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VI. — Etablissements français de l'inde

Nous ne possédons plus aujourd'hui dans l'Hindoustan que cinq territoires : Pondicliéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor, plus huit loges ou comi)toirs à Mazulipatam, Galicut, Surate, lialassor, Daca, Gassinbazar, Patna et Jougdia.

La superficie du territoire de Pondichéry (10" 55' 41" lat. N. i;t 77° 31' 30" long. E.) est de 29,069 hectares. Elle est répartie en trois districts, Pondichéry, Bahour et Villenour, lesquels comptent deux cent trente-quatre aidées ou villages secondaires. La population s'élevait en 1893 au chillre de 188,526 âmes. Huit cours d'eau sillonnent ce territoire : les plus importants sont la Gingi et VAriaiicoupan, navigables sur une étendue de 2o kilomètres, mais dont le cours est fort affaibli par des canaux de dérivation et d'irrigation. Pondichéry est séparé en deux parties par un canal : la ville blanche à Test, sur les bords de la mer, bien percée et bien bâtie, qui comprend les principaux édifices et sert de résidence aux Européens et aux plus riches Hindous; la ville noire à l'ouest, avec ses rues étroites et ses cases en pisé, où grouille une population active, inleUigente, passablement honnête, niais sale et peu séduisante d'aspect.

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ronclicliéi y n'a qu'une rade foraine, mais c'est la meilleure de Ja côte (lu Corouiandel. On cominuniijue assez dildcilenient avec la lei ie au moyen de bateaux à lond plat et sans membrure. Tout récemment, on a construit un pont-débarcadère. Pondichéry est en outre reliée par un tramway à la ligne ferrée Soutli-Eastorn Iiidia. Les relations internationales sont assurées par la Compagnie française des Messageries maritimes et par la Compagnie anglaise péninsulaire et orientale de Bombay. C'est une ville très patriotique. On y aime sincèrement la France. On l'aime d'autant plus qu'on en est plus éloigné, et peut-être en proportion des sacrifices qu'on a faits pour la métropole. En 1870, quand il fut un moment question de céder à la Prusse nos colonies de l'océan Indien, ce fut à Pondichéry comme une explosion farouche de colère nationale. Nous possédons encore notre belle capitale indienne, et, s'il plaît à Dieu, nous la conserverons longtemps encore.

A vingt-six lieues au sud de Pondichéry, et toujours sur la côte du Coromandel, près de l'embouchure du Cavéry, se trouve Karikal (10° 53' lat. N. et "ri" 23' long. E.). Ce territoire, d'une superficie de 13,515 hectares, est subdivisé en cinq districts, renfermant ensemble cent neuf aidées, et peuplé par 60,376 âmes. Les petits navires seuls peuvent prendre charge à Karikal, à cause des alluvions apportées par le fleuve et qui en obstruent le cours. Le sol de ce district est très fertile.

Yanaonesl le troisième territoire qui appartienne à la France. Cette ville est située sur la côte d'Orissa, à l'embouchure du Godavéry (16° 43' lat. N. et 80° 05' long. E.). C'est le seul territoire qui rappelle l'antique domination de la Fiancé dans ces fameuses provinces des Circars acquises jadis par Bn-^sy. Les dépendances de Yanaon couvrent une superficie de 1429 hectares. C'est une longue bande de terrain de plusieurs kilomètres sur une longueur qui varie de 350 à 3000 mètres. La population de Yanaon est de 5014 âmes. Malgré l'exiguïté de sa population, le commerce est assez actif. Il a néanmoins beaucoup perdu de son importance depuis que le cyclone du 16 novembre 1839 a renversé la ville, noyé 6000 habitants, et infecté la région de miasmes délétères.

Chandernagor (20° 61' 26' lat. N. et 86° 09' 15' long. E.) vient ensuite. Cette fois, nous quittons le rivage de la mer

pour pénétrer dans le Bengale, à 7 lieues au nord de Calcutta. Chandernagor, bâtie sur la rive droite de VHouglij, un des bras du Gange, à 35 lieues de son embouchure, s'élève au (ond d'une belle anse formée par le fleuve. La ville est grande; ses rues sont larges et bien alignées, ses maisons construites avec élégance. La plus grande largeur de notre territoire est de 1877 mètres, et la plus giande longueur S187. La superficie totale est de 940 hectares. Ces chiffres misérables démontrent l'excès de notre impuissance. ^4,059 Français ou Hindous dépendent encore de Chandernagor, qui, sans nul doute, jouerait en ce moment le rôle de sa voisine Calcutta, si la fortune avait mieux secondé nos efforts. C'est donc à ce coin de terre, à cette agglomération de huttes basses et sales, que se borne notre empire dans le Bengale! Il y a quelques années, une occasion inespérée se présenta de tirer parti des avantages que présente la ville par sa belle position, ses côtes pittoresques et son climat relativement salubre. On traçait alors le chemin de fer de Calcutta à Delhi. Une Compagnie anglaise se forma à Calcutta pour faire de notre colonie comme la ville de plaisance de la capitale indienne. On devait y construire des villas, un théâtre, une salle de jeux, en un mot y attirer les Européens, et, comme compensation, on demandait au gouvernement français la cession des terrains nécessaires à la gare et à la voie. 11 fallait accepter les yeux fermés, mais l'administration suscita mille diflicultés et éleva des prétentions exagérées. Aussitôt la Compagnie fit passer sa ligne en dehors de notre territoire, de sorte que le chemin de fer évite soigneusement notre colonie et qu'il faut aller chercher la gare à plusieurs kilomètres de la ville. Chandernagor est devenue une véritable nécropole.

Le cinquième et dernier territoire occupé par la France se trouve sur la côte opposée, la côte de Malabar (11° 14' 8* lat. N. et 73° 12' 23" long. E.). C'est la ville de Mahé, dont le territoire a une superficie de 5909 hectares et une population de 8901 âmes. Mahé est située sur la rive gauche et près de l'embouchure d'une petite rivière qui porte son nom et qui est navigable pour des bateaux de 60 à 70 tonneaux jusqu'à une distance de 10 kilomètres. L'entrée de cette rivière est barrée par des rochers qu'on ne peut franchir qu'à marée haute. A

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proprement parler, Malié n'est pas une ville : c'est un jardin louliu où l'on a construit des maisons. On dirait un nid de l'eiiillage. Les maisons européennes n'ont qu'un étage; elles sont ombragées par d(îs bananiers et des lataniers. Quant aux cases des indigènes, ce sont de petites buttes en paille, où giouille une nombreuse famille rongée de vermine. Quatre aidées, Pnndakel, Chambaro, Pelour et CJialakara, dépendent de Malié. Elles sont séparées de la ville, mais reliées entre elles par plusieurs routes bien entretenues.

En résumé, cinq villes, présentant une superficie d'environ 5() 000 hectares et une population de 286,883 âmes : c'est bien peu pour nous, qui avons possédé le tiers de l'Hindoustan et donné des ordres à 3S millions de sujets hindous I

Nous ne parlerons que pour mémoire de nos huit autres établissements . On les appelle des loges, parce que nous avons le droit d'y établir des comptoirs ou loges pour la vente des marchandises. Voici d'abord Surate, dans le golfe de Cambaye, le pi'emier point sur lequel nous nous soyons établis. Nous y possédons encore une lactoici ie occupée par un gardien. Les jardins et les constructions (|ui en dépendent sont loués pour la misérable somme de :200O francs. Viennent ensuite Calicut, sur la côle du Malabar, Mazulipalam et son aidée de Francepelt, entre Pondichéry elYanaon, Cassimbazar. Jougdia, Dacca, Dalassor et Palna, dans le Bengale. A l'exceplion de Calicut et de iMazulipalam, qu'abrite encore le pavillon français, la plupart de ces loges sont louées à l'administration anglaise pour de modiques sommes, qui figurent au budget local de l'établissement le plus voisin dont elles dépendent.

A notre ancienne domination se rattachent encore les droits non abolis d'établir des factoreries à Mascate dans ÏOinan, et à Moka dans VYémen.

Pondichéry, Yanaon et Karikal jouissent du même climat, qui est généralement salubre. De janvier à octobre règne la saison sèche. Le reste du temps appartient à l'hivernage. Les pluies sont fort rares. Ghandernagor, à cause du grand nombre des bois et des étangs qui l'environnent, possède un climat fort doux, mais son territoire est de temps à autre ravagé par des cyclones. Ceux de 1854 et de 1869 ont détruit une partie de la ville. Malié a un excellent climat. La température y est plus fraîche et plus régulière que dans nos autres établissements.

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Nous sommes donc favorisés sons ce rapport : aussi la population s'accroît-L'Ile régulièrement , d'après des proportions connues. Elle se compose de trois éléments principaux : Européens et descendants d'Européens, Hindous^ Topas, Les Hindous se divisent, d'après leur religion, en deux classes, ayant chacune son langage, ses mœurs, sa religion et ses coutumes : les flindous proprement dits et les musulmans. Les premiers se subdivisent en une foule de castes qui varient dans chacun de nos établissements, mais dans lesquelles on retrouve toujours les quatre castes principales, Brahmanes ou prêtres, Kckatryas ou guerriers, Vaicyas ou agriculteurs, Soudras ou esclaves. Ils sont en général petits et faibles, mais agiles dans leurs mouvements. Leurs cheveux sont noirs et toulTus, rudes au toucher. Les musulmans, au contraire, sont plus forts et plus grands. Les traits mâles de leur visage, leur taille élevée, leur barbe noire et bien fournie rappellent la race arabe. Ils ont sur les Hindous une réelle supériorité morale et physique. Quant aux Topas, qu'on appelle encore gens à chapeau, ce sont les descendants des Européens et des femmes indigènes. Ils sont d'une couleur de peau moins foncée que celle des Hindous. Le sang qui coule dans leurs veines les rattache à la population européenne, dont ils ont pris l'habillement. Les Européens dans nos établissements s'adonnent généralement au commerce, les Topas à quelque industrie de ville ou à la domesticité, les indigènes hindous ou musulmans à l'exploitation de la terre, à la filature du coton, au tissage et à la teinture en bleu des toiles de coton.

L'agriculture est soumise à une foule d'usages locaux, que le gouvernement français, héritier des princes hindous, a eu raison de respecter, mais en partant de ce principe que la condition des travailleurs devait constamment s'améliorer. Les travailleurs ou coolies sont en effet bien plus heureux sur notre territoire que dans les possessions anglaises, et nous sommes obligés de recevoir dans nos villes un grand nombre de cultivateurs indigènes, qui, pressés par la misère, viennent nous demander un asile et des secours. Les principales cultures agricoles sont : le riz, qui sert de base à l'alimentation; l'indigo, dont la culture a été introduite dans le sud il y a cent ans à peine, et qui donne d'excellents produits servant à la teinture

HISTOIRE DE L'INDE FRANÇAISE 403 des gainées ou toiles bleues; le cocotier, dont on récolte les fibres, la sève qui donne l'areck, riiiiile, les fruits et le bois. Parmi les cultures secondaires, nous citerons le bétel, le tabac, la canne à sucre, le coton, quelques plantes oléagineuses et des ari)r('s fruitiers. Le bétel est d'une consommation générale. Tous les indigènes en mâchent les feuilles saupoudrées de chaux et d'arecli.

La principale industrie est celle de la filature, du tissage et de la teinture des étoffes de coton, nommées guinées, qu'on exporte en grande quantité pour l'Afrique. Le tissage des natifs, réduit par la concurrence des machines à circonscrire ses produits, et frappé de la même décadence que dans tout l'Hindoustan, se borne à fabriquer quelques mousselines ou des tissus grossiers à l'usage des basses classes. Pondichéry est le centre de cette fabrication. Karikal a bien des industries analogues, mais d'une importance moindre : elle fabrique surtout des petits navires et des petites embarcations réputées dans l'océan Indien pour leur légèreté. Ghandernagor, Mahé et Yanaon sont en pleine décadence comme villes industrielles. Gomme elles ont à tirer les matières premières du territoire anglais, et que les droits de sortie sont très élevés, cette quasi-prohibition explique la stagnation actuelle des alïaires. En 1893, l'exporlalion (les cinq colonies montait à 3,277,000 fr. et l'importalion à 20,129,000 fr., dont 12,709,000 sur France.

Nos colonies de l'Hindoustan se soutiennent donc : réduites à leur rôle agricole ou industriel, elles ne présenteraient qu'un intérêt médiocre^ Par bonheur, elles sont devenues des foyers permanents de recrutement et d'émigration de travailleurs hindous, à destination des autres colonies, surtout de la Réunion et même de la Guyane. De plus, Pondichéry a été choisie comme une des stations de la ligne maritime que suivent nos paquebots pour relier Marseille au Japon et à la Ghine par Suez. De là un rôle nouveau et une nouvelle perspective de prospérité commerciale.

Il est néanmoins à craindre que notre rôle politique soit à jamais terminé dans la péninsule indienne. D^i plus en plus, nos villes ressembleront à ce que sont, dans la même région, les cités portugaises, c'est-à-dire qu'elles n'auront qu'une importance historique et purement réirospective. On raconte

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(lu'eii '1815, un des plénipotentiaires anglais du Congrès, lord Castelreagh, proposa à la France de lui rendre l'île de France en échange de nos comptoirs de l'Hindoustan. Nos négociateurs n'acceptèrent pas cette proposition. En tenant compte des légitimes susceptibilités du patriotisme et de l'amour propre national, et à ne considérer que nos intérêts commerciaux et politiques, mieux eût valu pourtant recouvrer cette belle île, qui assurait notre prépondérance dans le bassin méridional de l'océan Indien et préparait l'annexion de Madagascar. Attachons-nous donc, puisque nous les possédons encore, à ces humbles débris de notre fortune passée, et envoyons un fraternel salut à ces villes, qui seraient devenues des capitales, si nous avions écouté nos Dupleix, nos Bussy et nos SuffrciL

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