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Les colonies perdues [microforme]

Dans l’histoire coloniale de la France, deux roms brillent ou devraient briller au premier rang ; ce sont ceux de Montcalm et de Dupleix. L'un au Canada, l’autre dansles Indes, qui sont aujourd’hui deux colonies anglaises, et que leur patriotisme et leur génie ne suffirent pas à conserver à la France; ils furent les héros de deux épopées merveilleuses, s'il est permis d'écrire ce mot, quand il s’agit, en somme, d’un double désastre. Chose incroyable! ils eurent contre eux leur pays même, ou plutôt ceux qui le représentaient, et de quelle manière ? dans ces heures de décadence de la monarchie française, qui s’avilissait, avant de s’effondrer.

Aujourd’hui, de tels faits ne sauraient se pro-

nl AVANT-PROPOS,

duire. Le pays tout entier, par la voix de ses représentants, protesterait contre de tels agissements. Deux hommes, deux héros sont abandonnés, ou presque, à des milliers de lieues de la métropole. L'un Montcalm, déploie, pour garder une colonie à la France, toutes les ressources de son génie militaire et meurt, à l'heure même qui marque le désastre final. L'autre, livré presque à ses propres ressources, veut doter son pays d'un empire colonial sans pareil ; il touche au but de ses désirs, il tient son rêve, et tout d'un coup il est désavoué, abandonné, que dis-je ? accusé, et revient mourir en France, misérable, et non réhabilité, sans avoir pu faire comprendre la grandeur de son entreprise et la justice de ses moyens.

L’aveuir, heureusement, garde l’absolution pour de tels hommes. Il leur réserve une justification tardive, c’est vrai, mais éclatante. Mais, hélas ! il faut aussi s'incliner devant les faits accomplis. L'Inde que voulait nous donner Dupleix, le Canada défendu par Montcalm, sont à d’autres depuis plus d'un siècle. De tels exemples ne sont-ils pas faits pour servir de leçon et aussi pour faire protester, avec la plus grande énergie, contre ces lieux communs qui représentent le Français comme anti-colonisateur, tandis qu’au bout de plus de cent ans, et malgré desfautes accumulées, comme on le verra dans ce livre, le Canada perdu nous

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est resté fidèle de cœur, et que les Anglais, maîtres de l'Inde, s’y sont implantés grâce aux doctrines et au système du grand Dupleix.

Il n’est peut-être pas inutile, à l'heure. actuelle, de rappeler sommairement ces faits. Si tristes qu'ils soient, ils ont leurs pages grandioses, et si de tels dévouements pouvaient inspirer des résolutions viriles, est-ce que nous n'avons pas une place à prendre en Afrique, dans cette terre à peine connue encore, où dorment taut de richesses inexploitées ? Ces idées-là sont dans l’air. Les explorations récentes et heureuses de M. Savorgnan de Brazza montrent que nous n'avons qu’à paraître, non pour conquérir, mais pour être accueillis. Ily a là un vaste champ ouvert à notre initiative et à notre industrie. Quoiqu'il arrive, n'est-il pas opportun, plus que jamais, de retracer l'historique de nos colonies perdues et de rappeler l’héroïsme de deux hommes antiques, fatalement abandonnés, pour apprendre, dans des heures qu'il faut espérer moins égoisles, à respecter leurs noms et à s'inspirer de leurs actes ? Ce petit livre n’a pas d’autre but que de remettre en relief deux grandes figures, non pas oubliées, mais un peu dévaignées, et de montrer ce que peuvent, dans les jours les plus néfastes, des âmes aussi fièrement trempées. Les hommes les plus compétents s'accordent à dire que la France a un grand rôle à jouer sur le continent aïricain et

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