ACTE I, SCÈNE XI». i
LÉONARDO
Oui.
ISABELLE
Hélas ! que saurez- vous lui dire pour la toucher ?
Ce que je lui dirai ? Que ^ si elle pense pouvoir détruire toute ta félicité^ te vendre à une opulence imaginaire, te sacrifier à un imposteur ; si elle pense pouvoir manquer aux plus saintes promesses, me jeter la mort dans Tâme et se jouer de Léonardo , elle tente l'impossible ! Je lui dirai que tu es à moi, et que le barbare qui prétend m*arracher mon Isabelle au mépris des nœuds sacrés de Tamour, expiera son audace par un trépas sanglant. S*il ose élever ses regards si haut , qu'il présente sa poitrine à mon épée, et qu'il apprenne que, pour me ravir I objet de ma flamme, il ne suffit pas de savoir tromper, séduire et mentir, il faut encore savoir combattre et vaincre ! Et toi , Isabelle , quoiqu'on se rie de ta douleur et de ta volonté , tu seras la récompense du plus brave : et que le plus malheureux périsse sous les coups du vainqueur !
ISABELLE
Vous ferez cela ?
LÉONARDO
Que ne ferais-je à cette pensée qu'une seule minute peut anéantir tant d'années d'espérance, tant de tendresses si bien payées de retour, un attachement si pur ! . . . Mais vite à l'œuvre ! Les moments qui s'envolent ainsi seraient perdus pour jamais. Oui,
«74 LE BARON
je cours parler à ta mère ; j'y cours , Isabelle ! Pour nous sauver, il faut de la résolution, du courage, et non des plaintes , ces armes des lâches !
ISABELLE
Tout sera vain ; vous aUez irriter ma mère sans la convaincre.
LÉOMilttDO.
Oh ! elle cédera.
ISABELLE
Vous connaissez mal son obstination.
LÉONARDO
Eh bien ! si elle résiste et que ce moyen nous échappe, il en est d'autres plus efficaces.
ISABELLE
Oui , des moyens terribles et meurtriers !
LÉONARDO
Un amour comme le mien franchit les obslades les plus grands. Lorsqu'il y va de mon bonheur, arrière l'hésitation et la faiblesse! Mon Isabelle est un trop beau prix pour que je ne risque pas tout plutôt que de le perdre !
(n lai presse tendrement la main, et y imprime un baiser.)
ISABELLE
Léonardo, mon bien-aimé^ je ne sais que dire... Tu agiras selon ton cœur. Dans un tel péril, toi seul es juge de ce qu'il convient de faire. Moi, pauvre fille, que puis-je?... Pleurer!... Adieu! Que ta bonne étoile te ramène bientôt vers moi , et que cette cruelle situation trouve enfin son terme !