grammes, pour commencér, en diminuant de jour en jour, et en ajoutant au purgatif de 20 à 30 gouttes de teinture d’opium à prendre dans la même journée. La dose d’opium doit être maintenue jusqu’à cessation des accidents dyssentériques. Mais la maladie étant toujours grave, il est indispensable d’appeler le médecin chaque fois qu’on le peut.
Une instruction médicale (1) publiée au Tonkin par le
(1) Instruction médicale à l'usage des postes militaires dépourvus de médecin (Imprimerie Schueider à Hano'i, 1886). ^
service de santé militaire contient des indications très précises sur les maladies les plus fréquentes du Tonkin «t le traitement immédiat à leur appliquer. Cette publication est précieuse pour ceu.x qui sont trop éloignés des postes pourvus de médecin.
Il serait dangereux de s’obstiner à lutter contre le climat lorsque la santé générale s’en trouve affectée. Dans ce cas, le retour en France est impérieusement exigé.
Les serviteurs. — Les travaux domestiques ne peuvent être faits que par les indigènes qui sont, ainsi, indispensables à tout Européen. Les Annamites rendent dans ces emplois d’excellents services et l’on se pourvoit très aisément de cuisiniers, de serviteurs de toutes sortes capables d’être stylés comme des domestiques européens.
D’ordinaire le personnel d’une maison comprend un cuisinier, un ou deux boys pour le service des appartements et un ou deux coulis pour les gros travaux, pour le poussepousse, pour tirer le panka(l), etc... Une voiture exige l’emploi d’un domestique malais, les Annamites n’ayant aucune aptitude pour conduire les chevaux.
Dans les centres comme Hanoï ou Ilaï-Phong, où il existe de bons restaurants européens, beaucoup de personnes se contentent d’un boy. D’autres se réunissent et font table commune, organisant ainsi de petits « mess » civils que le plus expert ou chacun à tour de rôle administre pour la communauté. Dans ce dernier cas, le système le plus généralement employé est une sorte de traité à forfait avec un cuisinier annamite, auquel on alloue 1 fr. 50 à 2 francs par jour et par tête. Pour cette somme il doit fournir tout ce qui s’achète au marché annamite, viandes, volailles, poissons, graisse, quelques légumes et des fruits; tout le reste, vin, pain, conserves, etc., demeure à la charge des pensionnaires. Le salaire du cuisinier est d’ordinaire dans ces conditions de 12 piastres (48 francs) par mois. Un boy
(1) Panneau suspendu au plafond des appartements et qu’un homme met en mouvement pour agiter l’air.
TONKIN'
se paye 6 à 10 piastres; un sais malais, 15 piastres; un coolie, 4 à 6 piastres suivant qu’il est chargé du « poussepousse». Le piix d’une pension dans un restaurant est presque invariablenient de 35 piastres par mois. Le logement est d’un prix assez élevé, 10 à 15 piastres pour un logement de garçon ; une petite maison européenne se loue de 300 à 400 piastres par an. La vie ordinaire est, comme on le voit, relativement chère, mais elle serait impossible, sans ces conditions de bien-être.
La main-d’œuvre indigène. — Les Européens ne peuvent se livrer aux travaux fatigants ; les affaires, le commerce, la surveillance dans l’industrie sont les seules occupations qui leur conviennent. Les indigènes conservent le monopole des ouvrages pénibles et de la main-d’œuvre; en général la culture du sol leur est exclusivement réservée. Il n'y a pas de place au Tonkin pour l’ouvrier européen, qui ne résisterait pas au climat et qui succomberait aussi devant la concurrence des ouvriers indigènes. Ceux-ci, intelligents et adroits, se forment rapidement et répondent à tous les
I;<oo*Chtne.
besoins de Finduslrie; ils sont aptes à conduire des machines ; les chaloupes de commerce et celles de certains services du Protectorat sont très convenablement dirigées par des mécaniciens annamites. Le prix de la journée pour les ouvriers agricoles et terrassiers est de 60 à 75 centimes, et pour les ouvriers d’art il ne dépasse pas 2 francs dans les ateliers de la guerre et de la marine.
Nous devons ajouter, aussi, que le petit commerce de détail n’olîre pas en perspective de grands profits aux négociants européens, ayant à lutter contre le commerçant chinois qui se contente d’un bénéfice minime et pour lequel les frais généraux sont presque nuis, avec des conditions d’approvisionnement identiques à celles de nos nationaux.
L’émigration ne doit donc se composer que d’un étatmajor d’industriels et de commerçants rompus aux affaires et pourvus de capitaux. Ils ont devant eux un large champ d’opérations. Le Tonkin, riche en gisements miniers de toutes sortes, d’une fertilité extraordinaire, est propre à la production d’un grand nombre de matières pour l’industrie. H offre,^ar la nature de son sol merveilleux, mille richesses exploitables aux hommes d’initiative et, par sa situation géographique privilégiée, des débouchés commerciaux d’un accès facile.
Géographie commerciale. — La carte commerciale du Tonkin présente deux divisions bien distinctes, les mêmes que celles de la carte géogi'aphique ; le delta et la région montagneuse.
Le delta est presque entièrement consacré à la culture du riz. Sa production suffit, d’une manière générale, à la consommation des habitants. Les bonnes récoltes permettent d’en exporter jusqu’à 25 millions de kilogrammes, mais cerlaines aimées, au contraire, il a fallu en importer de Cochincbine et de Hong-Kong pour près de 5 millions de francs. Les Annamites excellent dans la culture de cette céréale et les rizières offrent un aspect merveilleux. Les terrains du delta donnent généralement deux récoltes par
TONKIN
an. La première a lien au cinquième mois, c’est-à-dire vers juin, et la seconde au dixième mois, en novembre. Il y a des terrains qui donnent jusqu’à trois récoltes. Le riz, semé dans des champs spéciaux, est arraché en mars et repiqué dans des rizières inondées. Le deuxième semis se fait au mois de juillet. Parmi les nombreuses variétés de riz on distingue deux familles principales : le riz sec, qui entre dans l’alimentation, et le riz gluant, avec lequel les indigènes font de l’alcool. Le prix varie souvent d’une manière assez sensible avec les saisons et suivant l’état des récoltes. En moyenne le picul de riz décortiqué se vend : celui de Haï- Duong, le plus apprécié, 3 piastres ; celui de Nam-Dinli 2 piastres 20; celui de Bac-Ninli 2 piastres 40. Le paddy, qui est le riz non décortiqué, se paye 1 piastre ou I piastre 10 en moins (1). 11 n’existe pas au Tonkin de décortiquerie mécanique. C’est là une des industries qui doivent attirer l’attention de nos colons.
Canne a sucre. — Parmi les cultures les plus importantes du delta, la canne à sucre vient en second lieu. La canne récoltée a besoin d’être beaucoup améliorée, mais, telle qu’elle se présente, elle donne lieu à une industrie assez productive et qui se développera certainement avec le perfectionnement de l’outillage industriel.
Mûrier. — Le mûrier vient bien dans les terrains un peu élevés du delta. Il est cultivé surtout dans les provinces de Son-Tay, de Nam-Dinh et de Bac-Ninb. Il existe plusieurs variétés de plantes, mais ce sont toujours des arbustes bas et de peu de durée. Les terrains du delta ne paraissent pas propres à produire le grand mûrier de la Chine et du Japon, lequel ne se prêterait pas au mode d’exploitation des Annamites par cueillettes incessantes, mais, quoi qu’il en soit, il serait possible d’améliorer les cultures existantes.
Coton. — Peu cultivé actuellement, le coton est certainement appelé à tenir une grande place sur les marchés
(I) Le cours de la piastre est de 3 fr. 8o.
du Tonkin. Sa cuUure doit attirer tout particulièrement l’attention de nos compatriotes. Il peut être planté dans la plupart des terrains du delta; c’est surtout vers la Rivière- Noire, vers Tuyen-Quan, Thaï-Nguyen, dans la province de Bac-Ninh et une partie du Bay-Saï que les plantations seraient le mieux placées.
En un an, le port de Haï-Phong a exporté 526,000 kilogrammes de coton, vendu sur place au prix moyen de 60 à 65 francs le picul (63 kil.). La plus grande partie de ce coton vient de Thanh-Hoa. Il est à souhaiter que la filature et le tissage mécaniques viennent s’implanter au Tonkin. La production actuelle pourrait alimenter 6 à 7,000 broches. C’est là une des industries sur lesquelles on doit fonder le plus d’espérances.
Ricin, maïs, légumes, fleurs, — Le ricin pousse partout et avec une vigueur remarquable. Les arachides sont rares. La culture du sésame est plus développée. Celle du maïs est un peu plus importante, mais elle n’existe que pour la consommation d’une partie de la population.
Le delta fournit aussi des plantes légumineuses en assez grande quantité, des patates de plusieurs sortes, des navets particuliers, une espèce de courge, des chicorées, des pastèques, des ananas, des épinards, des choux indigènes, du céleri, des raves de Chine, des haricots et des pois. Tous nos légumes de France viennent très bien avec un peu de soin; beaucoup de nos fleurs se sont aussi acclimatées; celles du pays sont données par des arbres ou des arbustes, comme le flamboyant, le camélia, l’oranger, un petit rosier, le grenadier, le tamarinier, le gardénia, le mauvier, l'hibiscus rouge, rose et blanc, le frangipanier dont la fleur a un parfum des plus pénétrants, et quelques autres variétés.
Aréquier. — Le delta produit encore la noix d’arec. L’aréquier est répandu dans tout le pays. Chaque famille en possède quelques arbres, mais ces plantations ne suffisent pas pour la consommation. L’importation de la noix d’arec a été de 520,000 kilogrammes représentant une valeur de
TONKIN
495,000 francs; la plus grande quantité est fournie par la Cochinchine. L’arbre à bétel est rare, ses feuilles, quand elles sont fraîches, sont d’un prix élevé.
Différents arbres fruitiers. — Quelques provinces ont aussi des cocotiers, mais c’est là une exception et les noix ne sont pas destinées à l’industrie. Le cocotier est plutôt classé parmi les arbres à fruits. Ceux-ci ne sont pas très
Annamite arrosant une rizière.
nombreux. Voici lesfprincipaux le letchi gros et petit, dont les fruits sont très savoureux et abondants ; le goyavier très répandu, l’anona squamosa, qui donne un fruit appelé pomme-cannelle, semblable à une pomme de pin et contenant une crème blanche d’un goût discuté; le manguier, assez rare et ne portant que des fruits médiocres; le pamplemoussier; plusieurs variétés d’orangers; le mandarinier ; le figuier d’Inde; un prunier sauvage produisant de petites prunes amères; le grenadier, qui produit peu; le carambo-
lier assez rare; le plaquerainier caki; le jacquier et le papayer. Il faut aussi placer ici le bananier dont il existe des variétés nombreuses et en grande quantité. Certaines bananes, très grosses, sont plutôt, à vrai dire, un légume pour les indigènes, tandis que d’autres, courtes et à la peau d’un beau jaune, constituent un dessert estimé. Tous les arbres fruitiers d’Europe dont on a tenté l’acclimatement ont poussé avec vigueur, mais il ne faut pas fonder un grand espoir sur leurs productions : jusqu’à présent ces fruits ne sont pas venus à maturité ou ont été d’une qualité médiocre.
Le bambou. — Enfin sur toute l’étendue du delta, poussent de superbes bambous qui font d’épaisses clôtures aux demeures particulières. Les tiges servent à des usages divers. Le bambou s'élance d’une souche souterraine, par jets d’autant plus gros que la racine est plus ancienne. Son diamètre n’augmente pas, la tige se développe en hauteur seulement. On voit, au printemps, de larges pousses, ayant parfois plus de 20 centimètres de diamètre, percer la terre et s’élever à vue d’œil. En quelques semaines elles atteignent toute leur hauteur (plus de 30 mètres pour certaines grandes espèces). La tige, d’abord extrêmement fragile, devient résistante, présentant des nœuds régulièrement espacés d’où partent des rameaux feuillus.
La région montagneuse. — La région montagneuse, dans les parties qui ne sont pas couvertes par les forêts, produit du thé, qui est inférieur à celui delà Chine, mais dont la qualité serait relevée par une meilleure préparation. Le meilleur vient de la région de Lao-Kay. L’indigo croît en petite quantité du côté de la Rivière-Noire. Le cunao est récolté dans les forêts. C’est un tubercule qui donne une teinture brune très employée par les Annamites. Cette plante, qui vaut environ 3 piastres lepicul, figure à l’exportation pour 714,770 francs.
Le tabac. — Le tabac vient bien dans les provinces de Son-Tay, de Hung-lloa et de Tuyen-Quan; il est d’assez
TONKIN
bonne qualité. Ces mêmes provinces possèdent l’arbre à laque et le cay-gio, dont l’écorce sert à fabriquer le papier. La région de Lang-Son est cultivée en coton et en mais. Les collines sont aussi couvertes de l’arl)re à badiane. La badiane ou anis étoilé donne une essence recherchée pour la parfumerie. Elle est exploitée par une maison de commerce française, qui en est fermière, et vaut environ 330 piastres le picul, soit 20 francs environ le kilogramme. Cette exploitation toute récente a fourni, à l’origine, 4,447 kilogrammes d’huile, qui ont été exportés en France.
Café. — Des essais de culture du caféier, tentés sur plusieurs points, notamment à Ké-So, chez les missionnaires, et sur les pentes du mont Bavi, ont donné d’excellents résultats. Les essais de culture du quinquina n’ont pas aussi bien réussi.
Forêts. — • Les forêts, qui occupent une superficie considérable, renferment une grande variété d’essences de bois, mais elles sont diflicilement accessibles et n’ont guère été exploitées que dans les parties qui avoisinent les fleuves.
Aussi le plus souvent les bois de construction sont-ils importés d’Annam, et il en sera forcément ainsi tant que des voies de communication ne permettront pas d’atteindre aisément aux endroits où sont les essences les plus utiles.
Mines. — La région des montagnes est riche en mines de toutes sortes. On trouve de l’or dans toutes ses provinces et de l’argent dans celles de Thaï-Nguyen et de Tuyen- Quan. Les minerais ne sont pas à la vérité d’une grande richesse.
Des mines de cuivre étaient exploitées dans les provinces de Tuyen-Quan et de Son-Tay. Celles-ci semblent prospérer beaucoup.
Lang-Son, Thaï-Nguyen et Cao-Bang possèdent du fer. On fabrique, dans cette dernière province, des fontes d’une qualité exceptionnelle. Le gouvernement annamite avait autrefois affermé toutes ces mines pour de faibles redevances que les Chinois adjudicataires négligeaient le plus
souvent d’acquitter. Les territoires sur lesquels elles se trouvent ont été à peine explorés. On ne connail pas les ressources qui peuvent y être renfermées.
Des gisemenls de fer ont été reconnus dernièrement dans la province de Quang-Yen. Ils paraissent devoir fixer l’attention de nos industriels, en raison surtout de leur proximité avec les mines de charbon de Hon-Oay. L’exploitation de celles-ci est, en effet, entrée dans le domaine pratique. Deux compagnies concessionnaires ont commencé leurs travaux, l’une à Hon-Gay et l’autre dans l’ile de Ké-Rao. On peut espérer, d’après les échantillons extraits jusqu’à présent, que le charbon du Tonkin égalera en qualité le cardiff ou tout au moins le charbon du Japon.
Animaux. — l.e delta n’est pas un pays d’élevage, — les pâturages y font totalement défaut; il nourrit à peine le nombre d’animaux indispensables à l’agriculture, beaucoup (le ce bétail d’ailleurs vient de Thanh-lloa et de la région des plateaux de l’Est.
Presque tous les chevaux proviennent de l’Annam et quelques-uns des provinces de Thaï-Nguyen, de Tuyen-Quan et Cao-Rang. Le cheval annamite est excellent, et malgré sa petite taille (1™,25 au maximum), il fait un bon service comme cheval de selle; très vigoureux et très sobre, il n'exige que peu de soins, un peu d’herbe coupée sur les talus des rizières, quelques poignées de paddy lui suffisent. C’est la seule race (]ui puisse résister au Tonkin. Les chevaux d’Europe et ceux d’Afrique dépérissent rapidement. Le cheval tartare s’acclimate assez bien, il a un peu plus de taille que le cheval annamite, mais il lui est bien inférieur pour Tardeur et pour l’élégance des formes.
Les bœufs sont de très petite taille, ils viennent en grande partie de la région montagneuse. Les vaches ne fournissent presque pas de lait et les Annamites n’en font d’ailleurs pas usage. Les essais, tentés pour augmenter la production d'une substance aussi utile aux Européens dans ce pays, n’ont donné que des résultats médiocres. Ce n’est qu’à
CARTE TÉLÉGRAPHIQUE DE l’ I N D 0-C H I N E .
410 LES COLOMES FRANÇAISES.
grand’peine qu’on a pu obtenir quelques litres de lait pour les hôpitaux.
Les buffles sont par excellence les animaux de labour de la rizière, ils vivent dans la vase. Leur élevage est plus répandu dans le delta que celui du bœuf. Ils sont grands et forts, nn peu farouches, ils s’habituent difficilement à la vue des Européens.
Dans les villages tonkinois les porcs pullulent; ils sont d’une race petite, à pattes très courtes et à peau noire. Il en est exporté une très grande quantité sur Hong-Kong.
Tl existe une espèce de chèvre, petite, qu’on élève surtout dans la partie montagneuse. Le mouton n’est connu au Tonkin que depuis notre occupation. Il n’est importé que pour la consommation européenne. Son élevage réussirait sans doute sur les plateaux du Nord ou sur les c.ollines qui bordent la mer dans la province de Quang-Yen.
Les ponles, canards, oies* pigeons, etc., toute la volaille en général se trouve à foison an Tonkin. Il existe de nombreuses espèces de poules et de canards. Les oies sont plus rares, les dindons foni exception dans les villages.
En fait d’animaux sauvages, le delta ne possède que des oiseaux. Les plaines presque toujours inondées ne peuvent donner asile aux quadrupèdes. Mais les canards et les oies sauvages, les bécassines, les poules d’eau, abondent. On voit aussi des cailles à cerl aines époques. Les étangs et les bords des cours d’eau sont couverts d’une quantité d’oiseaux pêcheurs, des hérons, de magnilii{ues grues cendrées, de grands marabouts, des pélicans, des aigrettes d’un blanc éclatant, des crabiers de plusieurs espèces, des martins-pêcheurs, semblables à ceux d’Europe et d’autres beaucoup plus gros. 11 y a aussi des tourterelles, des pigeons verts, des corbeaux, des pies, des merles, des geais et des moineaux. Sur les collines qui entourent les rizières, on rencontre des perdrix et des bécasses; dans les forêts, des paons, des coqs sauvages et des faisans, des perroquets, des singes de plusieurs tailles, des cerfs, des chevreuils et
TOMvlN,
des daims; de petits ours, des sangliers, des bœufs sauvages et aussi des pantlières et fies tigres, et quelques éléphants au delà de Ïuyen-Quau et dans les forêts comprises entre le fleuve Rouge et le Laos.
f.es reptiles dangereux sont relativement peu nombreux, mais en revanche il existe une infinité de couleuvres, de lézards, d’insectes et de rongeurs inolîensifs, avec lesquels il faut s’habituer à vivre.
Les rivières renferment d’innombrables variétés de poissons. On trouve des tortues dans la Rivière-Claire.
Industrie. Soie. — Parmi les industries indigènes, celle de la soie vient en premièi'e ligne. Elle est répandue dans tout le Tonkin, mais plus particulièrement dans les provinces de Nam-Dinli, de Hanoï et de Son-Tay. Les tîleuses annamites sont très habiles, avec un outillage fort imparfait elles parviennent à produire un fil suffisamment régulier. L’étoffe est fabriquée avec la soie écrue par pièces de 20 mesures annamites, environ 7“,40. La largeur est ordinairement de 37 ou 38 centimètres, cependant quelques pièces vont jusqu’à 70 centimètres.
Les métiers sont à peu près semblables à ceux de nos anciens tisserands. 11 en existe de deux sortes, l’une pour la fabrication de l’étoffe unie et l’autre pour les tissus comportant un dessin, une disposition particulière dans le tissage. L’étoffe est presque toujours vendue écrue, l’acheteur lui-même la fait décreuser et teindre à son goût. Ces pièces de 20 mètres annamites valent de 8 à 9 francs sur le marché de Haï-Phong.
Il est difficile d’apprécier la quantité de soie employée dans le pays, mais on peut admettre aisément que plus d’un tiers de la population s’habille avec ces étoiles. L’exportation en prend encore cependant pour une valeur considérable ; plus de 500,000 francs en étoffes, plus de 2 millions de soie grège, 230,000 francs de soie filée, 600,000 francs de soie redévidée et 85,000 francs de déchets.
Étoffes. — Les étoffes de coton sont fabriquées en très
grande proportion dans le pays. Les statistiques de la douane accusent une diminution très sensible dans l’importation et dans l’exportation du coton indigène.. Il faut en conclure que les Annamites trouvent plus avantageux de fabriquer eux-mêmes les étoffes de coton dont ils ont besoin.
Ceci est la conséquence de l’application du tarif général à ces deux articles, les plus importants du commerce d’importation qui, de 6 millions pour les filés, est tombé audessous de 5 millions, et pour les cotonnades s’est abaissé de 3 millions àl,f^00,000 francs. Dans ce dernier chiffre la France et ses colonies entrent pour 107,000 francs. Les filés viennent tous de Bombay et de Manchester.
Sucre. — L’industrie du sucre est assez développée, et bien que les procédés de fabrication indigènes soient des plus primitifs, elle donne encore pour plus de 300,000 francs de produits à l’exportation. Certainement, des industriels européens, apportant un bon outillage, pourraient encore beaucoup faire dans la production de cette industrie.
Papier. — Assez curieuse est la fabrication du papier. Avec l’écorce d’un arbre qui pousse dans les provinces du nord-est, on fait une pâle qui est ensuite délayée dans une cuve avec de l’eau et une certaine colle. Puis au moyen d'un tamis passé dans le liquide, on ramène une couche mince de matières en suspension, qui forme en séchant une feuille de papier. Ce papier est filamenteux, souple et assez résistant. Cette industrie existe surtout aux portes de Hanoï, dans un village généralement désigné sous le nom de village de papier.
Huiles. — Les Annamites fabriquent en assez grande quantité des huiles de sésame, d’arachides, de ricin et d’huile à laquer. Le moyen d’extraction est encore très rudimentaire. Il consiste simplement dans une presse composée d’un tronc d'arbre creux, où la graine est écrasée par une pièce de bois enfoncée à coups de maillet. Les huiles de ricin et de .sésame sont consommées dans le pays.
TONKL\.
une partie de l’huile d’arachide, environ pour 260,000 francs, est livrée à l’exportation ainsi que de l’huile à laquer représentant une valeur de 230,000 francs.
Il a été exporté aussi pour 42,000 francs de gomme laque. Celle-ci est d’une excellente qualité.
Les Annamites font un grand usage de la laque. Ils l’appliquent sur les objets de bois dans un but de préservation
et de décoration. A ce dernier point de vue ils sont très inférieurs aux Chinois et aux Japonais. Le côté artistique de cette industrie a été assez négligé, mais il pourrait certainement être beaucoup développé.
Le Tonkin produit une certaine quantité d’alcool de riz fabriqué un peu partout par les particuliers. L’importation de l’alcool chinois s’élève à 23,000 francs par an. L’établissement de distilleries européennes réussirait certainement fort bien.
On fabrique de la chaux dans plusieurs régions, et notamment aux environs d’Hanoï. Cette ville possède une rue spécialement alFectée au commerce de cette matière, dont elle porte d’ailleurs le nom. Des fours à chaux et une fabrique de ciments ont été établis par des Français sur le bord de la mer à llon-Gay, leur tentative a donné les meilleurs résultats.
Poteries. — Dans certaines localités les indigènes confectionnent des poteries excellentes. Les plus renommées sont celles de Tho-Ha dans la province de Bac-.Ninh. Certaines jarres sont remarquables par leurs énormes proportions. Les briqueteries sont assez nombreuses. Celles de Ba-Tang, sur le fleuve Rouge tout près de Hanoï fournissent des carreaux d’une dureté exceptionnelle. Les Annamites travaillent assez habilement le fer, et surtout le cuivre. Avec des moyens primilifs ils fabriquent très convenablement toutes sortes d’ustensiles et des pièces d’ornement qui ont assez bonne tournure, entre autres des vases, des brûleparfums et des gongs sonores. Ils fondent aussi divers objets de bronze. On trouve dans certaines pagodes des cloches presque cylindriques, d’un son très pur et qui sont ornementées avec un goût original.
. Les menuisiers et les charpentiers sont un peu inférieurs. Assurément, s’ils étaient dirigés par des contre-maîtres européens, fils atteindraient bientôt à la perfection. Les sculpteurs fouillent le bois avec art. Les panneaux décoratifs de quelques pagodes sont réellement très beaux.
Nous ne mentionnerons ici que pour mémoire les petites industries telles que l’incrustation, la broderie et les petits métiers dont il a été parlé ailleurs, dans la description des rues de Hanoï et de Nam-Dinh.
Importations. — Exportations. — Chiffres. — Les dernières statistiques du service des douanes estiment à 38,368,000 francs la valeur des marchandises importées au Tonkin, accusant une augmentation de près de 10 millions sur les importations de 1880 et de 17 millions sur celles
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de 1885. lîn 1883 et 1884 elles n’avaient pas dépassé 10 millions.
Dans ces 38 millions les produits de la France ou de ses colonies entrent pour près de 9 millions, 2 millions de plus que l’année précédente. Les trois quarts de ces marchandises sout entrés par le port de Haï-Phong, qui a reçu, dans l’année, 418 navires ou grandes jonques se divisant, par nationalités, de la manière suivante : français 58; anglais 42; allemands 3*2; danois 50; américain 1; hollandais 1; Norvégiens 2; jonques chinoises et annamites, 212. Les vapeurs de l’État et les navires affrétés pour le transport des ti'oupes ne sont pas compris dans ce dénombrement.
A Hanoï le chiffre des importations a décuplé en un an. Il est monté de 130,000 à 1,400,000. Cet accroissement provient de l’importance des transactions par la frontière du Yun-Nan à Lao-Kay.
En outre des marchandises qui ont été énumérées au cours de ce chapitre, les principaux produits d’importation sont :
Les allumettes (pour 450,000 francs) venant principalement du Japon et vendues à Haï-Phong 18 à 19 piastres la caisse de 50 grosses ;
Les conserves alimentaires (pour plus d’un million). La France en fournit pour environ 500,000 francs;
Le lait concentré (pour 130,000 francs), venant d’Angleterre ou de Suisse, valant de 7 piastres 50 à 8 piastres la caisse ; le lait frais de Normandie se vend à Haï-Phong 16 piastres 50 la caisse de 100 boîtes de 1 demi-kilo;
La farine (pour 840,000 francs) qui est expédiée d’Amélique ou d’Australie;
Les vins (pour 2,300,000 francs) provenant exclusivement de France; les vins ordinaires de table valent à Haï-Phong de 33 piastres à 40 piastres la barrique, et les vins supérieurs depuis 45 piastres jusqu’à 70 piastres la barrique;
Les liqueurs (pour 530,000 fr.) presque exclusivement françaises ;
La bière (pour 230,000 fr.), dont moitié porte la marque française et vaut G piastres par caisse de 25 bouteilles ou 50 demi-bouteilles;
La bimbeloterie (pour 151,000 fr.); l’importation de ces marchandises a subi un abaissement de près de 450,000 francs par suite de la diminution des effectifs du corps expéditionnaire et des approvisionnements considérables des années précédentes ;
Le tabac à fumer (pour 179,000 fr.), avec un abaissement de 400,000 francs sur les quantités importées antérieurement; les tabacs étrangers valent de 48 piastres à 90 piastres les 100 kilos, le scaferlati ordinaire de 190 piastres à 200 piastres et le scaferlati supérieur de 260 piastres à 285 piastres les 100 kilos ;
Le sucre européen (pour 110,000 fr.), cassé et en boîtes valant de 27 piastres à 30 piastres les 100 kilos, ou le sucre en pains valant de 22 piastres à 24 piastres les 100 kilos;
Les huiles comestibles (pour 100,000 fr.), toutes françaises, vendues à Haï-Phong 10 piastres la caisse ;
Les eaux minérales (pour 67,000 fr.), Saint-Galmier, de 7 piastres à 8 piastres les 60 bouteilles ;
La quincaillerie (pour 600,000 francs) venant de France en grande partie ;
Le fer en barres (pour 120,000 francs) fourni également par la France et valant 5 piastres 50 à 7 piastres les 100 kilos ;
Le cuivre du .Japon (pour 180,000 fr.);
L’acier (pour 113,000 fr.) envoyé par la France.
Les importations de la Chine par les frontières de terre, par Lao-Kay pour le Yun-Nan et pour Mon-Cay pour la province de Canton, ont atteint près de 1,300,000 francs. Elles étaient de 220,000 en 1886. Elles portent principalement sur la cire végétale, le cunao, les écorces tinctoriales, l’étain, les médecines chinoises, le thé qui entre au Tonkin pour une somme totale de 1,230,000 francs dont 346,000 venant du Yun-Nan, et enfin l’opium, brut et préparé, pour 800,000 fr. Celte quantité représente le tiers de l'opium consommé au
TONKIX.
Tonkin. L’Inde fournit les deux autres tiers. L’opium chinois vaut à Haï-Phong 19 piastres la boule de 40 taëls, soit l,o04 grammes; celui de Benarès 3o francs la boule de 100 taëls, soit 3,760 grammes.
.Monnaie. — L’unité monétaire des indigènes est la ligature de zinc, formée par la réunion de 000 pièces ou sapèques. Elle se subdivise en dix parties appelées « tien », de
Porteurs d'huite.
60 sapèques chacun. La monnaie effective des Européens, celle qui est répandue dans tout l’Extrême-Orient, est la piastre mexicaine pesant 25 grammes.
On a frappé une certaine quantité de piastres françaises, dites piastres de commerce, pour l’Indo-Chine. Ces piastres ont cours dans nos possessions seules. On a créé aussi une monnaie divisionnaire correspondant aux divisions de la pièce de 3 francs et une monnaie debillon appelée « cent ». Cent pièces de cette dernière font une piastre.
Indo-Chi.ne. 27
LKS COLONIES FRANÇAISES.
Banque de l’Indo-Chi.ne. — La Banque de l’Indo-Chine dont le siège est à Saigon, privilégiée par décret du 2i janvier 1875, a émis des billets de banque de 5 piastres, de 20 piastres, de 100 piastres et de 1000 piastres, qui ont cours en Indo-Chine et sont acceptés par les banques étrangères de l’Extrême-Orient moyennant un faible change. Les indigènes commencent à accepter ce papier.
Par rapport à la piastre la valeur de la ligature n’est pas fixe, son cours varie suivant la situation des marchés. La piastre a valu jusqu’à 8 ligatures, elle oscille plus généralement entre 5 et 6 ligatures. La valeur de la piastre par rapport au franc est également variable. Dans nos possessions le change du Trésor est fixé officiellement par arrêté du gouverneur général en suivant d’aussi près que possible le change commercial. Le cours de la piastre qui a dépassé 6 francs il y a quelques années varie actuellement entre 3 fr. 80 et 4 francs.
La Banque de l’Indo-Chine qui a établi deux succursales au Tonkin, à Hanoï et à Haï-Phong, facilite beaucoup les transactions des commerçants avec la France et l’étranger par l’achat et la vente de traites sur l’Europe, la Chine, l’Inde, l’Amérique et l’Australie. Elle délivre des lettres de crédit, encaisse et recouvre, reçoit les dépôts et fait des avances en compte courant, sur marchandises, sur xvarrants et sur titres.
Mesures, poids. — Dans les relations du commerce avec tes indigènes les principales mesures en usage sont ;
Pour les longueurs le « Thuoc moc >> qui équivaut à 0™,424 ; — la mesure des étoffes est d’ordinaire de 0™,37.
Pour les poids : le picul, qui doit représenter le poids de 42 ligatures de zinc et correspond à 63^C750, mais qui en réalité varie suivant qu’il s’applique aux céréales ou aux matières lourdes ; le poids adopté par les Européens est de 60^,400;
Le « can » de 604 grammes;
Le « taël » qui pèse 375"-, 750.
TOXRIiV.
[.es mesures de capacilé sont :
Le « hoc » qui contient 76‘,22;
Le « vuong » la moitié du hoc, 38', 113 ;
Le « thaug » qui équivaut à 2', 932 ;
Le « bat » l',270, qui représenle la ration de riz pour un homme par jour.
Les mesures de surfaces sont :
Le « mau » qui représente 62’'‘,2o ;
Le « sao » ou 6“’, 22 ;
Le « Ihuoc » 15;
Le «tac», dixième partie du thuoc, 4'0“'',lo et le «phan», dixième partie du tac.
La mesure des itinéraires est le « ly », qui est de 444"*, 44.
Population. — D’après le dernier recensement la population européenne civile est de 1130 individus, se décomposant de la façon suivante : 510 à Haï-Phong, 411 hommes et 99 femmes dont 456 de nationalité française ; 439 à Hanoï, 352 hommes et 87 femmes dont 401 d’origine française; le reste de la population se répartit par petits groupes dans toutes les provinces. Les missions catholiques apportent dans ce dénombrement un contingent de 52 prêtres dont 41 Français et 11 Espagnols. Un évêque français dirige la mission du Tonkin occidental dont le siège est à Ké-So (Ké- Cheu). Un évêque espagnol est le vicaire apostolique du Tonkin oriental; Bac-Ninh est le siège de cette mission.
Les immigrants chinois, dont le recensement ne saurait être fait d’une manière bien rigoureuse, peuvent représenter une population de lOOOt) âmes. Les colonies les plus nombreuses sont ; celle de Haï-Phong, qui est d’environ 5000 Chinois, celles de Hanoï, de Lang-Son et de Nam-Dinh avec 800 ou 900 individus chacune.
Avenir du Tonkin. — En résumé, le Tonkin est un immense territoire de 90,000 kilomètres carrés, aux portes de l’empire chinois, couvert de terres fertiles et peuplé d’au moins 9 millions d’habitants. La population est intelligente, laborieuse, elle aime la tranquillité. Voilà le pays qui a été
ouvert par nos armes et dont il faut achever la conquête sur le terrain commercial. Cette dernière est déjà commencée et les elforts tentés ne sont pas stériles, puisque le mouvement d’affaires qui s’est développé pendant ces dernières aimées a dépassé le chiffre de 48 millions de francs en 1887. Cependant le pays était épuisé par la guerre, mais le sol est si riche et la population si active qu’il suffira d’une ou deux années de tranquillité et de honnes récoltes pour qu’il devienne tout à fait prospère. Sans trop préjuger de l’avenir, on peut espérer une extension rapide du commerce. Toutefois il est nécessaire pour cela que nos compatriotes se gardent de certaines erreurs, qui les conduiraient à des échecs inévitables.
Il a été dit déjà, ce que l’expérience de quelques années a démontré, que le fh'ançais ne doit pas venir au Tonkin pour cultiver lui-même la terre. Le climat ne lui permet pas de se livrer à des travaux pénibles. Il peut s’occuper d’exploitations en dii'igeant les ouvriers indigènes, et mieux encore, d’industries agricoles, en intéressant l’indigène à développer et améliorer la culture de certains produits. Il a devant lui le coton, le café, le sucre, le riz, pour sa manipulation et ses transformations, la soie et enfin les bois.
Il y a beaucoup à faire au Tonkin pour le colon capitaliste et industriel; rien pour le colon ouvrier. Celui-ci, en outre du danger qu'il y a pour l’Européen de se livrer à un travail fatigant, aurait en face de lui l’ouvrier indigène dont la main-d'œuvre est infiniment moins chère, et qui, très habile et très industrieux, peut suffire aux besoins de toutes les industries européennes. Ce qu’il faut, ce sont des contremaîlres pour former et diriger les ouvriers du pays.
Au point de vue commercial il y a place pour le commerçant européen. Beaucoup de produits français pourront trouver un écoulement au Tonkin qui doit surtout nous mettre en relations avec la Chine par ses provinces du Sud. Sur ce terrain nos négociants rencontreront la concurrence étrangère ; mais à ce point de vue la protection qui est donnée aux
TONKIX.
produits français assure à nos nationaux l’avantage dans la lutte. Toutefois pour l’emporter d’une manière certaine, il faut qu’ils se pénètrent bien de la nécessité de modifier, d’une part leur fabrication, de l’autre leurs procédés commerciaux. Ils ne feront accepter leurs marchandises par les Annamites et les Chinois qu’en les adaptant aux habitudes et aux besoins du pays. Il faut donc que des agents étudient sur place les conditions à remplir et que les industriels n’hésitent pas à fabriquer sur les indications qu’ils recevront.
Il faut encore, en second lieu, à l’e.vemple des Anglais dans tout l’Extrême-Orient, créer au Tonkin d’importantes maisons, des dépôts abondamment pourvus de marchandises de toutes sortes. C’est là que le détaillant indigène ou chinois viendra s’approvisionner. L’Asiatique seul, par sa facilité à correspondre et à pénétrer dans le pays, peut entreprendre le commerce de détail. Jusqu’à présent le mouvement d’affaires concernant les importations d’Europe a surtout porté sur les objets de consommation et autres à l’usage des Européens. Ce trafic ne peut avoir qu'un champ limité, puisqu’il est soumis directement aux variations des effectifs du corps d’occupation. Les dernières statistiques ont constaté un abaissement considérable dans les importations de cette nature. Le rapatriement des troupes et les approvisionnements antérieurs ont amené une certaine gêne de ce côté. Il est indispensable que les négociants qui se livrent à ce commerce, devenus trop nombreux, portent leurs efforts ailleurs. Déjà la presse locale a signalé ce danger en indiquant qu’il y avait une autre voie plus large à suivre.
En syndicat industriel s’est formé récemment en vue de fournir à Tlndo-Chine des variétés de tissus français préparés spécialement pour le pays. Que nos commerçants imitent cet exemple, que les maisons de commerce françaises se réunissent par groupes, qu’elles choisissent pour les représenter des agents honnêtes et intelligents, qui viendront au Tonkin fonder des comptoirs bien approvisionnés de marchandises, dans lesquels les marchands chi-
LES COLONIES FBANÇAISES.
nois et annamites, qui n’achètent pas sans voir, viendront puiser à mesure de leurs besoins.
C’est là le secret de la force de nos rivaux de Singapour et de Hong-Kong. Adoptons donc cette organisation dont les résultats sont certains, et le Tonkin, dont nous n’hésitons pas à affirmer l’avenir, justifiera tous les sacrifices que sa conquête a imposés.
Petit dévidoir à soie.
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