‹ Les comédies de Pierre de Larivey, champenoisChapitre 158 sur 158 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

La Femme du Médecin^ Âdrian^ LyonneUe, servante, en dehors; le Médecin^ Dorothée^ Gillette^ SUvestre, en dedans.

La Femme nu Médecin.

|egarde bien que tu fais, ^dnan; ne S me meine point dehors si tu n'en es {bien asseure.

Adrian. Ha ! je sçay bien oii j'ay

les pieds. Pensez-vous que vous Tousse voulu

dire si je n'en estois asseuré? Venez, vous dis-je.

La Femme. Que ce vieil chancy de mon mary

se eny vre ?

Adrian. Il s'eny vre.

La Femme. Qu'd m'a desrobbé une robbe pour la donner à une putain ?

Adrian. Il l'a desrobbée.

Les Tromperies, Comédie, ici

La Femme. Qu^il luy a donné plus de TÎngt escus depuis trois jours en çk ?

Adriân. 11 les luy a donnez.

La Femme. Je ne le puis croire; et toutesfois tu foflfres de me le faire voir ?

ÂDRIAN. Je le vous feray voir.

La Femme. G chetive que je suis ! Combien me trompe ce malheureux! Jepensois avoir un mary sobre , continent , homme de bien , et surtout amy de sa femme.

ÂDRIAN. Et vous avez un mary yvrongne , incontinent, vostre ennemy mortel et amy des putains.

La Femme. 0 Dieu! comme cela se peut-il faire? Je ne le croy pas.

Lyonnelle. Madame, ne vous le disois-je pas bien ? Donnez-vous du bon temps , jouyssez encores des plaisirs de ce monde. Que vous en semble? Ces maris sont tous mesdians; leurs femmes leur semblent fiel, et toutes les autres sont miel. Que le diable l'emporte !

La Femme. Voilà , le meschant alloit tous les jours soupper chez Gautier, chez Martin , avec cestuy-cy , avec cestuy-là, pour mieux lescher le cul à sa vilaine.

Lyonnelle. Je vous Tay tousjours bien dit.

La Femme. 0 moy malheureuse! combien Tay-ie dorelotté la nuict , pensant qu'il eust employé toute la journée à visiter des malades, hanter les bouticques des apoticaires, couru toute la ville , et qu'à ceste cause il iîist lassé et qu'il àvoit besoin de repos, comme il avoit, le ruffîen ! mais c'estoit pour s^estre trop travaillé is

iM Laeitet.

ûidiiis d*aotnij, laissant celiiy de sa maismi en

Adriau. Anops, je le vous biay surprendre ^ rimponryea , et vous verm beau jeu.

La Femme. Allons.

ÀDRiAN . ArresteE icy.

La Femme. Qu'y a-il?

Abeiah. Si YousToyez Tostremary en jimpon avec un chapeau de deurs sur la teste , à oôny yvre , couché au giron d'une dame , le cognoistrez-

TODS?

Ltonnellb. Pourqoov non?

La Femme. Entre mille.

Abeiae. Venez ça, hausseis-TOiis un petit, mettez icy an pied. . . Que tous en semble ? Le cognoissez-TOus? Pensez-vous cela estre visiter les malades, hanter les bouctîques des apoticaires et courir par la ville ?

Ltonnelle- En bonne foy,Vc6t lay-mesme*

La Femme. Helas ! je suis morte.. . Ah ! traistre ! Entrons leans, car je ne puis endarer m'estre fait un si grand tort, et en tirons le poltron par les cheveux.

.^DRiAN. Attendez, escoutons on peu auparavant qu'ils font, affîn que vous croyez mieux une autre fois.

Dorothée. Embrassez-moy , ma vie ; serrèzmoy fort. Que diroit vostre femme si die vons voyoit ainsi enlassé avec moy ?

Le Médecin. Le mal an Dieu luy envoyé, la vilaine , la puante , la sorcière !

Ltonnellb. 0 pauvre moy I Avez-vons ouy ?

îiA Femme. Laissé &ire... Qu'il vienne ea la

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nkaûon, le marault!... C'est toy qui es puant, Tilain!

Abbi AN. Que TOUS en semble? St ! paix ! escoutez : tous en oyrez bien d'autres.

Gillette. Verse-moj à boire, SilTestre; je meurs de soif.

Siltestre. Il est raisonnable. Je beuTray bien aussi un coup. 0 que cela me fait grand bien! YoiJâ de bon Tin.

. Ltohnelle. Et nous beuTonsdu ripoppé!

Gillette. Emply bien, apporte. Monsieur le médecin, je boy à tous.

Le Médecin. Grand mercy, ma mère ; je Tas boire a toy, mon cœur. Mon petit œil, baise-moy doTant.

La Femme. 0 cbetiTe que je suis! je me meurs. De quel courage ce mescnant la baise-il !

Le Médecin. 0 halaine suaTe et douce ! ô ame délicate ! je sens bien que ce ne sont pas des baisers de ma femme.

Dorothée. Quoylllialaine luy put-elle?

Le Médecin. Une charongne! un retraict n'est pas^lus puant. 0 quelle mort quand il faut . quejeTaccolle!

ÂDRiAN. Que TOUS en semble. Madame? Atcz-

TOUSOUT?

La Femme. Il seroit meilleur au putier qu'il se fnst mordu la langue.

ÂDRIAN. Taisez-Tous! St! st! st!

Dorothée. Et comment l'aymez-Tous, si elle put si fort?

Le Médecin. Comment je l'aymc? Je toudroit qu'elle fust morte il y a dix ans.

Là Femme. Je ne me puis p)us tenir; je n'en

io4 Lariybt.

sçaurois plus endurer. Va-t*eii, Adrian. A Dieu.

Abrian . Â Dieu.

La Femme. Je ne suis encores morte, traistre ! Je yeux vivre pour ta pénitence, y vrongne ! roffien ! ladre ! Est-ce cj rhonneur que tu me £ais? Si je te le pardonne, tu as menty par la gorge !

Le Médecin. O! ho! ma femme! Bon soir, bonsoir.

La Femme. Tu te souviens maintenant, yvrongne, que |e suis ta femme ; il n*y a pas longtemps que tu ne disois pas ainsi.

Le Médecin. De grâce, ne vous ùschez point, je vous prie, mon cœur.

La Femme. Que je ne me fasche point ! Si je ne te paye, si je ne t en fais repentir! Hors d'icy, amoureux de merde ! debout , sot ! debout en la maison.

Le Médecin. Je suis perdu !

La Femme. Âins trouvé aubordeau au giron des putains ! Meschant ! vilain ! asne basté ! tu es encores à couver! Debout, amoureux baveux! debout en la maison !

Le Médecin. Misérable que je suis !

La Femme. Tu ne te trompes pas, non! Debout, amoureux transi! glaireux ! morveux! debout, puant ! en la maison !

Adrian. Mon maistre est mort; il vault mieux que je voise faire faire sa fosse.

Le Médecin. Pardonnez-moy , ma femme ; je suis mort.

La Femme. Conte un peu, bel estron, comme llialaine de ta femme put. G*est à toy qu'elle put, chancreux ! plus qu*un sepulchre ouvert. L lia-

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laine me put , viel pouacre ? Tu en as menty , viel radotté !

Le Médecin. Je me mocquois.

Lyonnelle. Vous ne tous estes pas mocqué quand ayez desrobbé la robbe pour la donner à ceste veroUée , à ceste truande eshontée , viel fol ! qu'il faut en cest aage que vostre femme vous vienne tirer du bordeau ! 0 la chose !

La Femme. Lève-toy , cbarongne pourrye ! lève-toy, demeurant de fumier ! et vas en la maison. Et quant à ces misérables qui s'en sont fuyes, je les empescheray bien de rire. Marche , amoureux de paille ! marche ! . . . Je ne sçay qui me tient que je ne t'arrache les yeux !

Le Médecin. Pardonnez-moy pour ceste fois ; je ne le disois pas de bon. Par ma foy, l'ordinaire des maris est de dire mal de leurs femmes en se jouant.

La Femme. Que je te pardonne? Rien, rien. Faisons du pis que nous pourrons l'un l'autre. Tu trouveras des garces ^ et je feray ce que je sçauray faire. Je ne veux plus me tourmenter

Sour un viel sot tout pourry. Puis que la chose oit ainsi aller, va, fay à ta mode ; je ne t'en empescheray pas, poltron! yvrongne! meschant! Cherche une femme à qui l'halaine ne pue point, et je me pourvoyeray d'un homme qui soit plus gaillard que toy et qui ne porte point de brayes.

piir.

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