SAT PE
chéance physique, appartenant à des familles ouvrières des villes et placés dans de mauvaises conditions de vie quotidienne.
Prévenir la maladie chez l'enfant, préparer à celle-ci un terrain réfractaire, telle est la grande idée directrice de l'œuvre.
Comme toutes celles qui se donnent pour mission d'entamer courageusement la lutte contre les préjugés en cours, qui veulent établir un état de choses nouveau et remonter le courant de l'indifférence sociale, elle a rencontré au début beaucoup de scepticisme et de doute sur son utilité médicale. Nous nous hâtons de dire que le bon sens à vite repris le dessus, fortifié rapidement par les résultats remarquables et durables acquis chaque année.
Qu'il nous soit permis d'ouvrir une parenthèse pour un fail personnel, car, si nous osons parler des bienfaits réels de ces œuvres et que nous en sommes si intimement convaincus, c'est un peu par expérience. Dès notre plus tendre enfance, il nous a été donné d'aller passer régulièrement nos vacances à la campagne dans un coquet village des bords de la Meuse, et à la rentrée d'octobre, au lycée, nous conslations une augmentalion très sensible du poids de notre corps ainsi que de notre taille, par rap- ‘ port au temps écoulé. Nous sommes arrivés, sans grande fatigue d'esprit, à cette conelusion fort simple que ce qui nous réussissail si bien à nous, écolier ciladin, devait aussi bien convenir à nos autres petits camarades de la ville : c'est là une conviction qui n'a fait que s'accroitre avec l’âge.
De ces mois de vacances passés à la campagne et, nous aurons l'occasion d'insister plus tard sur ce point, il nous est resté aussi un amour très vif pour la terre et les choses de la nature : nousavons appris Ià à aimer la rude
aline
vie de nos paysans lorrains, si travailleurs et au cœur excellent : ce sont des souvenirs durables dont nous garderons l'empreinte. |
Le premier, en France, semble-t-il, qui ait eu l'idée d'organiser des colonies scolaires de vacances est un conventionnel du nom de Portiez. En 1795, il faisait paraître une brochure intitulée : « Des voyages, et de leur utilité dans l'éducation ».
«Il est un moyen, écrivait-il, de développer les facultés morales et intellectuelles de la jeunesse, de former le cœur, de fortifier le corps, qui me paraît réunir l’avantage de tous les autres : les voyages. Quelle impossibilité y aurait-il à ce que dans les beaux jours, une école même tout entière se portät à la campagne ? »
La Convention décréta après lecture du mémoire de Portiez, que les enfants des écoles des villes seraient envoyés par groupes faire des voyages et excursions dans les campagnes. Malheureusement, ce décret n'eut pas d'application pratique ; les événements extérieurs se précipitaient et à cette époque héroïque, la grande assemblée eut son attention retenue par les périls qui menacaient la France : il s'agissait avant tout d’assurer la vie de la Nation et le triomphe des grandes idées nouvelles. Pourtant, dit M. le D' Rœderer, dans une remarquable conférence faite sur les colonies de vacances, à l’Union des Femmes de France (groupement de Paris), les élèves de l'Ecole centrale de l'Eure prennent part à un voyage collectif régional en l’an VII et IX.
En 1868, ajoute ce même conférencier, le père Captier, directeur de l’ancien collège d'Arcueil, organise des cara-. vanes de vacances qui eurent une grande vogue alors et un légitime succès.
Mais c’est à un étranger, M. le Pasteur Bion, de Zurich,
que revient l'honneur d’avoir réalisé d'une façon pratique la première colonie scolaire de vacances. En 1876, il emmena avec lui, à Pragen, dans l’Appenzel, des groupes d’écoliers qu'il logea chez des paysans. Les résultats qu’il obtint, aussi bien matériels que moraux, furent tels qu’il renouvela les années suivantes son essai, et depuis, cette institution eut un retentissement énorme, et l'exemple fut vite suivi partout.
A Paris, en 1881, furent créées Les deux premières œuvres francaises, l’œuvre des Trois Semaines, fondée par M. le Pasteur Lorriaux et l’œuvre de Ja Chaussée du Maine, par Mesdames Edmond de Pressensé et Louise d’Eichthal, grâce à un don généreux d’un grand-père alsacien M.Stheaing, à l’occasion de la naissance de sa petite-fille. Cette dernière œuvre est actuellement dirigée avec autant d’autorité que de talent, par Madame Gabrielle Frank-Puaux. C’est assurément une des plus importantes qui existent en France et elle doit son légitime succès au dévouement sans borne et au grand cœur de sa très distinguée présidente.
En 1891, M. le Pasteur Louis Comte créait à St-Etienne l’œuvre stéphanoise des Enfants à la Montagne, qui a pris aussi une grande extension.
Les mairies de Paris suivirent l'exemple, et bientôt des œuvres similaires furent fondées dans de nombreux arrondissements.
Le mouvement a pris alors une grande extension dans toute la France, l'opinion publique était gagnée à la cause par des articles de journaux, des conférences, et actuellement, il n'est pas de grandes villes qui ne subventionnent pas une ou plusieurs de ces œuvres.
C’est en 1897, que pour la première fois, en Lorraine, il est faitmention d'œuvres de colonies scolaires de vacances.
A cette date, M. le Pasteur Cleisz organisait l'œuvre de la Colonie de Vacances de l'Eglise réformée de Nancy.
Puis en 1901, M. le Docteur Ficatier (de Bar-le-Duc) sous les auspices de la Ligue meusienne contre la Tuberculose (dont il est, d'ailleurs, aussi le fondateur) créait l’œuvre meusienne des colonies de vacances.
En 1903, Nancy voit éclore deux nouvelles œuvres, la colonie scolaire de vacances de M. le Professeur Le Monnier et l’œuvre israélite des colonies de vacances de M. Emile Weill.
în 1904, c’est à Epinal : la colonie scolaire de vacances fondée par la Jeunesse Vosgienne, ayant pour président M. Léon Schlosser.
Puis à Nancy, l’œuvre municipale des colonies de vacances, sous la haute direction de M. le Professeur Beauchet, maire, et de M. le Professeur Chrétien, adjoint.
Et encore l’œuvre de la colonie de vacances de l’Imprimerie Berger-Levrault, spécialeaux enfants desesouvriers.
En 1906, toujours à Nancy, fut créée l’œuvre catholique du Sacré-Cœur, par un comité de Dames, et un an plus tard l’œuvre de la colonie scolaire de Sion par MM. Benoit-Gény et Roger Bertin.
L'élan était donné, et sur tous les points du territoire surgissaient de nouveaux défenseurs pour la grande croisade de préservation de l’enfance.On a coutume de répéter, à juste titre, certes, que la France se dépeuple; il est bon que de vaillants citoyens se dévouent pour le plus grand bien du pays et cherchent à lui conserver le plus d'enfants possibles. Si le nombre des naissances diminue malheureusement cheznous chaque année, efforçons-nous, tout au moins, de lutter contre le mal en diminuant le nombre des décès. Les œuvres de colonies scolaires de vacances sont d’une grande utilité dans cette lutte ouverte
PSS LATTES
pour la conservation de l’enfance saine et l’abaissement de la mortalité infantile.
Aussi est-ce avec fierté, que nous saluons toutes ces belles œuvres, créées sur le sol fécond de notre Lorraine. En composant cette étude, nous n’avons pas eu la prétenlion d'inventer quelque chose ; le but que nous nous proposons est beaucoup plus modeste : faire connaître simplement nos œuvres lorraines et montrer que sur ce terrain, comme sur bien d’autres, nous ne nous sommes pas laissés devancer, quand il s'agissait de faire du bien et de combattre au nom de la Science et de l'Humanité !