ACTE IV, SCÈNE I
FERNANDE
Elle a soixante ans?
AUGUSTE
Oui, mademoiselle. Et voilà près de trente ans qu’elle habille et déshabille les dames de ce théâtre. 11 y a aussi trente ans que je les coiffe. Nous avons débuté le même soir ; je puis dire que la Camusot dans les robes, et moi dans les cheveux, nous en avons vu de drôles, et lorsque je publierai mes mémoires...
FERNANDE
Vos mémoires, Auguste?
AUGUSTE
Mémoires d’outre-tombe... ils seront gais...
FERNANDE
Je le crois... Vous avez dû tenir dans vos mains bien des secrets?
AUGUSTE
Et bien des fausses tresses. Le coiffeur d’une actrice n’est pas un homme ; il appartient à un sexe vague. J’ai profité de cet avantage personnel pour démêler plus d’une intrigue. Tout le monde y passera, (a pan.) Mademoiselle Fernande comme les autres; elle aura son chapitre: — Les illusions perdues!
{Oii entend frapper à une cloison de la loge.)
JEANNE, derrière la cloison.
Mademoiselle Fernande... avez-vous un peu de rouge-rose à me prêter?
Oui.
FERNANDE
JEANNE
Je vais vous envoyer Marol.
FERNANDE
Marol! c’est donc lui qui l’habille?
AUGUSTE
Pas précisément.
UNE VOIX, au dehors.
Auguste, ma perruque?
UÏS COMÉDIENNES
AUGUSTE
Tiens, c’est vrai... j’avais oublié la chevelure de ce jeune chauve... Vous permettez, mademoiselle Fernande?
Allez vite I C’est moi !...
Bonjour, Marot.
FERNANDE
MAROT, entrant.
FERNANDE