II. — Le Gabon
Le seul établissement français important de la côte de Guinée est, à l'heure actuelle, le Gabon, ou. M'pongo. On nomme ainsi Testuaire d'un grand fleuve africain qui se trouve situé juste sous TEquateur et se jette dans le golfe de Guinée. Les Portugais nous ont précédés dans ces parages. Au milieu du siècle dernier, alléchés par l'espoir de trouver quelques mines d'or, ils y bâtirent un fortin, dans l'île de Contquet, et ouvrirent avec les tribus voisines de fructueuses relations. A défaut de l'or, qu'ils ne rencontrèrent pas, ils firent la traite des esclaves avec un tel succès et si peu de scrupules, que leur nom, encore aujourd'hui, est détesté dans toute la région. Sauf ces communications irrégulières avec les Portugais, le Gabon semble avoir eu peu de relations avec les Européens. C'est en 1841 seulement que le lieutenant de vaisseau, plus tard amiral , Bouet-Villaumez , fut envoyé dans ces parages pour y tenter la fondation d'un établissement destiné à réprimer la traite. On s'occupait beaucoup en Europe de l'abolition de l'esclavage. L'Angleterre avait pris résolument l'initiative et la direction de la croisade an ti- esclavagiste, et la France s'était associée de grand cœur à ce généreux mouvement. Or le meilleur moyen de réprimer la traite était d'éta-
blir une croisière d'observation aux foyers mômes de ce honteux commerce, c'est-à-dire sur la côte africaine, depuis le Sénégal jusqu'au Congo. Rigoureuse observatrice des traités, la France entretint en effet une escadre de vingt-six navires qui battaient incessamment la mer et fouillaient une à une les baies et les rivières. Gomme ces navires étaient petits, d'un faible tirant d'eau et d'une capacité médiocre, leur approvisionnement était vite épuisé. Ce fut pour assurer ces approvisionnements, et aussi pour donner à nos navires une rade sûre, où ils pouvaient se réparer, que le gouvernement de Louis-Philippe chargea le lieutenant Bouet-Villaumez de négocier avec les chefs du pays l'acquisition d'une partie de leur territoire, à l'estuaire du Gabon.
La négociation fut habilement menée, et deux ans plus tard, le 18 juin 1843, le capitaine de corvette de Montléon prenait oftîciellement possession de la baie du Gabon et de la région baignée par ses nombreux affluents. Pour que la francisation fût plus complète, il débaptisait les points les plus remarquables, et échangeait les appellations indigènes contre les noms de la famille d'Orléans, qui régnait alors. En 1844, un nouveau traité avec les chefs les plus importants des deux rives du Gabon nous confirmait dans la possession du territoire. En 1849, quelques esclaves enlevés à un négrier et rendus à la liberté fondaient le village de Libreville^ sur le plateau où étaient les magasins de la station. En 1862, un troisième traité conclu avec le roi et les principaux chefs du cap Lopez augmentait considérablement le territoire soumis à notre influence. De plus, de nombreuses explorations étaient dirigées à l'intérieur du pays, et, peu à peu, notre domination était acceptée par les tribus du voisinage. Tels sont les principaux faits qui ont marqué l'histoire de notre établissement gabonnais jusqu'aux négociations de 1875, entamées avec l'Angleterre, et qui ont failli aboutir à l'échange de ce territoire contre les possessions anglaises enclamées dans notre colonie du Sénégal. Ces négociation n'ont pas abouti, et c'est ainsi que le drapeau français flotte encore à Testuaire du Gabon.
Cet estuaire forme une rade magnifique, qui peut offrir un abri sûr à une flotte considérable. Il est naturellement divisé en deux bassins, auxquels on a donné le nom de bassin inté-
rieur et de bassin extérieur. La profondeur de l'eau dans le premier bassin est de 5 à 8 mètres, et dans le second de 8 à 25 mètres, c'est-à-dire que les plus gros navires peuvent y pénétrer. Malheureusement, la navigation dans ce bassin extérieur et dans les passes qui y conduisent exige la plus grande prudence, à cause des nombreuses roches à fleur d'eau qui s'élèvent brusquement sur des fonds unis, où rien n^annonce leur voisinage. La séparation de ces deux bassins est indiquée par deux îles, l'île Coniquet^ surmontée d'une hauteur qui sert à se diriger dans les passes d'entrée, et Pîle marécageuse des Perroquets. De nombreuses collines entourent ces deux bassins. Les monts Bouet et Baudin, sur la rive droite, dominent toutes ces ondulations de terrain, qui se dirigent en pente douce vers la mer, et s'abaissent pour livrer passage aux cours d'eau qui se jettent dans Testuaire.La plus considérable de ces rivières est la Como; assez large à son embouchure, elle ne tarde pas à se rétrécir, et, à partir du point où elle reçoit le Bogoë, elle n'est plus accessible qu'aux petites goélettes. La marée s'y fait sentir jusqu'à 70 milles de l'embouchure. A l'entrée de la Como, on observe quelques îles, dont la plus importante est celle de Mingué Mingué, qui sert de point de relâche aux traitants noirs. Citons encore la rivière Rhamboé, qui se jette dans l'estuaire du Gabon près de l'île Mingué Pongoé et forme à son embouchure un bassin de plusieurs milles de longueur sur un mille de largeur.
En dehors du Gabon, mais soumis également à notre influence, se rend à la mer par plusieurs embouchures un des principaux fleuves de l'Afrique, VOgowaï* Il est encore à peu près inconnu. Deux de nos compatriotes, le marquis de Compiègne, arraché récemment par une catastrophe imprévue à son pays qu'il honorait et à la science dont il augmentait le domaine, et M. Marche, l'ont exploré en partie et ont raconté des merveilles sur la fertilité de la région qu'il parcourt. C'est encore par TOgowaï que M. Marche et deux nouveaux pionniers, MM. Ballay et Savorgnan de Brazza, viennent de s'avancer assez profondément dans l'intérieur des terres. Ce fleuve, dont les communications avec le Congo sont très-faciles, est destiné à devenir une des principales artères du commerce avec l'Afrique centrale.
Une large baie où se jettent plusieurs rivières, un grand fleuve qui contourne cette baie et se jette sur la mer par plu-
sieurs embouchures comprenant dans leur écartement le cap Lopezy si connu des négriers, tel est le pays qui dépend de la France. Bien que la possession de ces rivières et de la région qu'elles arrosent nous soit assurée par des traités, notre établissement y est plutôt nominal qu'effectif. La seule partie réellement occupée et vraiment importante est la baie elle-même. Dans celle rade profonde et sûre circule constamment quelque navire de la division. Un petit nombre de vaisseaux anglais ou américains, trop rarement français, parcourent cette immense nappe d'eau, mais sans réussir à l'animer. Ce n'est pas que le Gabon soit triste par lui-même. La nature au contraire y déploie sa magnificence. Les îlots de Goniquet et des Perroquets semblent surgir de Teau comme des bouquets de verdure. Partout croît une abondante végétation qui descend jusqu'au rivage. Les arbres et cette, verdure donnent à la baie un aspect qui séduirait, s'il était plus vivant; mais ce n'est qu'un tableau de nature morte richement encadré.
Ce qui frappe les Européens plus encore que l'absence de mouvement, c'est la langueur énervante du climat. La région gabonnaise, coupée par Téquateur, coirespond à peu près exactement à celle des grands lacs d'où sort le Nil. De même que cette région, aujourd'hui si célèbre, c'est un pays de chaleurs et de pluies, surtout de pluies. Elles commencent vers le 15 septembre, avec une régularité presque mathématique. Fines d'abord et peu abondantes, elles durent jusqu'aux premiers jours de janvier. Elles cessent alors pendant six semaines environ : c'est la période connue sous le nom de petite saison sèche, fort humide, lourde à supporter et féconde en maladies graves. Après ce temps d'arrêt, la pluie recommence, tombant par torrents et accompagnée d'interminables et magnifiques orages, qui exercent sur la santé les plus déplorables effets. Trois mois de sécheresse absolue viennentenfin pomper jusqu'à la dernière goutte cette cataracte annuelle.
Quant à la chaleur, elle n^est pas excessive, mais constante. La moyenne habituelle est de 28 degrés; mais l'humidité et surtout la tension électrique de Tair rendent cette température insupportable aux Européens. Le climat du Gabon est donc foncièrement mauvais^ puisqu'il est débilitant. Ce caractère se retrouve dans les maladies locales, fièvres pernicieuses, et gaffârel. 6
LES COLONIES FRAXi.
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surtout anémies avec leur coitiïge de '^-lunmftfi douleurs sans lésions cl de déliililës s;*.' -jy-™ pays séduira peul-Ctic le voyageur 01, ,,[,„,jy^i l'Européen qui n'y est pas retenu par iT se contentera d'y camper. Il ne s'y êlal'!
Ce n'est pas que les richesses naturel!
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beaux. Les bœufs de provenance élrar" ment, mais les sujets nés dans le pnyr
sions extraordinaires et sont d'une '■^ *
moutons sont rares, et leur laine ef ' três-line, ainsi qu'il arrive tonjoun '^ On peut aussi élever des chevaux, mn-soins. La volaille est commune; les por- ''" mais on en restreint le nombre, à causmellent dans les plantations. Quant au'' " tiques, il faut aller les chercher da""'^ "^"''"' rieur. L'antilope s'y rencontre rarement- * "'"■' ''' du fond de la baie, on trouve parfois n sanglier à front blanc. Comme animau^f'^ ' nous ne citerons que la panthère, l'ëlép. ' " gorille, la panthère n'est pas très comi"" les gens qui traversent les forêts, rôde aipas les attaquer. L'éléphant est plus redoi ■ vages de l'intérieur lui ont déclaré untion ahn de s'emparer de ses défenses, 1 devenu féroce. Il rend le mal pour le nu besoin et ne se laisse jamais approche par ruse. Quant aux serpents, ils sont venimeux, à l'exception du grand bo; suffit d'ailleurs à rendre redoutable. I^ des cases pour attaquer quelques vola, les rais jusque sur la toiture. Le plus v pents est VEchidna Gabonica, grosse vit qui atteint parfois deux mètres de long) les de couleurs variées forment de grantl^ larité singulière et vraiment élégante. Rc singe de taille gigantesque et d'une (orci> tenlion publique fut vivement éveillée, il "
par les récits de chasse de M. Bellonie du Ghaillu, qui prétendait avoir couru de sérieux dangers dans ses campagnes contre l'animal qu'il appelait l'homme des bois ; mais ce n'était qu'une exagération de chasseur. Le gorille est néanmoins redoutable. Il se laisse approcher à bonne portée, fort heureusement pour le chasseur, qui serait perdu s'il ne le tuait pas sur le coup. La vie paraît d'ailleurs s'échapper facilement de ce corps monstrueux. La capacité de sa poitrine donne à sa voix un développement effrayant. Le vagissement du petit gorille ressemble, à s'y méprendre, à celui d'un enfant irrité, et, n'était son corps velu, on le prendrait à première vue pour un petit négrillon. Jamais on n'a pu réussir à Télever. Quant à l'animal adulte, il est impossible de le prendre vivant.
Les lacs fangeux de la région servent d'asile aux cdimans et crocodiles. Sur les hauts fonds du fleuve, on trouve encore l'Aippopotame, dont l'ivoire est un objet de commerce, et le lamantin^ dont la chair est savoureuse.
Si le Gabon n'est pas très riche en animaux féroces, il ne Test que tix)p en insectes, et surtout en fourmis, qui sont la perte et le fléau de la région. On en rencontre plus de vingt espèces ditférentes. Les unes vivent au milieu des colons et rendent quelques services en échange de leurs incessantes déprédations. De même que les chiens errants de Gonslantinople ou que les vautours urubus de Cayenne, elles débarrassent de toute immondice la maison qu'elles ont adoptée. Elles ne sont qu'incommodes. D'autres sont dangereuses, la fourmi blonde par exemple, qui élit domicile sur certains arbres et, à la moindre agression, défend courageusement sa demeure. Les fourmis rousses ont des mœurs singulières. Quand elles défilent en colonnes serrées, une partie s'entasse sur deux rangées, les pattes si bien enchevêtrées les unes dans les autres que, du bout d'un bâton, on en soulève de véritables pelotes. Entre ces deux murailles vivantes, les travailleuses font leur ouvrage, surveillées par des mâles à grosse tête chargés de régler le défilé et de veiller à la sûreté de la colonne; mais ils ont peu à faire, car les nègres, auxquels la chaussure est inconnue, n'ont garde de les fouler aux pieds. Quand une de leurs colonnes envahit une case, ilfiiut l'abandonner au plus vite, car elle ne quitte la place qu'après un nettoyage complet. Ces fourmis ont des ennemis pourtant,
et qui ne sont pas moins dangereux, les termites. Entre termites et fourmis rousses, c'est une guerre à mort, fort heureusement pour les villages gabonnais, car, si elles se liguaient, en quelquesjours un village aurait disparu.
Au milieu d'une nature vigoureuse et puissante, sur un sol fertile et facile à cultiver, les Gabonnais n'ont su se créer que des ressources insuffisantes pour eux-mômes et nulles pour les étrangers, La banane et le manioc forment comme le fond de leur alimentation. Le bananier surtout est pour le pays une ressource immense. On en compte jufe'qu'à dix-neuf variétés. Quelques-unes portent des fruits énormes; mais aucune n'a le goût fin et délicat de la petite banane, connue dans nos Antilles sous le nom de figue banane. Quant au manioc, il présente sur celui d'Amérique l'inappréciable avantage de ne pas être toxique. On lui fait subir une macération préalable qui lui donne un goût aigre très apprécié des indigènes. Les condiments ne manquent pas à cette cuisine élémentaire. Il n'est peut-être pas de pays qui soit plus riche en produits oléagineux inexploités. Deux arbres de la famille des sapotacées, le Djavé et le Noungou, fournissent, le premier une huile à moitié concrète, l'autre une graisse très ferme et d'une parfaite blancheur. Un arbre très élevé, le M'poga, produit une huile, excellente, mais d'une extraction difficile, à cause de la dureté du fruit qui la contient. Une légumineuse arbprescente, VOwala, donne une gousse énorme dont les graines sont oléagineuses et comestibles. Si l'on joint à cette liste le palmier à huile, qui n'est pas très commun, YOchocOy qui donne 61 0/0 de graisse fusible à 70** centigrades, le Ditra, dont la graisse, analogue au beurre de cacao, est précieuse pour la savonnerie fine, et surtout l'arachide, dont les indigènes se soucient peu, parce qu'elle exige un certain travail, nous verrons combien ce pays est riche en matières grasses végétales, et quelles ressources les indigènes y trouveraient s'ils voulaient se donner la peine non de cultiver, mais seulement de multiplier et de grouper les espèces utiles.
Nous citerons encore, parmi les condiments de haut goût que produit le Gabon, le Maketa ou gingembre doré, le Yanguebere^ VEnoné et plusieurs autres plantes connues sous le nom de maloguette ou poivre de Guinée, qui jadis étaient fort employées en Erance dans les préparations pharmaceutiques ou culinaires. On
trouve encore deux muscadiers et le vanillier. Les Gabonnais estiment beaucoup VIbogd, excitant général^ qui pourrait remplacer le café et dont ils se servent dans leurs longues excursions en pirogue pour combattre le sommeil et la fatigue. La noix de Gourou est également fort recherchée. Son goût âpre et sucré imprègne fortement les papilles de la langue et les rend momentanément insensibles aux saveurs les plus désagréables, même à l'eau saumâtre.
Toutes ces substances ne coûtent aucun travail aux Gabonnais et leur sont fournies par les forêts au milieu desquelles sont situées leurs cultures. Ces forêts constituent la principale richesse du pays. Plantureuses et luxuriantes, elles occupent d'énormes espaces et ne cessent de grandir, ainsi qu'il arrive dans toutes les régions inondées de soleil et de pluie. La nomenclature, même abrégée, de ces richesses, serait interminable. Parmi les principales essences qu'on exploite, nous citerons le BombaXy le Fromager géant, le Tulipier de Virginie aux belles fleurs d'un rouge éclatant, VOsami, si remarquable par se;? grappes de fleurs blanches et cotonneuses, le Combo, VOréré, YOginagina ou arj)re à gomme-gutte, VOkoumé ou bois à chandelle, arbre gigantesque qui sécrète une résine abondante et dans le tronc duquel se creusent les plus grandes pirogues, et des figuiers à caoutchouc presque inexploités. Le commerce du caoutchouc a cependant pris dans ces dernières années une certaine extension; mais les traitants coupent les lianes à l'aventure, les saignent sans merci, et, pour achever de ruiner l'avenir, déconsidèrent leurs produits par de lâcheuses adultérations. Dans les forêts, on trouve encore le Santal et VEbène, le premier employé particulièrement pour la teinture, et le second pour Tébénisterie.
Le règne minéral est jusqu'à présent fort mal représenté. Il est vrai que le pays n'est pas encore bien connu, et surtout qu'il n'a pas été l'objet d'études spéciales ; mais on n'a pas encore constaté la présence de métaux précieux, pas même celle du fer et de la houille.
Attirées par ces richesses, plusieurs maisons de commerce se sont, dans ces derniers temps, établies au Gabon. On cite parmi elles la maison Dubarry, du Havre, la maison anglaise Halton et Cookson , dont les petits vapeurs se sont avancés très loin sur
les cours d*eau et qui a fondé une factorerie à 160 milles dans rintérieur du pays, à Adanlinanlago^ et la maison allemande Wurmer, de Hambourg. Le commerce de ces maisons est alimenté par un nombre considérable de traitants noirs, qui s'enfoncent plus ou moins loin dans l'intérieur et reviennent, à des époques fixes, rapporter les produits africains en échange des marchandises européennes, sur lesquelles on leur fait une remise. Le mouvement commercial du Gabon s'élève déjà à plus de deux millions par an.
Après les productions, les habitants. En laissant de côté les Européens, dont le nombre est encore fort restreint et qui se composent en général de fonctionnaires et de marins fort désireux d'abréger leur séjour, ou bien de quelques commerçants répartis sur les bords de la baie, dans les villages deGlasset de Libreville, la population indigène se divise en quatre groupes, parlant des langues différentes : les Mpongwei ou Gabonnais proprement dits, établis sur les bords de la mer et à l'entrée des rivières, les Boulons^ les Bakalais et les Pahouins. Ces quatre races ne sont pas originaires du pays. Elles viennent de rintérieur. Poussées par une force irrésistible, elles se rapprochent de la côte, sans doute pour commercer plus facilement avec les Européens. Les Gabonnais sont déjà serrés de très près par les Boulous, les Boulons par les Bakalais, et les Bakalais à leur tour par les Pahouins. Ces derniers n'ont fait leur apparition que depuis quelques années. Ils refoulent les trois populations qui les séparent encore de la mer, et se rapprochent rapidement de notre territoire, dont ils formeront bientôt la nation la plus importante.
La plus connue est la première de ces quatre races, celle avec laquelle nous nous trouvons en contact quotidien, les Mpongwei ou Gabonnais. Ce sont de fort beaux hommes, d'ordinaire grands et bien proportionnés. Leurs yeux sont expressifs, leur nez peu ou point épaté, leur bouche médiocrement fendue. Leur couleur est plutôt bronzée que noire. La plupart d'ent?^ eux rasent une partie de leur chevelure, en figurant des dessins variés. Les femmes sont généralement petites : elles ont les extrémités fines et délicates; la main surtout est parfois très élégante. Aussi bien, leur beauté est renommée fort au loin dans rintérieur. Elles donnent le ton à Télégance africaine. On
€opie leurs modes, surtout leurs coiffures, en les exagérant, ainsi qu'il arrive d'ordinaire. Hommes et femmes ont la poitrine nue. Les femmes la couvrent parfois de colliers de verroterie, dont les couleurs sont assorties avec goût. A ces colliers sont suspendus de petits fétiches plus ou moins précieux. Elles portent encore d'énormes boucles d'oreille, qu'on leur fabrique en Europe sur un modèle invariable, des bracelets de cuivre, et des bagues dont elles ornent leurs doigts et môme leurs orteils. Aux jours de grande cérémonie, elles attachent autour de leurs jambes des anneaux de cuivre qui, de loin, ressemblent à des bottes métalliques. Depuis peu, les modes européennes ont fait invasion : on voit circuler des jupons, mais peu de chemises. Les hommes commencent à se coiffer de chapeaux à haute forme. Ils portent des chemises de couleur, de gigantesques cravates et d'interminables redingotes noires; mais ils n'ont pas encore adopté les pantalons, qu'ils remplacent par un morceau d*éloffe bariolée, dont ils se ceignent les reins. 11 est fort difficile de se rendre compte de leur religion, d'abord parce qu'ils sont sur ce point peu communicatifs, et surtout parce qu'ils seraient fort embarrassés de définir leurs croyances. Nos missionnaires ont cru démêler chez eux l'idée d'un Dieu unique, Aniambié; mais Aniambié n'est sans doute qu'un grand fétiche plus puissant que les autres, car les Gabonnais sont avant tout fétichistes, c'est-à-dire qu'ils vivent comme dans une atmosphère de génies malfaisants, toujours prêts à leur jouer de vilains tours, s'ils ne parviennent pas à apaiser leur fureur. C'est une religion de terreurs et d'épouvantes. Les Gabonnais ont peur des démons et des morts, peur surtout des magiciens. Gomme l'écrivait le marquis de Gompiègne, « une foule jde choses chez eux sont roondo^ c'est-à-dire fétiches. Telle île est roondoisi vous y mettez le pied, vous serez puni par les esprits qui la protègent ; tel oiseau est roondo : si vous le tuez, tous les malheurs fondront sur vous. Ghaque famille a une viande qui est roondo pour elle : si un de ses membres venait à en manger, il serait puni de mort instanta; née. Aussi, pour se préserver des maux de toute sorte que peut faire tomber sur ces gens-là une telle collection de divinités malfaisantes, ils se couvrent le corps de talismans et de grisgris de toute sorte et ont sans cesse recours aux féticheurs, qui
se livrent à l'étude de la magie et acquièrent une immense influence. » Ce sont les féticheurs par exemple qui vendent les talismans , ornements en griffes de panthères que les femmes portent au cou, cervelles de léopard calcinées que le guerrier cachera sous son pagne pour se donner du cœur au moment du combat, et surtout cendres produites parla calcinalion des os d'un Européen. Ce sont encore les féticheurs qui rendent la justice, qui lèvent les impôts et qui guérissent les maladies. Aussi leur influence est-elle souveraine. Ce sont les véritables rois du pays.
Au Gabon, en effet, il n'y a pas de chef unique auquel obéissent tous les indigènes; chaque village est gouverné par un chef qui prend avec impuSence le titre de roi, mais qui n'est le plus souvent qu'un simple négociant, dont la principale occupation consiste à vendre le plus cher qu'il peut les produits de ses domaines, à mendier sans vergogne du tabac et du rhum aux Européens qui viennent le visiter, et parfois à spéculer sur les charmes de ses femmes. Il n'y en a vraiment que deux ou trois importants; ils exercent sur les autres une sorte de souveraineté morale. Le plus connu d'entre eux était le roi Denis, vieillard presque centenaire, qui comprit le premier les immenses avantages que son pays pourrait retirer du séjour des blancs. Il prit une part importante aux négociations qui amenèrent la cession du Gabon et, depuis, se montra constamment notre allié; mais, affaibli par l'âge, il vit chaque jour les restes de son prestige s'enfuir avec ses forces. Les rois gabonnais ne sont pas héréditaires. Ils sont élus par leurs concitoyens, et non sans quelque émotion populaire; mais, comme ces élections se font sous la surveillance de nos officiers, les rixes ne sont jamais bien sérieuses. Un curieux usage consiste à faire payer au futur roi, par des injures et des coups, l'obéissance qu'on lui devra le lendemain. Il est vrai que cette obéissance est bien restreinte, aujourd'hui surtout que notre présence exclut toute possibilité de querelle intestine. A vrai dire, les rois gabonnais ne sont que des instruments entre nos mains. Ils ne dirigent que la police et le règlement des petites discussions intérieures.
Si Tautorité des rois est étroitement limitée, il n'en est pas de môme de l'autorité du chef de famille : elle est absolue et
souveraine, surtout sur les femmes. Il est vrai de dire que leur condition est peu enviable. La polygamie règne au Gabon. Quatorze ou quinze femmes sont parfois entassées dans une même case autour d'un maître unique. Le mariage est une véritable affaire de commerce, un marché parfois très long à négocier. Les habitants du même village ne se marieront jamais entre eux, à cause des liens de parenté très rapprochés qui les unissent déjà, et aussi parce qu'un, beau-père est un précieux correspondant, quand il demeure au loin. Aussi les femmes sont-elles traitées avec un souverain mépris. Ce sont de véritables esclaves : à elles incombent les travaux de la maison ou des cultures, pendant que le mari fume ou dort. Vient-il à sortir, il renfermera celles qui ne l'accompagnent pas, et ces recluses ne chercheront pas à s'échapper, car, élevées dans cette vie de sujélion, elles en trouvent les rigueurs toutes naturelles. Malgré leur triste condition, elles onl pourtant dans la société gabonnaise une grande importance. La femme est en effet un capital que le mari exploite de son mieux. C'est elle qu'il donnera en nantissement des marchandises en dépôt, elle qu'il engagera comme garantie de sa parole pour conclure une affaire à long terme, etc. Pour en finir avec les ménages gabonnais, disons que ces femmes sont d'une paresse, d'une ivrognerie et d'une inconduite dont rien ne peut donner l'idée, et que, si quelque chose dans l'ordre moral peut être au-dessous d'un Gabonnais, c'est une Gabonnaise.
Les Gabonnais sont d'une vanité grotesque. Jamais citoyen romain interrogé sur sa nationalité n'a répondu : Eg& sum civis Romanus, avec autant d'emphase que le Gabonnais ne prononce : Son mi are Mpongwé : Je suis Mpongwé ! Ont-ils réussi à amasser quelque argent, ils achètent un trousseau de clefs qu'ils pendent à leur ceinture pour faire croire qu'ils ont beaucoup de coffres. Leurs affaires prospèrent-elles, ils achètent une quantité de coffres, qu'ils étalent bien en vue, comme s'ils possédaient beaucoup de marchandises. Devenir ce qu'ils nomment un grand monde est leur suprême ambition, et malheur à celui d'entre eux qui réussit ! 11 est aussitôt en butte à la jalousie et à la haine de ses camarades. Après la vanité, leur passion dominante est le commerce, et, comme ils ont à peu près absorbé le monopole du trafic avec l'intérieur, ils réaUsent
d*assez gros bénéfices. Jadis ils étaient tous courtiers, lis avaient alors fait élever à la porte de leurs cases des enseignes rédigées par quelque matelot facétieux qui avait gravement inscrit : « N..., grand fripon et gros imbécile. » — « N..., courtier voleur et ivrogne ! » etc. Aujourd'hui que les blancs commencent à pénétrer dans l'intérieur, de courtiers ils sont devenus traitants. Attachés à (juelque factorerie européenne, ils reçoivent des marchandises, qu'ils revendent le plus cher possible. On leur fait parfois des crédits assez considérables, dont ils ne peuvent abuser, car, leur famille restant au Gabon, le créancier a en elle un excellent otage. Selon la loi et les usages du pays, quand le mari ne paye pas, la femme reste en prison jusqu'à extinction de la dette.
Ainsi qu'il arrive à toutes les races primitives, qui fondent et disparaissent au contact des Européens, le nombre des Gabonnais diminue régulièrement. Cette diminution frappe d'étonnement la plupart de nos oificiers qui revoient le Gabon à quelques années d'intervalle. Les causes qu'on a invoquées pour expliquer en d'autres pays cette dépopulation paraissent ici insuffisantes. Point de guerres désastreuses, pas de maladies épidémiques, pas de misères réelles. Reste l'abus de ralcool et une débauche sans frein.. Heureusement, un sang nouveau parait devoir rajeunir un jour ce sang appauvri, et la race pahouine comblera sans doute les vides qui se font autour de nous.
Entre les Gabonnais qui sont en décadence et les Pahouins dont le nombre et l'importance augmentent, deux autres races ménagent la transition et empêchent les premiers d'être subitement absorbés ou détruits par les seconds : ce sont les Boulons et les Bakalais.
Les Boulons, bien que fort méprisés par les Gabonnais, qui ne frayent pas volontiers avec eux et avec lesquels ils ne se mésallient que par spéculation, sont habitués à une vie rude et sauvage. Ils sont fort laids. Ce sont des nomades déterminés, car Texiguïté de leur mobilier et le peu d'importance de leurs cultures rendent leurs déplacements faciles et peu coûteux. Leurs cases sont petites, mal bâties, malpropres. Ils n'ont d'autres ressources que celles qu'ils trouvent dans les bois. Il est vrai que leurs goûts sont peu délicats. N'ont-ils pas imaginé
de faire bouillir à pleine marmite un gros termite à tête noire, au corps bleuâtre et mou, dont l'aspect rappelle la tique du chien, et d'en distiller une huile, avec laquelle ils assaisonnent leurs aliments? Leur vie solitaire, à Tombre des grandes forêts, a jeté sur eux une sorte de prestige mystérieux. Ils sont un peu médecins et tout à fait sorciers. La forêt n'a plus de secrets pour eux : ils y trouvent des médicaments ou des poisons.
Les Bakalais vivent sur le bord des rivières, dans les plantations de palétuviers et d'enimbas. Wenimba est un grand palmier dont le fruit sec et huileux est d'une médiocre ressource pour l'indigène, mais qui lui fournit des planches toutes faites pour construire sa maison et des tuiles pour la couvrir. Ces planches sont les branches mêmes de l'enimba, et ces tuiles les folioles, qu'on n'a plus qu'à disposer les unes à côté des autres. La race des Bakalais est peu nombreuse : « Avant-garde arrêtée dans sa marche d'une grande tribu, qui habite sur les bords de l'Ogowaï, elle rétrograde aujourd'hui sous la pression des Pahouins, qui s'infiltrent au milieu d'elle. Ce n'est pas une perte. Les Bakalais, qui semblent participer des Boulons par la laideur, paraissent avoir aussi leurs défauts. Ils ont les mêmes goûls nomades et aussi peu de respect pour la propriété d'autrui ; mais ils sont plus industrieux, car ils fabriquent des tissus en fibre végétale d'une bonne confection, plus soUdes et plus durables assurément, et pourtant moins prisés que la plupart des colonnades européennes, dont ils font leurs pagnes. Ils ont aussi, plus que leurs voisins, le sentiment de la musique, et font plusieurs instruments qui tiennent, les uns de la harpe, les autres de la guitare. » (G. du Bellay, p. 303.)
Arrivons à ces mystérieux Pahouins, entre les mains desquels repose aujourd'hui Ja destruction ou la régénération de notre colonie.
D'où viennent les Pahouins? On l'ignore. Pourquoi ont- ils quitté en masse leur pays natal, et quelle force inconnue les pousse sans cesse vers Test? Ce problème est encore à résoudre. Jl y a environ trente ans, leurs avant-gardes sont arrivées près de notre frontière, et, depuis ce temps, les tribus se sont rapidement succédé, balayant tout sur leur passage, Chassant les indigènes terrifiés, qui ne songent même pas à leur disputer
la possession du sol, et avançant en masses serrées. Les Pahouins sont des cannibales; non seulement ils mangent leurs ennemis tués et pris dans le combat, mais encore leurs propres morts. Il est vrai qu'ils ne mangent pas dans un village les morts de ce village, mais ils vont les vendre à côté, et c'est à ce simple ménagement que se bornent leurs scrupules. Pourtant, à mesure que les Pahouins se rapprochent de nous et arrivent à jouir d'un certain bien-ôtre, les cas de cannibalisme sont moins fréquents et surtout mieux cachés.
Les Pahouins forment une belle race.^Les enfants sont vifs, espiègles, intelligents; leur tête est allongée, leur front proéminent, leurs yeux grands et doux. Vers quinze à seize ans, le type s'accentue, les pommettes deviennent saillantes, et les tempes se creusent. Les femmes ont la léte allongée et le front bombé, mais elles sont loin d'être maigres. Leur coquetterie ne recule devant aucun ridicule, pas môme devant celui de l'imitation des Gabonnaises. Gomme elles, elles couvrent leur poitrine de colliers et leurs jambes d'anneaux de cuivre ou de fer poli. Les jeunes mères s'enlaidissent à plaisir en se barbouillant d'une décoction de bois rouge. Elles n'ont d'autre vêtement que Vito, morceau d'écorce rouge qui se passe sous la ceinture et dont l'extrémilé s'étale en éventail au milieu du dos. Cette écorce est de figuier. Cet arbre, qui, d'après la tradition, forma le vêtement de nos premiers pères, habille encore aujourd'hui des gens presque aussi voisins qu'eux de Tétat de nature.
Les armes des Pahouins sont singulières. Habiles forgerons, ils fabriquent des sagayes, des couteaux de combat à pointe aiguë, enfin une arme bizarre, qui rappelle le profil d'une tête d'oiseau emmanchée sur un cou fortement cambré. Un coup de pointe appliqué sur la tempe fait une blessure mortelle, et la partie courbe sert ensuite à décapiter. Toutes ces lames sont d'un bon travail, très-supérieures à la plupart des sabres ou couteaux que le commerce fournit habituellement aux tribus africaines. Elles sont en outre ornées de dessins et de ciselures. L'arme la plus dangereuse des Pahouins est une arbalète, avec laquelle ils lancent de petites flèches empoisonnées. Le poison est extrait d'une plante grimpante, Vinée ou Vonaye^ qui, par bonheur, est fort rare autour de nos établissements.
Peuple guerrier, les Pahouins ont des danses d'un effet saisissant. Deux d'entre eux s'avancent l'un vers l'autre, armés de toutes pièces et la tôte couronnée d'une large aigrette en plumes. Quand ils se livrent à leurs passes d'armes, les narines dilatées, l'œil étincelant, la bouche entr'ouverte et meublée de dents acérées, on comprend qu'on est en présence d'une population vraiment énergique.
Leur organisation ressemble à celle des tribus voisines. Comme chez les Germains, c'est un système de composition qui est la base de leur code criminel. Le sang ne se paye pas par le sang, mais par une amende. La polygamie est moins effrénée chez eux que chez les Gabonnais, les mariages moins précoces et les mœurs moins relâchées. Leur religion parait être un fétichisme modéré. La chasse est leur principale ressource et leur plaisir favori; ils sont pourtant très-habiles à défricher une forêt et à obtenir sur l'emplacement défriché une plantation de bananiers assez productive.
Telle est cette race pahouine, la plus intéressante du Gabon et bientôt la plus importante, car elle s'avance à grands pas vers nos comptoirs. Il est certain que ce peuple est doué d'une vitalité puissante, qu'il ne connaît pas l'esclavage, et que la fécondité de ses femmes est extraordinaire. Quelques-uns de nos officiers de marine, qui les ont étudiés sur place, les voient avec plaisir se substituer aux Gabonnais, race usée, gangrenée de vices, incapable d'un labeur sérieux. D'autres, au contraire, n'éprouvent pour les Pahouins qu'une médiocre sympathie. S'ils sont habituellement doux et hospitaliers, ils ont aussi un caractère ombrageux et versatile. Ils ont commencé par dévaliser les noirs, ils attaquent aujourd'hui même les blancs, et nos commandants du Gabon ont été obligés de diriger contre eux plusieurs petites expéditions. Si jamais ils deviennent nos sujets immédiats, ce serait des sujets remuants et difficiles à manier.
Le peu de ressources que présentent les Gabonnais et les défiances qu'inspirent les Pahouins ont failli entraîner, il y a quelques années, l'abandon de notre colonie. A la fin de 1873, l'évacuation était décidée en principe; elle était même annoncée par les journaux, et les officiers de la station en avaient reçu ravis officieux. Cette détermination était peut-être préci-
pitée; car, ne serait-ce qu'au point de vue militaire, la baie du Gabon offre un port spacieux et magnifique ; et» à un autre point de vue, c'est par le Gabon que les négociants pénétreront au cœur de l'Afrique; mais il est une question de justice et d'humanité qui prime toutes les autres. En prenant possession du Gabon, nous avons contracté des engagements vis-à-vis des indigènes : aussitôt les Français partis, les Gabonnais seraient exterminés par les Pahouins. De plus, nous avons appelé des missionnaires et des étrangers : notre devoir est de les protéger. Aussi bien, le gouvernement l'a compris, et l'évacuation a été différée.
11 a été également question d'un échange de territoires avec l'Angleterre. Nous lui donnerions le Gabon, et elle nous céderait ses établissements de Gambie. En effet, les deux pays gagneraient l'un et l'autre, la France à augmenter ses possessions du Sénégal par l'annexion de la Gambie anglaise, et l'Angleterre à augmenter ses établissements de Guinée par l'annexion du Gabon ; mais il parait que l'opinion publique s'est émue en Angleterre contre cet échange, qu'on trouvait désavantageux pour les intérêts britanniques. La transaction proposée n'a pas eu lieu, et le Gabon nous est resté.
Il est probable qu'il nous restera longtemps encore, et, pour notre part, nous l'espérons de tout cœur. S'il en était autrement, c'est nous qui du moins aurons eu le mérite de l'initier à la civilisation ; et qui sait, dans quelques siècles d'ici, si les descendants des Gabonnais actuels ne s'en souviendront pas avec reconnaissance ?