SCÈNE VI
MAURICE, FERNANDE
MAURICE
Bonjour, Fernande I Je suis déjà venu... vous dormiez. Oh! que de bouquets...
FERNANDE
Le lendemain d’une première représentation I... Rosier appelle tous ces bouquets : la carte de visite du succès.
MAURICE
A vez- vous dormi ? Moi, je n’ai pas dormi du tout... Je me voyais eneore dans la salle... au fond de ma petite loge... les yeux fixés sur vous. Quel bonheur I et cependant...
FERNANDE
Cependant?...
Eh bienl je me sentais jaloux d’un rival, qui était le public... II me semblait que bien des hommes dans cette salle, des hommes
jeunes, beaux, riches, s’enivraient comme moi du talent et de la beauté de Fernande... il me semblait que plus d’un cœur battait secrètement, comme le mien... et je me disais que mon amour ne pouvait être qu’un rêve dans l'existence d’une pareille femme.
FERNANDE
Soyez jaloux et embrassez-moi.„
MATRICE, lui montrant des journaux.
J’ai pris vos journaux chez le concierge. Quelles sont toutes ces lettres?
FERNANDE
Des autographes galants.
(Elle va pour les déchirer, Maurice l'en empêche.)
MATRICE
Mais qui donc vous les adresse ?
* FERNANDE
Des inconnus que je n’ai pâs envie de connaître...
MAURICE
Il y a des hommes qui ne vous connaissent pas, et qui se permettent de vous écrire sous prétexte qu’ils vous trouvent charmante ?
FERNANDE
C’est une disgrâce d’étal! (Parcourant les lettres.) 11 y a parfois de ces lettres qui sont très- curieuses. Tenez, en voici une que je trouve d’une passion folâtre. (Elle lit.) « Mademoiselle, je suis amoureux et » timide. J’occupe tous les soirs la petite avant-scène du rez-de- » chaussée, côté droit. Je porte un pinee-nez pour mieux attirer » vos regards. Si vous daignez ce soir, à votre entrée du troisième » acte, tenir à la main le bouquet de lilas que vous trouverez chez » le concierge, vous ferez de moi le plus audacieux des hommes.