ACTE I, SCÈNE VIIÏ
DONA IMÈS.
Tu plaisantes , je suppose.
DONA CliABA.
Ainsi, véritabiement, tu ne l'aimes pas?
DONA INÈS
Non, ma cousine. Car, plus je regarde ce jeune homme, moins je me sens disposée à le chérir.
Et si ton père s'obstine à vouloir ce mariage ?
DONA INÈS
Mon père ne s'obstinera jamais à vouloir le maiheur de sa fille : il a trop d'affection pour moi , et trop de sagesse pour lui-même.
DONA CLARA
Ma chère Inès , il me serait impossible de t*exprimer à quel point mon àme se réjouit de tes aveux. Déjà j'étais en proie au désespoir, en songeant que tu allais commettre une folie.
DONA INÈS
Ne redoute plus rien.
DONA CLARA
Sérieusement, ce don Claude, qu'est-ce autre chose qu'un gentillâtre de village , plein de vanité et de sottise, dépourvu de fortune, rempU d'étourderie , mauvaise langue comme il n'y en a pas... Et puis , quelle bonne figure !
DONA INÈS
Oh ! celte fois , m» cousine , tu dépasses le but ; car don Claude est joli garçon.
DONA CLARA
S'il le convient, Inès, grand bien te Tasse!
DONA INÈS
Peu importe que l'on aime les gens ou qu'on ne les aime pas, lorsqu'il s'agit de dire la vérité sur leur compte. Ce jeune cavalier me ftitigue, il me donne sur les nerfs , je ne puis le supporter ; mais. Je le répète, c'est un beau garçon.
DONA CLARA
11 n'y a de beauté qu'en Dieu, ma cousine; nous, ses créatures, nous sommes toutes imparfaites.
DONA INÈS
Est-ce que tu vas recommencer tes litanies?
DONA CLARA
Mais puisque tu méprises cette union, qui sait, Inès, si avec le temps tu n'arriveras pas aussi à tourner tes regards vers le ciel , et à te faire religieuse ?
DONA INÈS
Ma cousine, moi, je ne suis qu'une pauvre pé*> cheresse, adonnée aux choses profanes, et très-mondaine dans tous ses goûts.
DONA CLARA
Hélas! tu ne vois donc pas que dans le inonde nous sommes assiégées de mille périls !
DONA INÈS
Mon Dieu, je m'en aperçois bien; mais à ton tour, Clara, crois-tu que la solitude na pas également ses mille dangers?