ACTE I, SCÈNE IX
Écrire?
JEANNETTE
Pas assez; mais qu’est-ce que cela fait, mademoiselle? j’apprendrai tout ce qu’il faut pour entrer au théâtre,..
FERNANDE
Quand, Jeannette?
JEANNETTE
Une fois que j’y serai entrée.
FERNANDE
.Voyons, Jeannette... vous avez rêvé... vous avez fait un beau rêve... très-vilain; frottez vos grands yeux étonnés, reveillez-vous, et ne rêvez plus sans dormir».. Quel est votnrêfaT?
JEANNETTE
Je ne suis que couturière...
FERNANDE
Eh bien ! reprenez votre aiguille et retournez à vos chiffons... Faites des robes, faites des robes...
JEANNETTE
Oh I non, mademoiselle, je ne peux pas !... Les robes que je fais... quand elles sont belles... me donnent toujours l’envie de les porter.
FERNANDE
C’est une vocation!... Mais, Jeannette... si vous êtes une honnête fille, le théâtre ne vous donnera pas les belles robes qui vous font envie à Croissy.
Oh! pardon, mademoiselle... toutes ces belles dames ne jouent que des bouts de rôles, et pourtant, les voilà vêtues comme des princesses!
FERNANDE
Tu as raison. Viens avec moi... viens chez un directeur.
JEANNETTE, étonnée.
Oh ! Dieu ! oui, allons chez un directeur.
(Fernande lui prend la main et tait quelques pas avec elle.)
FERNANDE
Nous y voici.
JEANNETTE, intriguée.
Ah!
FERNANDE
Nous entrons dans un nuage... le directeur fume!... Je vous présente: il vous regarde, vous examine, compte les volants de votre robe, apprécie vos bijoux, vos dentelles...
J EANN ETT E , naïvement.
Je n’en ai pas, mademoiselle.
Il apprécie ce que vous avez! il vous prend les mains, et, comme vous êtes jolie et qu’il veut m’être agréable, il vous dit en nous congédiant : « Mon enfant, nous ferons quelque chose de vous; revenez me voir, revenez seule, nous nous entendrons. » Maintenant, Jeannette, il dépend de vous d’être engagée.
JEANNETTÇ.
Quelle joie !...
FERNANDE
Cela vous rend bien joyeuse? Vous n’êles pas difficile ! Enfin, vous voilà comédienne... sans appointements.
JEANNETTE
Sans appointements?
FERNANDE
C’est bien simple... vous n’avez pas encore joué la comédie: il faut faire votre apprentissage ; vous commencerez par jouer la comédie des robes, et ce répertoire vous coûtera cinq a six mille francs par an.
JEANNETTE
Cinq à six mille francs ! et où les prendre?
FERNANDE
Le hasard est si riche au théâtre! Jeannette, venez donc au foyer avec vos camarades.
. JEANNETTE, souriant.
Oh I oui, allons au foyer avec mes camarades, mes bonnes camarades...
FërSande.
Souriez à monsieur le régisseur, qui a la bonté de vous embrasser, et remerciez monsieur le souffleur, qui vous tutoie.
Mais je ne veux pas qu’on me tutoie. . je ne veux pas qu’on m’embrasse.