‹ Les comediennes comedie en quatre actesChapitre 56 sur 85 · ACTE III, SCÈNE IV VIRGINIE, étonnée · texte numérisé non relu

ACTE III, SCÈNE IV VIRGINIE, étonnée

Madame?...

JULIETTE

Si ce n’est pas un accessoire, c’est donc un trésor?...

FERNANDE

Mieux que cela, un souvenir... Celui de mes premiers débuts... dans une pièce qui m’a réussi pondant quatre ans.

JULIETTE

Un succès de quatre ans ! On devrait reprendre celte pièce à Paris.

FERNANDE

Une pièce qui se jouait en plein vent, par la pluie et par le soleil...

JULIETTE

Pans la rue?... .

FERNANDE, avec un effort.

Dans la rue. Cette guilare pleurait autrefois entre les mains d’une petite chanteuse qui improvisait, en courant, un théâtre et un public. Aujourd’hui, jo suis riche, célèbre, bien heureuse, mais je n’ai point brisé cette guitare des mauvais jours dans les concerts de la bonne fortune. Elle est toujours là, près de moi, dans tout le charmant appareil de son ancienne pauvreté. Souvent, je la regarde, je la prends, je m’imagine que je suis encore dans le passé, et je chante à voix basse la chanson qui me réussissait le mieux dans ma misère... Je chante tout bas : le Bonheur.

(Elle dit » voix basse :

Air nouveau de Couderc.

Le vois-lu bien, là-bas, là-bas,

Là-bas, là- lias ? dit ^.espérance ;

Bourgeois, manants, rois et prélals Lui font de loin la révérence.

C’est le bonheur, dit l’espérance : ■

Courons, courons, doublons le pas Pour le trouver là-bas, là-bas,

Là-bas, là-bas!

(Fernande essuie une larme. 1

MAROT, ému.

Ah! le bonheur!... il est là-bas... là-bas... là-bas...

LES COMÉDIEN INES

JULIETTE, émue.

Je suis ton amie et tu m’avais caché ce petit secret!

MAURICE, baisant la main de Fernande.

Je vous aime plus que jamais.

FERNANDE

Eh bien , Virginie, n’avais-je pas raison, de refuser de vendre cet accessoire? Qu’en feriez -vous ?

ROSIER

Oui, qu’en feriez-vous? (Bas, a Maroc) Cette guitare a des fibres.

MAROT

Elle y mettrait des ficelles.

VIRGINIE

Du reste, je n’achète pas pour mon compte.

FERNANDE

Comment?

VIRGINIE

J’achète avec l’argent d’Adrienne.

ROSIER , à Fernande.

C’est tout simple; Adrienne doit jouer tous vos rôles, elle voudrait acheter tous vos costumes.

FERNANDE

Quoi! cette pauvre fille s’est imaginé que les habits font... la comédienne!...

MAROT

Mais Adrienne n’a pas de talent. Elle n’a que du rouge, du clinquant et des chiffons. C'est un mannequin qui joue la comédie... Après tout, c’est peut-être un chef-d’œuvre de mécanique; on travaille si bien aujourd’hui!...

(La porle du fond s’ouvre, le Régisseur se précipite sur le théâtre, un rouleau de papier a la main.)

LE RÉGISSEUR, entrant.

Mademoiselle Fernande, c’est moi...

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