GUYANE
Productions végétales et animales.
Arachides. — La Guyane pourrait en produire do grandes quantités.
Cacao. — Le cacaoyer vient très bien, mais n'est pas cultivé en grand. L'exportation s est chiffrée à 29 445 francs en 1899 et à 8 305 francs en 1900.
Café. — La colonie commence à revenir à la culture des caféiers.
Céréales. — Le maïs pousse parfaitement à la Guyane.
Coprah. — La colonie serait susceptible d'en fournir.
Coton. — N'est pas cultivé en grand, mais les terres basses donnent jusqu'à 250 et 300 kilogrammes par hectare.
Elevage (Produits de 1"). — Les excellents pâturages de la colonie pourraient faire vivre de nombreux troupeaux. Au XVIII' siècle, la Guyane a eu jusqu'à 16 000 bêtes à cornes et exportait du bétail à la Martinique et à la Guadeloupe. Mais depuis la découverte de l'or, l'élevage a été presque complètement abandonné ; il aurait chance de retrouver de bons débouchés dans les Antilles françaises, qui s'approvisionnent
NOL'VELLE-CALEDOXIE
à Porto-Rico, et, en outre, la colonie n'aurait plus à faire venir du Venezuela le bétail qu'elle consomme.
Epices. — La Guyane pourrait alimenter la France de toutes les épices : cannelle, girofle, poivre, muscade, gingembre. Lés arbustes qui les produisent poussent à l'état sauvage, mais leur mise en culture est à peine commencée.
ForAts (Produits des). — On trouve dans les forêts les espèces les plus variées et les plus précieuses : le bois de rose, qui fournit une essence dont le litre se vend de 30 à 40 francs ; trois petites usines distillent cette essence, leurs envois ont passé de 19 844 francs en 1898 à 52 360 francs en 1900. Quant au bois de rose lui-même, son exportation a été de 19 416 francs. On compte, dans les forêts de la colonie, soixante-dix espèces différentes de bois de construction. La mise en valeur de ces énormes richesses est retardée par la difficulté des transports.
Outta-percha. — Les forêts de la Guyane renferment le minusops balata, dont le latex fournit une sorte de gutta, qui peut remplacer la véritable gutta dans la plupart de ses usages. L'exportation, à peu près nulle en 1898(1 390 fr.), se développe : 15 468 francs en 1900.
Indigo. — L'indigotier vient très bien.
Légumes. — Leur culture pourrait être très rémunératrice.
Manioc. — La fécule du manioc est de qualité supérieure. Les envois sont cependant faibles ; 11 242 francs en 1900.
Plumes de parure. — Nombreux sont les oiseaux au riche plumage : exportation, {790 trancs en i900.
Ramie. — Réussit fort bien.
Roucou. — Le roucouyer (la graine fournit sous le nom de roucou une belle teinture rouge) donne deux récoltes par an.
Sacre. — La culture de la canne n'est pas assez rémunératrice.
Vanille. — Est susceptible de donner de bons résultats.
Vessies natatoires. — Il en a été exporté pour 6 246 francs en 1900.
Productions minérales.
Or. — En 1900, l'exploitation s'est chiffrée à 6 005 415 fr. Mais il est probable que ce chiffre est très inférieur à la réalité, un droit à la sortie de 8 pour 100 ad valorem ayant suscité une active contrebande rendue très facile par l'impossibilité de surveiller les frontières terrestres de la colonie. Actuellement 4 150 individus travaillent sur les placers. La majorité est formée surtout d'individus originaires des Antilles anglaises. Deux sociétés françaises ont installé des broyeurs pour écraser le quartz aurifère ; les résultats ont été très bons. D'autre part un ingénieur français a installe, sur la rivière de Sinnamary, une drague à vapeur qui extrait et lave le sable : • on a obtenu jusqu'à 6 kilogrammes d'or en quatrevingt-dix-huit heures » .
Roches phosphatées. — Un important gisement, situé dans l'tlot du Grand Connétable, est exploité par une compagnie américaine, qui en a exporté pour 187 o:)0 francs en 1900.
Productions végétales et animales.
Café. — Les plantations se sont éton-.
namment développées. La production est d'environ 250 000 kilogrammes. On a planté plus de 1 500 000 caféiers, dont 800 000 sont en plein rapport. La surface de l'île qui se prête à cette culture est évaluée à 250 000 hectares. L'émigrant qui veut s'y livrer doit possé-
I der, au minimum, et s'il est habitué aux travaux des champs, un capital de S 000 francs.
, Céréales. — Les essais de culture de blé, de sarrasin, d'orge n'ont pas été
. jusqu'ici très probants; par contre, le maïs donne deux récoltes par an et est exporté en Australie, mais il a à être défendu contre les sauterelles.
Coco (Fibres de). — I^ Nouvelle-Calédonie pourra, quand on voudra, en-
voyer d'énormes quantités de ces filaments à la métropole, tributaire actuellement des colonies anglaises.
Coprah — Les conditions climatériques sont très favorables à la culture des cocotiers dont i hectare en plein rapport donne, au bout de dix à douze ans, une tonne et demie à deux tonnes de coprah (200 à 220 francs la tonne).
Coton. — Faute de main-d'œuvre n'a pu être exploité fructueusement.
ZUevage (ProduiU de 1'). — La colonie a, sur une étendue de 800 000 hectares dont 200 000 non aliénés, des pâturages de qualité moyenne. Jusqu'en 1883, l'élevage des bœufs avait été la principale richesse de l'île, mais une crise de surproduction était venue décourager les éleveurs ; la situation s'est améliorée depuis la création d'une usine de conserves. Bien que la Nouvelle-Calédonie
PRINCIPALES PRODUCTIONS
possède des milliers de vaches, la production du beurre est encore si minime que l'importation de ce produit est d'environ 60 000 francs par an. Le climat et les herbages conviennent bien au cheval ; par contre, une graminée, connue sous le nom d' « herbe à piquants », rend difficile l'élevage du mouton.
Forêts (Produits des). — La Nouvelle-Calédonie a environ 100 000 hectares couverts d'arbres propres à la charpente, à la menuiserie.
Fruits. — Les orangers, mandariniers, citronniers, bananiers, pêchers, viennent bien, et leurs fruits poui-ront trouver des débouchés en Australie.
Indigo. — L'indigotier pourrait prospérer dans la colonie.
Manioc. — La fécule forme le fond de la nourriture des indigènes.
Perles. — Une société exploite cotte richesse des rivages de l'île.
Biz. — Réussit bien dans les terrains marécageux du littoral, mais la maind'œuvre est trop coûteuse et les dégâts causés par les sauterelles trop fréquents.
Sucre. — La culture de la canne n'est pas assez rémunératrice.
Tabac. — Le tabac de la Nouvelle- Calédonie n'a pas encore été exporté, bien que sa culture fournisse deux et même trois récoltes par an.
Vanille. — Pourrait être produite sur une large échelle par la colonie.
Productions minérales.
Cobalt. — Plusieurs mines en exploitation. Le minerai est fondu à Nouméa; l'exportation annuelle est d'environ 500 000 francs.
Fer. — Quantités considérables de minerai de fer presque à fleur de terre mais pas encore exploitées; toutefois, des mines de for chromé sont en activité.
Houille. — On n'est pas encore fixé sur la valeur des gisements découverts.
Nickel. — La colonie pourrait suffire aux besoins de la consommation universelle pendant plusieurs années. Mais l'exploitation est peu active, car les mines subissent la concurrence du Canada, moins éloigné des marchés européens. On cherche à ranimer les exploitations en traitant le minerai dans la colonie même. L'exportation, sous forme do métal, est d'environ 2 500 tonnes.
Or. — Quelques mineSj d'abord abandonnées,ontété remises en activité; l'une d'elles a fourni 600 000 fr. d'or en un an.
Plomb. — Les expéditions de plomb argentifère sont très faibles.
Productions végétales et animales.
Alcools (rhums et tafias). — Tahiti fabrique annuellement environ 60 000 litres de rhums et taflas, absorbés par la consommation locale.
Ananas. — Pourraient être écoulés en grand aux Etats-Unis, si les communications étaient plus rapides.
Cacao. — Le cacoyer vient bien.
Café. — La production deviendrait aisément importante, n'était la difficulté de recruter la main-d'œuvre.
Cocos. — Tahiti en exporte environ 300 000 par an.
Coprah. — L'exportation est d'environ 1 million de francs.
Coton. — Tahiti en exporte pour 200 000 francs annuellement.
Fruits. — Nos possessions d'Océanie produisent en abondance les mandarines, les citrons, les bananes, les goyaves et surtout les oranges, qui commencent à être exportées à destination de la Nouvelle-Zélande; en 1901, les expor-
tations d'oranges se sont accrues de 600 000 pièces.
Nacre. — Tahiti et ses dépendances en exportent, chaque année, plus de 300 000 kilogrammes de qualité supérieure, qui, malheureusement, vont sur les marchés étrangers, surtout en Angleterre, où nos industriels sont obligés d'acheter ce produit avec une majoration de 20 à 25 pour 100 perçus par les intermédiaires. Il est vivement à souhaiter que cet état de choses prenne fin.
Pailles pour chapeaux. — Sont abondantes et fines à Tahiti.
Perles. — Les îles Touamotou et Gambier en expédient annuellement pour environ lOO 000 francs.
Sucre. — La production des archipels est par an d'environ 150 tonnes.
Tabac. — Est d'excellente qualité.
Tortue (Ecailles de). — Les tortues abondent, mais leur écaille n'est pas de très bonne qualité.
Vanille. — Le vanillier vient bien.
Jean Pkrier.
La cause coloniale semble aujourd'hui gagnée en France ; non seulement les fiasses libérales, mais la masse même de la nation et les populations des campagnes sintéressent actuellement aux progrès des possessions françaises d'ou*re-mer. Sans aucun doute, et avant tout, c'est à la vaillance des soldats et des marins qui ont tenu haut et ferme, dans toutes les parties du globe, le pavillon tricolore qu'est dû ce résultat; il est dû aussi aux différentes institutions qui ont sans relâche plaidé auprès du grand public la cause coloniale et se sont attaché à faire pénétrer partout des idées dont le triomphe va s'accentuant chaque jour davantage. A ces « auxiliaires de la colonisation », comme les a naguère appelés M. Auguste Terrier (i), dont l'influence a été et continue dêtre si efficace, sont consacrées ces quelques pages.
Le groupe colonial de la Chambre. — Au sein même du Parlement, il existe une véritable association coloniale, qui suit avec un soin vigilant (en se plaçant au point de vue exclusif des progrès de nos possessions d'outre-mer, de leur développement territorial et économique, de leur sécurité, de la sauvegarde de nos droits dans les sphères d'influence française), les différents événements de la politique étrangère aussi bien que de la politique extérieure et intérieure du pays. Fondé en 1892, le a groupe colonial» de la Chambre des députés a pour président M. Eugène Etienne. Dans ses réunions sont discutées, à mesure qu'elles se présentent, toutes les questions — de quelque ordre soient-elles — offrant un intérêt quelconque pour les colonies françaises; et les questions posées par les différents adhérents du groupe aux membres du gouvernement, leurs interpellations ont plus d'une fois appelé l'attention des pouvoirs publics sur des questions d'un grand intérêt, ont amené à diverses reprises les ministres des Affaires étrangères et des Colonies à faire à la tribune de la Chambre d'importantes déclarations et à rassurer l'opinion, de jour en jour plus soucieuse de nos intérêts coloniaux. C'est donc une œuvre excellente que fait le groupe colonial de la Chambre.
Un groupement du même genre existe au Sénat: son président est M. Godin, sénateur de l'Inde française.
L'Office colonial du ministère des Colonies. — Quelque éminenls que soient les services rendus à la cause coloniale par les différents bureaux qui, dans plusieurs ministères (Affaires étrangères, Guerre, Marine) ont à s'occuper de questions coloniales, ce ne sont pas à proprement parler des auxiliaires de la colonisation française. Il en est tout autrement des deux institutions officielles qui portent le nom d'Office colonial et d'Office du commerce extérieur.
L'Office colonial du ministère des Colonies a été constitué au mois de mars 1899 ; il constitue un service autonome, indépendant de l'administration centrale, ayant pour but : • 10 de centraliser et de mettre à la disposition du public les renseignements de toute nature concernant l'agricultare, le commerce et l'industrie des
(1) Les Auxiliairei de la colonisation, par AugusU Terrier. Notice extraite de l'ouvrage Le Ministère des Colonies à l'Exposition universelle de 1900. Levalloie-Perret, imp. Crété d» l'Arbre, 1»01, in-S» de 141 page». Nou» avoM beaucoup puisé dans cet excellent Uavall.
Colonies II. S®
colonies françaises; 20 d'assurer le fonctionnement d'une exposition permanente du commerce colonial. ■ Tel qu'il est actuellement constitué, avec ses deux sections de colonisation (embrassant deux parties distinctes : l'émigration et la colonisation proprement dite) et de commerce (qui publie la « Feuille de renseignements de l'Office colonial », constitue des dossiers de renseignements économiques et organise des expositions temporaires, qui entretient une correspondance très considérable sur les questions figurant dans ses attributions), avec ses services annexes de la statistique et de la bibliothèque, l'Office colonial « est une institution unissant aux avantages de son caractère officiel la simplification qui dérive de son autonomie, en vue de procurer fidèlement et rapidement aux Français qui s'intéressent aux choses d'outre-mer tous les renseignements relatifs à la colonisation et au commerce avec les colonies (1) ». Plus important encors deviendra son rôle quand il pourra, réalisant complètement le programme qui a été tracé lors de sa fondation, réorganiser sur un plan nouveau et développer cette exposition permanente du commerce colonial qui a naguère, de 1855 à 1895, existé au palais de l'Industrie sous le nom d' « Exposition permanente des colonies ».
L'Office national du commerce extérieur. — Les fondateurs de l'Office colonial avaient d'abord songé à le rattacher à l'Office national du commerce extérieur; mais, d'un commun accord, le ministre des Colonies et la chambre de commerce de Paris pensèrent que cette institution, « obligée de suivre avec attention les évolutions du commerce européen et d'étudier chaque jour les phéQomènes complexes du commerce général, ne pouvait consacrer tout le temps nécessaire au développement de notre commerce colonial, qui exige des études spéciales des lois qui lui sont propres • (Guillain). C'est pourquoi l'Office colonial devint une institution indépendante. L'Office national du commerce extérieur, qui existe depuis 1883 sous des noms différents, mais qui est devenu' depuis le mois de mars 1898 une véritable institution publique, ne se désintéresse cependant pas des questions économiques qui présentent, au point de vue du développement de notre empire d'outre-mer, une si grande importance. Il a, en effet, pour mission • de fournir aux industriels et négociants français les renseignements commerciaux de toute nature pouvant concourir au développement du commerce extérieur et à l'extension de ses débouchés dans les pays étrangers, les colonies françaises et les pays de protectorat ». Soit oralement, soit par lettre, il fournit sur les matières de sa compétence des informations précises à ceux qui s'adressent à lui; lui-même, l'Office du commerce extérieur, est ou doit être exactement renseigné par les conseillers du commerce extérieur, qui sont des négociants ou des industriels notables, se recommandant par leur passé, leur compétence spéciale et l'importance de leurs entreprises en cours ou de leurs affaires en France, à l'étranger ou dans les pays de protectorat. Ainsi l'organisation de l'Office du commerce extérieur apparat, sur certains points, comme identique à celle de l'Office colonial; les deux institutions se complètent l'une l'autre, et les publications de la plus ancienne, pour ne pas leur être exclusivement consacrées, n'en sont pas moins précieuses pour ceux qui se préoccupent des progrès économiques des colonies.
Les Sociétés de colonisation. — â c&té de ces institutions ofâcielles, qui s'occupent, la première exclusivement, la seconde subsidiairement du développement économique des colonies françaises, de nombreuses sociétés coloniales travaillent exclusivement au même but, ou consacrent du moins à cet objet essen-' tiel de notre expansion un intérêt soutenu et toujours en éveil. Au premier rang
(1) Charles Noufflard : VOffict colonial du ministère de$ Colonies, dans Le Mi)iistère des Colonie» d l'Exposition universelle de 1900, p. 233.
de ces associations méritent d'être placées l'Cnion coloniale française et le Comité de l'Afrique française.
C'est pour favoriser l'œuvre économique de la colonisation française et poor travailler à la mise en valeur des colonies qu'a été fondée, au mois de juin 1893, l'Union coloniale française. Présidée par M. Emile Mercet, qu'assiste M. J. Chailley-Bert en qualité de secrétaire général, cette puissante association s'attache à réunir sur les différentes parties de notre empire d'outre-mer les informations les plus complètes et les plus précises, et à renseigner de la manière la plus exacte le public français sur les ressources de chacune délies. Son œuvre est éminemment complexe; non contente de gagner, par des conférences à Paris et en province, par des cours organisés d'abord à la Sorbonne, puis au siège même de l'Union, par des séries de leçons d'un caractère scientifique professées au Muséum d'histoire naturelle, par des discussions instituées à la suite de dîners mensuels, par la publication de la Quinzaine coloniale et de multiples brochures {Guides de l'émigrant, etc.), de nouveaux adhérents à la cause qu'elle défend, l'Union coloniale s'attache à faire de l'agriculture la base du développement économique de nos possessions, s'efforce de diriger et de retenir l'attention publique sur les colonies qui lui semblent le plus mériter d'être développées et mises en valeur, de leur envoyer des colons, enfin de poursuivre l'amélioration de nos institutions coloniales. C'est donc à la fois une société de colonisation, un office de renseignements et une société d'études que l'Union coloniale; son œuvre variée et multiple, son action efficace permettent de la considérer comme étant vraiment • l'auxiliaire et le promoteur de la colonisation pratique •.
Ce n'est pas seulement de colonisation pratique que s'occupe le Comité de l'Afrique française, dont la fondation remonte à la fin de l'année 1890. Instituée pour « développer, par tous les moyens en son pouvoir, l'influence et le commerce français dans l'Afrique de l'ouest, du centre et du nord •, le Comité de l'Afrique française s'est, dès son origine, attaché sans relâche à remplir les deux parties de son programme. Depuis plus de onze ans, il ne cesse « de provoquer, de soutenir et quelquefois de défendre ces nombreuses missions d'e.xploration qui reportèrent si loin dans l'intérieur de l'Afrique les frontières de notre domaine coloniale (A. Terrier) », de mettre au service de la diplomatie française ses conseils, son influence et son action, de favoriser les progrès de l'action française dan^ le monde islamique par la publication d'un bulletin trimestriel rédigé en langue arabe, enfin de développer en France même (par la publication d'un Bulletin mensuel, qui est peu à peu devenu une revue complète des choses d'Afrique) la connaissance des faits de tout genre relatifs au continent noir. En même temps que cette action politique et morale, le Comité de l'Afrique française (dont le président est le prince A. d'Arenberg, dont le secrétaire général est M. Auguste Terrier) exerce une action économique dont l'importance, par la force même des choses, deviendra dans Tavenir l'œuvre la plus considérable de cette utile association.
Depuis Tannée 1901, un Comité de l'Asie française tente, soos la direction de II. Etienne, qui en est le très actif président, d'accomplir une œuvre analogue à celle du Comité de l'Afrique française en tenant compte des différences à faire entre l'Afrique, où nous avons dû acquérir d'immenses territoires, et l'Asie, où nous avons moins d'ambitions territoriales à poursuivre et où notre action doit être surtout morale et économique. Exercer sur notre politique asiatique et océanienne (car le Comité de l'Asie française s'occupe également de l'Océanie) une action heureuse en formant l'opinion, entraîner — et parfois aussi modérer — l'opinion publique, réunir les nombreu,\ renseignements économiques, diplomatiques, ethniques, sociaux et religieux qu'exige une action raisonnée et suivie, ferme et nette, en présence du problème asiatique, émanciper intellectuellement, économiquement et politiquement la France de l'information ei de la pensée britanniques, Toilà son but. Par la publication d'un Bulletin, conçu sur le
même plan que le Bulletin du Comité de l'Afrique française, le Comité de l'Asie française a commencé de réaliser son programme en subventionnant des missions, en organisant des conférences, etc., il accomplira certainement une œuvre digne de celle de son aîné.
A côté de ces grandes sociétés coloniales, il convient de signaler d'autres associations, beaucoup moins considérables, mais dont l'action n'en est pas moins d'une réelle efficacité : la Société d'études coloniales et maritimes, la Ligue nationale, commerciale, coloniale et maritime, l'Expansion coloniale française, la Société nationale d'expansion coloniale, la Société française de colonisation, la France coloniale moderne, la Société d'émigration des femmes, la Société africaine de France, telles sont ces sociétés, auxquelles il faut ajouter le Comité de protection et de défense des indigènes, la Société centrale d'agriculture coloniale, et la Société française des ingénieurs coloniaux, au but plus particulièrement déterminé.
Non moins déterminé, au point de vue géographique, est le but de quelques autres sociétés coloniales; la Réunion d'études algériennes (créée en 1898), lé Comité de peuplement français de Tunis, le Comité du Dahomey (fondé en 1899), le Comité de Madagascar, qui remonte à 1895, enfin la Société académique indochinoise, la plus ancienne de ces sociétés (elle date de 1877), constituent un groupe spécial d'auxiliaires de la colonisation bornant leur activité à une seule de nos possessions d'outre-mer. De ces associations, la plus importante est le Comité de Madagascar, à la tête duquel se trouvent MM. Alfred Grandidier (pré^ sident d'honneur), J. Charles-Roux (président) et C. Delborbe (secrétaire général); c'est un véritable bureau de colonisation, principalement destiné à appeler l'attention du pays sur Madagascar et à aider par des conseils pratiques les entreprises françaises dans la grande île. Le Guide de l'émigrant à Madagascar et la Revue de Madagascar contribuent à la diffusion des idées que travaille avec succès à répandre le Comité de Madagascar, qui possède des sections importantes dans plusieurs villes de France et aussi à Madagascar même.
Les œuvres d'éducation coloniale. — La plupart des associations dont il vient d'être question, par la façon même dont elles travaillent à propager les idées qui leur sont chères, font de l'enseignement colonial ; il en est quelques autres dont c'est le but unique.
Faire l'éducation coloniale des Français — la question coloniale n'étant au fond qu'une question d'éducation — et régénérer la France en vue de la colonisation, telle est la tâche poursuivie avec ardeur depuis 1890 par le Comité Dupleix, dont le fondateur, M. Gabriel Bonvalot, est actuellement le « directeur général ». Attirer l'attention sur les colonies, les faire mieux connaître, préparer à la vie coloniale les Français susceptibles de devenir colons et les y préparer sérieusement comme à, une véritable carrière, voilà ce que travaille à faire le Comité Dupleix. Moins ambiiieux est le but de la Société de propagande coloniale, fondée en 1892 pour faire œuvre de vulgarisation élémentaire. La Ligue coloniale de la jeunesse, créée en 1897 par M. Charles Noufilard, sous les auspices de l'Union coloniale française, vise autre chose encore : l'éducation coloniale raisonnée de la jeunesse, la préparation des élèves des écoles d'agriculture à la vie coloniale, la création de bourses de voyage aux colonies.
Ces sociétés d'éducation coloniale ne sont pas les seules œuvres d'éducation coloniale dont il faille signaler l'existence. C'est au point de vue pratique que se sont placés les fondateurs de 1' « École nationale préparatoire de colonisation mixte » et de 1' « Écolo pratique d'enseignement colonial », plus ancienne. M. le D' Henri Rousseau, son directeur, s'attache à y former en trois années des colons travailleurs, exploitant pour eux-mêmes, ou se mettant au service d'ex-' ploitations générales. C'est sans doute un enseignement du même genre, plus développé, que donnera l'Union coloniale aux élèves de l'école spéciale d'agriculture coloniale qu'elle songe à installer aux environs de Nantes; déjà les auditeur?
LE MOUVEJdENT COLONIAL EN FRANGE. 789
•de ses cours du soir trouvent dans les leçons pratiques qui leur sont régulièrement faites une excellente préparation à tout un côté de la vie coloniale.
A côté de cet enseignement secondaire colonial, il existe dès maintenant, soit dans les universités françaises, soit en dehors d'elles, un véritable enseignement supérieur colonial, dont la création est due surtout, sauf dans les Facultés de droit, à l'initiative privée. Ce sont de précieux auxiliaires delà colonisation que les maîtres qui professent ici la législation etléconomie coloniales, là la géographie coloniale, ailleurs les cultures tropicales, ailleurs encore la médecine coloniale ou les langues en usage dans les colonies (i). Toutefois, l'enseignement supérieur colonial n'a pas encore été, dans la plupart des cas, l'objet d'une coordination systématique; à Paris, en particulier — abstraction faite de l'École coloniale — cette lacune se fait vivement sentir. C'est à Mai-seille que. grâce à la généreuse initiative de la chambre de commerce, guidée par les conseils éclairés de M. le professeur Dr Heckel, il convient surtout d'aller chercher un ensemble, de cours coloniaux rigoureusement coordonné. Le succès de ces cours a suscite dans d'autres grandes villes de France, la création de cours coloniaux conçus d'une manière différente. Sous l'empire des préoccupations particulières à la région lyonnaise, la chambre de commerce de Lyon a donné aux différentes chaires qu'elle a fondées à Lyon une antre orientation : faire connaître les ressources agricoles, commerciales et industrielles des diverses colonies françaises et en particulier des colonies asiatiques, mettre en lumière les richesses de ces colonies, la nature de leurs productions, les matières premières qu'elles peuvent fournir aux industries de la région lyonnaise, les débouchés qu'elles offrent à ces industries, voilà le but de l'enseignement lyonnais. A Bordeaux, les cours coloniaux sont beaucoup moins développés ; là aussi prédomine, dans l'enseignement de la géographie coloniale, la tendance économique; à la Faculté mixte de médecine et de pharmacie, renseignement est à la fois clinique, théorique et pratique et est admirablement organisé.
On ne comprend guère d'enseignement, de quelque genre soit- il, sans musée ni laboratoires de recherches et d'études; c'est depuis fort peu de temps, toutefois, qu'il est question de créer des établissements de ce genre, dont le modèle est l'admirable Musée colonial fondé à Marseille en 1893 par M. le D' Edouard Heckel, professeur à la Faculté des sciences et directeur du jardin botanique de notre grand port méditerranéen. Là se trouvent exposées, classées jMir pays d'origine, toutes les productions des trois règnes provenant de nos différentes colonies ; à côté d'elles sont des produits de comparaison tirés des colonies étrangères (produits commerciaux), les manipulations industrielles dont différents végétaux ont été l'objet, les collections ethnographiques, etc. Une riche bibliothèque, un laboratoire, un jardin botanique colonial pourvu d'un laboratoire de micrographie, d'une petite bibliothèque botanique coloniale, d'une salle de recherches chimiques complètent cette organisation et constituent l'ensemble appelé Inttitut colonial de Marseille. Une importante publication scientifique, les Annales de l'Institut colonial de Marseille, créée en 1893, insère les mémoires originaux, dont leurs fructueuses recherches fournissent la matière, et au professeur Edouard Heckel et à ses différents collaborateurs.
Auprès de Paris, dans le bois de Vincennes, sur le territoire de la commune de Nogent-sur-Marne, a été créé, au début de l'année 1899, un Jardin d'essai colonial, appelé un peu plus tard Jardin colonial, dont le directeur est M. Jean Dybowski. Fournir à tous ceux qui s'occupent de colonisation des renseignements précis sur toutes les questions qui se rattachent à l'agriculture, recueillir toutes les informations possibles sur les cultures, les productions et les industrie.s agricoles, étudier les produits coloniaux, introduire et propager des espèces ayant
(1) Cf. tom« !•', p. 19, du présent ouvrage.
des applications agricoles, commerciales et industrielles, voilà ce que travaille & faire le Jardin colonial, dont le personnel est distribué entre les trois services des renseignements, des laboratoires et des cultures.
A Marseille, à Bordeaux, à Alger existent des services hospitaliers qui n'ont pas encore leurs similaires à Paris ; l'Union coloniale a ouvert une souscription publique pour la création dans la capitale d'un • Institut de médecine coloniale », qui n'y existe pas encore. La même association a créé à la Sorbonne un Office colonial destiné à susciter des travaux scientifiques relatifs à la géographie, à l'histoire coloniales, à fournir des indications bibliographiques et même des conseils sur des points précis. A un autre point de vue, au côte économique s'attache surtout le bureau de renseignements économiques créé en 1901 à Bordeaux par l'active Société de géographie commerciale de cette ville.
Signalons enfin, comme rendant au point de vue scientifique les plus grands services, l'Institut colonial international. Son but essentiel est de « faciliter et répandre l'étude comparée de l'administration et du droit des colonies,... de la législation coloniale... ; des ressources des diverses colonies, de leur régime économique et commercial, etc. » Bien des questions d'un intérêt général ont déjà été étudiées dans les sessions tenues à Berlin, à La Haye, à Bruxelles et à Paris, de 1894 à 1901 ; des documents d'une valeur capitale ont été publiés dans la « Bibliothèque coloniale internationale », dont les volumes parus sont relatifs à la maind'œuvre, aux fonctionnaires coloniaux, au régime foncier aux colonies, au régime des protectorats, aux chemins de fer dans les colonies et dans les pays neufs.
Les Sociétés de géographie. — A côté des associations et des œuvres dont il vient d'être question, il convient de faire une place aux sociétés de géographie, dont Fœuvre coloniale est devenue très considérable. Autour d'elles s'étaient groupés, avant la constitution des différentes associations coloniales, les partisans de Texpansion de la France ; leur propagande a fait connaître et aimer dans tout le pays les travaux des explorateurs et l'importance de nos possessions d'outre-mer. Aujourd'hui encore, elles s'efforcent de mettre le public qui assiste à leurs conférences en contact avec les voyageurs, les missionnaires, les officiers qui reviennent soit des colonies françaises, soit des pays étrangers. Elles font ainsi œuvre excellente d'enseignement colonial.
Des nombreuses sociétés géographiques qui se sont constituées depuis Tannée 1870, celles qui, au point de vue colonial, méritent une mention spéciale, sont (outre la Société de géographie d'Alger, la. Société de géographie et d'archéologie d'Oran et l'Institut de Carthage, qui s'occupent surtout de l'étude du continent africain et en particulier du pays du Maghreb (l), ainsi que de l'immigration), les Sociétés de géographie de Marseille, de Bordeaux, de Rochefort et de Lorient. Il convient de faire une place à part à la Société de géographie commerciale de Paris, fondée en 1876, qui aborde surtout les problèmes économiques de la colonisation, tandis que la Société de géographie, la doyenne des sociétés de géographie de France et même du globe, fait porter son principal effort sur l'exploration et sur ses résultats scientifiques, sans cependant négliger ses résultats économiques. Elle prête un appui moral et parfois même matériel aux explorateurs, récompense leurs travaux, publie leurs cartes et les résultats scientifiques de leurs voyages, commémore le souvenir des grands voyageurs, secourt des explorateurs atteints par des revers de fortune et constitue même quelques rentes viagères à des coloniaux malheureux (2). Grâce à cet ensemble d'institu-
(1) A cette étude s'adonnent aussi particulièrement au point de vue orographique lei deux sections « de l'Atlas » et « de Carthage » du Club alpin français.
(2) Ainsi se trouve complétée la très utile institution qui existe & Sèvres et qui a nom te Maison de convalescence des militaires coloniaux »-
lions, la Société de géographie est un véritable auxiliaire de la colonisation et fait, au point de vue colonial, une œuvre de haute culture intellectuelle.
Les chambres de commerce. — II convient encore de ranger parmi les plus utiles auxiliaires de la colotjisation les chambres de commerce françaises, dont quelques-unes au moins portent aux entreprises coloniales un très vif intérêt. Par des subventions à diverses missions, par la part qu'elle a prise à la fondation de l'Office nalional du commerce extérieur et de la Société d'encouragement pour le commerce français d'exportation, la chambre de commerce de Parit a prouvé qu'elle n'entendait pas prêter un appui purement moral à ceux qui veulent mettre en valeur nos nouvelles possessions d'outre-mer. Pas plus que la chambre de commerce de Paris, celles de Lyon, de Marseille, de Bordeaux ne portent aux questions coloniales un appui purement platonique; les missions qu'elles ont envoyées, à leurs frais, au Tonkin et en Chine, dans le Sud algérien et dans l'Afrique équatoriale, les subventions qu'elles ont données aux voyages organisés par le Comité de V Afrique française, les belles institutions qu'elles ont récemment fondôps, en fournissent des preuves multiples. Rouen, Le Havre, Lille, Roubaix, Dunkerque, Yalenciennes, Saint-Éiienne, Roanne et Reims ont également des chambres de copomerce qui s'occupent avec un soin vigilant dos progrès réalisés dans la mise en valeur de nos colonies et y travaillent d'une manière efficace.
Par suite de leur situation même, les chambres de commerce d'Algérie sont de très précieux auxiliaires de la colonisation française ; elles ne se bornent d'ailleurs pas à faire sentir leur action dans la colonie même, mais s'intéressent à noire expansion en Afrique et n'hésitent pas à participer aux frais nécessités par l'envoi de différentes missions dans l'Afrique centrale.
Concurremment avec les chambres de commerce françaises, la Chambre des négociants commissionnaires et du commerce extérieur fait une large place dans ses travaux aux études coloniales; de même agissent la Société pour la défense du commerce de Marseille et le Comité dunkerquois maritime et colonial, auxiliaires des chambres de commerce de ces deux villes.
La presse coloniale. — Si, en dépit des progrès réalisés depuis quelques années, la presse métropolitaine se maintient encore, d'ordinaire, dans une lamentable ignorance des questions coloniales , il n'en est pas de même de la presse coloniale, qui, à côté de journaux tels que la Dépêche coloniale, la Politique coloniale, etc., se compose de revues générales comme les Questions diplomatiques et coloniales ou spéciales comme la Revue des cultures coloniales.
Le Syndicat de la presse coloniale, l'Association syndicale des journalistes coloniaux, fondés dans le but de grouper les écrivains qui s'occupent particulièrement des questions coloniales et de leur donner une influence équivalente à celle dont jouissent les journalistes métropolitains, s'efforcent de rallier en vue d'une action commune les membres de la presse coloniale dispersés dans les deux mondes.
Que d'associations, que d'oeuvres devrait encore citer, pour être absolument complet, celui qui voudrait énumérer tons les auxiliaires de la colonisation existant en France à l'heure actuelle! L'Alliance française, en travaillant à propager la la igue française dans nos colonies, en s'appliquant à donner aux indigènes de nos possessions une culture française, ne fait-elle pas une œuvre excellente et des plus uiites ? Des associations telles que l'Association philotechnique et l'Association polytechnique, dont un grand nombre de cours et de conférences portent «ur les questions coloniales, vulgarisent des notions essentielles et encore trop peu répandues et préparent insensiblement pour l'avenir des colons pour nos colonies. Aussi méritent-elles bien de la colonisation.
Henri Froidbvacx.