‹ Les colonies perdues [microforme]Chapitre 19 sur 88 · PITT · texte numérisé non relu

PITT

colonie se trouva désarmée, au moment où elle avait besoin de toutes ses forces et de toutes ses ressources pour résister à la formidable avalanche de soixante mille Anglais qui allaient fondre sur elle. On donnait

aux soldats des fusils de rebut qui éclataient entre leurs mains, et les hommes qui entraient dans les hôpitaux et les ambulances n'avaient ni couvertures ni médicaments.

Montcalm était désespéré de cette situation. Non seulement sa nature profondément droite et loyale se révoltait contre des concussions qui à ses yeux couvraient de honte et d'opprobre l'administration française, mais en outre, sentant approcher le péril suprème, il se demandait avec angoisse comment il pourrait tenir tête à un ennemi dix fois supérieur en nombre avec des soldats dénués de tout. Montcalm était habitué à se battre contre les Anglais à un contre trois ou quatre et à multiplier pour ainsi dire, par la rapidité des mouvements, le chiffre de ses troupes. C'est le système que tous les grands hommes de guerre ont employé, et qui dans le moment même réussissait en Europe à Frédéric de Prusse, l'allié de l'Angleterre. Mais encore fallait-il que la poignée d'hommes qu'il avait à sa disposition eût des armes, des souliers et du pain; et tout cela leur manquait grâce aux concussions de Bigot et de sa bande.

Montcalm réclama auprès du ministre de la marine On intercepta ses lettres ou on lesjeta au panier. Il eut recours au gouverneur général. M. de Vaudreuil, trompé par les rapports de Bigot, donna tort au général en chef. Le marquis de Vaudreuil du reste, qui était Canadien et qui appartenait au corps de la marine, était jaloux du Français officier de terre qui avait su en dix-huit mois acquérir dans la Nouvelle- France une popularité qui dépassait celle de tous les gouverneurs passés et présents de notre colonie américaine. Jusqu'à la fin de la guerre Montcalm eut à

soutenir une lutte ouverte contre Bigot, une lutte sourde contre le marquis de Vaudreuil; aucune difficulté,aucune amertume ne lui furent épargnées. Après les succès inespérés, ilconnut les revers immérités. Il fut à la hauteur de la mauvaise comme de la bonne fortune.

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