‹ Les ComédiesChapitre 24 sur 405 · ACTE I, SCÈNE XI · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE XI

DON JUAN

Que s*est-il donc passé, Isabelle? Quel homme assez envieux de mon bonheur a pu vous persuader... ? Parlez , oh ! parlez .

DONA ISABELLE

Mon tuteur, à l'œil pénétrant duquel rien n'avait échappé , jugea sa victoire certaine du jour où le destin nous sépara tous deux. Alors il m'aVertit que je devais être la femme de don Roque. Je repoussai cet ordre, il insista. Souvenir trop amer ! Â ce moment, le bruit se répandit dans la ville que don Alvare voulait vous marier à Madrid , et aussitôt le misérable entrevit le succès de sa ruse. Il fabriqua deux lettres...

Que dites-vous?

DONA ISABELLE

Oui , don Juan , deux lettres dans lesquelles des amis lui annonçaient que déjà vous aviez consenti à vous marier, par obéissance envers votre oncle. Puis il disposa tout pour que ces lettres arrivassent à notre demeure...

DON JUAN

L'infâme ! il m'a ravi ce que je chérissais le plus au monde.

DONA ISABELLE

Enfin , il s'arrangea de manière à les faire tomber entre mes mains, et sa lâche astuce dut triompher. Hélas ! lorsqu'une femme aime, il n'en faut pas tant

pour l'aveugler et se jouer de ses affections. Mon tuteur revint à la charge; et, à force de combats...

DON JUAN

Oh! laisse-moi, laisse-moi, que j'aille châtier ce traître, et lui percer le cœur de mon épée.

DONA ISABELLE

Don Juan! miséricorde! 11 ^st trop tard! C Le retenant.) Songez... un tel dessein... Âb! n'ajoutez pas de nouvelles souffrances à celles que j'eiidure. Peutêtre un meilleur avenir yous est-il réservé, à vous. . . Oh ! je vous en supplie, n'allez pas le détruire pour une malheureuse femme qui déjà ne vous appartient plus ! Mes tourments , mes angoisses , je saurai les supporter avec patience, pourvu que don Juan soit heureux ! C'est tout ce que désire Isabelle.

Mon Dieu! mon Dieu! qu'arrive-t-il de moi? Isabelle, chacune de tes révélations me jette la mort dans l'âme. Oh ! par pitié, ne me dévoile pas plug longtemps cet immense amour. Et je demeurerai^ en ces lieux un seul instant de plus!... Que me re^te-t-il donc à apprendre? Tout n'est-il pas expliqué?... Oui, je comprends à la fois ton afTection et mon malheur !

DONA ISABELLE

De grâce, don Juan, ne ipe quittez pas ainsi. Vous me laisseriez sans force et sans défense. Hélas! dussiez-vous même ne pas sortir de Cadix , je vivrais toujours éloignée de vos regards. Qui vpus pblige de fuir cette maison avec tant de hâte? Mon

Page 1