ACTE l, SCÈNE IV
DON PÈDRE
Eh bien , don Hermogène, devant vous je la formule cette hérésie; et je vous déclare que, d'après les morceaux dont mon ami nous a donné lecture, et par cela seul que vous vous faites le preneur de cette pièce, je tire cette conclusion qu'elle doit être exécrable, que l'auteur doit être un homme sans culture et sans talent , et que vous-même vous êtes un érudit de la section des faiseurs de pommades \ un bavard aussi présomptueux et aussi fastidieux qu'il soit possible de l'être. Et là-dessus, je vous salue, messieurs!
( Il veut sortir, don Éleutério le retient. ) BON ÉLEUTÉRIO.
Permettez cependant : monsieur que voilà a trouvé fort bien tout ce qu'il a lu de cette comédie.
Monsieur que voilà l'a trouvé fort mal ; mais c'est un joyeux compère, et qui aime à se divertir. Ah! sur mon àme , je prends plutôt en pitié ces malheureux écrivains dont le métier est d'abrutir le public avec des ouvrages où la sottise le dispute à la démence , et qui sont dictés bien moins par l'inspiration que par la faim et par une présomption funeste. Je ne connais pas l'auteur de la comédie, et ne veux rien préjuger sur sa personne ; mais si vous , messieurs, comme j'ai tout lieu de le penser, vous êtes
' Vn enidito d la violeta. — Le poète Cadalso composa , vers la fin du règne de Ferdinand VI , une satire fameuse, intitulée los Erudiios à la vMeia. De- là l'expression A'érudil à la violette qui se trouve dans le texte, et que nous n'avons pu rendre que par un équivalent.
iU LA COMÉDIE NOUVELLE, OU LE CAFÉ.
(le ses amis , priez-le donc en grâce de ne plus griffonner de telles absurdités. Dites-lui qu'il en est temps encore, puisque c'est la première pièce qu'il met au jour ; dites-lui qu'il ne se laisse point entratpar le mauvais exemple de ceux qui divaguent à prix fixe , et qu'il se dépèche d'embrasser une autre I carrière, où un travail honnête lui permettra de pouri voir à ses besoins, et de soutenir sa famille, s'il en a une; dites-lui enfin que le théâtre espagnol fourmille de ces écrivailleurs à deux sous qui, sans relâche, travaillent à encombrer la scène de leur galimatias!... Or donc, messieurs, ce qu'il faut à notre théâtre , c'est une réforme radicale dans toutes sfs parties; et tant que cette réforme ne se réalisera pas, tous les bons esprits que possède la nation, ou s'abstiendront entièrement de produire des ouvrages , ou n'en produiront que juste assez pour montrer qu'ils savent écrire avec art, mais qu'ils ne veulent pas écrire.
DON HERMOGÈNE
Pourtant Sénèque dit positivement, dans son épttre dix-huit, que...
DON PÈDRE
Sénèque dit dans toutes ses épttres que vous êtes un archipédant, mon cher, un personnage ridicule, et qui me fera sortir des gonds! Adieu, messieurs.