‹ Les ComédiesChapitre 191 sur 405 · K)N PÈDRE · texte numérisé non relu

K)N PÈDRE

Je vais vous faire la partie belle. J'admets que ce soit un grand seigneur, et que le roi et lui mangent à la même table. Quelle conséquence en tirerezvous ? Qu'il faut hii donner votre fille?

^ LA TANTE MONIQUE

Cela voui^ ferait donc de la peine?

DON PÈDRE

Certes^

LA TANTE MONIQUE

On voit bien que vous n'êtes pas sa mère , et vous parlez comme un homme tombé en enfance.

« ACTE », SCÈNE Vf. 297

DON PÈDRK.

Trêve de détours , ma sœur ! Cette tendresse maternelle que vous faites si fort sonner à mes oreilles n'est pas le modf qui vous pousse ; et si vous croyez pouvoir me donner le change , je vous préviens que vous perdez votre temps. Laissez -moi donc vous le dire : vous brftlez d'envie de vous poser en grand personnage; vos éternels défauts sont la roideur et la vanité. Vous avez la fureur de dominer^ et vous avez déclaré la guerre à toute bourse mieux garnie que la vôtre, à tout corsage plus riche <» a toute robe plus éclatante. Vous vous mordez les lèvres toutes les fois que vous entendez saluer du titre de donn les dames de la noblesse , et vous êtes dans un état des plus violents lorsqu'à l'élise vous les voyez s'asseoir tout à côté du banc des magistrats. Pour vous procurer le plaisir de régler vos comptes avec elles, pour vous venger de tçutes vos humiliations passées, vous êtes capable non-seulement de livrer votre fille à un bandit , mais encore de vous mettre à vous-même la corde au cou !

Moi?

DON PÈDRE

Vous! De quelles folles idées de grandeur vous( êtes- vous entichée, Monique? Je vous vois d'ici, seule à seule, escompter déjà ce moment de gloire OÙ chaque personne viendra vous appeler Votre Excellence ; car Votre Seigneuiie , fi donc ! ce serait du dernier commun. X*est-cp pas cpie votre imagina-

»8 LE BAHON. •

tion ne cesse 'de se représenter le Irain que vous devez mener dans le monde : les modes, les carrosses, les diamants, la soie, la toile de Hollande y et puis la table pour les affiunés , pour ceux du moins qui rachètent leur appétit par des propos flatteurs ; ensuite la danse , les académies , les théâtres , le lansquenet , ce vol de bon ton ; la prodigalité à côté de la misère , Torgueil à côté de la bassesse et des intrigues? Décorer du nom de civilisatiou l'infâme dépravation des courtisans, traiter tout honune de bien d'animal sauvage , et tout créancier de canaille, n'esirce pas là votre réve?(ttie?aiit) n'e&trce pas là le sort pompeux que vous réservez à ma pauvre nièce ? Et c'est cette ambition insensée , c'est ce sot amour-propre que vous osez couvrir de la sainte égide de l'amour maternel !

LA TANTB MONIQUB.

Ah çà I me laisserez*vous en repos à la fin? Je vous tiens quitte de votre présence et de vos discours.

DON PÈDRB.

Mais savez- vous seulement où vous conduira celte soif de briller? Faut-il vous apprendre que, sans modération, il n'est point de joie sur terre, et, sans vertu , point de félicité ?

LA TANTE MONIQUE

Pour Dieu, mon frère, ne me pousser pas à tioull

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