INDO-CHINE
Productions végétales et animales.
Abaca. — Notre Indo-Chine paraît appelée à fournir cette précieuse fibre, si employée pour la fabrication des câbles et cordages sous le nom de chanvre de Manille et dont les Philippines sem-
blaient détenir le monopole. La culture de l'abaca sera facile et rémunératrice au Tonkin et encore mieux en Annam.
Albumine. — Une importante usine, à Nam-Dinh, en produit de grandes quantités ; on y emploie comme matière première les œufs de cane.
INDO-CHIXE
Arachides. — L'Indo-Chine en produit fort peu, mais pourra en fournir de grandes quantités quand on le voudra.
Badiane. — Ce fruit du badanier — arbre qui abonde dans la région de Lang-Son (Tonkin) — fournit une essence très odorante. Les Chinois en achetaient naguère toute la récolte, au'ils distillaient; depuis, la culture du badanier a été un peu délaissée; toutefois, en 1900, l'importation de l'essence de badiane à destination de la France s'est élevée à 682 000 francs.
Café. — En Indo-Chine, les plantations contiennent environ un million de pieds de caféiers, produisant à peu près 80 000 kilogrammes. L'Aonam, avec son climat très uniformément chaud, parait présenter de beaux échantillons pour cette culture peu encouragée par la crise sévissant sur le commerce du café dans le monde entier.
Caoutchoac. — Les forêts de l'Indo- Chine renferment des lianes à caoutchouc en abondance. L'exploitation s'est extraordinairement développée, surtout en Ânnam, depuis 1898 ; elle était alors infime; en 1899, elle se chiffrait encore à la faible valeur de 156642 francs; mais, en 1900, elle est passée subitement à 1850 861 francs. Le ly Capus pense qu'en employant les procédés pratiqués par les Allemands an Cameroun, on pourra cultiver les lianes indigènes de l'Annam et du Laos, n préconise aussi l'introduction des arbres à caoutchouc brésiliens. Plusieurs plantations ont été créées.
Céréales. — Le maïs réussit bien.
Coprah. — Cette amande de la noix de coco, dont on retire de l'huile, nous a été longtemps fournie par les Philippines et les Indes anglaises. Nos colonies, en particulier llndo-Chine, commencent à nous en ven<ire.
Coton. — L'Indo-Chine, qui exporte environ 2 millions do francs do coton par an, est appelée à devenir l'un des grands
f»ays proaucteurs du précieux textile ; e 'sol, plus particulièrement au Cambodge et en Ânnam, so prête très bien à cette culture, qui pourra être grandement améliorée quand elle sera dirigée par des Européens employant des métayers indigènes. Enfin le Japon et la Chine lui offrent de larcres débouchés, l'un pour le coton brut, l'autre pour les filés et cotonnades. La grande industrie cotonniëre a chance de prospérer notamment au Tonkin. qui, outre le coton, possède du charbon et une maind'œuvre habile, docile et peu coûteuse.
Tandis que le Tonkin et sa dépendance économique, le Yun-Nan, absorbent par
an environ lO millions de francs de filés provenant de l'Inde anglaise, l'importation des filés français, malgré une protection en leur faveur de 23 pour 100, est à peu près nulle.
Élevage (ProduiU de 1'). — Outre le buffle employé pour les labours des rizières, rindo-Chine possède en grand nombre des bœufs ou zébus de la même race que ceux de l'Inde ; ces animaux ont malheureusement été décimés par la peste bovine, surtout en Annam et au Tonkin. Dans cette dernière colonie, l'élevage du mouton paraît devoir réussir dans les régions mamelonnées.
Dans toute l'Indo-Chine abondent les
fporcs, qui fournissent aux indigènes eur alimentation préférée. Enfin le Tonkin a une race de petits chevaux vigoureux. Des personnes compétentes voient, pour nos colons du Tonkin, un ffrand avenir dans l'élevage des bœufs, des vaches, des buffles, des porcs, des moutons et même des chevaux. Les bœufs et buffles, les porcs, trouvent déjà de larges débouchés non seulement en Indo-Chine, mais en Chine, A Hong-Kong et Singapour. C'est ainsi que pour l'Annam l'exportation des bœufs est passée de 14 870 francs en 1899 à 133 876 francs en 1900 ; durant la même année, l'augmentation des envois de porcs à Singapour s'est chiffrée à 585 000 francs. Quant aux expéditions de peaux brutes, elles ont été, en 1900, de 1 129 188 francs, et celles de peaux préparées, exportées de Cochinchine sur Hong-Kong, de 133 000 francs.
Epiées. — L'Indo-Chine produit principalement le poivre, dont la culture n'exige pas de capitaux très considérables et donne de neaux bénéfices. Les deux grands centres de production sont, en Cochinchine, & Bien-Hoa et à Ha- Tien ; cette épice est aussi fournie en importantes quantités par le Cambodge.
La Cochinchine et le Cambodge sont
Sresque parvenus à suftîre aux oesoins u marcné métropolitain. En 1900, les exportations à destination de la France se sont encore accrues de 887 000 fr.
Toutefois la culture du poivre en Indo- Chine ne saurait être développée indéfiniment, ce produit de la colonie, ne trouvant pas dans les antres pa^s l'avantage que lui offre le tarif douanier français, aurait de la peine à concurrencer les poivres d'autres provenances qui, souvent, sont de qualité supérieure et d'un prix presque toujours inférieur. L'Annam produit la cannelle, dont U exporte par an environ 300 000 kilogrammes, surtout à destination de Uong- Kong, qui, fait singulier, réexporte cette
PRINCIPALES PRODUCTIONS
épice en France. Le Laos fournit aussi de la cannelle qui est écoulée au Siam.
Forêts (Produits des). — L'Indo- Chino, notamment le Tonkin dans la réf^ion de la rivière Claire, renferme de belles forèis, qui demeurent inexploitées ; une société française a cependant commencé à exporter en France par voiliers des bois d'ébénisterie de l'Annam. Nos colonies indo-chinoises trouveront un très large débouché dans la Chine, qui se déboise de plus en plus. Le Laos possède du teck, bois recherché ; mais la difriculté des transports, le Mékong étant coupé de rapides, en a rendu jusqu'ici l'exploitation impossible. Parmi les autres essences précieuses de rindo-Chino, il faut noter les arbres fournissant l'huile à laquer, dont le Tonkin exporte, presque entièrement à destination de Hong-Kong, de 500 ooo à 600 000 kilogrammes par an ; la culture rationnelle des arbres à laque n'a pas encore été entreprise par des Européens; L'exportation des bois à porteur façonnés et que le Tonkin envoie à Hong- Kong a augmenté de 200 000 francs en 1900.
Gomme-laque. — Les envois au dehors sont importants ; ceux à destination de la France ont passé de 54 200 francs en 1899 à 292 600 francs en 1900.
Gutta-percha. — L'Indo-Chine est sans doute appelée à nous fournir ce rare et coûteux produit, que la France tire à grands frais des colonies étrangères. Si les conclusions définitives de l'administration métropolitaine des postes et télégraphes sur les propriétés électriques do la gutta rectifiée du dichopsis krantziana sont favorables, on peut espérer pour l'Indo-Chine la naissance d'une industrie nouvelle.
Indigo. — Si la découverte de l'indigo dit synthétique, n'avilit pas trop les prix, la culture de l'indigotier sera à encourager dans nos colonies, la France en consommant par an pour 16 millions de francs provenant des possessions anglaises. L'Indo-Chine a déjà une production de plus de 700 000 kilogrammes.
Jute. — La France est tributaire de l'Inde anglaise pour les achats de ce textile, dont la culture serait une source de richesse pour notre Indo-Chine. On a introduit au Tonkin des graines de jute du Bengale.
Légumes. — Au Tonkin, pendant plusieurs mois, les légumes viennent admirablement; mais, durant le reste de l'année, la population européenne consomme des conserves d'Europe; il y aurait donc de beaux bénéfices à réaliser eu étendant la culture des lé-
gumes et en fabriquant sur place des conserves.
Manioc. — Forme le fond de l'alimentation indigène. Des féculeries pourraient être organisées pour la fabrication du tapioca.
Nattes. — Cette industrie est prospère dans notre Indo-Chine, ainsi que celle des rotins et bambous (l'exportation de ces derniers sur Hong-Kong s'est accrue de 176 000 francs en 1900). Le Tonkin et la Cochinchine envoient au dehors pour une valeur de 800 000 à 1 million de francs de nattes.
Pavot à opium. — Vient très bien.
Pêche (Produits de la). — Notre Indo- Chine a des rivages très poissonneux.
La Cochinchine exporte des poissons salés pour plus de 6 millions de francs; le Tonkin pour environ 1 million et l'Annam pour 100 00 francs.
Ramie. — Cette culture paraît avoir un grand avenir en Indo-Chine, car le renchérissement des fibres textiles et particulièrement du lin appelle, assuret-on, de nouveau l'attention de nos industriels sur la fibre longtemps dédaignée de la ramie.
Ricin. — Sa culture serait susceptible de réussir en Indo-Chine.
Riz. — C'est la grande richesse de notre empire indo-chinois. L'exportation s'accroît d'année en année : de 93 031300 francs en 1899, elle s'est élevée, en 1900, à 111 502 500 francs et représentait alors plus de 71 pour 100 des exportations totales de l'Indo-Chine. En Cochinchine cette culture couvre plus de 800 000 hectares; l'étendue des rizières en Annam, au Cambodge, au Tonkin, pourrait être considérablement accrue. Les pays de destination du riz indo-chinois se classent comme suit :
1* Hong-Kong et la Chine (moyenne annuelle, 370 000 tonnes); de l'avis de la mission lyonnaise, le riz de nos colonies sera indéfiniment absorbé par le marché chinois, dont les récoltes sont constamment insuffisantes; 2' la France, qui devient, de plus en plus, un excellent débouché ; la plus-value de ses achats a été, en 1900, de 7 705 000 francs. Mais pour lutter avec avantage sur les marchés de l'Europe ou de la métropole contre la concurrence des riz de Birmanie, nos riz devront être plus soignés ; leur décortiquage, notamment, laisse beaucoup à désirer ; Z' le Japon ; 4» pays non dénommés d'Asie, Océanie, Afrique, Amérique et surtout Indes néerlandaises ; 5» colonies françaises, Singapour, pays d'Europe, Philippines.
Le mode d'exploitation qui présente le plus d'avantages est le métayage franco-
annamite : le colon fournissant les rizières, les bufâes, les semences, et l'indigène le travail.
Sagoa. — La culture du sagoutier pourrait être développée en grand dans notre Indo-Chine, qui éviterait & la métropole les achats qu'elle fait aux colonies étrangères.
Soies. — La production de la soie est sans doute appelée à se développer considérablement en Indo-Chine. L'ex-
f>ortation est d'un peu plus de S milions de francs ; le Tonkin tient la tète de nos colonies indo-chinoises pour la production ; les pays de desiination sont : Hong-Kong, Singapour, la France.
De l'avis de la mission lyonnaise, la soie indo-chinoise est d'aussi bonne qaalité que celle de Canton, mais les mauvais procédés de filature la rendent médiocre. Une importante société lyonnaise s'est installée au Tonkin pour la filature de la soie. Les tissus de soie exportés à Hong-Kong ont accusé une plus-value de 425 000 francs en 1900.
Sacre. — L'Ânnam commence à en exporter et ses ventes se sont accrues durant 1900; en ce qui concerne le sucre blanc, on a enregistré, par rapport au précédent exercice, une plusvalue de 190 000 francs dans les exportations à destination de la France et une plus-value de 132 790 francs pour le sucre brun. Les exportations à destination de Hong-Kong ont accusé une augmentation de 173 000 francs. La culture de la canne devrait être encouragée en Indo-Chine, malgré la crise des sucres coloniaux, surtout en vue de l'approvisionnement de Hong'Kong, qui achète aux Philippines.
Thé. — L'Indo-Chine et en particulier l'Annam pourront sans doute un jour fournir à la métropole les 2 millions de kilogrammes nécessaires à sa consommation et qu'elle achète actuellement à la Chine et à. l'Inde. L'exportation à destination de la France s'est accrue de 190 000 francs en 1900.
Tabac. — Celui que produit l'Indo- Chine et notamment le Tonkin n'aurait qu'à être mieux cultivé pour avoir une valeur industrielle. L'exportation
est passée de 48 000 francs en 1899 à 270 000 francs en 1900.
Productions minéralet.
Amiante. — Des gisements d'amiante et de mica sont signalés au Tonkin.
Cuivre. — Le Tonkin en a des gisements de belle qualité.
Fer. — Le Tonkin est riche en minerai de fer ; cependant les exploitations sont encore peu nombreuses; dans la province d'Haï-Phong, on a découvert d'importantes traces de fer chromé.
Houille. — Plusieurs importantes mines sont en pleine activité au Tonkin : la Société française des charbonnages du Tonkin dite de Hon-Gay exporte, sur Hong-Kong et la Chine, environ 15 000 tonnes par mois, une autre société exploite les mines de Kébao. Le nombre des steamers venant s'approvisionner au Tonkin augmente chaque année ; nos vaisseaux de guerre et la flotte russe de l'extrême Orient utilisent ces charbons. L'exportation a augmenté de 870 000 francs en 1900. D'autres gisements ont été reconnus en plusieurs points de la colonie, notamment à Yen- Baï, ainsi ^u'en Annam, à Nong-Son.
Manganèse (Oxyde de). — Des traces importantes de ce minerai ont été relevées dans la province d'Haï-Phong.
Matériaux de construction. — Il existe au Tonkin une importante exploitation de marbre avec scierie, mettant chaque jour en œuvre 130 mètres cubes et employamt plus de 500 ouvriers.
Or. — Divers gisements, assez médiocres, existent au Laos, à Attopeu et au Tonkin, une mine assez riche est en exploitation à Bong-Mieu (Tonkin).
Pétrole. — Des traces ont été relevées sur les bords du fleuve Ronge.
Phosphate. — Une large couche a été découverte dans la province de Ninh- Binh Tonkin).
Plomb. — Avant notre occupation,
Çlasieurs mines étaient exploitées au onkin par les Chinois.
Zinc. — Commence à être exploité au Tonkin, et l'exportation, qui n'avait été que de 13 130 francs en 1899, s'est chiffrée à 95 000 francs en 1900.