II. — Géographie physique
La Cochinchine française a pour limites, au nord le Cambodge et l'Annam, au sud la mer de Chine, à l'ouest le golfe de Siam. Elle a une superficie de 56243 kilomètres carrés. A proprement parler, elle constitue le delta du Mékong ou Cambodge^ le plus grand fleuve de llndo-Chine, qui, avant de se jeter à la mer, môle ses eaux à celles d'un grand nombre de petits fleuves dont le cours est parallèle au sien et qui unissent leurs bras dans un inextricable lacis de canaux naturels ou artificiels. Voici les principaux de ces cours d'eau : 1° le Donnai ou rivière de Bien-hoa; 2^ la rivière de Saigon; 2^ le grand Vaïco; 4" le petit Vaïco. Ces quatre cours d'eau, que peuvent remonter les plus grands navires jusqu'à 80 milles
de leur embouchure, ne sont que les artères principales. Une multitude de canaux, naturels ou artificiels, les arroyos \ relient ces artères entre elles et remplacent avec avantage les voies de transport terrestre. Vient ensuite le Mékong proprement dit. Il a déjà parcouru plus de 3200 kilomètres, quand il arrive dans le Cambodge, où il se divise en deux grands bras qui enferment un delta large de 120 kilomètres. Les deux bras communiquent entre eux. Celui de Test confond ses eaux avec celles du Donnaï, du Saïgon et des deux Yaïco; celui de roaest est uni par le grand canal de Ha-tien au golfe de Sianfi. Il se jette à la mer par onze embouchures, dont deux seulement navigables. Les autres sont bouchées par les dépôts de vase qu'entraîne le courant. Il est difficile de trouver un système hydrographique mieux combiné. On dirait six grandes routes parallèles, reliées entre elles par de nombreux tronçons perpendiculaires. La Hollande en Europe, l'Egypte en Arrique, la Louisiane en Amérique peuvent donner une idée de ce prodigieux enchevêtrement de cours d*eau, qui constitue la richesse et rimportaYîce de la région.
La Cochinchine française est donc une vaste plaine parcourue par les bras du Mékong. Le sol peut se diviser en terres basses et terres hautes. Les terres basses comprennent des rizières, des forêts de palétuviers et des plaines immenses, où croissent à perte de vue des herbes et des joncs, mais qui sont susceptibles d^une culture facile. Les terres hautes, qui commencent au-dessous de Saïgon et s'étendent jusqu'aux limites sepîentrionales de la province de Bien-hoa, et aussi à l'extrémité occidentale de la province de Ha-lien, se partagent en terres cultivées, en terrains non cultivés, mais qui pourraient Tôlre aisément, et en forêts. Ce sont les dernières ramifications de la chaîne qui descend du Thibet, traverse le Yunnam et sépare TAnnam du Mékong. Elles forment divers systèmes de collines, d'une médiocre altitude, très boisées, au milieu desquelles se détachent quelques pics d'une hauteur plus imposante (5on- /w, 300 m . ; Chua'sang,600 m . ; Ba-dinh, 600 m . ; Nuiçam, 400 m.).
1. Du U AiLLYf Souvenirs d'une campagne dans Vextréme Orient. « Les arroyoe sont h vie de la Cochinchine. Ils tripleront la fécondité du sol le jour où, par d(3s travaux qu'indique la nature deâ lieux, nous en aurons fait, comme en Lomtardie, des instruments d'irrigation pour les mois de la saison sèche, n
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La Cochinchine tout entière peut donc et doit être exploitée par la main de Thomme. De plus, comme elle occupe une admirable position géographique, en face des plus grandes lies de la Malaisie, sur la route de la Chine et du Japon, à égale distance de Hong-Kong et de Singapour, dans cette Méditerranée orientale où s'agitent les intérêts commerciaux de deux cents millions de producteurs et de consommateurs, elle semble appelée à un magnifique avenir commercial.
La côte, depuis le cap Baké jusqu'au cap Camao^ suit la direction du sud-ouest. Elle est marquée par le cap Saint- Jacques. Les apports du Mékong ont constitué une grande presqu'île couverte de palétuviers, très malsaine, et qui augmente incessamment ; cette presqu'île comprend la plus grande partie de la province d'Ha-tien. A partir du cap Camao, la côte se relève brusquement dans la direction du nord, puis s'infléchit vers le nord-ouest jusqu'à la frontière .. Elle est alors baignée par le golfe de Siam.
A la côte se rattachent les îlots des Deux-Frères et Vîle PonlO' Condovy qui se divise en grande et en petite Condor. Un isthme étroit réunit les deux parties de l'île. Son sol est volcanique. Elle a une superficie de 6013 hectares. Le groupe de Phuquocy les îles des Pirates et l'archipel de Poulo-Dama sont baignés par le golfe de Siam.
Dans la mer de Chine, la côte est sûre, et les navires qui viennent du nord peuvent l'attaquer sans danger. Dans le golfe de Siam, au contraire, les navires doivent se défier des nombreuses barres des fleuves, qui se prolongent en mer à des dislances considérables, en formant des bancs à fleur d'eau.
Le climat de la Cochinchine est chaud, humide, peu sain,^ débilitant, surtout pour des Européens. La température varie entre 20 et 30°, sauf dans la saison sèche, où le thermomètre monte pendant le jour à 35^ et descend la nuit jusqu'à n<>. L'année est partagée inégalement en deux saisons. De décembre à la fin d'avril, pas une goutte de pluie ne vient rafraîchir l'atmosphère embrasée. La végétation est alors comme arrêtée. Les arbres languissent, les plaines n'ofl'rent qu'une succession de savanes jaunâtres; aux premières pluies,, tout change. La terre se couvre subitement d'un tapis d'herbe
verte; le feuillage des arbres se ravive, et le pays prend un air riant. Ces brusques alternatives nuisent à la santé générale. Les fièvres paludéennes, produites par les exhalaisons délétères de toutes ces eaux, dont beaucoup sont stagnantes, sont à redouter. Après quelques semaines de séjour , les Européens ont tous un teint légèrement jaunâtre, les joues amaigries et des yeux très vifs. De plus, quand ils causent ensemble, surtout à table, le diapason des conversations monte constamment, et souvent les entretiens dégénèrent en disputes. Gela tient au climat. L'Européen, en Cochinchine, contracte facilement des maladies de foie, de même que les indigènes sont sujets aux maladies de poitrine, à cause de leur négligence à se couvrir pendant la fraîcheur des nuits.
De la géographie physique, passons à la géographie écono* mique, et énumérons les principales productions de notre colonie.