‹ Les colonies scolaires de vacances en LorraineChapitre 27 sur 61 · CHOIX DES ENFANTS · texte numérisé non relu

CHOIX DES ENFANTS

Nous abordons immédiatement la question confessionnelle. On a pu voir que certaines des œuvres lorraines étaient destinées de préférence soit aux enfants catholiques, soit protestants, soit israélites. D’autres œuvres, au contraire, font abstraction de toute idée religieuse et se placent nettement sur le terrain d’une neutralité absolue.

Le père soutient toujours ses enfants ! Inclinons-nous, simplement, au nom de la Liberté, devant ces facons de voir, qui se défendent, d’ailleurs, toutes parfaitement.

En règle générale, les enfants sont proposés par les Directeurs d’Ecole, parmi les élèves paraissant souffreteux et appartenant à des familles nécessiteuses et nombreuses. Il est bien recommandé par les Présidents des œuvres dans leur lettre donnant connaissance aux instituteurs et institutrices de l'ouverture du registre d'inscription pour faire partie des colonies, il leur est bien recommandé, disje, de ne pas considérer les colonies de vacances comme une récompense de fin d'année scolaire, à donner aux élèves les plus méritants, les plus appliqués et les plus sages. Toute colonie scolaire doit être envisagée comme une cure à faire suivre à des enfants qui ont besoin de grand air pour se développer. Souvent ce sont les élèves

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les moins studieux, les derniers de leur classe qui retirent le plus de profits d’un séjour à la campagne, et qui étonneront l'année suivante leurs maîtres par leur application soutenue et les bons résultats obtenus. C'est là un fait que les Directeurs d'Ecole constatent dans les mois qui suivent la rentrée des classes, chez de jeunes colons de vacances précédentes.

Dans un très intéressant article écrit par le Docteur Triboulet et publié dans l'excellente revue : « l’Hygiène . scolaire » (1903), nous relevons entr'autres ces deux observations, que nous citons comme cas typique d'inattention et de paresse apparente chez des enfants à la suite de maladies légères :

Observation I. — N..., garçonnet de 9 ans et demi, opéré il ya près de quatre ans déjà pour des végétations adénoïdes. Il survient chaque année chez lui des poussées subaigues dont une plus longue et plus forte cet hiver. Quand je dis forte, il n’en faudrait pas conclure à une maladie tapageuse ; à peine y eut-il un peu de fièvre éphémèie de 36 heures avec catarrhe d'arrière-nez, et ce fut assez parce que pendant 3 semaines (dont cinq jours de convalescence à domicile), le jeune écolier encourut les remontrances les plus variées de ses maitres et de sa famille, resta insensible pendant cette période aux encouragements, il était inattentif et ne fit aucun progrès. Tel fut le refrain hebdomadaire du cahier de notes. Tout se termina bien d’ailleurs, l'enfant ne fit heureusement non plus aucun progrès en maladie, et il redevint ce qu'il était avant son malaise, un brave petit travailleur d’une moyenne très satisfaisante.

Observation II. — G..., garçonnet de 7 ans et demi, est sujet à des poussées de rhino-pharyngite, avec hypertrophie amvedalienne et chacune des périodes d’activité de cette affection est suivie d’une phase de moindre attention et de dégoût pour le travail, qui peut aller jusqu’à des crises de mauvais vouloir et de désobéissance. Dans ces crises, il ne s’agit pas bien entendu d'un ou de quelques-uns de ces caprices passa-

gers, dont tous les enfants sont coutumiers, mais bien d’un état défectueux permanent qui dure de deux à trois semaines. Cet état de choses est d'autant plus frappant chez le jeune G... qu’il s'agit d’un enfant docile, aimant le travail et très stimulable par l'amour-propre.

Le nombre des demandes est toujours environ des deux üers supérieur au chiffre limité d’admissions qu'imposent souvent les ressources des comités des œuvres.

Certains comités font surtout attention pour fixer leur choix à la situation pécuniaire des parents. ou plus exactement à leur situation de misère. Certaines œuvres tiennent donc un large compte des charges des parents et font bénéficier de préférence, toute autre condition égale d’ailleurs, les enfants appartenant à des familles nombreuses et placés dans de mauvaises conditions d'hygiène familiale.

Parmi les renseignements fournis par les Directeurs d'Ecole, il en est un dont il est fait aussi grand état : la docilité de l'enfant, c’est là un coefficient de caractère, qui a sa grande importance. L'envoi à la colonie d’enfants vicieux, pervertis, ne serait pas du tout profitable pour l’ensemble de la colonie, et avant tout, il faut songer à l'intérêt général, qui consiste à mettre les enfants dans les meilleures conditions morales possibles pour profiter de la cure d’air. A la fin des vacances, les surveillants de certaines colonies (œuvre municipale de Nancy, colonie catholique de Sion, œuvre meusienne) donnent des notes sur les enfants, et en compulsant ces documents, nous avons été à même de constater que les enfants qualifiés d’espiègle, mauvais caractère, étaient précisément ceux, dont l'augmentation de poids ou de taille était la plus faible et même quelquefois nulle.

La question d’âge intervient également et a son impor-

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tance. Dans presque toutes les œuvres, l’âge requis est l’âge scolaire : 13 ans comme limite extrême, la limite inférieure varie un peu, tantôt 8 ans, 9 ans, 10 ans. À notre avis, il est préférable de s'en tenir peut-être à la limite de 9 ans et même 10 ans pour les œuvres internats, car dans celles-ci, qui sont pourvues d’un règlement identique pour tous les enfants, la faiblesse des trop jeunes comparativement à l’ensemble empêche et retarde les promenades, c’est d’ailleurs une opinion que nous trouvons exprimée dans les rapports des surveillants de ces mêmes œuvres, et qui se plaignent parfois de la grande différence de résistance à la fatigue des colons, lors des excursions, différence, disent-ils, due en grande partie à l’âge trop peu élevé de certains enfants. Nous indiquerons dans un autre chapitre le moyen de remédier dans une certaine mesure à cet inconvénient.

Pour les œuvres à placement familial, ce reproche n'existe plus: les enfants ne sont pas astreints à une règle uniforme, et dans ce cas, chacun agit à sa guise, et suivant l’état de ses forces. La limite inférieure de 8 ans et même moins peut très bien être admise, à condition de placer les enfants dans des familles sûres, qui auront : soin des colons, comme s'ils étaient leurs propres enfants.

Voyons maintenant comment intervient le médecin dans le choix des enfants. Son avis est celui qui doit prévaloir et être suivi, quand il estime que l'envoi à la colonie est urgent et tout à fait nécessaire pour la santé de l'enfant. Il écartera tout d’abord les enfants atteints de maladies contagieuses ou même en convalescence de ces affections ; tous ceux atteints de maladies de la peau ou du cuir chevelu, essentiellement transmissibles. C’est 1à un point, sur lequel il importe que le médecin retienne son altenlion, pour éviter toute contagion future, par la

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facilité qu'ont les enfants d'échanger en jouant leurs coiffures.

Seront écartés également, les enfants présentant des lésions de tuberculose pulmonaire nettement déclarée. Certains médecins, estimant que les colonies scolaires sont surtout faites pour préserver les enfants, refusent l'admission à la colonie, à tous les jeunes tuberculeux avérés ; la place de ces malheureux étant plutôt dans un sanatorium.

Sont éliminés encore les enfants sujets à des crises convulsives, épileptiques ou hystériques ; à ajouter en outre comme cause de non admission l’incontinence d’urine ou de matières fécales. C'est là encore un point sur lequel, il est utile que le médecin soit renseigné pour le bon fonctionnement de la colonie, les enfants souffrant de ces infirmités étant un objet de répulsion pour leurs camarades.

Quels seront donc les enfants admis par le médecin à bénéficier du séjour à la campagne ?

D'une facon générale et commode, on peut les ranger dans une même classe ; celle des prétuberculeux. Ce sont, en effet, des prétuberculeux tous ces enfants chargés d'une lourde hérédité, fils ou filles de syphilitiques, d’alcooliques ou de tuberculeux ; ils portent en eux la source du mal, qui, implacable, les terrassera s'ils ne sont pas protégés efficacement à temps. Ce sont, aussi des prétuberculeux tous ces enfants chétifs, malingres, anémiés, tous ces scrofuleux et ces Iymphatiques, et tous ces autres, dont le squelette a subi des arrêts de développement manifeste, regardez-les avec leur corps ämaigri, leur thorax aplati, leurs côtes saillantes, avec ces nouures pré-sternales, et leur front bombé, avec leurs larges oreilles s'écartant de la tête. Ils en sont encore tous ces

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autres présentant des lésions cutanées ou des muqueuses, qui, sur leur terrain propice, se développent avec une facilité incroyable. Et tous ces autres enfin porteurs de lésions glandulaires, avec ces chapelets ganglionnaires sous-maxillaires ou carotidiens qui roulent sous le doigt.

Voilà donc quelle sera la jeune clientèle de nos colonies de vacances.

Le rôle du médecin est souvent difficile pour dépister la uature du mal. Il est obligé fréquemment de s'entourer de renseignements rétrospectifs, concernant Îles parents, la vie des enfants, les maladies antérieures, qu'un rapide examen, lors de la visite médicale des enfants, proposés par les directeurs d'écoles, ne lui permet pas toujours d'obtenir. Il serait très utile pour lui d'avoir tous ces renseignements par écrit, sous la main, réunis dans un livret sanitaire scolaire, rappelant les antécédents familiaux et personnels des enfants, et qu'ils présenteraient lors de cet examen médical. Nous reparlerons plus loin des avantages de ces fiches individuelles.

Le médecin qui passe la visite médicale des candidats à la colonie scolaire, doit avoir présente à l'esprit la méthode si simpleet si complète du professeur Grancher : d’abord à la palpation, augmentation des vibrations thoraciques. A la percussion, résistance au doigt et submatite aux sommets. L’auscultation est plus délicate, il est souvent plus difficile de différencier la rudesse pathologique de l'inspiration de la rudesse souvent mise sur le compte d'une respiration puérile.

Le médecin doit concentrer lous ses efforts à ausculter l'inspiration seulement, et comparativement des deux côtés. Souvent on ne constate de trouble respiratoire que dans un seul poumon, le poumon droit principalement.

L'inspiration v est affaiblie la plupart du temps, « basse

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et rude ». L’expiration plus facile à écouter sera « prolongée et soufflante ».

Ce sont ces cas, que le professeur Grancher désignait sous le nom d'inspiration dissemblable, et sur lequel il appelait l'attention des médecins comme signe de tuberculose au début, surtout si cet état était accompagné d'une plus faible résistance de l’état général à la fatigue avec déperdition sensible de forces.

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