VIE
DE MORATIN
Don Leandro Fernand^z de Moratin , d'une famille noble des Astaries , naquit à Marlridle 10 mars 1760. Son père était le célèbre poète don Nicolas de Moratin, Tauteur des tragédies de Hormesinda et de Guzman el Bueno, et l'un des esprits les plus remarquables de FEspagne du dii-huitième siècle. Ce fut dans ses leçons et dans ses exemples que le jeune Leandro puisa presque toute son éducation morale et littéraire. Il ne pouvait en effet trouver un meilleur guide pour le conduire dans les sentiers difficiles de la poésie et de l'art dramatique.
La nature avait si richement doté Leandro Moratin, que dès Tàge de sept ans il composa ses premiers vers. Dans sa dix<rhuitième année, il se sentit de force à concourir pour le prix de l'Académie espagnole, et l'accessit fut décerné à son poëme héroïque de la Prise de Gre^ nade. Personne ne fut plus étonné de ce succès précoce que Nicolas Moratin. Homme de bon sens avant tout, il avait astreint son fils au choix d'un état, et, comme Benvenuto Cellini , le jeune Leandro maniait à la fois les outils de Torfévre et la plume du littérateur. Son poëme héroï(iue avait été fait en cachette, et a^Ircssé à l'Académie sous un nom d'emprunt. Mais sou père devait à peine goûter ce triomphe. Il mourut en 1780, et
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Moralin, pour accomplir un devoir sacré, celui de soutenir l'existence de^sa mère, continua bravement à fabriquer des bijoux. Après la mort de la pauvre veuve , il alla vivre chez un de ses oncles , employé dans la joaillerie du roi. Tont en restant bon ouvrier, le jeune poète poursuivait ses occupations littéraires et gagnait Tamitié de plusieurs humanistes de talent , les Pères Estala et Navarrete \ des Écoles pies, et le savant don Antonio Melon. Au concours de 1782, il remporta de nouveau l'accessit de TAcadémie par sa satire contre les abus qui s'étaient introduits dans la poésie castillane. Son œuvre était intitulée Leçon poélique^ et elle avait été présentée sous le pseudonyme de don Meliton Fernandez. En somme, pendant tout ce temps, la condition de Moratin fut des plus malheureuses, et explique à elle seule comment, au lieu des accessit, il n obtenait pas les prix académiques : ses uioyens ne lui permettaient point de s'entourer des documents nécessaires, et ses travaux ne réussissaient que |)ar l'étude et par Tinspiration.
BientM cependant son mérite se fit jour; et, gràct^ aux bons offices du poète Jovellanos, le comte de ('.a* barrus, qui venait d'être chargé par le gouvernement espagnol d'une mission auprès de la cour de Versailles, promit d'emmener Moratin avec lui en qualité de secrétaire. Don Leandro ne tarda pas à acquérir Testime de son généreux protecteur. Ce fut sous ses auspices qu'il visita une première fois la France. Il vint à Paris , se
* Nous avoiift conservé, dans cette notice, aux noms propres e»pa- .^iiols leur orthographe pure et simple ; mais, dans la traduction de$i comédies elles-mêmes, il nous a paru nécessaire, pour Tharmonie de Tensemble, d'adopter laccentuation française, qui , sauf l'aercnt tonique, fleure assez exactement la prononciation espagnole.
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familiarisa avec la langue de Corneille et de Molière , el les sages conseils de Tillastre poète italien Goldoni le confirmèrent dans sa Tocation.
De retour en Espagne, il parvint, après mille difficultés, à faire représenter sa première comédie, le VieHlard et la Jeune Fille ^ au théâtre del Principe ^ le 22 mai 1790. Environ une année avant rappàriiiOD de cette pièce , il avait publié la Déroule des pMaitls, sorte de pamphlet en prose, dirigé, sans nom d'auteur, contre les mauvais écriyains qui inondaient sa patrie de leurs ridicules ouvrages. Dans cette composition^ en appa* rence légère, Moratia avait pris modèle sur Cervantes; et son plan fut assez' semblable à celui du Voyage au Parnasse^ cet autre chef^-d'œuvre de Tanteor du Ikm Quichotte,
Une épitre burlesque , envoyée par Moratin an comte de Floridablanca pour solliciter quelque grâce de cour, fut précédée par son ode sur Tavénement de Charles lY.
Le roi lui accorda comme récompense une rente ecclésiastique de trois cents ducats sur rarchevécbé de Burgos, et à cette occasion Moratin reçut la tonsuré. Trois cents ducats \ cétait peo pour le tirer de la misère où il gémissait ; mais la somme s'augmenta rapidement. Deux amis, don Francisco Bernabeu et don Luis Gf>d6j, le recommandèrent à don Manuel Godoy, frère de ce dernier, et plus tard prince de la Paix . L'iotervention de don Manuel valut au poète un bénéfice de trois mille ducats à-Montoro^ et une pension de six cents sur la mitre d*Oviedo. La Comédie nouveliê fut le
' Le simple ducat espagnol est une monnaie imaginaire qai équivaut à on«,e rêauT de veillon. (Le rral de veillon est évalué J.(î centimes.)
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témoignage de recmmaisBaiice pour tant de fnvenn. Cette merVeiiie d'esprit , ce plaidoyer éloquent et Ten* gear de la vraie littératare contre le» monstmosités qui déftlionorateDt la scène depuis un siècle, sauva le tiiéàtre espagnol d'une ruine imminente.
Moratin aurait pu demeurer tranquillement à Madrid, et y cueillir de nouveaux lauriers; mois il était né voyageur, et cette passion des voyages, si iongtemp» eomprimée par la mauvaise Tortune, devint iirésistible lorsqu'il se vit à la tète d'un revenu de 3,900 ducats. Parcourir les principaux pays de TEuropr , visiter le» théâtres des peuples étrangers , et dire à ces étrangers^, dans un intérêt tout patriotique, « Maintenant vous pouvei venir en Espagne, vooay trouvères enfin des comédie» dignes d'être écoutées : » tel fut son projet le plus cher.
I^a permission du gouvernement obtenue , il partit de la capitale, traversa successivement la France, l'Angleterre, la Flandre, l'Allemagne, la Suisse, Tltalte; s'arrêta dans toutes le» grandes villes , et fixa en dernier lieu sa résidence à Bologne. Le journal de cet itinéraire, laissé {Hus tard à don Manuel Silvria , n'a ja-> mais été knprimé , et c'est une perte pour les lettre» et pour l'histoire du temps.
Moratin déplora le» excès de la révolution française ; il jugea TAngleterve et les Anglais avec une impartialité froide ; mais il resta pénétré d'admiration devant les richesses artistiques et les trésors littéraires de l'Italie. Ver» la fin de 1796, il retourna en Espagne, et, après une longue et pénible traversée, il débarqua à Algesiras.
A peine remis des fatigues de la mer , il apprit la nouvelle qu'il venait d'c>trc nomme chef du secrétariat
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de rinterpt^tattoa des laligaes, gi^e aux efforts de 80B ynxAX ami don Antonio Melo».
Une fois inslaUé dam ce poste , il partagea son exis* teace entre ses devoirs de fonctionuaire et «es étadei^ chéries. Toas les vrais soutiens des l)elles-lettres se réonîssaiieiit à intervalles déterminés ctieE don Juan Tineo. Mon^in assista souvent à leurs séances , let , par plaisanterie, il appela cette réunion la société des Atalophiki (ou des jimis du Laid), puisque c'était alors ia mauvaise littérature qui s'intitulait la bonne. Eu 1798, il fit paraître sa traduction de VHamïei de Shakspeare , avec une critique de la manière de ce géant des poètes; mais ni la traduction ni la critique ne ftirent une tentative heureuse.
A cette époque, les grands pouvoirs de la monarchie redoublaient de sollidtude et de bienveillance envers Moratiii. GonvatBcu que Téminent écrivain était seul en état de réformer le théâtre espagnol, le gouvernement le nomma d'abord membre d'une commission chargée de cette réforme, et voulut même lui conférer le titre de difecteutr général de tous les théâtres du royaume ; mais le poète décHna ces honneurs. Il était évident, du reste, que les créations de son génie feraient beaucoup plus pour la scène espagnole que toutes les mesures qu'il pourrait inventer.
En 1 803, il donna son Barwi ; en 1 804 , la Favsse Dévoie (la Mûjigata);en 1808, le Oui des Jeunes Filles.
Ces trois comédies, et surtout les deux dernières, mirent le comble à la gloire du poëte , en même temps qu'elles excitèrent autour de son nom l'envie et toutes ses fureurs. Après avoir vainement essayé d'arrêter te cours de ses triomphes, ses ennemis n'hésitèrent pas à
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recourir aux mauœuvrps les plus lâches. Us réussirent si bien à lui faire preudre en dégoût sa noble carrière ^ qu'il abandonna le théâtre , et laissa inachevées quatre ou cinq pièces dont il avait tracé le plan et esquissé les principales scènes.
Jusqu alors Moratin avait déployé au suprême degré le courage littéraire : c'était un soldat des lettres. Seulement ses forces s'étaient à la longue épuisées dans le combat à outrance que la cabale lui livrait depuis quinze années. Nous raconterons plus loin, dans les NiH ikes, tous les incidents de cette lutle où tant de grandeur Ré révèle d'un côté, et tant de bassesse de l'autre.
Pour le consoler de ces rancunes ouvertes et de ces sourdes haines , il lui restait sa charge de secrétaire de l'interprétation des langues et les entretiens de ses amis. Comme Lope de Vega, il cultivait lui-même un petit jar» din dans sa maisonnette de la rue de Fuencarral, et il s'occupait enfin de rassembler les matériaux de son célèbre travail sur les Origines du théâtre espagnol.
A un homme paisible, sobre, sans ambition, sans prétentions, et jaloux seulement de la splendeur littéraire de son pays, il n'en fallait pas davantage pour vivre heureux. Mais la destipée lui préparait encore un avenir gros de tempêtes et de noirs chagrins.
L'année 1808. était arrivée. L'Espagne subissait l'invasion étrangère. Les Français occupaient déjà deux des principales forteresses , Pampelune et Barcelone. Les premiers grondements de la révolte se faissient entendre. Napoléon écrivait à Murut : » Si la guerre s'allumait y tout serait perdu. •* Mais les événements et les hommes décidèrent contre le génie de l'empereur. Godoy , le favori de Charles IV, devenu odieux
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à toute la uatioii , tomba du sommet de la fc^rtuno ; ci Ferdinand, le prince royal, monta sur le trône d*Es> [Kigne au moment même où les Français entraient à Madrid. Le nouyeau roi s'étant rendu à Bayonne, quoique les avertissements ne lui eussent pas manqué, y fut retenu, puis contraint de partir pour le château de Valencey, pendant que Charles IV, emporté par sa haine contre son fils , le traitait d*usurpatenr, et abdiquait sa couronne en faveur de Napoléon (5 mai I808J. Mais r&(pagne protesta. La nation opprimée revendiqua avec Véiiergie du désespoir son prince, ses droits et sa liberté. Aux yeux du peuple, Ferdinand VII restait le roi {el rey), et la Saint-Ferdinand sonnait le tocsin dans les villes et dans les campagnes.
Cependant le roi Joseph , proclamé par la grande junte d'État réunie à Bayonne , est escorté jusqu'à Madrid |)ar ses troupes victorieuses. Le maréchal Bessières et le maréchal Moncey maintiennent paitout le prestige de leurs aigles, malgré Topiniàtre résistance des Espa* guols de Castaûos. Mai« soudain une date néfaste vient se placer dans les annales françaises à côté de tant de gloire : c*est la capitulation de Baylen, opprobre qui doit retomber sur son auteur seul, el qui fut voilé d'ailleurs par la conduite de la junte de Séville et par la vidiatiou delà parole donnée. l..es Français, obligés de sortir do Madrid , se retirèrent vers TÉbre. Quatre mois après, ils reparurent en vainqueurs dans la capitale de l'Espagne, guidés par la main toute-puissante de l'empereur : » Es- « pagnoLs, dit-il , je veux même louer ce qu'il y eut de « généreux dans vos efforts ! . . . » ( Proclamation du 7 dé cembre.)
Au milieu de cette série d'événements formidables^
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Moratin perdît tout espoir de repos. Le malheureux poëte, craiguant sans doute que la protection que lui avait accordée Godoy ne le désignât d'ayance au mépris et à la fureur de ses compatriotes, se hâta, apri^ la capitulation de Baylen , de quitter Madrid avec les troupes françaises. Accompagné d'un de ses anâis, don José Antonio Coude y il se réfugia d'abord à Pastrana , dans sa maison de campagne , et se dirigea ensuite sur Yitoria. Getle fuite irréfléchie décida de son attitude pendant toute la guerre. Il rentra avec les Français dans la capitale vers la fin de 1 808 , et quelques années plus tard, en 1812, il les suivit à Valence , puis enfin à Peniscola.
Du reste, il faut le proclamer bien haut, le poëte fut, dans toute cette phase de son existence, la victime de la fatalité, l/esprit sans cesse alarmé par les vengeances que pouvaient lui susciter ses anciens détracteurs, il obéit ma^ chinalement à Timpulsion du sort. Jamais aucune pensée de trahison n'entra dans son âme : « Yo soy muy Espahùlj » Je suis Espagnol avant tout, dit quelque part un de ses principaux personnages ; et c'était là la devise de Moratin. Jamais il ne prit parti contre les défenseurs de l'Espagne ; et l'unique faveur qu'il accepta du gouvernement nouveau fut la charge de grand bibliothé-^ caire , fonctions qu'il n'avait point sollicitées, qui ne pouvaient le compromettre, et qui , en le rapprochant des autorités françaises, lui fournirent les moyens de venir au secours des prisonniers et des autres captifs. D'ailleurs, en Allemagne, Gœthe et Wieland recevaient alors la décoration de la Légion d'honneur ; ce qui ne les empêcha pas de rester toute leur vie Alionnêtes Allc^ mands.
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Ce fut dans une de ces missions d*humanité et de vrai patriotisme que Moratin se plaisait tant à remplir^ qu il fit la rencontre de don Manuel Silvela, alcade de cour et membre de la junte criminelle de Madrid. Bientôt il s'établit entre ces deui hommes, si digues de se comprendre y une amitié qui devait durer jusqu'à la mort.
Mais la verve comique, la verve nationale ne se réveilla plus dans notre poëte. Malgré toutes les instances multipliées auprès de lui, il confia seulement à la scène sa traduction de V École des Maris ^ en 1812. Ici nous ferons un nouveau rapprochement : à la même époque où la muse de Racine trouvait en Allemagne pour interprète Schiller, le génie de Molière rencontrait en Espagne pour émule et pour imitateur Leandro Moratin. La Escuela de los Maridos reçut du public de Madrid un excellent accueil ; mais Fauteur du Oui des Jeunes Filles ne donna plus au théâtre aucune œuvre originale.
Le silence où se renfermait Moratin doit être attribué surtout au déclin de sa santé, à Tépuisement de ses ressources pécuniaires, et au désir de la retraite, qui le travaillait depuis longtemps comme une idée fixe. Aussi, après la reddition de Peîliscola, au lieu de suivre encore les Français, se décida-t-il à gagner Valence » occupée par les troupes espagnoles. Il se présenta devant leur chef avec une conscience tranquille et pure. Mais le général le traita presque en rebelle , et donna l'ordre d'embarquer Moratin sur une felouque à la destination de Barcelone. Là, il fut accueilli comme le méritaient ses infortunes et son grand nom. Les capitaines généraux qui s'y succédèrent , le baron d'Eroles,
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don Francisco Cantailos et le marquis de Campo Sagrado, Tentourèrent de tous les égards dus au génie malheureux.
En 1814, les troupes françaises avaient complètement abandonné la Péninsule, et Ferdinand VII était monté de nouveau sur le trône d'Espagne. Afin de célébrer le retour de la paix , Moratin, vivement sollicité d'ailleurs par Felipe Blanco, l'un des meilleurs artistes de la troupe de Barcelone, lui donna, pour le jour de son bénéfice, la traduction du Médecin maigre lui {el Médico d pâlot). Certes, jamais aucun acteur espagnol n'avait reçu un présent plus beau. En ce moment, le poëte lui-même était exposé à mourir de faim, par suite des mesures de rigueur dont il avait été l'objet à cause de son attitude pendant la domination française. Mais le roi Ferdinand seaipressa de venir à son secours. Par ordre royal, Moratin fut admis à recevoir un jugement de purificacion ; il fut déclaré qu'il ne serait pas compris au nombre des personnes que frappait l'article 1^' du décret du 30 mai, et en peu de mois tous ses biens séquestrés lui furent rendus. Ferdinand Vil lui fit offrir en outre un poste honorifique, avec des émoluments considérables. Mais le poêle refusa; car sa santé toujours chancelante , et plus encore cette crainte perpétuelle de ses ennemis qui le harcelait partout , Tempèchaient d'accepter une position quelconque. A toute heure il croyait voir autour de lui des gens prêts à Tassassiner. En 1817, il sortit de Barcelone, où il vivait cependant honoré de la ville entière, où il avait ses libres entrées dans les théâtres, seul délassement quil se permit encore. Barcelone le revit en 1820: un devoir filial l'y reconduisait. L'année suivante, il y
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puMia les œuvres lyriques de son père, avec une pré*^ faee et une biographie.
Désormais Mbratin était trop faible de corps pour vivre seul. 11 se confia à la garde d'un nouvel ami, don Manuel Garcia de la Prada, dans la maison duquel il demeurait à. Barcelone; et lorsque la peste les. en chassa tous deux, il se rendit, après un court séjour à Bayonne, auprès de don Manuel Silvela y qui halntait Bordeaux. Là, il ne s occupa plus que d'aebever.son grand travail sur les Origines du théâtre espagnol ; après 7 avoir mis la dernière main, il donna le manuscrit à Silvela pour prix de son hospitalité. Le roi Ferdinand se hèta d'acheter ce chef-d'œuvre d'érudition , afin de le livrer immédiatement à la connaissance du public.
Déjà le poète avait vendu la plupart de ses autres ouvrages à don Vicente Gonzalez Arnao, qui, en 1825, fit paraître à Paris une édition à peu près complète des œuvres du restaurateur du théâtre espagnol * .
Revenu en 1827 dans la capitale de la France avec don Manuel Silvela, son compagnon inséparable, Moratin y traîna, pendant quatorze mois de douleur, les restes d'une santé ruinée, et succomba enfin aux attaques redoublées de la fièvre. Il avait institué pour sa légataire universelle une; nièce dé Silvela ; il laissa à l'hospice des enfants trouvés de Madrid sa maison de campagne de Pastrana, et aucun de ses parents ne fut oublié dans ses dispositions testamentaires.
Leandro Moratin rendit le dernier soupir le 21 juin
* Panni les divers textes des comédies de Moratin, nous avons cru devoir suivre de préférence celui de la plus récente édition parisienne (1838). Néanmoins, pour la traduction du (HU des Jeunes FUles, nous sommes en grande partie resté fidèle au texte de l'édition de t82j.
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1828 y et fat enterré au dnieiière du Père - Ijacbaûe.
Si, pendant toute son existence, Moratio aTait eo beaucoup de détracteurs et des ennemis sans pHié, en revanche il compta de nombreux amis dont l'histoire reconnaissante a gardé la mémoire.
Un décret de 8a Majesté la reine Isabelle II, en date du 15 juillet 1853, a ordonné la translation en Espagne des cendres du grand poète, et 'ce décret a reçu son exécution le 6 octobre de la même année.