LA COCHINCHINE
Nos ancêtres les Gaulois étaient d'humeur voyageuse, ils aimaient les aventures et les entreprises lointaines. Avant l'ère chrétienne, nous les M rs partir en bandes immenses pour la conquête du monde, franchissant les Alpes ou les Pyrénées, s'emparant de Rome, remplissant l'Allemagne et la Grèce du bruit de leurs armes, traversant le Bosphore, et fondant des Colonies + jusqu'en Asie Mineure.
Et les petits-fils de ces vieux Gaulois ont bien. gardé quelque chose de cet amour du nouveau, de cet esprit d'audace et d'entreprise. Encore aujourd'hui nous les voyons s’en allant au loin, se lançant dans l'inconnu et créant de par le monde de jeunes et nouvelles France. .
Depuis quelques années le drapeau français flotte sur les rives du Niger ; nous avons pris pied sur les bords du Congo, et, là-bas, dans l'Extrème- Mes
Orient nos braves soldats luttent vaillamment pour les intérêts et l'honneur de la vieille patrie française. Un jour peut-être ils rendront à la France quelque chose de sa grandeur d'autrefois, quelque chose de cette si belle couronne coloniale que Louis XV, l’infâme, lui a enlevée,
Déjà même ils ont commencé la restauration, et la Cochinchine française donnant la main au Tonkin français prépare à notre commerce et à * notre industrie de grands et importants débouchés.
Notre Cochinchine française est située à la pointe méridionale de l'Indo-Chine. Autrefois elle faisait partie du royaume d'Annam qui, jusqu’à notre conquête de Saïgon, se composait de trois parties bien distinctes : le Tonkin, au nord, la Basse-Cochinchine, ausud, etla Moyenne Cochinchine au milieu. La capitale du royaume était alors comme aujourd’hui, Hué,
Quoique Colonie Française, seulement depuis 1858, nos ra avec ce pays remontent assez loin. Colbert avait cherché à y fonder des comptoirs ; puis Dupleix, et enfin le roi Louis XVI s'en étaient occupés.
Sous le règne de ce dernier, l'Annam fut boulevérsé par une insurrection. L'Empereur Gia-Long d et chassé, trouva asile près d'un évêque français, Mer Vignaux, qui lui persuada de demander secours à la France. Louis . XVI répondit à son appel avec empressement, et un traité fut signé à Versailles, aux termes duquel le roi de France devait envoyer à Gia- Long 20 bâtiments de guerre, 7 régiments et de
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l'argent. De son côté, si Gia-Long remontait sur le trône, il devait céder à la France la ville-et la Baie de Tourane, avec les îles de Poulo-Condore, accorder la liberté de commerce à. tout sujet français et de plus fournir une armée de 69,000 hommes, si notre territoire concédé était at: taqué: | Malheureusement ces beaux projets n'eurent |
coloniales. La: France avait besoin deses enfants. chez elle, et-on ne put envoyer les forces promi-
de commerce; et quelques offciers:fort distingués partirent pour la Cochinchine; Ceux-ci rendirent de grands services. à Gia-Long, disciplinant et organisant son armée, et c'est grâce à leur concours qu'il put reconquérir son: trône.
1 s'en montra toujours reconnaissant. Jusqu'à sa mort, les Français furent accueillis dans: son royaume avee la plus grande bienveillance, leur commerce favorisé, et il refusa, à l'Angleterre l'expulsion de deux officiers français, Cependant une de ses dernières recommandations à son héritier était : « Mon fils, aime les Français, sois leur reconnaissant de ce qu'ils ont fait pour nous, mais ne leur permets jamais de mettre le pied dans ton empire. »
Peur obéir aux injonctions paternelles le jeune prince commença par persécuter et chasser impitoyablement tout étranger. Même-les Français venus au secours: de son père durent quitter le pays. Sous les règnes: suivants les persécutions
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continuèrent ; plusieurs missionnaires furent mis à mort, et enfin sous l'Empereur Tu-Duc les choses arrivèrent à tel point qu'il nous fallut prendre les armes,
Le gouvernement français commença par réclamer, mais Tu-Duc ne daigna pas répondre à nos lettres. Plus tard il refusa même de recevoir notre Représentant, et il y eût à ce moment un commencement d'hostilités, mais sans résultat. Tu-Duc soutenu par la Chine ne voulut pas céder ; il refusait obstinément d'entrer en négociations avéc nous, et comme nos forces n'étaient pas suffisantes pour l'y obliger, il fallut se retirer.
Cette retraite ne fit qu'augmenter l’insolence et les persécutions ‘le notre ennemi. Dans un nouvel édit de proscription il disait effrontément: « Les Françzis aboïent comme des chiens et fuient comme des chèvres. » — Ailleurs il faisait annoncer par ses mandarins que des barbares d'Europe étaient venus avec üu navire à feu jusqu'au fort de la capitale; mais qu'ils avaient eu la bonne idée d'en repartir aussitôt, échappant ainsi par une prompte fuite au châtiment mérité. — Vers ce moment aussi, il fit exécuter au Tonkin deux prélats espagnols, et c'est à la suite de ces évènements que la France, de concert avec l'Espagne, résolut d'envoyer làbas une expédition.
L'Amiral Rigault de Genouilly prit le commandement de notre petite flotte, et le 3r août 1858 elle entrait dans la superbe baie de Tourane. L'Amiral somma les mandarins de rendre la ville et les forts dans le délai de deux heures.