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II. — Géographie physique

Une objection se présente tout d'abord à l'esprit : Le climat de la Guyane ne s'oppose-t-il pas à toute tentative de colonisation européenne? — La Guyane est, il est vrai, située en pleine zone torride, presque sous l'équateur (2° et 6° lat. N ); mais les chaleurs ne sont pas aussi accablantes qu'on le croirait au premier abord. Le thermomètre ne s'élève jamais au-dessus de 32". Il est vrai qu'il ne s'abaisse pas au-dessous de 18°, et c'est cette continuité dans la température qui fatigue plus que l'excès de chaleur. Le climat de la Guyane ressemble donc à tous les climats tropicaux, et, s'il exige de la part des nouveaux venus quelques précautions spéciales, là s'arrête sa rigueur. Par malheur, les conditions climatériques dépendent non seulement de la position géographique, mais aussi des influences locales inhé-

rentes à la nature du sol : or il y a en Guyane surabondance d'humidité. Les vapeurs de l'Atlantique se heurtent au massif de montagnes qui l'orme le centre du pays, s'y condensent dans les i'orôts épaiïses (jui couvrent ce massif, et coulent de toutes parts en sources et en rivières. On a calculé que la niasse des eaux qui tombent chaque hiver en Guyane couvrirait le pays d'une nappe liquide de 4 à 5 mètres de hauteur, si par bonheur elles ne trouvaient une issue dans de nombreux canaux ou fleuves, qui portent ce trop-plein à la mer. Tant que ces eaux s'écoulent régulièrement, la salubrité générale n'est pas compromise; mais, quand elles s'arrêtent et se corrompent dans de vastes marécages, elles forment de véritables foyers d'infection, dont l'influence délétère se fait sentir au loin. C'est ainsi qu'en Guyane certaines localités sont inhabitables sans que la cause du mal soit immédiate. Mais de l'insalubrité indéniable de certains cantons il serait injuste de conclure à l'insalubrité absolue et universelle du pays. En France, n'avons-nous pas en Sologne, en Corse, et ailleurs, des régions malsaines? En Italie les marais Pontins, en Autriche la Puzta hongroise, en Roumanie la Doborutscha, en Russie le Pripet sont également de véritables laboratoires de maladies et de mort. Pourtant jamais personne ne s'est avisé de soutenir que la France entière, que l'Italie, l'Autriche, la Roumanie ou la Russie étaient inhabitables. En Guyane, comme partout ailleurs, il y a des cantons insalubres et d'autres qui ne le sont pas. Il s'agit de borner la colonisation à ces derniers points et de n'attaquer les autres que partiellement et avec une extrême réserve. On peut donc vivre à la Guyane comme ailleurs. D après les observations faites sur la garnison française, la mortalité annuelle ne dépasse pas 2,53 0/0, et cette statistique est très-favorable. Aussi bien on voit en Guyane des vieillards dans toutes les classes de la société. La Guyane ne mérite donc pas sa réputation. Que l'Européen de son côté aide la nature par I hygiène, la sobriété et la régularité,. et peu à peu ses organes s'assoupliront aux exigences locales. Le climat n'est donc pas uti obstacle à la colonisation.

L'absence de bons ports est un obstacle plus sérieux. Qu'on se ligure une côte presque droite, qui ne se découpe jamais en une de ces échancrures profondes, si recherchées des navi-

f.A GUYANE FRANÇAISE gateurs. Vers le continent, deux ou trois lieues de terrains fangeux et noyés; vers la mer, des bancs de vase qui se prolongent au large et coinniuni(iuent à l'Océan une teinte jaunâti 0. Sur la ligne de séparation entre les eaux de la mer et le continent se dresse une forôt de palétuviers. On appelle ainsi de grands arbres de liaute futaie, attaches au sol par d'éiioinies et profondes racines, et baignés à chaque marée par 3 ou 4 mètres d'eau, suivant le niveau du terrain, en sorte qu'on aperçoit pendant le flot d'immenses forets au milieu de la mer. A intervalles inégaux, cette épaisse bordure de palétuviers s'ouvre pour laisser passer quelque fleuve, dont les bouches sont obstruées presque toutes par des bancs de sable ou fermées par des barres. A vrai dire, le seul port, et ce n'est qu'un mouillage peu sûr, est celui de Gayenne. On y arrive avec peine. En cas de mauvais temps, les grands navires sont obligés de s'arrêter en pleine mer, aux îles du Salut. Les navires d'un plus faible tonnage sont réduits à s'avancer en sondant le terrain, qui varie constamment, à cause des bancs de vase apportés par les fleuves de Guyane. Eu tout temps, par suite de la rencontre des lames de l'Atlantique avec le limon bourbeux des rivières, s'opèrent des ressacs tumultueux qui se tiaduisent en ras de marée. La Guyane n'est donc pas d'un abord facile, et le port de Gayenne est insuffisant pour toute celte étendue de côtes. G est là un inconvénient sérieux et réel, que nous sommes les premiers à reconnaître. Signalons à quoique distance de la côte les îles du Salut, de la Mère, des Mamelles, du Grand et du Petit Gonnétable.

Un autre inconvénient, plus grave encore, est l'isolement géographique de la Guyane. Rien n'aboutit à ce pays, et il ne conduit à rien. L'examen de la carte semblerait pourtant indiquer qu'au delà de la zuiic littorale s'étendent à Tinfini des champs immenses ouverts à la colonisation. Par malheur, les fleuves de la Guyane, qui sei aieut en quelque sorte les voies naturelles vers ces solitudes inexplorées, sont brusquement interrompus à quinze ou vingt lieues de leur embouchure par des rochers qui arrêtent toute navigation intérieure. Au delà s'étendent à l'infini des l'orêls immenses et inextricables que ne traverse aucun sentier. La course la plus lointaine entreprise dans ce labyrinthe de troncs et de lianes le fut par les

jésuites Béchamel el Grillet, qui, en 161 4, pénétrèrent à 80 lieues dans l'intérieur. De nos jours, le docteur Grevaux s'est enfoncé plus loin encore. On a beaucoup parlé, dans ces derniers temps, de ce couragt'i x explorateur. Sa fin tragique l'a fait connaître plus encore que ses voyages. Il ne sera peut-être pas sans intérêt de résumer ici au moins celles de ses expéditions qui eurent pour théâtre la Guyane et les contrées voisines.

Le docteur Jules Grevaux fut chargé par le ministère de l'Instruction publique, en 1876, d'aller de Guyenne a l'Amazone en remontant le Maroni et en descendant le Yari. Personne encore n'avait visité les montagnes qui séparent ces cours d'eau. Grevaux partit en juillet 1877, et remonta le Maroni en pirogue. Atteint par la maladie et abandonné par ses compagnons chez les nègres Bonis, il inspira confiance à l'un d'entre eux, Apatou, qui, depuis cette époque, a partagé sa bonne et sa mauvaise fortune, et lui a rendu de grands services par son dévouement à toute épreuve. Apatou le conduisit dans les montagnes, où 1'^ bon air le rétablit promptement. Il y trouva des indigènes (j i s'enduisent les cheveux et le corps de sable micacé luisant un soleil. G'est peut-être à cette contusion entre Téclat du sable et de l'or qu'est due la légende de ÏEldorado. Au débouché des montagnes, Grevaux descend un des affluents du Yari, l'Apaouani, sur une pirogue creusée dans un tronc d'arbre, puis il remonte le Yari tout près de ses sources, reconnaît qu'il est navigable dans la partie supérieure de son cours, mais obstrué en aval par des chutes effroyables. Grevaux n'hésite pas à s'engager dans ces rapides, les franchit avec bonheur, et réussit à descendre le fleuve jusqu'à son confluent avec l'Amazone.

Enhardi par le succès, Grevaux résolut d'entreprendre pour l'Oyapock et pour le Parou, autre affluent de l'Amazone, ce qui lui avait si bien réussi pour le Maroni et pour le Yari. Il remonta TOyapock sans trop de difficultés (août 1878). mais ce ne fut qu'après vingt jours de fatigues intolérables qu'il put franchir le pays intermédiaire, et encore, sans l'aide des sauvages Rocouyennes, ni lui, ni son escorte n'auraient pu se frayer un chemin à travers les forêts. Quelques jours de repos étaient indispensables. Ge fut pour le docteur l'occasion d'étudier sur place les mœurs indigènes. Il assista aux émouvantes cérémonies du maraké, c'est-à-dire aux épreuves imposées aux

LA GUYANE FRANÇAISE 2oI jeunes gens qui aspirent au mariage. Ces infortunés sont piqués par (ks centaines de guêpes et de fourmis, puis suspendus audessus de feux allumés et attachés dans leurs hamacs où ils se débattent dans d'atroces convulsions. Grevaux eut aussi l'heureuse chance de rencontrer la liane urari, qui sert de principe actif au |)oison des flèches. Celte plante ayant la propriété d'arrêter ou du moins d'entraver la circulation du sang, on l'utilisera peut-être en médecine.

Après avoir parcouru 420 kilomètres en pays inconnu, le docteur arriva enfin dans le hassin du Parou, vierge de toute exploration depuis ses sources jusqu'à son confluent avec l'Amazone. La descente fut dilTicile, car des chutes sans nombre entravent la navigation et cinq sur six des canots chavirèrent dans les sauts. Avant d'arriver à l'Amazone (29 décembre 1880), il fallut 41 jours de canotage.

Ce ne devait pas être le dernier des voyages de notre héroïque compatriote, mais c'est dans le bassin supérieur de l'Amazone, dans ceux de l'Orénoque et de la Plata, et non plus dans la Guyane qu'il dirigea dorénavant ses expéditions. Ce conquistador pacifique a bien mérité de la Guyane et de la France. Aux détracteurs ou aux ignorants qui nieraient l'esprit d'initiative, Ténergie ou les infinies ressources que trouvent en euxmêmes les Français à l'étranger, il suffit d'opposer son exemple.

La grande reconnaissance géographique de Grevaux a modifié nos connaissances et redressé bon nombre d'erreurs sur l'intérieur de la Guyane, mais elle n'a pas encore eu de résultats pratiques, et, sur d'énormes espaces, les géographes sont encore forcés d'inscrire la fatale légende de terra incognitn.

Rappelons toutefois que les dangers que courent les explorateurs dans ces contrées ont été singulièrement exagérés.

L'homme a toujours aimé à peupler de monstres et d'épouvantails les régions qu'il ne connaissait point. L'Atlantique avant Colomb n'était-il pas le séjour des monstres marins? Avant Speke, Livingstone ou Stanley, que ne raconlail-on pas de l'intérieur de l'Afrique? A mesure que le mystère se dissipe, les dangers disparaissent et la nature seule révèle sa magnificence. Peut-être en sera-t-il de même pour la Guyane dans ses plus impénétrables profondeurs.

Quoi qu'il en soit, à l'heure actuelle, la Guyane n'est qu'une

étroite lisière de terrain marécageux, d'un accès difficile, et rigoureusement limitée par des forêts inexploitées. Aussi n'a-telle pas vu s'élever sur ses rivages une de ces cités maritimes lelles que Marseille ou Garthage, New-York ou Calcutta, qui enri ciiissent toute une contrée. Ce n'est pas une de ces terres bénies où l'homme n'a qu'à paraître pour prospérer. Les inconvénients que nous venons de signaler, climat, absence de bons ports, isolement géographique, ne doivent cependant pas nous aveugler sur les avantages qu'elle présente.

Le premier de tous, et il est immense, est celui de posséder un système hydrographique admirablement combiné. Des fleuves et des canaux sillonnent le pays dans tous les sens, et forment ainsi, sans frais et sans encombrement, un réseau de chemins naturels aussi développé que celui de nos routes de terre ou de fer. Sur un littoral de 125 lieues de longueur, du Maroni à l'Oyapock, on compte en effet vingt-deux fleuves, parallèles entre eux, dont les nombreux affluents se croisent et s'entre-croisent. Au delà de ce premier groupe des fleuves littoraux, un réseau secondaire des affluents de l'Orénoque au nord et de rA:iiazone au sud s'alimente par les pluies tropicales et les neiges des Cordillères. Comme les montagnes qui séparent ces affluents des fleuves littoraux sont peu élevées, il est fort aisé d'établir des communications entre les deux versants. A l'époque des grandes pluies, il arrive même que ces divers cours d'eau se mêlent entre eux. Peu de contrées sont donc aussi bien partagées comme abondance et distribution des eaux, et cette facilité des communications intérieures présente les conditions les plus favorables pour la création de cultures florissantes. Il est vrai que ces fleuves sont resserrés entre de nombreux rochers et coupés par des rapides. De plus, ils se transforment en véritables torrents, à cause de la grande quantité de pluie qu'ils reçoivent, et, comme ces eaux ne trouvent pas toujours d'écoulement, elles forment des lacs ou des marais, d'où se dégagent des effluves délétères ; mais, dès que l'homme aura rectifié et amélioré le cours de ces fleuves, tous ces inconvénients disparaîtront. Le plus septentrional des fleuves guyanais, celui qui sert de limite aux deux Guyanes hollandaise et française, est le Maroni. Quoique son entrée soit obstruée par des bancs de sable, ces bancs n'empêchent pas les navires d'un fort

tonnage d'entrer dans le fleuve et de le remonter une quinzaine de lieues, jusqu'au saut San-Hermina. En septembre 1861, une cotiiniission hollandaise explora le cours entier de ce fleuve et de -es deux grands aniuenls, le Tapanahoni et ÏAiva, dont la réunion forme le Maroni proprement dit. Les explorateurs reconnurent la communication qui existe d'un côté entre ce fleuve et de l'aulie avec le Yari, affluent de l'Amazone. L'entrée du Maroni et la partie supérieure de son cours offrent donc à la navigation de grandes facilités. C'est le plus important des fleuves guyanais par le volume de ses eaux et l'étendue de son bassin.

Vient en seconde ligne, et en descendant la côte du nord au sud, la Hlana. Ce fleuve peut recevoir les grands bâtiments jusqu'à 16 kilomètres de son embouchure, et les petits jusqu'à 6[). Au delà commencent les bancs de roche, que les pirogues seules peuvent franchir.

A la Mana succèdent le Sinnamanj et le Kourou, sur les rives diisquels périrent, en 1798 et en 1763, tant de victimes de nos fureurs politiques ou de notre imprévoyance administrative. Le cinquième et le plus connu des fleuves guyanais a donné son nom à la capitale du pays : c'est le Cayenne, qui doit son importance à la rade formée à son embouchure par la grande Ile sur laquelle est bàlie Gayenne.

La Guyane est également favorisée pour la distribution des terres. On distingueàlaGuyaneles hautes terres, les basses terres et les savanes, J^es hautes terres sont à peu près stériles; les savanes sont encore presque inexplorées; les basses terres sont seules fertiles, et d'une fertilité qui permet à la Guyane de lutter avec les pays les plus favorisés. Les savanes occupent à peu près le tiers du sol. Ce sont d'immenses pâturages naturels, assez semblables aux steppes russes ou plutôt aux pampas argentines, qui s'étendent entre la mer et les montagnes. Elles se déploient en terrains découverts, légèrement ondulés. On les rencontre surtout entre le Maroni et le Kourou et sur le territoire contesté entre l'Oyapock et l'Arouari. La surface de ces plaines offre une pente générale fort douce vers la mer, ce qui permet aux eaux d'y vaguer. Sous ce trop-plein d'irrigation, plusieurs de ces savanes se convertissent alors en marécages qu'on nomme des pripris, et, quand à leur tour les maro

cages se dessèchent, en prairies qu'on nomme des pinoUcies, à cause de l'abondance des palmiers pinots. Or les savanes, pripris ou pinotières semblent être préparées par la nature pour l'élève et la production du bétail. Ce sera sans doute leur destination quand elles seront conquises par la civilisation.

Le second tiers est occupé par les hautes terres, ou prolongement du massif montagneux jusque sur le rivage de la mer. Elles se détachent en collines, en buttes et en mornes isolés. Suivant leur point d'attache, on les distingue en terres hautes des montagnes et terres hautes de la plaine. Les unes et les autres sont couvertes d'une abondante végétation, qui a longtemps, et fort à tort, fait croire à leur fertilité. Ce ne sont pas en effet 'les éléments constituants du sol qui créaient cette fertilité, mais uniquement les détritus séculaires des plantes et des animaux. Les premiers colons, séduits par les apparences, s'attaquèrent d'abord aux terres hautes; mais ils eurent le tort de remplacer les arbres à racines traçantes qu'ils avaient rencontrés par des arbres à racines pivotantes, qui ne trouvèrent dans le sol qu'une épaisseur insuffisante. Les pluies achevèrent le travail des hommes A une couche superficielle d'humus succéda rapidement un sous-sol argileux, puis un noyau granitique. Les hautes terres perdirent leur parure verdoyante, et les colons durent les abandonner, en sorte que le défrichement des forêts, qui partout ailleurs amène la richesse, fut pour les hautes terres guyanaises une cause immédiate d'épuisement et de stérilité.

Restent heureusement les basses terres, qui occupent le dernier tiers du territoire, et qui, exploitées convenablement, assureraient à la Guyane des revenus inépuisables. Les basses terres, qui s'étendent du littoral aux premières cataractes des fleuves, se composent en premier lieu d'alluvions formées par les débris de montagnes et les détritus des végétaux entraînés par les pluies et chassés à la mer par les fleuves. Cette zone littorale est couverte d'épaisseg forêts de mangliers et de palétuviers. Les vagues de l'Océan réunissent incessamment ces alluvions en bancs de vase molle, les solidifient, les fixent au continent et les élèvent peu à peu au-dessus des eaux. En second lieu, les basses terres proprement diles, anciennes alluvions délaissées par les eaux, mais noyées de temps à autre

LA GUYANE FRANÇAISE 2bh par les pluies hivernales ou le déijordomeiit des fleuves. Ces basses terres sont partagées par des ondulations sans importance en une mullilude de [letits bassins. L'intendant Malouet, un des hommes qui ont le mieux compris les iiitérùls de la Guyane, comparait ces bassins à un plai d'ceuls au miroir. Le jardinier Guisan employait une comparaison de môme ordre, quand il écrivait « qu'en coupant par le milieu des poires de toutes grandeurs et figures, les unes dans leur largeur, les autres en travers, et qu'en les posant sur leur coupe, eu les disposant sur un plan incliné vers la mer, on se formerait en petit une idée exacte de la plupart des cantons de la Guyane française, dans toute la partie qui borde la mer, jusqu'à douze ou quinze lieues dans les terres. »

Toutes les basses terres sont d'une lertiiilé extraordinaire, car elles se prêtent à une succession presque indéfinie de cultures. Il est vrai qu'il faut se précautionner contre la surabondance des eaux par de nombreux travaux d'art; mais les résultats obtenus compensent et au delà cette première appropriation. De l'eau à volonté, une température constamment chaude, que faut-il de plus à l'agriculteur pour qu'il réussisse au delà de ses désirs? Pourtant les efforts delà colonisaUon ont été longtemps détournés des basses terres par une injuste défaveur. Des colons hollandais, préparés par l'éducation du pays natal aux travaux hydrauliques, introduisirent ce genre de culture aux environs de Cayenne. L'intendant Malouet sut les y fixer par de sages concessions, et dès lors la culture s'est concentrée dans les basses terres, au grand profit de tous les colons qui ont bien voulu s'y appliquer sérieusement.

Savanes réservées au bétail, hautes terres aux forêts, basses terres aux cultures industrielles, telle est la triple division que la nature impose aux colons guyanais. Notre colonie présente donc une admirable variété, et une administration prévoyante, secondée par des colons laborieux, réussirait promptement à faire de la Guyane le modèle des colonies agricoles. Nous nous en convaincrons en énuniérant les ressources économiques et les productions diverses de la contrée.

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