ACTE IV, SCÈNE IV K
, JULIETTE
Vous m’avez déroutée quarante-deux jours de suite... vous n’êtes bon à rien !
FRIVOLIN, levant les yeux au ciel.
A rien?... Ah 1 quelle charmante maîtresse j’aurais eue là! Par malheur, elle n’est que ma femme !
JULIETTE
Tâchez, du moins, de ne pas perdre la tète ce soir, devant le public, en m’accompagnant.
FRIVOLIN.
Je ne vous accompagnerai pas... Je ne vous accompagnerai plus jamais, les soirs de première représentation... j’en ai le droit... je l’ai payé... sur mes appointements.
FERNANDE, se retournant.
Quelle est cette plaisanterie, Frivolin?
FRIVOLIN.
Je ne plaisante pas, mademoiselle Fernande, (a Juliette.) Aujourd’hui, du jppins, je ne serai pas la risée de vos amis dispersés dans la salle, je ne veux plus de cette popularité du ridicule... je ne veux plus etre sur mon pupitre... un mari... public!... Depuis dix ans, c’est la première fois qu’il m’arrive de ne pas conduire mon orchestre un jour de grande solennité. Je puis aire que vous m’avez enlevé à mon régiment, vous m’avez dégradé, madame, vous m’avez enlevé mes épaulettes!... Si j’avais... de la force, je briserais pour toujours mon épée, qui est mon archet.
Ce que tu dis là me touche, et je t’approuve. Je comprends qu’aux premières représentations, quand ta femme joue, tu ne sois pas à ton aise. Tu iras dans la salle.
FRIVOLIN.
Que j’aille dans la salle, moi ? plutôt mourir... en devenant chef d’orchestre du théâtre Beaumarchais ! On m’observe, on me lorgne, on ne me regarde plus sans rire. Je passe à l’état de type comique, et un jour on jouera peut-être les Frivolins, comme on joue les Sganarelles...
' JULIETTE
Ah çà! mon cher...
MICHEL, entrant.
Mes enfants... la pièce va commencer.